SOMMAIRE

LES MIRACLES DE LA DEUXIÈME ANNÉE.

Un an s’est écoulé depuis que Jésus a débuté sa mission et son premier miracle de début mars de l’an 27, à Cana. Le Messie commence à être connu dans plusieurs endroits où il est passé avec ses disciples, d’autant plus qu’il a laissé le témoignage de beaucoup plus d’une centaine de miracles déjà effectués et qui ont beaucoup frappé les esprits, outre les contacts et les fréquentations de Jésus qui ont scandalisé certains, notamment ceux auprès des Samaritains, des païens, des Romains et des prostituées.

Une des préoccupations importantes du Maître est la mise en place de son équipe de disciples et parmi eux celle des douze apôtres qui vont être définitivement élus en début de cette deuxième année. Ceux-ci ont maintenant tout laissé pour le suivre partout où il décide d’aller. Les visites et les rencontres s’enchaînent, non seulement en Judée et en Galilée, et entre les deux régions, en Samarie mais également dans les régions voisines de la Décapole, de la Pérée, jusqu'aux confins de la Syrie et du Liban.

C’est au cours de cette année que tous les apôtres, plutôt ébahis par leur succès, réaliseront leurs premiers miracles après un envoi en mission réussi. Pour eux seuls, Jésus leur révèlera encore sa puissance sur les éléments de la nature, avec sa célèbre marche, et celle de Pierre, sur les eaux du lac.

C’est également durant cette année que deux miracles frapperont les esprits d’une multitude de personnes, lors de la multiplication des pains, et d’un village tout entier, pour la résurrection du fils d’une veuve.

1. L’homme qui porte sa femme sur son dos.

C’est le 6 janvier de l’an 28

« Jésus marche devant, seul, en frôlant une haie de cactacées qui brillent au soleil avec leurs grosses palettes épineuses sur lesquelles il reste quelques fruits que le temps a rendu rouge brique ou sur lesquelles déjà rit quelque fleur précoce jaune teintée de cinabre. Derrière, les apôtres chuchotent entre eux et il semble qu’ils font vraiment des compliments au Maître. A un certain moment, Jésus se retourne brusquement et dit :

« Qui observe le vent ne sème pas, qui reste à regarder les nuages ne moissonne pas. » C’est un vieux proverbe mais je m’y tiens. Et vous voyez que là où vous craigniez de mauvais vents et ne vouliez pas rester, j’ai trouvé un terrain et la possibilité de semer. Malgré « vos » nuages, je suis certain d’avoir déjà moissonné.

- En attendant, personne ne t’a demandé de miracle. C’est une foi étrange qu’ils ont en toi !

- Et tu crois, Thomas, que seule la requête d’un miracle prouve qu’il y a la foi ? Tu te trompes. C’est tout le contraire. Celui qui veut un miracle pour pouvoir croire témoigne que, sans le miracle, preuve palpable, il ne croirait pas. Au contraire, celui qui dit : « Je crois » sur la simple parole d’autrui manifeste la foi la plus grande.

- De sorte que les Samaritains sont meilleurs que nous, alors !

- Je ne dis pas cela ! Mais dans leurs conditions d’affaiblissement spirituel, ils se sont montrés beaucoup plus capables d’entendre Dieu que les fidèles de Palestine. Vous le constaterez fréquemment au cours de votre vie et, je vous en prie, souvenez-vous de cet épisode pour savoir vous conduire sans préjugés à l’égard des âmes qui en viendront à croire au Christ.

- Pourtant, pardonne-moi, Jésus, si je te le dis, il me semble qu’avec toute la haine qui te poursuit, il est nuisible pour toi de susciter de nouvelles accusations. Si les membres du Sanhédrin savaient que tu as eu…

- Mais dis-le simplement : « de l’amour », car c’est cela que j’ai eu, Jacques, et que j’ai encore. Et toi, qui es mon cousin, tu peux comprendre que je ne puis ressentir autre chose que de l’amour…

- Mais toi, Maître, tu passes beaucoup de temps en pays idolâtre alors qu’on t’attend en tellement d’endroits en Israël. Tu dis que toute heure doit être consacrée au Seigneur. Est-ce que ce ne sont pas là des heures perdues ?

- Une journée employée à rassembler des brebis égarées n’est pas perdue. Elle n’est pas perdue, Philippe. Il est dit : « Observer la Loi, c’est multiplier les offrandes…mais faire preuve de miséricorde, c’est offrir un sacrifice. » Il est dit : « Donne au Très-Haut comme il t’a donné, avec générosité, selon tes moyens. » C’est ce que je fais, mon ami. Et offrir un sacrifice n’est pas du temps perdu. Je fais miséricorde et je me sers des moyens que j’ai reçus en offrant mon travail à Dieu. Restez donc dans la paix.

D’ailleurs…voici de quoi satisfaire ceux d’entre vous qui exigeaient une demande de miracle pour être convaincus que les gens de Sychar croient en moi : cet homme qui nous suit a sûrement une bonne raison de le faire. Arrêtons-nous. »

En effet, un homme s’avance. Il paraît courbé sous une lourde charge qu’il porte en équilibre sur ses épaules. Il voit que le groupe s’arrête et il s’arrête lui aussi.

« II nous veut du mal. Il s’arrête parce qu’il voit que nous nous en sommes aperçus. Ah ! ces Samaritains !

- En es-tu certain, Pierre ?

- Absolument !

- Alors, restez ici. Moi, je vais à sa rencontre.

- Non, Seigneur, pas ça. Si tu y vas, je viens aussi.

- Alors viens. »

Jésus se dirige vers l’homme. Pierre trottine à ses côtés, à la fois curieux et hostile. Quand ils sont à quelques mètres l’un de l’autre, Jésus dit :

« Que veux-tu, homme ? Qui cherches-tu ?

- Toi.

- Pourquoi ne m’as-tu pas cherché en ville ?

- Je n’osais pas…Si tu m’avais repoussé devant tout le monde, j’en aurais éprouvé trop de douleur et de honte.

- Tu pouvais m’appeler dès que j’ai été seul avec mes disciples.

- J’espérais te rejoindre quand tu aurais été seul, comme Photinaï. J’ai aussi une grande raison d’être seul avec toi…

- Que veux-tu ? Que portes-tu sur les épaules avec tant de peine ?

- Ma femme. Un esprit en a pris possession et a fait d’elle un corps mort et une intelligence éteinte. Je dois la faire manger, l’habiller, la porter comme un bébé. Cela l’a prise à l’improviste, sans maladie…On l’appelle la « possédée ». J’en souffre. Je peine et j’ai des dépenses. Regarde. »

L’homme dépose sur le sol son fardeau de chairs inertes enveloppées dans un manteau comme dans un sac et découvre le visage d’une femme encore jeune mais qu’on pourrait croire morte si elle ne respirait pas. Les yeux clos, la bouche entrouverte…La physionomie d’une personne qui a rendu son dernier soupir. Jésus se penche sur la malheureuse, couchée par terre : il la regarde, regarde l’homme :

« Tu crois que je le peux ? Pourquoi le crois-tu ?

- Parce que tu es le Christ.
- Mais tu n’as rien vu qui le prouve.

- J’ai entendu ta parole. Elle me suffit.

- Pierre, tu l’entends ? A ton avis, qu’est ce que je dois faire maintenant, devant une foi aussi parfaite ?

- Mais…Maître…Toi…Moi…Bref, fais-le, toi. »

Pierre est très gêné.

- Oui. Je le fais. Homme, regarde. »

Jésus saisit la femme par la main et ordonne :

- Quitte-la. Je le veux. »

La femme, jusqu’alors inerte, est prise d’une horrible convulsion d’abord muette, mais bientôt suivie de cris et des plaintes qui se terminent par un grand cri durant lequel elle ouvre les yeux jusqu’alors fermés. Elle se frotte les yeux comme si elle s’éveillait d’un cauchemar. Enfin elle se calme, regarde autour d’elle d’un air un peu abasourdi et dévisage d’abord Jésus, cet inconnu qui lui sourit…Elle regarde la poussière du chemin sur lequel elle est allongée, une touffe d’herbe. Elle regarde la haie de cactées, le ciel si bleu, puis elle tourne les yeux et voit son mari…son mari qui la regarde avec anxiété et observe attentivement tous ses mouvements. Elle sourit et puis, avec la complète liberté qui lui est revenue, elle saute sur ses pieds et se réfugie sur la poitrine de son époux qui la caresse et l’embrasse en pleurant.

« Comment se fait-il que je sois ici ? Pourquoi ? Qui est cet homme ?

- C’est Jésus, le Messie. Tu étais malade. Il t’a guérie. Dis-lui que tu l’aimes bien.

- Oh ! Oui ! Merci…Mais qu’est-ce que j’avais ?

Mes enfants…Simon…Je ne me souviens pas d’hier, mais je me rappelle que j’ai des enfants…»

Jésus parle :

« Il ne faut pas te rappeler hier. Souviens-toi toujours d’aujourd’hui. Et sois bonne. Adieu. Soyez bons et Dieu sera avec vous. »

Et Jésus, suivi par la bénédiction du couple, se retire rapidement. Quand il rejoint les autres, toujours adossés à la haie, il ne leur parle pas. Mais il s’adresse à Pierre :

« Et maintenant, toi qui étais sûr que cet homme voulait me faire du mal, que dis-tu ? Simon, Simon ! Que de choses il te manque encore pour être parfait ! Que de choses il vous manque !

Excepté l’idolâtrie évidente, vous avez tous les péchés de ces gens-là, auxquels s’ajoute l’orgueil dans vos jugements. Maintenant, prenons notre repas. Nous ne pouvons arriver où je voulais avant la nuit. Nous dormirons dans quelque grange à foin si nous ne trouvons mieux. »

Les Douze, avec au cœur le sentiment de reproche, s’assoient sans parler et mangent leurs provisions… Le soleil d’une journée paisible illumine la campagne qui descend en douces ondulations vers une plaine… »

Vision et dictée du 26 avril 1945, tome 2, p 478, § 147.

2. L’officier du roi Hérode et Suzanne à Cana.

C’est le retour à Cana, la ville où a eu lieu le premier miracle de Jésus, le 11 janvier 28

…« Jésus prend la direction de la maison de Suzanne (la mariée des noces de Cana) avec ses cousins qui l’accompagnent. Arrivés à la maison, ils se reposent et se restaurent. Les parents et les amis de Cana l’écoutent comme on devrait toujours le faire. Jésus instruit simplement ces braves gens et console l’époux de Suzanne, qui doit être malade car elle n’est pas là. C’est alors qu’entre un homme bien vêtu qui se prosterne aux pieds de Jésus.

« Qui es-tu ? Que veux-tu ? »

Pendant que cet homme soupire et pleure, le maître de maison tire Jésus par un pan de son vêtement et lui chuchote :

« C’est un officier du Tétrarque (Hérode). Ne t’y fie pas trop.

- Parle donc. Que veux-tu de moi ?

- Maître, j’ai appris que tu es revenu. Je t’attendais comme on attend Dieu. Viens tout de suite à Capharnaüm. Mon fils est couché, tellement malade que ses heures sont comptées. J’ai vu Jean, ton disciple. C’est par lui que je sais que tu venais ici. Viens, viens tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard.

- Comment ? Toi qui es au service de celui qui persécute le saint d’Israël (Jean Baptiste), comment peux-tu croire en moi ? Vous ne croyez pas au Précurseur du Messie. Alors, comment pouvez-vous croire au Messie ?

- C’est vrai. Nous péchons par incrédulité et par cruauté. Mais aie pitié d’un père ! Je connais Kouza et j’ai vu Jeanne. Je l’ai vue avant et après le miracle, et j’ai cru en toi.

- Oui, vous êtes une génération si incrédule et perverse que, sans signes et sans prodiges, vous ne croyez pas. Il vous manque la première qualité indispensable pour obtenir le miracle.

- C’est vrai ! C’est tout à fait vrai ! Mais, tu le vois…Je crois en toi à présent et, je t’en prie : viens tout de suite à Capharnaüm. Je te ferai trouver une barque à Tibériade pour que tu viennes plus rapidement. Mais viens avant que mon enfant ne meure !  Bouleversé, il pleure.

- Je ne viens pas pour l’instant. Mais va à Capharnaüm. Dès maintenant ton fils est guéri et il vit.
- Que Dieu te bénisse, mon Seigneur. Je crois. Mais comme je veux que toute ma maison te fasse fête, viens ensuite chez moi, à Capharnaüm.

- Je viendrai. Adieu. Que la paix soit avec toi. »

L’homme sort en hâte et on entend aussitôt après le trot d’un cheval.

- Mais il est vraiment guéri, ce garçon ? demande l’époux de Suzanne.

- Tu t’imagines que je mens ?

- Non, Seigneur. Mais tu es ici et l’enfant est là-bas.

- Il n’y a pas de barrière pour mon esprit, ni de distance.

- Dans ce cas, mon Seigneur, toi qui as changé l’eau en vin à mes noces, change mes pleurs en sourire. Guéris Suzanne.

- Que me donneras-tu en échange ?

- La somme que tu veux.

- Je ne souille pas ce qui est saint avec le sang de Mammon. Je demande à ton âme ce qu’elle va me donner.

- Moi-même, si tu le veux.

- Et si je te demandais, sans discussion, un grand sacrifice ?

- Mon Seigneur, je te demande la santé physique de mon épouse et notre sanctification à tous. Je crois que, pour l’obtenir, aucun sacrifice ne me serait trop grand…

- Tu souffres pour ta femme. Mais si je la ramenais à la vie, en la conquérant pour toujours comme disciple, que dirais-tu ?

- Que…que tu en as le droit…et que…et que j’imiterai la promptitude d’Abraham à accomplir son sacrifice.

- Tu as bien parlé.

Ecoutez tous : le moment de mon sacrifice approche…Il me faut accomplir tout ce que je dois faire…Ma sagesse sait que les femmes pourront aider le Maître. Mais pour choisir les femmes qui ne sont pas libres, je dois les demander à leurs pères et à leurs époux. Acceptes-tu ?

- Seigneur… J’aime Suzanne et jusqu’à présent je l’ai aimée plus comme une chair que comme une âme. Mais, grâce à ton enseignement, quelque chose déjà est changé en moi et je vois en ma femme une âme aussi, en plus d’un corps. L’âme appartient à Dieu et tu es le Messie, Fils de Dieu. Je ne puis te disputer le droit sur ce qui appartient à Dieu. Si Suzanne veut te suivre, je ne m’y opposerai pas. Seulement, je t’en prie, opère le miracle de la guérir dans la chair et moi dans mes sens…

- Suzanne est guérie. Elle viendra dans quelques heures te partager sa joie. Laisse son âme suivre son impulsion sans parler de ce que j’ai dit. Tu verras que son esprit viendra à moi avec la spontanéité de la flamme qui tend vers le haut. Et cela ne fera pas mourir son amour d’épouse pour autant, au contraire, il s’élèvera à son plus haut degré : aimer avec ce qu’il y a de meilleur en nous, l’âme.

- Suzanne t’appartient, Seigneur. Elle devait mourir lentement, avec de grandes souffrances. Et, une fois morte, je l’aurais vraiment perdue sur terre. Les choses étant comme tu dis, je l’aurai encore à mes côtés pour me conduire sur tes chemins. Dieu me l’a donnée et Dieu me l’enlève. Que le Très-Haut soit béni pour le don qu’il m’a fait et celui qu’il me demande. »

Vision et dictée du 1er mai 1945, tome 2, p 492, § 151.

3. La petite fille romaine de Césarée Maritime.

Depuis le sud du lac de Tibériade, Jésus se rend directement à la grande ville de garnison au bord de la mer Méditerranée pour y arriver, ce 19 janvier 28.

« Jésus est à Césarée Maritime. Il n’est plus sur la place de la veille mais plus à l’intérieur, d’où sont visibles le port et les navires. Beaucoup d’entrepôts et de boutiques s’élèvent ici…L’endroit bourdonne des allées et venues de la foule. Jésus attend avec Simon et ses cousins que les autres aient pris les vivres dont ils ont besoin. Des enfants regardent avec curiosité Jésus qui les caresse doucement tout en parlant avec ses apôtres. Jésus dit :

« Il me déplaît de voir qu’on est mécontent que j’aille auprès des païens. Mais je ne peux faire autre chose que mon devoir et être bon avec tout le monde. Efforcez-vous d’être bons, au moins vous trois et Jean ; les autres vous suivront par imitation.

- Mais comment faire pour être bon avec tout le monde ? Ces gens nous méprisent, nous oppriment, ne nous comprennent pas, ont plein de vices…, dit Jacques, fils d’Alphée, en s’excusant.

- Comment faire ? Tu es content d’être né d’Alphée et de Marie (l’oncle et la tante de Jésus, frère de Joseph) ?

- Oui, bien sûr. Pourquoi me demandes-tu cela ?

- Et si Dieu t’avait interrogé avant ta conception, aurais-tu voulu naître d’eux ?

- Mais oui. Je ne comprends pas.

- Et si au contraire, tu étais né païen, qu’est-ce que tu aurais dit en t’entendant accuser d’avoir voulu naître un païen ?

- J’aurais dit…j’aurais dit : «  Je n’en suis pas responsable. Je suis né de lui mais j’aurai pu naître d’un autre. » J’aurais dit : «  Il n’est pas juste de m’accuser. Si je ne fais pas de mal, pourquoi me haïssez-vous ?

- Tu l’as dit. Eux aussi, que vous méprisez en tant que païens, peuvent dire la même chose. Tu n’as pas de mérite à être né d’Alphée qui est un vrai juif. Tu dois seulement en remercier l’Eternel parce qu’il t’a fait un grand don et par reconnaissance et humilité, chercher à amener au vrai Dieu ceux qui ne l’ont pas reçu. Il faut être bon.

- Il est difficile d’aimer ceux qu’on ne connaît pas !

- Non. Regarde. Toi, petit, viens ici. »

Un garçon d’environ huit ans qui jouait dans un coin avec deux autres camarades, s’approche. C’est un garçon robuste aux cheveux noirs alors que son teint est très blanc.

« Qui es-tu ?

- Je suis Lucius, Caïus Lucius, fils de Caïus Marius, je suis romain, fils du décurion de garde resté ici après avoir été blessé.

- Et ceux-ci, qui sont-ils ?

- Ce sont Isaac et Tobie. Mais on ne doit pas le dire, parce qu’ils sont punis.

- Pourquoi ?

- Parce qu’ils sont hébreux, et moi, romain et on ne peut pas.

- Mais tu restes avec eux. Pourquoi ?

- Parce que nous nous aimons bien. Nous jouons toujours ensemble aux dés ou à sauter. Mais on le fait en cachette.

- Et moi, tu m’aimerais bien ? Je suis Hébreu, moi aussi et je ne suis pas un enfant. Réfléchis : je suis un maître, on pourrait dire un prêtre.

- Et qu’est-ce que cela peut me faire ? Si tu m’aimes bien, je t’aime bien et je t’aime bien parce que tu m’aimes bien.

- Comment le sais-tu ?

- Parce que tu es bon. Celui qui est bon aime bien.

- Voilà, mes amis, le secret pour aimer : être bon. Alors on aime sans se demander si un tel a la même foi ou non. »

Et Jésus, tenant par la main le petit Caïus Lucius, s’en va distribuer quelques caresses aux enfants hébreux qui, apeurés, se sont cachés derrière une porte cochère ; il leur dit :

« Les enfants bons sont des anges. Les anges ont une seule patrie : le paradis. Ils ont une seule religion : celle du Dieu unique. Ils ont un seul temple : le cœur de Dieu. Aimez-vous bien, comme des anges, toujours.

- Mais si on nous voit, on nous frappe. »

Jésus hoche tristement la tête sans répondre.

Une femme grande et plantureuse appelle Lucius qui quitte Jésus en s’écriant : « Maman ! » et il lance à la femme :

« J’ai un grand ami, tu sais ? C’est un maître !... »

Au lieu de s’éloigner avec son fils, la femme vient vers Jésus et l’interroge :

« Salut. C‘est toi, l’homme de Galilée qui parlait hier au port ?

- Oui, c’est moi.

- Alors attends-moi là. Je reviens tout de suite.

Et elle s’en va avec l’enfant. Entre temps, les autres apôtres sont arrivés, sauf Matthieu et Jean. Ils demandent :

« Qui était-ce ?

- Une Romaine, je crois, répondent Simon et les autres.

- Et que voulait-elle ?

- Elle nous a dit d’attendre ici. Nous n’allons pas tarder à le savoir. »

Cependant, des gens se sont approchés et attendent avec curiosité. La femme revient avec d’autres romains.

« Tu es donc le Maître ? » interroge un homme qui semble être le serviteur d’une maison riche. Après confirmation, il demande :

«  Cela t’ennuierait-il de guérir la petite fille d’une amie de Claudia ? (Procula, la femme de Ponce Pilate) L’enfant est mourante car elle s’étouffe et le médecin ne sait pas de quoi elle meurt. Hier soir, elle était en bonne santé. Ce matin, elle est à l’agonie.

- Allons-y. »

Ils font quelques pas dans la rue qui mène à l’endroit où ils étaient hier et arrivent au portail grand ouvert d’une maison habitée, semble-t-il, par des Romains.

« Attends un moment. »

L’homme entre rapidement et revient aussitôt disant :

« Viens. »

Mais avant même que Jésus puisse entrer, une jeune femme d’aspect distingué, mais visiblement au désespoir, en sort. Elle tient dans les bras une petite fille de quelques mois qui s’abandonne, livide comme un noyé. Elle doit avoir une diphtérie aigue et est sur le point de mourir. La femme se réfugie sur la poitrine de Jésus, comme un naufragé sur un écueil. Ses pleurs sont tels qu’elle ne peut parler.

Jésus prend l’enfant qui a de petits mouvements convulsifs dans ses menottes cireuses aux ongles déjà violets. Il la lève. Sa petite tête pend sans force, en arrière. Sa mère, sans montrer le moindre orgueil d’une Romaine devant un Hébreu, s’est laissée glisser dans la poussière aux pieds de Jésus, et elle sanglote, le visage levé, les cheveux à moitié dénoués, les bras agrippés au vêtement et au manteau de Jésus. Derrière et autour d’eux, des Romains de la maison et des Hébreux de la ville regardent.

Jésus mouille son index avec de la salive, le glisse dans la petite bouche haletante et l’enfonce profondément. La fillette se débat et devient encore plus noire. Sa mère crie : « Non ! Non ! »

Et semble se tordre sous un couteau qui la transperce. Les gens retiennent leur souffle.

Mais le doigt de Jésus sort un amas de membranes purulentes. La fillette ne se débat plus et après avoir versé quelques larmes, se calme avec un sourire innocent, agitant ses menottes et remuant les lèvres comme un oiseau qui pépie en battant des ailes, dans l’attente de la becquée.

« Prends-la, femme. Donne-lui ton lait. Elle est guérie. »

La mère est tellement abasourdie qu’elle prend la petite et, restant comme elle est, dans la poussière, elle l’embrasse, la caresse, lui donne le sein, folle, oublieuse de tout ce qui n’est pas sa petite fille.

Un Romain demande à Jésus :

« Mais comment as-tu pu ? Je suis médecin du proconsul et je suis savant. J’ai essayé d’enlever l’obstacle, mais il était vraiment trop enfoncé ! Et toi…juste comme ça…

- Tu es savant mais tu n’as pas le vrai Dieu avec toi. Qu’il en soit béni ! Adieu. »

Jésus fait mine de s’éloigner. A ce moment, un petit groupe de juifs éprouve le besoin d’intervenir :

« Comment t’es-tu permis d’aborder des étrangers ? Ils sont corrompus, impurs et quiconque les approche devient comme eux. »

Jésus les regarde, ils sont trois, fixement, avec sévérité, puis il parle :

« N’es-tu pas Aggée ? L’homme d’Azot, venu ici au mois de Tisri dernier, pour chercher à conclure des affaires avec un marchand qui réside près des fondations de la vieille source ? Et toi, n’es-tu pas Joseph de Rama, venu ici pour consulter le médecin romain et, comme moi, tu sais pourquoi ? Alors ? Vous ne vous croyez pas impurs ?

- Le médecin n’est jamais un étranger. Il soigne le corps et le corps est le même pour tous.

- L’âme aussi et même plus que le corps. Du reste, qu’est-ce que j’ai soigné ? Le corps innocent d’une enfant et c’est de la même manière que j’espère guérir les âmes des étrangers, qui, elles, ne sont pas innocentes. Comme médecin et comme Messie, je peux donc aborder n’importe qui.

- Non. Tu ne le peux pas.

- Non, Aggée ? Et toi, pourquoi fais-tu des affaires avec un marchant romain ?

- Nos seuls contacts, ce sont la marchandise et l’argent.

- Et, sous prétexte que tu ne touches pas sa chair, mais seulement ce que sa main a touché, tu penses ne pas te contaminer ! Ah ! Hommes aveugles et cruels. Ecoutez tous… »

Jésus se lance dans un long discours où il rappelle des versets du Livre des Prophètes. Il reproche l’hypocrisie des pharisiens qui cherchent des prétextes religieux arrangeant leurs intérêts. Puis, il les congédie avec des mots très durs non sans avoir loué l’Eternel.

« Les trois hommes se sont enfuis sous la grêle des reproches. Tous les autres, Romains ou Hébreux, sont restés, bouche bée. La femme romaine avec la petite fille rassasiée de lait et qui dort tranquillement sur le sein de sa mère, est restée là où elle était, presque aux pieds de Jésus et elle pleure de joie maternelle et d’émotion spirituelle. Un grand nombre pleure à la conclusion irrésistible de Jésus qui paraît flamboyer dans son extase.

Baissant les yeux et son esprit du Ciel sur la terre, Jésus voit la foule, voit la mère… et, en passant, après un geste d’adieu à tous, il effleure de la main la jeune Romaine comme pour la bénir de sa foi. Et il s’en va avec ses disciples pendant que les gens, encore sous le coup de l’émotion, restent sur place. »

Vision et dictée du 5 mai 1945, tome 2, p 507, § 155.

La petite fille que Jésus a guérie s’appelle Faustina et sa mère Valéria. Ce miracle fera beaucoup de bruit chez les patriciennes de l’entourage de Ponce Pilate et suscitera une première rencontre concertée de Jésus avec les dignitaires romaines dans une roseraie au bord du lac de Tibériade. Valéria débute alors sa conversion en délaissant petit à petit la vie corrompue de Romains, comme beaucoup de ses amies qui commencent à être sensibles au message de Jésus.

4. Elisée, l’enfant mordu par un serpent.

« Jésus est sur le point d’arriver en barque à Capharnaüm. Le soleil va se coucher et le lac n’est qu’un scintillement jaune-rouge.

Tandis que les deux barques manoeuvrent pour accoster, Jean dit :

« Je me dépêche d’aller chercher de l’eau à la fontaine pour que tu puisses te désaltérer.

- L’eau est bonne, ici, s’exclame André.

- Oui, elle est bonne. Et votre amour me la fait paraître encore meilleure.

- Moi, je vais porter le poisson à la maison. Les femmes le prépa-reront pour le repas. Tu nous parleras ensuite, à elles et à nous ?

- Oui, Pierre.

- C’est le plus beau, maintenant, de revenir chez soi. Auparavant, nous avions l’air de nomades. Mais maintenant, avec les femmes, il y a plus d’ordre, plus d’amour. Et puis, voir ta Mère me fait oublier toute fatigue. Je ne sais… »

Jésus sourit et se tait. La barque s’échoue sur la grève. Jean et André, en sous-vêtements courts, sautent dans l’eau et tirent la barque sur la rive avec l’aide des garçons puis disposent la planche qui sert de pont. Jésus est le premier à descendre ; il attend que la seconde barque soit amarrée pour s’unir à tous ses disciples. Puis, à pas lents, ils s’avancent vers la fontaine. C’est une fontaine naturelle, une source qui jaillit en peu en dehors du village et dont l’eau retombe sur un bassin de pierre, fraîche, abondante, argentée. Jean, qui a couru en avant avec l’amphore, est déjà de retour et tend le broc ruisselant à Jésus qui boit à longues gorgées.

« Comme tu avais soif, mon Maître ! Et moi, comme un sot, je ne m’étais pas procuré de l’eau !

- Cela ne fait rien, Jean. Maintenant tout est passé » répond Jésus avec une caresse. 

Ils sont sur le point de revenir quand ils voient Simon-Pierre, qui était allé porter ses poissons chez lui, arriver aussi vite qu’il le peut.

« Maître, Maître ! crie t-il, à bout de souffle. Tout le village est en émoi, car l’unique petit-fils d’Eli le pharisien est en train de mourir à la suite d’une morsure de serpent. Contre la volonté de sa mère, il était parti avec le vieil homme dans leur oliveraie. Eli surveillait les travaux et l’enfant jouait près des racines d’un vieil olivier. Il a mis la main dans un trou dans l’espoir d’y trouver quelque lézard mais c’est un serpent qu’il a trouvé. Le vieillard a l’air d’un fou. La mère de l’enfant, qui, entre parenthèses, déteste son beau père et à juste titre, l’accuse d’assassinat. L’enfant se refroidit rapidement. Entre parents, ils ne se sont jamais aimés ! Or on ne peut être plus de la même famille que cela !

- Les querelles de familles sont une bien triste chose !

- Mais, Maître, je dis que les serpents n’ont pas aimé le serpent Eli. Et ils ont tué le petit serpent. Je regrette qu’il m’ait vu et qu’il m’ait crié : « Le Maître est là , » Et je regrette pour le petit. C’était un bel enfant et ce n’est pas sa faute s’il est petit-fils d’un pharisien.

- Effectivement, ce n’est pas sa faute. »

Ils se dirigent vers le village et voient venir à leur rencontre une foule de personnes qui crient et pleurent, le vieil Eli en tête.

« Il nous a trouvés ! Retournons sur nos pas !

- Mais pourquoi ? Ce vieil homme souffre.

- Ce vieil homme te déteste, souviens-t-en : c’est l’un de tes accusateurs les plus acharnés auprès du Temple.

- Je me souviens que je suis la Miséricorde. »

Le vieil Eli, échevelé, bouleversé, les vêtements en désordre, court vers Jésus bras tendus et s’écroule à ses pieds en criant :

« Pitié ! Pitié ! Pardon ! Ne te venge pas de ma dureté de cœur sur un innocent. Toi seul peux le sauver ! Dieu, ton Père, t’a conduit ici. Je crois en toi ! Je te vénère ! Je t’aime ! Pardon ! Je me suis montré injuste et menteur ! Mais me voilà puni. Ces heures sont à elles seules une punition. A l’aide ! C’est le garçon, le seul fils de mon garçon qui est mort. Et elle m’accuse de l’avoir tué. »

Il pleure en se frappant la tête contre terre en cadence.

« Allons, ne pleure pas comme ça. Veux-tu mourir sans plus te soucier de voir grandir cet enfant ?

- Il meurt ! Il meurt ! Il est peut-être déjà mort. Fais-moi mourir, moi aussi. Que je n’aie pas à vivre dans cette maison vide ! Oh, mes tristes derniers jours !

- Eli, relève-toi et allons-y…

- Tu…tu viens vraiment ? Mais sais-tu qui je suis ?

- Un malheureux. Allons. »

Le vieil homme se lève et dit :

« Je pars en avant, mais toi, cours, dépêche-toi ! »

Et il s’en va d’autant plus rapidement que le désespoir lui aiguillonne le cœur.

« Seigneur, crois-tu que cela puisse le faire changer ? Ah ! Quel miracle inutile ! Laisse donc mourir ce petit serpent ! Le vieux mourra de chagrin et…ça en fera un de moins sur ta route. C’est Dieu qui a pensé à…

- Simon ! En vérité, en ce moment c’est toi le serpent. »

Repoussant sévèrement Pierre, qui reste tête basse, Jésus va de l’avant.

Près de la place la plus grande de Capharnaüm se trouve une belle maison devant laquelle la foule fait grand bruit… Jésus s’y rend et il est sur le point d’y arriver lorsque, par la porte grande ouverte, sort le vieillard, suivi d’une femme échevelée qui serre dans ses bras un petit être à l’agonie. Le venin paralyse déjà ses organes et la mort est proche. Sa menotte blessée pend avec la marque de la morsure à la base du pouce. Eli ne cesse de crier :

« Jésus ! Jésus ! »

Jésus, serré, écrasé par la foule qui l’empêche presque de faire le moindre geste, prend cette menotte, la porte à la bouche, suce la blessure, puis souffle sur le petit visage cireux aux yeux vitreux à demi-clos. Puis il se redresse en disant :

« Voilà, l’enfant s’éveille. Ne l’effrayez pas par tous vos visages bouleversés. Il aura déjà bien assez peur en souvenir du serpent. »

De fait, l’enfant, dont le visage reprend couleur, ouvre la bouche et bâille longuement, se frotte les yeux puis les ouvre, ouvre la bouche ébahi de se trouver au milieu de tant de monde. Puis il se souvient et tente de fuir en faisant un bond si soudain qu’il serait tombé si Jésus ne l’avait reçu promptement dans ses bras.

« Du calme ! De quoi as-tu peur ? Regarde ce beau soleil ! Voilà le lac, ta maison et ici, ta maman et ton grand-père.

- Et le serpent ?

- Disparu. C’est moi qui suis là.

- Toi, oui… »

L’enfant réfléchit…puis il ajoute :

« Mon grand-père me disait de te traiter de « maudit ». Mais je ne le fais pas. Moi, je t’aime bien.

- Moi, j’ai dit cela ? Cet enfant délire ! N’en crois rien, Maître. Je t’ai toujours respecté. »

Une fois sa peur surmontée, sa vieille nature réapparaît.

« Les paroles ont de la valeur ou non. Je les prends pour ce qu’elles valent. Adieu, mon petit, adieu, femme, adieu, Eli. Aimez-vous bien et aimez-moi, si vous le pouvez. »

Jésus tourne le dos et se dirige vers la maison où il habite.

« Pourquoi, Maître, ne pas avoir accompli un miracle éclatant ? Tu aurais dû ordonner au venin de quitter l’enfant, tu aurais dû te montrer Dieu. Au lieu de cela, tu as sucé le venin comme l’aurait fait le premier venu. »

Judas n’est pas très content. Il aurait voulu quelque chose de sensationnel.

Mais d’autres sont du même avis :

« Tu devais écraser cet ennemi de toute ta puissance. Tu as entendu, hein ? Son venin est aussitôt réapparu.

- Peu importe le venin. Observez plutôt que, si j’avais agi comme vous l’auriez souhaité, il aurait dit que Béelzéboul m’aidait. Dans son âme en ruines, il peut encore admettre mon pouvoir de médecin. Pas davantage. Le miracle amène à la foi ceux qui sont déjà sur cette route. Mais chez ceux qui n’ont pas d’humilité, la foi prouve toujours l’existence de l’humilité dans une âme, le miracle les pousse au blasphème. Par conséquent, mieux vaut éviter ce risque en recourant à des procédés apparemment humains. C’est la misère des incrédules, leur misère inguérissable. Il n’y a pas d’argent qui la fasse disparaître car aucun miracle ne porte à croire ni à être bons. Peu importe. Je fais mon devoir, eux suivent leurs tendances mauvaises.

- Mais alors, pourquoi l’avoir fait ?

- Parce que je suis la Bonté et afin que l’on ne puisse dire que j’ai été vindicatif à l’égard de mes ennemis et provocateur vis-à-vis de ceux qui le sont. J’accumule sur leur tête des charbons ardents. Et ce sont eux qui me la présentent pour que je les accumule. Judas, fils de Simon, sois bon, ne cherche pas à agir comme eux. Mais cela suffit. Allons chez ma Mère. Elle sera heureuse de savoir que j’ai guéri un enfant. »

Cette vision et cette dictée ont eu lieu le 11 mai 1945, mais elles sont suivies d’une autre scène, deux jours après, dont quelques extraits complètent bien la gratitude finale de la famille de l’enfant.

Après la préparation du repas à laquelle assistent la Mère de Jésus mais aussi sa belle sœur et Suzanne de Cana :

…« Le dîner est enfin prêt et les femmes préparent la table dans la grande salle de l’étage de la maison, apportent les plats, puis se retirent en bas. Seuls les hommes restent et Jésus offre, bénit et distribue les parts. Mais après quelques bouchées à peine, Suzanne monte annoncer :

« Eli est arrivé avec des serviteurs et de nombreux cadeaux. Mais il souhaiterait te parler.

- Je viens tout de suite. Ou plutôt, fais-le monter. »

Suzanne sort et revient peu après avec le vieil Eli accompagné de deux serviteurs qui portent un grand panier. Derrière, les femmes, Marie exceptée, observent avec curiosité.

« Que Dieu soit avec toi, mon bienfaiteur, salue le pharisien.

- Et avec toi, Eli. Entre. Que veux-tu ? Ton petit-fils est encore malade ?

- Oh ! Il va très bien ! Il saute dans le jardin comme un cabri. Mais, tout à l’heure, j’étais tellement bouleversé, tellement sens dessus dessous que j’ai manqué à tous mes devoirs. Je désire te prouver ma reconnaissance et je te prie de ne pas refuser les petits cadeaux que je t’offre : un peu de nourriture pour tes disciples et toi. Ce sont des produits de mes domaines. Et puis…je voudrais…je voudrais t’avoir à table demain pour te dire encore merci et te faire honneur en compagnie d’amis. Ne refuse pas, Maître. Je pourrais croire que tu ne m’aimes pas et que, si tu as guéri Elisée, c’est seulement par amour pour lui, pas pour moi.

- Je te remercie. Mais ces cadeaux n’étaient pas nécessaires.

- Tous les grands et les savants les acceptent. C’est l’usage.

- Moi aussi. Mais il y a surtout un cadeau que j’accepte bien volontiers, que je cherche même.

- De quoi s’agit-il ? Dis-le moi. Si je peux, je te l’offrirai.

- Il s’agit de votre cœur, de votre pensée. Donnez-les-moi, pour votre bien.

- Mais je te les consacre. Jésus béni ! En douterais-tu ? J’ai eu…oui…j’ai eu des torts envers toi. Mais, maintenant, j’ai compris. J’ai aussi appris la mort de Doras qui t’avait offensé…Pourquoi souris-tu, Maître ?

- Un souvenir…

- Je pensais que tu ne croyais pas à ce que je disais.

- Oh si ! Je sais que la mort de Doras t’a ému plus encore que le miracle de ce soir. Mais ne crains pas Dieu, si réellement tu as compris et si réellement tu veux être dorénavant l’un de mes amis.
- Je vois que tu es vraiment prophète. Moi, c’est vrai, je craignais davantage …Je venais surtout à toi par crainte d’un châtiment semblable à celui de Doras. Et, ce soir, je me suis dit : « Voilà, le châtiment est venu : il est encore plus atroce parce qu’il n’a pas frappé le vieux chêne dans sa propre vie, mais dans ses affections, dans sa joie de vivre, en foudroyant le petit chêne qui faisait toute ma joie. » C’est cela qui m’amenait, plus encore que mon malheur. J’avais compris que cela aurait été juste, comme pour Doras…

- Tu avais compris que cela aurait été juste, mais tu ne croyais pas encore en celui qui est bon.

- Tu as raison. Mais maintenant, ce n’est plus la même chose. J’ai compris. Alors, tu viens chez moi, demain ?

- Eli, j’avais décidé de partir dès l’aurore. Mais pour que tu ne puisses pas t’imaginer que je te méprise, je repousse mon départ d’un jour. Demain, je viendrai chez toi.

- Ah ! tu es vraiment bon ! Je m’en souviendrai toujours.

- Adieu, Eli, et merci pour tout. Ces fruits sont superbes, ces fromages doivent être très crémeux, le vin est certainement des meilleurs. Mais tu pouvais tout donner aux pauvres en mon nom.

- Il y en a pour eux aussi, si tu veux, au fond. C’était une offrande pour toi.

- Alors nous distribuerons celle-là ensemble, demain, avant ou après le repas, comme tu veux. - Que la nuit te soit paisible, Eli.

- A toi de même, Adieu. »

Il part avec ses serviteurs. Pierre, qui a vidé, avec quelques mimiques expressives, tout ce que contenait le panier pour le rendre aux serviteurs, pose une bourse sur la table devant Jésus et, comme s’il terminait une réflexion intérieure, constate :

« Ce sera bien la première fois que ce vieil hibou fait l’aumône.

- C’est vrai, confirme Matthieu. Moi, j’étais avare, mais lui, il me dépassait. Par son usure (prêts avec intérêts), il a multiplié ses biens par deux.

- Eh bien…s’il se repend…C’est beau, n’est-ce pas ? dit Isaac.

- Oui, c’est beau. Et il semble bien qu’il en soit ainsi, approuvent Philippe et Barthélemy.

- Le vieil Eli converti ! Ah, ah ! 

Pierre rit de bon cœur…. »

Le lendemain Jésus avec seulement Judas vont ensemble au banquet offert par Eli avec quatre autres pharisiens. La discussion tourne sur l’esclavage de la Palestine par les Romains, sans que Jésus n’accepte de pousser à la révolte. A la fin Jésus cite le Livre des Rois où apparaît qu’aucun royaume humain, aussi puissant soit-il, n’est universel ni éternel…Mais les bonnes intentions d’Eli ne dureront pas. Il retournera à la haine envers Jésus, jusqu'au pied de la croix, lors de la mort de Jésus.

5. Les guérisons lors de l’élection des douze apôtres.

Les jours suivants, Jésus a amené les « douze », seuls avec lui, dans une gorge disposant de grottes éloignées du lac de Tibériade pour faire une retraite de prières qui durera une semaine. C’est alors qu’il leur dit que « le monde les attend », car ils ne sont plus « les disciples préférés mais les apôtres » de Jésus, « les chefs de mon Eglise », et il leur explique la tâche qui les attend. Avant de repartir de là, il leur donne le programme des jours suivants :

« Partons. Allons à la rencontre des autres : ils sont nombreux à attendre ma venue. Ensuite, j’irai pour quelques heures à Tibériade et vous, vous parlerez de moi en allant m’attendre au pied de la montagne sur la route directe de Tibériade à la mer. J’y viendrai et je monterai pour prêcher. Notre séjour est terminé et votre élection est faite. »

En ce jour, on retrouve Jésus : « A mi-pente, rencontrant de nombreux disciples, ainsi que beaucoup de gens qui se sont peu à peu unis aux disciples. Ce qui les a amenés là, à cet endroit isolé, c’est le besoin de miracle ou le désir d’entendre parler Jésus. Ils y sont venus en toute assurance, sur l’indication de gens ou par instinct spirituel…

A toutes ces personnes qui l’ont attendu sans fatigue ni crainte, Jésus prodigue des secours en miracles et en paroles. Que de miracles ! C’est une floraison semblable à celle qui orne les pentes de la montagne : des miracles éclatants, comme celui d’un enfant qu’on a arraché à une meule de foin en flammes, atrocement brûlé. On l’a amené sur une civière, tel un amas de chair à vif qui geint plaintivement sous le drap dont on l’a recouvert tant son aspect est atroce. Il allait mourir. Jésus le guérit en soufflant sur lui et fait disparaître totalement les brûlures. L’enfant se lève, tout nu, et court allègrement vers sa mère qui, en pleurant de joie, caresse son corps complètement guéri, sans la moindre trace de cicatrice…

Il y a aussi le miracle de ce vieillard pris par des quintes de toux qui dit :

« Ce n’est pas pour moi, mais parce que je dois servir de père à mes petits enfants orphelins ; or je ne peux travailler le sol avec ces humeurs qui me restent dans la gorge et qui m’étouffent… »

Et encore, dans toute cette foule sans savoir à qui s’adressent ces mots, ce miracle invisible, mais non moins certain, que provoque cette parole de Jésus :

« L’un de vous pleure en son âme et n’ose pas demander : « Aie pitié ! » Je lui réponds : «  Qu’il en soit comme tu le demandes. Toute pitié. Afin que tu saches que je suis la Miséricorde ; » Seulement à mon tour, je te demande : « Fais preuve de générosité. Montre-toi généreux avec Dieu. Romps tout lien avec le passé. Tu entends Dieu et puisque tu l’entends, viens à lui d’un cœur libre et avec un amour plénier. »

Jésus dit encore :

« Voici mes apôtres…Adressez-vous à eux en toute confiance. Ils ont appris de moi tout ce dont vous avez besoin pour vos âmes. »

Les apôtres regardent Jésus d’un air effaré…mais Jésus fait un geste d’adieu et de bénédiction et s’éloigne en fendant la foule qui refuse de le laisser partir. C’est alors que se produit le dernier miracle, celui d’une petite vieille à demi paralysée, amenée là par son petit-fils. Elle agite joyeusement son bras droit jusqu’alors inerte et s’exclame :

« Il m’a effleurée de son manteau et me voilà guérie ! Je ne le lui demandais même pas, parce que je suis vieille…mais il a eu pitié de mon désir secret. Il m’a effleuré le bras de son manteau, d’un pan de son manteau, il m’a guérie ! Ah, quel grand fils a eu notre saint David ! Gloire à son Messie ! Voyez donc ! Regardez ! Ma jambe bouge elle aussi, comme mon bras…Oh ! Je suis comme à vingt ans ! »

L’affluence d’un grand nombre de personnes vers la vieille femme, qui crie son bonheur à pleine voix, permet à Jésus de se dégager sans en être empêché… »

Les apôtres se mettent à improviser un discours à la foule et c’est surtout l’apôtre Jean qui étonne tout le monde par son éloquence et la justesse de l’enseignement qu’il donne, comme si c’était Jésus « qui parlait en lui ». C’est la première manifestation organisée par les apôtres seuls…

Vision et dictée du 18 mai 1945, tome 3, p 43, § 166.

6. Les guérisons lors des sermons sur la Montagne.

Jésus commence un cycle d’une semaine complète pour un enseignement sur la doctrine qu’il souhaite voir se développer en approfondissement de la religion existante mal pratiquée ou en remplacement de rites païens découlant des croyances des occupants romains.

Le 13 février 28, Jésus arrive près d’une montagne sur une sorte de plateau qui domine au lointain le lac de Tibériade, d’un côté et le sommet imposant et enneigé du mont Hermon, de l’autre. Les apôtres l’attendent mais aussi une petite foule, dont des scribes et des fidèles du Temple de Jérusalem. Bien que le soir approche, Jésus, assis sur un rocher, commence un premier enseignement préparatoire s’adressant plutôt à la centaine de disciples présents autour de lui, avec pour thème la « lumière » qui doit être dans le cœur de chacun… Il n’y a pas de miracle ce soir là.

Au deuxième jour, le lundi, et au même endroit, l’organisation se fait sentir meilleure :

… « Il y a une foule nombreuse, de toutes conditions, venue de toutes les régions de Palestine. Les apôtres sont perdus dans la foule, mais telles des abeilles qui vont et qui viennent près de la ruche, ils reviennent de temps à autre auprès du Maître, pour le renseigner, le questionner ou pour avoir le plaisir que le Maître les regarde de près… »

C’est ce jour là que Jésus dévoile les neufs béatitudes bien connues dans les évangiles canoniques mais, ici, très longuement commentées pour chacune d’entre elles. A la fin, Jésus termine en disant :

« Allez. Demain, je vous parlerai encore. Que restent seulement les malades pour que je les secoure de leurs peines. Que la paix soit avec vous et que la méditation du salut par le moyen de l’amour vous mette sur la route qui aboutit au Ciel. »

Toujours au même lieu et la même heure, a lieu le troisième sermon.

« Il y a encore plus d’affluence. Dans un coin, près d’un sentier, comme s’il voulait entendre sans provoquer l’hostilité de la foule, se tient un Romain avec son vêtement court. Etienne et Hermas sont encore là… »

Un des thèmes abordés est celui se rapportant à « l’ancienne parole : Œil pour œil, dent pour dent. » L’hypocrisie des pharisiens est également évoquée. Jésus termine son long discours par :

…« En toutes choses, élevez votre regard vers Dieu. Demandez-vous : « Ai-je le droit de faire aux autres ce que Dieu ne me fait pas, à moi ? » Car Dieu n’est pas inexorable et obstiné comme vous. Malheur à vous s’il l’était ! Personne ne serait sauvé. Que cette réflexion vous amène à des sentiments doux, humbles, pleins de pitié. Alors vous obtiendrez de Dieu votre récompense, ici-bas et après.

Il y a ici, devant moi, un homme qui me hait et qui n’ose pas me dire : « Guéris-moi » parce qu’il sait que je connais ses pensées. Mais moi, je dis : « Qu’il te soit fait comme tu le désires. Et comme les écailles tombent de tes yeux, que la rancœur et les ténèbres te tombent du cœur. » Partez tous avec ma paix. Je vous parlerai demain ».

Les gens s’éloignent lentement ; ils attendent peut-être l’annonce d’un miracle qui ne se produit pas. Même les apôtres et les disciples les plus anciens, restés sur la montagne, demandent :

« Mais qui était-ce ? Il n’est peut-être pas guéri ? »

Et ils insistent auprès du Maître resté debout, les bras croisés, qui regarde les gens descendre.

Dans un premier temps, Jésus ne répond pas, puis il dit :

« Les yeux sont guéris, mais pas l’âme. Elle ne le peut pas car elle est chargée de haine.

- Mais qui est-ce ? Ce Romain, peut-être ?

- Non, Un pauvre homme…

- Dans ce cas, pourquoi l’avoir guéri ? demande Pierre.

- Devrais-je foudroyer tous ceux qui lui ressemblent ?

- Seigneur…Je sais que tu ne veux pas que je dise : « oui », par conséquent je ne le dis pas…mais je pense… et cela revient au même…

- En effet, Simon-Pierre, mais sache qu’alors…Ah ! Que de cœurs couverts des écailles de la haine autour de moi ! Viens. Montons au sommet regarder de là-haut notre belle mer de Galilée. Toi et moi, seuls. »

Le sermon sur la montagne reprend le mercredi où sont développés les thèmes de l’honnêteté, de la prière et du jeune. La foule est toujours nombreuse. Jésus termine en disant :

« Et maintenant que votre âme est nourrie, allez nourrir votre corps. Que ces deux pauvres restent avec nous. Ils seront les hôtes bénis qui donneront de la saveur à notre paix. La paix soit avec vous. »

Et les deux pauvres restent. C’est une femme décharnée et un très vieil homme qui ne sont pas ensemble…Comme ils n’osent pas s’avancer, Jésus va directement à eux et les prend par la main pour les amener au centre du groupe des disciples, sous une espèce de tente, faite de branchages et de manteaux, sous laquelle ils s’abritent en se courbant pour y entrer. Voici un père et voici une sœur. Apportez ce que nous avons et, tout en prenant notre repas, nous écouterons leur histoire. »

Et Jésus sert personnellement les deux pauvres, tout honteux, et écoute leur lamentable histoire. Le vieillard est seul depuis que sa fille est partie au loin avec son mari et a oublié son père. La femme, elle aussi, est seule depuis que la fièvre a tué son mari et, de surcroît, elle est malade.

« Le monde nous méprise parce que nous sommes pauvres, dit le vieillard. Je marche en demandant l’aumône pour recueillir de quoi accomplir la Pâque. J’ai quatre-vingts ans. J’ai toujours fait la Pâque et celle-ci est peut-être la dernière. Mais je veux partir sans aucun remords dans le sein d’Abraham. De la même façon que je pardonne à ma fille, j’espère être pardonné. Et je veux faire ma Pâque.

- Mais le chemin est long, père.

- Plus long est le chemin du Ciel si on n’accomplit pas le rite.

- Tu fais route tout seul ? Et si tu te sens mal en chemin ?

- L’ange de Dieu me fermera les yeux. »

Jésus caresse sa tête tremblante et blanche et il demande à la femme :

« Et toi ?

- Je recherche du travail. Si j’étais mieux nourrie, je guérirais des fièvres et si j’étais guérie, je pourrais travailler aux grains.

- Tu crois que la nourriture suffirait à te guérir ?

- Non. Il y a aussi toi…, mais je suis une pauvre chose, une trop pauvre chose pour pouvoir demander la pitié.

- Et si je te guérissais, que désirerais-tu encore ?

- Rien de plus. J’aurais obtenu déjà bien plus que je ne puis espérer. »

Jésus sourit et lui donne un morceau de pain humecté d’un peu d’eau vinaigrée qui sert de boisson. La femme le mange sans mot dire et Jésus continue à sourire. Le repas est fini. Il était tellement frugal ! Apôtres et disciples vont chercher de l’ombre sur les pentes parmi les buissons. Jésus reste sous la tente. Le vieillard s’est placé contre la paroi herbeuse et s’endort de fatigue.

Peu après, la femme, qui s’était éloignée pour se reposer à l’ombre, vient vers Jésus qui lui sourit en signe d’encouragement. Elle s’avance timidement et pourtant joyeusement et fait rapidement les derniers pas vers la tente et tombe à plat ventre avec un cri étouffé.

« Tu m’as guérie ! Sois béni ! C’est l’heure du grand frisson et je ne l’ai plus…Oh ! »

Et elle baise les pieds de Jésus.

« Es-tu sûre d’être guérie ? Je ne te l’ai pas dit. Ce pourrait être un hasard…

- Oh, non ! Maintenant j’ai compris ton sourire quand tu m’as donné ce morceau de pain. Ta puissance est entrée en moi avec cette bouchée. Je n’ai rien à te donner en échange, rien d’autre que mon cœur. Commande à ta servante, Seigneur, et elle t’obéira jusqu’à la mort.

- Oui. Tu vois ce vieil homme ? Il est seul et c’est un juste ? Tu avais un mari et la mort te l’a enlevé. Lui, il avait une fille et l’égoïsme la lui a enlevée. C’est pire. Et pourtant, il ne maugrée pas. Mais il n’est pas juste qu’il marche vers sa dernière heure tout seul. Sois une fille pour lui.

- Oui, mon Seigneur.

- Mais cela veut dire travailler pour deux.

- Je suis forte, maintenant, et je le ferai ?

-Alors, va là-bas, sur cet escarpement et dis à l’homme qui s’y repose, celui qui est vêtu de toile bise, de venir me trouver. »

La femme s’en va promptement et revient avec Simon le Zélote.

« Viens, Simon. J’ai à te parler. Attends, femme. »

Jésus s’éloigne de quelques mètres.

« Penses-tu que Lazare aurait quelque difficulté à accueillir une travailleuse de plus ?

- Lazare ? Mais je crois qu’il ne sait même pas combien il a de serviteurs. Un de plus, un de moins…Mais de qui s’agit-t-il ?

- Cette femme. Je l’ai guérie et …

- C’est assez, Maître : si tu l’as guérie, c’est signe que tu l’aimes. Ce que tu aimes est sacré pour Lazare. Je m’engage pour lui.

- C’est vrai, ce que j’aime est sacré pour Lazare. Tu l’as bien dit. C’est pour cette raison que Lazare deviendra saint car, aimant ce que j’aime, il aimera la perfection. Je veux unir ce vieil homme à cette femme et faire faire joyeusement à ce patriarche sa dernière Pâque. J’aime beaucoup les vieillards qui sont saints et si je peux leur accorder un crépuscule serein, j’en suis heureux.

- Tu aimes aussi les enfants.

- Oui, et les malades…

- Et ceux qui pleurent…

- Et ceux qui sont seuls…

- Ah ! Mon Maître, mais tu ne te rends pas compte que tu aimes tout le monde ? Même tes ennemis ?

- Je ne m’en aperçois pas, Simon. C’est ma nature d’aimer. Voilà que le patriarche s’éveille. Allons lui dire qu‘il fera la Pâque avec une fille auprès de lui et qu’il ne manquera plus de pain. »

Ils reviennent à la tente où la femme les attend et ils vont tous les trois auprès du vieillard qui s’est assis et relace ses sandales.

« Que fais-tu, père ?

- Je redescends vers la vallée et j’espère trouver un abri pour la nuit et demain, je mendierai sur la route et puis…peu à peu…d’ici un mois, si je ne meurs pas, j’arriverai au Temple.

- Non.

- Je ne dois pas ? Pourquoi ?

- Parce que le bon Dieu ne le veut pas. Tu n’iras pas seul. Cette femme viendra avec toi. Elle te conduira où je le lui dirai et vous serez accueillis par amour pour moi. Tu feras la Pâque mais sans t’épuiser. Ta croix, tu l’as déjà portée, père. Dépose-la maintenant et recueille-toi en prière d’action de grâces pour le bon Dieu.

- Mais pourquoi…mais pourquoi…moi…, je ne mérite pas tant…Toi…une fille…C’est plus que si tu me donnais vingt ans…Et où, où m’envoies-tu ?

Le vieil homme pleure dans le buisson de sa longue barbe.

« Chez Lazare, fils de Théophile. Je ne sais pas si tu le connais.

- Oh !...Je suis des confins de la Syrie et je me souviens de Théophile. Mais…mais…ô fils de Dieu, laisse-moi te bénir ! »

Alors Jésus, assis également sur l’herbe, penche sa haute taille pour permettre au vieux père de lui imposer solennellement les mains sur la tête. D’une voix de tonnerre, de sa voix caverneuse de vieillard, il prononce l’antique bénédiction :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur te montre sa face et ait pitié de toi. Que le Seigneur tourne vers toi son regard et te donne sa paix. »

Jésus, Simon et la femme répondent ensemble :

«  Et qu’il en soit ainsi. »

Le jeudi, a lieu un autre sermon de Jésus sur la Montagne. La foule n’a cessé d’augmenter à mesure que les jours passent. La question du bon usage des richesses et de l’aumône est abordée mais un perturbateur vient apporter la contradiction. Le vieillard de la veille n’hésite pas à défendre publiquement Jésus, faisant fuir le scribe insulteur… A la fin, Jésus donne sa bénédiction…



Le lendemain, le 18 février 28, c’est une belle journée de printemps…

« Les gens ne cessent d’affluer. Il en monte de tous côtés : des vieillards, des bien portants, des malades, des bébés, des époux qui veulent débuter dans leur vie avec la bénédiction de la parole de Dieu, des mendiants, des gens aisés qui hèlent les apôtres et donnent leur offrande pour ceux qui n’ont rien et qui semblent se confesser tant ils se dissimulent pour le faire…Thomas a pris un de leurs sacs de voyage et y verse tranquillement tout ce trésor de pièces de monnaie comme si c’était du grain pour les poules, puis il porte le tout près du rocher d’où Jésus va parler et , tout joyeux, dit en riant :

« Réjouis-toi, Maître ! Aujourd’hui, il y en a pour tous ! »

Jésus répond en souriant :

« Et nous allons commencer immédiatement afin que ceux qui sont tristes puissent se réjouir dès maintenant. Toi et tes compagnons, repérez les malades et les pauvres et amenez-les devant. »

Cela se fait en un temps relativement court car il faut écouter le cas des uns et des autres et cela aurait duré beaucoup plus longtemps sans l’organisation pratique de Thomas qui grimpe sur un rocher pour être visible et crie de sa voix puissante :

« Que tous ceux qui souffrent physiquement aillent à ma droite, là où il y a de l’ombre. »

Judas, doté lui aussi d’une voix d’une puissance et d’une beauté peu communes, l’imite et crie à son tour :

«   Que tous ceux qui croient avoir droit à l’obole viennent ici, autour de moi. Et veillez bien à ne pas mentir car l’œil du Maître lit dans les cœurs. »

La foule s’agite et se sépare en trois groupes : les malades, les pauvres et ceux qui attendent seulement l’enseignement. Mais, parmi ces derniers, deux, puis trois semblent avoir besoin de quelque chose qui n’est ni la santé, ni l’argent mais qui est plus nécessaire. Il s’agit d’une femme et de deux hommes. Ils regardent les apôtres mais n’osent pas parler.

Simon le Zélote passe, l’air sévère, puis, c’est Pierre, affairé, qui harangue une dizaine de diablotins auxquels il promet des olives s’ils restent tranquilles jusqu’à la fin et des claques s’ils font du tapage pendant que le Maître parle ; Barthélemy arrive, puis Matthieu et Philippe portant dans leurs bras un estropié qui aurait eu trop de mal à se frayer un passage dans la foule compacte.

Ensuite, voici les cousins de Jésus qui donnent le bras à un mendiant presque aveugle et à une pauvre femme qui pleure en racontant à Jacques tous ses malheurs, et le fils de Zébédée qui tient dans ses bras une pauvre fillette, certainement malade, qu’il a prise à sa mère ; Celle-ci, anxieuse, le suit pour empêcher la foule de lui faire du mal. Pour finir, viennent André et Jean qui s’occupaient de diriger les pèlerins sur le sentier d’accès…

Jésus est déjà penché sur les malades et les hosannas de la foule ponctuent chaque miracle.

La femme, qui paraît tout en peine, ose tirer le vêtement de Jean qui parle avec André et sourit. Il se penche et lui demande :

« Que veux-tu, femme ?

- Je voudrais parler au Maître…

- Es-tu malade ? Tu n’es pas pauvre…
- Je ne suis ni malade, ni pauvre, mais j’ai besoin de lui…car il existe des maux sans fièvre et des misères sans pauvreté, or la mienne…la mienne…Elle pleure.

-  Tu vois, André, cette femme a de la peine et elle voudrait le dire au Maître. Comment allons-nous faire ? »

André regarde la femme et dit :

« C’est sûrement quelque chose dont elle souffre, tant qu’elle ne lui en aura pas parlé… »

La femme approuve d’un signe de tête. André reprend :

« Ne pleure pas…Jean, conduis-la à notre tente. J’y amènerai le Maître. »

Tout sourire, Jean demande qu’on le laisse passer pendant que, dans la direction opposée, André se dirige vers Jésus. Mais les deux hommes affligés observent la manœuvre : l’un d’eux arrête Jean, l’autre arrête André et, peu après, ils se retrouvent tous deux avec Jean et la femme derrière l’abri de feuillage qui sert de mur à la tente.

André rejoint Jésus au moment où il guérit l’estropié qui lève ses béquilles comme deux trophées avec l’agilité d’un danseur tout en criant sa bénédiction. André lui murmure :

« Maître, derrière notre tente il y a trois personnes qui pleurent. Mais ce sont des peines de cœur qui ne peuvent être rendues publiques.
- C’est bien. J’ai encore cette fillette et cette femme et puis, je viens. Va leur dire d’avoir foi. »

André s’éloigne tandis que Jésus se penche sur la fillette que la mère a reprise sur son sein :

« Comment t’appelles-tu ? lui demande Jésus.

- Marie.

- Et moi, comment est-ce que je m’appelle ?

- Jésus, répond la fillette. Et qui suis-je ?

- Le Messie du Seigneur venu pour faire du bien aux corps et aux âmes.

- Qui te l’as dit ?

- Papa et maman, qui espèrent en toi pour que je vive.

- Vis et sois bonne. »

La fillette souffrait de la colonne vertébrale car, bien qu’elle ait sept ans, sinon plus, elle ne bougeait que les mains et elle était serrée des aisselles aux hanches par de grosses bandes très dures. On les voit car sa mère a ouvert le petit vêtement pour les montrer. La fillette reste immobile pendant quelques minutes puis elle sursaute, glisse du sein de sa mère par terre et court vers Jésus qui est en train de guérir la femme avec un cas difficile à comprendre.

Les malades sont tous exaucés et ce sont eux qui crient le plus fort dans la foule nombreuse qui applaudit le Fils de David, gloire de Dieu et notre gloire. »

Jésus se dirige vers la tente. Judas s’écrie :

« Maître ! Et eux ? Jésus se retourne.

- Qu’ils attendent là où ils sont. Eux aussi seront consolés. »

Et il s’en va rapidement derrière les feuillages, là où se trouvent, avec André et Jean, les trois personnes en peine.

« D’abord la femme. Viens avec moi dans ces buissons. Parle sans crainte.

- Seigneur, mon mari m’a abandonnée pour une prostituée. J’ai cinq enfants et le dernier a deux ans… Ma douleur est grande…et je pense à mes enfants…Je ne sais s’il les voudra ou s’il me les laissera. Il voudra les garçons, l’aîné au moins…Et moi, qui l’ai mis au monde, ne dois-je plus avoir la joie de le voir ? Et que penseront-ils de leur père ou de moi ? Ils doivent penser du mal de l’un de nous. Or moi, je ne voudrais pas qu’ils jugent leur père…

- Ne pleure pas. Je suis le Maître de la vie et de la mort. Ton mari n’épousera pas cette femme. Va en paix et sois toujours bonne.

- Mais…tu ne le tueras pas , Oh ! Seigneur, je l’aime ! Jésus sourit.

- Je ne tuerai personne. Mais il y aura quelqu’un qui fera son métier. Sache que le démon n’est pas au-dessus de Dieu. A ton retour dans la ville, tu apprendras que la personne malfaisante a été tuée et de façon telle que ton mari comprendra ce qu’il allait faire ; alors, il t’aimera d’un amour renouvelé. »

La femme baise la main que Jésus lui avait posée sur la tête et part.

Arrive l’un des deux hommes :

« J’ai une fille, Seigneur. Malheureusement, elle est allée à Tibériade avec des amies et c’est comme si elle avait absorbé du poison. Elle m’est revenue comme ivre. Elle voulait partir avec un Grec…et puis…Mais pourquoi m’est-elle née ? Sa mère en est malade de chagrin, peut-être en mourra-t-elle… Quant à moi…il n’y a que tes paroles que j’ai entendues l’hiver dernier qui me retiennent de la tuer. Mais je te l’avoue, mon cœur l’a déjà maudite.

- Non, Dieu, qui est Père, ne maudit que pour un péché accompli et obstiné. Qu’attends-tu de moi ?

- Que tu l’amènes au repentir.

- Je ne la connais pas et elle ne vient sûrement pas à moi.

- Mais toi, tu peux, même de loin, changer les cœurs ! Sais-tu qui m’envoie vers toi ? Jeanne, femme de Kouza. Elle allait partir pour Jérusalem quand je suis allé à son palais lui demander si elle connaissait ce Grec infâme. Je pensais qu’elle ne le connaissait pas parce qu’elle est bonne, bien qu’elle vive à Tibériade, mais puisque Kouza fréquente les païens…Elle ne le connaît pas mais elle m’a dit : « Va trouver Jésus. Il a rappelé mon âme de bien loin et il m’a guérie de ma phtisie par ce rappel. Il guérira aussi le cœur de ta fille. Je vais prier ; quant à toi, aie foi. » J’ai foi, tu le vos. Aie pitié, Maître.

- D’ici ce soir, ta fille pleurera sur les genoux de sa mère en lui demandant pardon. Toi aussi, sois bon comme sa mère, pardonne. Le passé est mort ;

- Oui, Maître, comme tu veux, sois béni. »

Il se retourne pour s’en aller…puis revient sur ses pas :

« Pardon, maître…mais j’ai si peur…La luxure, c’est un tel démon ! Donne-moi un fil de ton vêtement. Je le mettrai au chevet de ma fille. Pendant son sommeil, le démon ne la tentera pas. »

Jésus sourit en hochant la tête…mais il satisfait l’homme en lui disant :

« C’est pour que tu sois tranquille. Mais crois bien que lorsque Dieu dit : « Je veux », le diable s’en va sans qu’il y ait besoin d’autre chose. Je veux que tu gardes cela en souvenir de moi. »

Et il lui donne une petite touffe de ses franges de vêtement.

Le troisième homme se présente :

« Maître, mon père est mort. Nous croyons qu’il avait beaucoup d’argent. Nous n’en avons pas trouvé. Et ce serait que demi-mal car entre frères nous ne manquons pas de pain. Mais moi, étant l’aîné, je vivais avec mon père. Mes deux frères m’accusent d’avoir fait disparaître l’argent et ils veulent me faire un procès pour vol. Tu vois mon cœur. Je n’ai pas volé le moindre sou. Mon père gardait ses deniers dans un coffret, dans une cassette en fer. A sa mort, nous avons ouvert le coffret et la cassette n’y était plus. Ils prétendent : «  C’est toi qui l’as prise cette nuit, pendant que nous dormions. » Ce n’est pas vrai ? Aide-moi à rétablir la paix et l’estime entre nous. »

Jésus le regarde fixement et sourit.

« Pourquoi souris-tu, Maître ?

- Parce que le coupable, c’est ton père : une faute d’enfant qui cache son jouet pour qu’on ne le lui prenne pas.

- Mais il n’était pas avare, tu peux le croire. Il faisait du bien.

- Je le sais, mais il était âgé…Ce sont les maladies des vieillards…Il voulait mettre son argent à l’abri dans votre intérêt et il a mis la brouille entre vous par excès d’affection ! La cassette est enterrée au pied de l’escalier de la cave. Je te le dis pour que tu saches que je le sais. Pendant que je te parle, par pur hasard, ton frère cadet en frappant le sol avec colère l’a fait vibrer et ils l’ont découverte. Ils sont confus et regrettent de t’avoir accusé. Retourne tranquillement chez toi et sois gentil avec eux. Ne leur reproche pas leur manque d’estime.

- Non, Seigneur. Je n’y vais même pas. Je reste à t’écouter. Je partirai demain.

- Et s’ils t’enlèvent de l’argent ?

- Tu dis qu’il ne faut pas être avide. Je ne veux pas l’être. Il me suffit que la paix règne entre nous. Du reste…je ne savais pas ce qu’il y avait dans la cassette et je ne me mettrai pas en peine pour une déclaration inexacte. Je pense que cet argent aurait pu être perdu…S’ils me le refusent, je vivrai maintenant comme je vivais auparavant. Il me suffit qu’ils ne me traitent pas de voleur.

- Tu es très avancé sur le chemin de Dieu. Continue et que la paix soit avec toi. »

Et lui aussi repart satisfait.

Jésus retourne vers la foule, vers les pauvres et il distribue les oboles comme il le juge bon. Maintenant tout le monde est content et Jésus peut parler.

Il prend pour thème le choix à faire entre le Bien et le Mal et il parle de la tentation, alors qu’apparaît la belle Marie Madeleine en tenue provocatrice, portée en triomphe par quatre jeunes, semant le trouble parmi la foule. Jésus continue son long discours en l’orientant sur la luxure et l’adultère…

« …Marie, au commencement, a écouté avec un visage qui était un poème de séduction et d’ironie, éclatant de temps à autre en rires méprisants. Sur la fin du discours, elle devient rouge de colère. Elle comprend que, sans la regarder, c’est à elle que Jésus s’adresse. Sa colère s’enflamme toujours plus. Elle se révolte et, à la fin, n’y résiste plus. Arrogante, elle s’entoure de son voile et suivie par les regards de la foule qui la méprise et par la voix de Jésus qui la poursuit, elle se sauve à toutes jambes sur la pente en abandonnant des lambeaux de vêtements aux chardons et aux églantiers au bord du sentier. Elle a un rire de rage et de mépris…

Jésus décide alors de quitter les lieux avec ses apôtres et de revenir vers Capharnaüm malgré la foule qui continue à le louer et à le réclamer.

Vision et dictée du 12 août 1944 et du 24, 25, 26, 27, 29 mai 1945, tome 3, p. 76 à 124, § 169 à 174.



Les quatre évangélistes ont rapportés certains des propos tenus par Jésus dans cette longue série de sermons très profonds dont l’intensité a été marquée par l’évocation des Béatitudes. Mais peu ont rapporté les nombreux miracles qui ont été accomplis presque journellement, soit avant, soit après les enseignements donnés.

7. Le lépreux Jean, prêtre du Temple.

L’épisode se déroule dans la vallée dite de la Géhenne, près de Jérusalem, bien connue par l’apôtre Simon le Zélote, qui y amène Jésus.

« Au milieu des fleurs innombrables qui parfument le sol et égaient la vue, se dresse l’horrible spectre d’un lépreux, rongé par la maladie et couvert de plaies qui exhalent une odeur fétide. Epouvantés, les gens hurlent et font demi-tour en direction des premières pentes de la montagne. Certains prennent même des pierres pour les lancer sur l’imprudent.

Mais Jésus se retourne, les bras ouverts, en criant :

« Paix ! Restez là où vous êtes et n’ayez pas peur. Posez les pierres. Ayez pitié de ce pauvre frère. Lui aussi, il est fils de Dieu. »

Subjugués par l’autorité du Maître, les gens obéissent. Il s’avance à travers les hautes herbes fleuries jusqu’à quelques pas du lépreux qui, à son tour, s’est approché quand il a compris que Jésus le protégeait. Arrivé près de Jésus, il se prosterne et la prairie l’accueille et le submerge comme une eau fraîche et parfumée…

« Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier. Aie aussi pitié de moi !  Jésus répond :

- Lève ton visage et regarde moi. L’homme doit savoir regarder le ciel quand il y croit. Or toi, tu crois, puisque tu l’implores. »

Les herbes bougent et se rouvrent. Tel une tête de naufragé qui émerge de la mer, le visage du lépreux apparaît, sans cheveux ni barbe : un crâne où il resterait encore un petit lambeau de chair. Cependant Jésus ose poser le bout des doigts sur ce front, là où il est net, sans plaies, où il n’y a qu’une peau cireuse, écailleuse, entre deux érosions purulentes dont l’une a détruit le cuir chevelu et dont l’autre a ouvert un trou là où se trouvait l’oeil droit…

Laissant le bout de sa main appuyée là, Jésus dit :

« Je le veux : sois purifié. »

Comme si l’homme n’était pas rongé par la lèpre et couvert de plaies, mais seulement recouvert de crasses sur lesquelles on aurait versé un détergent liquide, voilà que la lèpre disparaît. Tout d’abord les plaies se referment, la peau redevient claire, l’œil droit réapparaît entre les paupières qui se sont reformées, des lèvres se referment sur les dents jaunâtres. Seuls les cheveux et la barbe restent absents avec de rares touffes de poils là où il y avait encore un reste d’épiderme sain.

La foule crie de stupeur et l’homme comprend qu’il est guéri en entendant les cris de joie. Il lève les mains jusqu’alors cachées par les herbes et se touche l’œil là où il y avait cet énorme trou. Il se touche la tête, là où se trouvait la grande plaie qui couvrait le crâne et il palpe la nouvelle peau. Alors, il se lève et regarde sa poitrine, ses hanches…Tout est sain et propre…L’homme s’affaisse de nouveau dans le pré fleuri, pleurant de bonheur.

« Ne pleure pas. Lève-toi et écoute-moi. Reviens à la vie en observant le rite et ne parle à personne jusqu’à ce qu’il soit accompli. Montre-toi le plus tôt possible au prêtre. Fais l’offrande prescrite par Moïse en témoignage du miracle survenu de ta guérison.

- C’est à toi que je devrais rendre témoignage, Seigneur !

- Tu le feras en aimant mon enseignement. Va. »

La foule s’approche de nouveau et, tout en se tenant à la distance imposée par la loi, félicite le miraculé. Certains éprouvent le besoin de remettre un viatique à l’indigent et lui lancent des pièces de monnaie. D’autres lui jettent du pain et divers vivres. A la vue de l’habit du lépreux qui n’est qu’une loque qui le couvre mal, un spectateur retire son manteau, en fait un paquet et l’envoie au pauvre homme qui peut ainsi se couvrir d’une manière décente. Comme la charité est contagieuse quand on est en groupe, un autre ne résiste pas au désir de lui fournir des sandales. Il enlève les siennes et les lui jette.

« Mais, et toi, lui demande Jésus qui le voit faire.

- Oh ! J’habite tout près d’ici. Je peux marcher pieds nus. Lui a une longue marche à faire.

- Que Dieu te bénisse, toi et tous ceux qui ont rendu service à ce frère. Homme, tu prieras pour eux.

- Oui, oui, pour eux et pour toi, pour que le monde ait foi en toi.

- Adieu. Va en paix. »

L’homme s’éloigne de quelques mètres, puis il se retourne et crie :

- Est-ce que je peux dire au prêtre que c’est toi qui m’as guéri ?

- Non. Il ne faut pas. Dis-lui seulement : « Le Seigneur a eu pitié de moi » C’est la pure vérité. Rien d’autre. »

Les gens s’agglutinent autour du Maître…Le soleil est descendu et c’est le commencement du repos sabbatique. Les villages sont loin, ce qui donne du souci aux apôtres.

Les gens, dont des enfants, se mettent à dormir sur place. Un homme vient avertir Jésus qu’il a donné l’ordre de faire cuire du pain pour toute la foule à son réveil. Mais Jésus n’est pas surpris quand il apprend que c’est un scribe, le scribe Jean, converti par les paroles de Jésus, et il appelle les Douze près de lui :

« Et maintenant, que dois-je vous dire pour votre incrédulité ? Le Père ne nous a-t-il pas envoyé du pain pour nous tous par les mains de quelqu’un dont la caste m’est hostile ? Ah ! Hommes de peu de foi… Mais allez dormir dans les foins moelleux. Je vais prier le Père pour qu’il ouvre vos cœurs et pour le remercier de sa bonté. Paix à vous. »…

Après la nuit et le réveil des gens, une distribution de pain, de fromage et d’olives est organisée pour tout le monde. Comme c’est le sabbat, Jésus en profite pour délivrer un dernier long message axé sur l’amour de Dieu. Les évangélistes Luc et Matthieu ont évoqués quelques versets de ce discours. Le prêtre Jean prendra ses distances avec le Sanhédrin, dont il fait partie, jusqu’à refuser sa convocation au procès de Jésus.

Vision et dictée du 30 mai 1945, tome 3, p 147, § 175.

8. Le serviteur du centurion de Capharnaüm.

Le lendemain 20 février 28, après une marche d’une dizaine de kilomètres, Jésus et onze de ses apôtres regagnent Capharnaüm où il est accueilli par les habitants du village.

«…  Cette fois-ci, aux salutations ordinaires, s’unit celle du centurion de l’endroit. Il salue Jésus de son « Ave, Maître ! » auquel Jésus répond « Que Dieu vienne à toi ».

Pendant que la foule s’approche, curieuse de voir comment va se passer la rencontre, le Romain poursuit :

« Cela fait plusieurs jours que je t’attends. Tu ne me reconnais pas, mais j’étais parmi ceux qui t’écoutaient sur la montagne. J’étais habillé en civil. Tu ne me demandes pas pourquoi j’étais venu ?

- Je ne te le demande pas. Que veux-tu de moi ?

- Nous avons l’ordre de surveiller ceux qui font des rassemblements. Trop souvent, Rome a dû regretter d’avoir autorisé des réunions honnêtes en apparence. Mais, en te voyant et en t’entendant, j’ai pensé à toi comme à…comme à …J’ai un serviteur malade, Seigneur. Il gît dans ma maison sur son lit, paralysé par une maladie osseuse et il souffre terriblement. Nos médecins ne le guérissent pas. J’ai invité les vôtres à venir, car ce sont des maladies qui viennent de l’air corrompu de ces régions et vous savez les soigner par les herbes du sol fiévreux de la rive où stagnent les eaux avant d’être absorbées par le sable de la mer. Ils ont refusé de venir. Cela me fait beaucoup de peine, parce que c’est un serviteur fidèle.

- Je viendrai et je te le guérirai.

- Non, Seigneur. Je ne t’en demande pas tant. Je suis païen, une ordure pour vous. Si les médecins juifs craignent de se contaminer en mettant les pieds dans ma maison, à plus forte raison ce serait contamination pour toi qui es divin. Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Mais si, d’ici, tu dis un seul mot, mon serviteur guérira car tu commandes à tout ce qui existe. Moi, je suis un homme soumis à de nombreuses autorités, dont la première est César, pour lesquelles je dois faire, penser, agir comme on me l’ordonne et je peux, à mon tour, donner des ordres aux soldats que j’ai sous mes ordres ; et si je dis à l’un : « va », à l’autre : « Viens » et au serviteur : « Fais ceci », le premier va où je l’envoie, le deuxième vient parce que je l’appelle, le troisième fait ce que je dis. Toi qui es Celui qui est, tu seras immédiatement obéi par la maladie et elle s’en ira.

- La maladie n’est pas un homme…, objecte Jésus.

- Toi non plus, tu n’es pas un homme, tu es l’Homme. Tu peux donc même commander aux éléments et aux fièvres, car tout est soumis à ton pouvoir. »

Des notables de Capharnaüm prennent Jésus à part et lui disent :

« C’est un Romain, certes, mais écoute-le, car c’est un homme de bien qui nous respecte et nous rend service. Pense que c’est lui qui a fait construire la synagogue et qu’il tient en respect ses soldats pour qu’ils ne se moquent pas de nous pendant le sabbat. Accorde-lui cette grâce par amour pour ta ville, pour qu’il ne soit pas déçu et fâché et pour que son affection pour nous ne se tourne pas en haine. »

Jésus, après les avoir écoutés, se tourne en souriant vers le centurion :

« Pars en avant, j’arrive. »

Mais le centurion répète :

« Non, Seigneur, je te l’ai dit : ce serait un grand honneur pour moi si tu entrais sous mon toit, mais je ne mérite pas tant. Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.

- Qu’il en soit donc ainsi. Va avec foi. En cet instant même, la fièvre le quitte et la vie revient dans ses membres. Fais en sorte qu’à ton âme aussi vienne à la Vie. Va. »

Le centurion salue militairement, s’incline et part.

Jésus le regarde s’éloigner, puis il se tourne vers l’assistance.

« En vérité, je vous dis que jamais je n’ai trouvé autant de foi en Israël. Ah ! C’est pourtant vrai ! …Ah, mon Royaume…le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents…

Maintenant que quelques-uns d’entre vous aillent à la maison du centurion pour constater la guérison de son serviteur, comme la foi du Romain le méritait. Venez. Peut-être que chez moi, des malades attendent ma venue. »

Jésus, accompagné des apôtres et de quelques autres, se dirige vers la maison où il demeure habituellement quand il se trouve à Capharnaüm. Curieux et bruyants, la plupart se précipitent au domicile du centurion.

Vision et dictée du 2 juin 1945, tome 3, p 158, § 177.

Les évangélistes Matthieu et Luc relatent cette rencontre entre Jésus et le centurion, en des termes très proches. (Mt 8, 5-13 ; Lc 7, 1-10).

9. La fillette de la bergère.

Suite à un changement de programme, le 3 mars 28, Jésus se rend à Chorazein chez un nouveau disciple Elie.

« Mais à leur arrivée, beaucoup de gens savent déjà que le Maître est là et au moment où Jésus s’apprête à franchir le seuil de la maison, une mère accourt en criant :

« Jésus, fils de David, pitié pour mon enfant ! »

Elle tient dans ses bras une fillette d’une dizaine d’années, au teint cireux et très amaigrie. Plus que cireux, son teint est jaunâtre.

« Qu’a ta fille ?

- Les fièvres. Elle les a attrapées aux pâturages le long du Jourdain, car nous sommes les bergers d’un homme riche. J’ai été appelée par son père auprès de la petite malade. Actuellement, il est reparti à la montagne. Mais toi, tu sais qu’avec cette maladie on ne peut aller en altitude. Comment puis-je rester ici ? Le maître m’a laissée jusqu’à présent. Mais moi, je suis à la laine et à la mise bas. Le temps du travail arrive pour nous, les bergers. Nous serons renvoyés ou séparés si je reste ici. Et je verrai mourir ma fille si je monte sur l’Hermon.

- As-tu foi que je peux le faire ?

- J’en ai parlé à Daniel, le berger d’Elisée. Il m’a dit : « Notre Enfant guérit toute maladie. Va trouver le Messie. » Je suis venue d’au-delà de Méron à ta recherche en la portant dans mes bras. J’aurais toujours marché jusqu’à ce que je te trouve…

- Ne marche plus que pour retourner chez toi, à ton paisible travail. Ta fille est guérie, car je le veux. Va en paix. »

La femme regarde sa fille et Jésus tout à tour. Peut-être espère-t-elle voir l’enfant redevenir à l’instant même potelée et avec de belles couleurs. Voilà que la fillette écarquille ses yeux fatigués, qu’auparavant elle tenait fermés, en regardant Jésus et elle sourit.

« Ne crains rien, femme. Je ne te trompe pas. Sa fièvre a disparu pour toujours. De jour en jour, elle va reprendre meilleure mine. Laisse-la marcher. Elle ne chancellera plus et ne sentira pas la fatigue. »

La mère pose par terre sa fille qui se tient bien droite et sourit d’un air toujours plus joyeux. A la fin, elle gazouille de sa voix argentine :

« Bénis le Seigneur, maman ! Je suis bien guérie ! Je le sens. »

Et dans sa simplicité de pastourelle et de fillette, elle s’élance au cou de Jésus et lui donne un baiser. La mère, réservée comme l’âge l’enseigne, se prosterne et baise le vêtement du Seigneur en le bénissant.

« Allez. Souvenez-vous du bienfait que vous avez obtenu de Dieu et soyez bonnes. Que la paix soit avec vous. »

Mais la foule s’attroupe dans le petit jardin de la maison d’Elie et réclame la parole du Maître. Et, bien que Jésus n’ait guère envie de parler, affligé comme il l’est par la capture de son cousin Jean-Baptiste et par la façon dont elle est survenue, il cède et, à l’ombre des arbres, il commence à parler… »

Et il leur délivre la parabole du bon grain et de l’ivraie.

Vision et dictée du 8 juin 1945, tome 3, p 184, § 181.

10. La victime d’un crime passionnel.

« Le collège apostolique au complet se tient autour de Jésus. Assis sur l’herbe, à l’ombre d’un bouquet d’arbres, près d’un ruisseau, tous mangent du pain et du fromage et boivent de l’eau du ruisseau qui est fraîche et limpide. Leurs sandales poussiéreuses montrent qu’ils ont déjà fait beaucoup de chemin et que, vraisemblablement, les disciples ne demanderaient qu’à se reposer dans l’herbe haute et fraîche. Mais l’infatigable Marcheur n’est pas de cet avis. A peine juge-t-il l’heure la plus chaude passée qu’il se lève et se dirige vers la route. Il regarde…puis se retourne et dit simplement :

« Allons. »

Arrivé à un carrefour où quatre routes poussiéreuses se croisent, Jésus prend résolument celle qui va vers le nord-est.

« Nous retournons à Capharnaüm ? » demande Pierre. Jésus répond :

« Non. » Seulement non.

- Alors à Tibériade ? insiste Pierre qui veut savoir.

- Non plus.

- Mais cette route va vers la mer de Galilée…là où se trouvent Tibériade et Capharnaüm…

- Il y a aussi Magdala, dit Jésus d’un air à moitié sérieux pour calmer la curiosité de Pierre.

- Magdala ? Oh !... »

Pierre est un peu scandalisé, cette ville doit avoir mauvaise réputation.

« A Magdala, oui. A Magdala. Penses-tu être trop honnête pour y entrer ? Pierre, Pierre ! Par amour pour moi, tu devras entrer non pas dans une ville de plaisir, mais dans de vrais lupanars…Le Messie n’est pas venu sauver ceux qui sont sauvés, mais ceux qui sont perdus… »

Jésus en profite pour faire une petite leçon aux apôtres puis demande à Matthieu la direction des quartiers riches de Magdala plutôt que le faubourg populaire, à l’étonnement des apôtres.

« …La route principale devient une rue pavée de pierres. Les maisons sont toujours plus riches et plus belles, parmi des potagers et des jardins luxuriants et fleuris…Aux riches Palestiniens se mêlent des Romains, des fonctionnaires et des négociants qui exportent vers Rome les plus beaux produits de la colonie…

Jésus y pénètre, sûr de lui, comme s’il savait où aller. Il longe le lac jusqu’à la limite duquel les maisons s’avancent avec leurs jardins. Des cris déchirants parviennent d’une riche demeure. Ce sont des voix de femmes et d’enfants et une voix de femme, très aiguë, qui crie :

« Mon fils ! Mon fils ! »

Jésus se retourne et regarde ses apôtres. Judas s’avance.

« Non, pas toi, ordonne Jésus. Toi, Matthieu. Va t’informer. »

Matthieu va et revient.

« C’est une rixe, Maître. Il y a un homme mourant, un juif. Le meurtrier s’est échappé : c’était un Romain. Sa femme, sa mère et ses petits enfants sont accourus… Mais il meurt.

- Allons-y.

- Maître… Maître… L’évènement s’est produit dans la maison d’une femme…qui n’est pas son épouse.

- Allons-y. »

Ils entrent par la porte ouverte dans un large et long vestibule qui donne ensuite sur un beau jardin…Dans une pièce, dont la porte est ouverte sur le vestibule, se trouvent des femmes en pleurs. Jésus entre sans hésiter. Pourtant, il ne leur adresse pas sa salutation habituelle. Parmi les hommes présents, il y a un marchand qui doit connaître Jésus car, à peine le voit-il qu’il dit :

« Le rabbi de Nazareth ! »

Et il le salue respectueusement.

« Joseph, que s’est-il passé ?

- Maître, un coup de poignard au cœur…Il meurt.

- Pourquoi ?

Une femme aux cheveux gris et défaite se lève, elle était à genoux près du mourant dont elle tenait une main inerte, et, avec des yeux de folle, elle crie :

« A cause d’elle, à cause d’elle !...Elle me l’a rendu satanique…Plus de mère, plus d’épouse, plus d’enfants, plus rien ne comptait pour lui ! L’enfer doit te posséder, espèce de Satan ! »

Jésus lève les yeux en suivant la main tremblante qui accuse et il voit dans un coin sombre, contre le mur rouge foncé, Marie de Magdala, plus provocante que jamais, vêtue, pour ainsi dire…de rien jusqu’à mi-corps, car elle est à moitié nue au dessus de la taille, enveloppée d’une sorte de filet à mailles hexagonales avec des petites perles.

Jésus baisse de nouveau les yeux. Marie, blessée par son indifférence, se redresse alors qu’auparavant elle était comme accablée et elle se donne une contenance.

« Femme, dit Jésus à la mère, pas d’imprécations. Réponds : Pourquoi ton fils se trouvait-il dans cette maison ?

- Je te l’ai dit. Parce qu’elle l’avait rendu fou. Elle !

- Silence ! Lui aussi était donc en état de péché puisque adultère et père indigne de ces innocents. Il mérite donc son châtiment. En cette vie comme dans l’autre, il n’y a pas de miséricorde pour celui qui ne se repent pas. Mais j’ai pitié de ta douleur, femme, et de ces innocents. Ta maison est loin ?

- Une centaine de mètres.

- Soulevez l’homme et portez-le là-bas.

- Ce n’est pas possible, Maître, dit le marchand Joseph. Il est sur le point de mourir.

- Fais ce que je dis. »

Ils passent une planche sous le corps du moribond et le cortège sort lentement. Il traverse la rue et pénètre dans un jardin ombragé. Les femmes continuent de pleurer bruyamment. Lorsqu’ils sont à l’intérieur du jardin, Jésus se tourne vers la mère :

« Peux-tu pardonner ? Si tu pardonnes, Dieu pardonne. Il faut se rendre le cœur bon pour obtenir grâce. Cet homme a péché et il péchera encore. Pour lui, il vaudrait mieux mourir car en vivant il retombera dans le péché et, qui plus est, il lui faudra répondre de son ingratitude envers Dieu qui le sauve. Mais toi et ces innocents vous tomberiez dans le désespoir. Je suis venu pour sauver et non pour perdre. Homme, je te le dis : Lève-toi et sois guéri. »

L’homme reprend vie et ouvre les yeux. A la vue de sa mère, de ses enfants, de sa femme, il baisse la tête, honteux.

« Mon fils, mon fils ! dit la mère. Tu étais mort s’il ne t’avait pas sauvé. Reviens à toi. Ne délire pas pour une… »

Jésus interrompt la vieille femme :

« Femme, tais-toi. Fais preuve de la même miséricorde que celle dont tu as profité. Ta maison est sanctifiée par le miracle qui est toujours une preuve de la présence de Dieu. C’est pour cela que je n’ai pu l’accomplir dans la maison du péché. Toi, au moins, sache garder ta maison telle quelle, même si lui ne le sait pas. Soignez-le maintenant. Il est juste qu’il souffre quelque peu. Sois bonne, femme. Et toi aussi. Vous aussi, les petits. Adieu. »

Jésus a posé la main sur la tête des deux femmes et des petits. Puis il sort en passant devant Marie de Magdala, qui a suivi le cortège jusqu’au bout de la rue et est restée adossée à un arbre. Jésus ralentit comme pour attendre les disciples mais c’est pour donner à Marie la possibilité de faire un geste. Mais elle ne le fait pas.

Les disciples rejoignent Jésus, et Pierre ne peut se retenir de lancer à Marie, entre les dents, une épithète appropriée. Pour se donner une contenance, elle éclate de rire, ce qui constitue pour elle un bien pauvre triomphe.

Mais Jésus a entendu le mot de Pierre. Il se retourne et lui dit sévèrement :

« Pierre, moi, je n’insulte pas. N’insulte donc pas. Prie pour les pécheurs. Rien d’autre. »

Marie cesse de rire, baisse la tête et s’enfuit comme une gazelle vers sa maison.

Vision et dictée du 10 juin 1945, tome 3, p 202, § 184.

11. La tempête apaisée.

La scène se passe sur le lac de Tibériade, le 14 mars 28.

« Une barque fend les eaux du lac d’un bleu intense. Elle a une voile pas bien grande mais pas petite non plus, c’est une barque de pêche sur laquelle cinq ou six personnes peuvent aisément se mouvoir.

Jésus dort à la poupe. Il est vêtu de blanc comme à l’ordinaire. Il a la tête posée sur le bras gauche et il a placé sous le bras et sa tête son manteau gris-bleu replié plusieurs fois. Il est assis, pas allongé, sur le fond de la barque et appuie sa tête sur la tablette qui se trouve à l’extrémité de la poupe…

Pierre est au gouvernail, André s’occupe des voiles, Jean et deux autres remettent en ordre amarres et filets au fond de la barque, comme s’ils avaient l’intention de se préparer à pêcher pour la nuit. Les disciples ont tous remonté leur tunique à la taille en la passant dans leur ceinture.

Le jour décline car le soleil descend à l’ouest puis se cache derrière des nuages d’orage qui ont débouché à l’improviste de derrière les sommets de la colline. Le vent les pousse rapidement vers le lac. Le vent est en hauteur pour l’instant et le lac est encore tranquille. Il prend seulement une teinte plus sombre et se plisse en surface. Ce ne sont pas encore de vagues mais ça commence déjà à bouger.

Pierre et André observent le ciel et le lac et se disposent à manœuvrer pour accoster. Mais le vent s’abat sur le lac et en quelques minutes, tout bouillonne et écume. Les flots s’entrechoquent et heurtent le bateau, le soulèvent, l’abaissent, le retournent en tous sens, empêchant la manœuvre du gouvernail tout comme le vent gêne celle de la voile qu’il faut carguer. Jésus dort. Ni les pas, ni les voix excitées des disciples, pas plus que le sifflement du vent et le choc des vagues contre les flans du bateau et la proue ne l’éveillent. Ses cheveux flottent au vent et il reçoit quelques embruns. Mais il dort. Jean passe de la proue à la poupe et le couvre de son manteau qu’il a tiré de dessous une tablette. C’est un geste d’amour plein de délicatesse.

La tempête devient de plus en plus brutale. Le lac est noir comme si on y avait versé de l’encre, strié par l’écume des vagues. La barque engloutit de l’eau et se trouve poussée au large par le vent. Les disciples peinent à manœuvrer et à écoper l’eau projetée par les vagues. Mais cela ne sert à rien. Ils pataugent maintenant dans l’eau qui leur arrive à mi-jambe et la barque ne cesse de s’alourdir.
Pierre perd son calme et sa patience. Il passe le gouvernail à son frère et va, en titubant, vers Jésus, qu’il secoue vigoureusement. Jésus se réveille et lève la tête.

« Sauve-nous, maître, nous périssons ! » lui crie Pierre pour se faire entendre.

Jésus regarde fixement son disciple, il regarde les autres puis regarde le lac :

« As-tu foi que je puisse vous sauver ?

- Vite, Maître ! » s’écrie Pierre, alors qu’une vraie montagne d’eau, partant du milieu du lac, se dirige rapidement vers la pauvre barque. On dirait une trombe tant elle est élevée et effrayante. Les disciples qui la voient venir s’agenouillent et s’agrippent où et comme ils peuvent, persuadés que c’est la fin.

Jésus se lève, debout sur la tablette de la proue. Sa figure blanche se détache sur la tempête livide. Il étend les bras vers la lame et dit au vent : «  Arrête et tais-toi » et à l’eau : « Calme-toi. Je le veux. »

Alors l’énorme vague se dissout en écume qui retombe sans dégâts. Un dernier rugissement s’éteint en murmure, tout comme le sifflement du vent se change en soupir. Alors, sur le lac pacifié revient la sérénité du ciel et l’espérance et la foi dans le cœur des disciples qui ont vu la majesté de Jésus face aux éléments… »

La dictée se poursuit par un commentaire que donne Jésus lui-même :

« Je ne vais pas commenter l’Evangile dans le sens où tous le commentent. Je vais éclairer ce qui précède ce passage. Pourquoi est-ce que je dormais ? Est-ce que par hasard je ne savais pas que la bourrasque allait arriver ? Si, je le savais. J’étais seul à le savoir. Dans ce cas, pourquoi est-ce que je dormais ?

Les apôtres étaient des hommes, animés de bonne volonté, mais encore tellement « hommes » ! L’homme se croit toujours capable de tout. Quand, ensuite, il est réellement capable de quoi que ce soit, il est plein de suffisance et d’attachement à son « savoir faire ».

Pierre, André, Jacques et Jean étaient de bons pécheurs, par conséquent ils se croyaient insurpassables dans la manœuvre des bateaux. Quant à moi, j’étais pour eux un grand « rabbi », mais une nullité comme marin. C’est pourquoi ils me jugeaient incapable de les aider et, quand ils montaient dans la barque pour traverser la mer de Galilée, ils me priaient de rester assis parce que je ne pouvais rien faire d’autre. Leur affection y était aussi pour quelque chose, car ils ne voulaient pas m’imposer des fatigues matérielles. Mais l’attachement à leur « savoir faire » dépassait encore leur affection.

Je ne m’impose que dans des cas exceptionnels. Généralement, je vous laisse libres et j’attends. Ce jour-là, j’étais fatigué et on me priait de me reposer, c’est-à-dire de les laisser faire, eux qui étaient si capables. Je me suis donc endormi. Dans mon sommeil, se mêlait aussi cette constatation que l’homme est « homme » et qu’il veut agir par lui-même sans se rendre compte que Dieu ne demande qu’à l’aider. En ces « sourds spirituels », en ces « aveugles spirituels », je voyais tous les sourds et aveugles spirituels qui, des siècles durant, iraient à leur ruine pour avoir voulu « agir par eux-mêmes », alors que je suis penché sur leurs besoins en attendant qu’ils m’appellent à l’aide.

Quand Pierre a crié : « Sauve-nous ! », mon amertume est tombée comme un caillou qu’on lâche. Je ne suis pas « homme », je suis l’Homme-Dieu. Je n’agis pas comme vous agissez. Vous, quand quelqu’un a repoussé votre conseil ou votre aide et que vous le voyez dans l’embarras, même si vous n’êtes pas méchants au point de vous en réjouir, vous l’êtes assez pour rester, dédaigneux, indifférents, à le regarder sans vous émouvoir de son appel à l’aide. Par votre attitude, vous lui faites comprendre : « Lorsque j’ai voulu t’aider, tu n‘as pas voulu ? Maintenant, débrouille-toi. » Mais moi, je suis Jésus. Je suis le Sauveur. Et je sauve, je sauve toujours, dès qu’on m’appelle.

Les pauvres hommes pourraient objecter : «  Alors pourquoi permets-tu aux tempêtes isolées ou généralisées de se former ? »

Si, par ma puissance, je détruisais le mal, quel qu’il soit, vous arriveriez à vous prendre pour les auteurs du bien qui, en réalité, est un don de ma part et vous ne vous souviendriez plus jamais de moi. Plus jamais.

Vous avez besoin, mes pauvres enfants, de la souffrance pour vous rappeler que vous avez un Père, comme le fils prodigue qui se rappela qu’il avait un père quand il eu faim. Les malheurs servent à vous persuader de votre néant, de votre déraison, cause de tant d’erreurs, de votre méchanceté, cause de tant de deuils et de douleurs et de vos fautes, cause de punitions que vous vous infligez à vous-mêmes, tout comme de mon existence, de ma puissance, de ma bonté.

Voilà le message de « Votre » Evangile de l’heure présente, mes pauvres enfants. Appelez-moi. Jésus ne dort que parce qu’il est angoissé de vous voir sans amour pour lui. Appelez-moi et je viendrai. »

Vision et dictée du 30 janvier 1944, tome 3, p 211, § 185.

Précédemment à ce commentaire, Jésus avait déjà dicté, à Maria Valtorta, pour ses Cahiers du 25 juillet 1943, une autre explication de ce miracle qui mérite également une grande attention :

« Regardons ensemble deux miracles de l’Evangile. Mais puisque je suis Dieu et je parle avec une intelligence divine, je ne vais pas t’exposer les miracles comme on le fait habituellement. Je vais te faire remarquer le miracle dans le miracle… ( Jésus commence par celui de la multiplication des pains).

L’autre miracle. Le bateau de Pierre, secoué par les vents contraires, prenait l’eau et donnait de la bande. Mes disciples, craignant pour leur vie, se donnaient beaucoup de mal pour redresser le gouvernail, attacher les voiles, jeter l’eau et du lest par-dessus bord, prêts à jeter même les paniers de poissons et les filets pour alléger le bateau et rejoindre la rive.

Les orages étaient fréquents et soudains sur le lac et il n’y avait pas de quoi rire. Je les avais aidés plusieurs fois. Mais ce jour-là, je n’y étais pas. Je n’étais pas matériellement avec eux. Mais mon amour veillait sur eux parce que je veille toujours ceux qui m’aiment. Et les disciples avaient peur. Mais, - voici le miracle -, non appelé, non présent, je viens apaiser les flots et les âmes.

Ma bonté est un miracle continu, ma fille, un miracle sur lequel vous ne réfléchissez pas assez. Quand on vous présente ce point de l’Evangile, on vous fait remarquer le pouvoir de la foi. Mais pourquoi ne vous fait-on pas observer ma bonté, qui devance vos besoins de disciples et vient à votre rencontre en marchant au milieu des flots orageux ?

Ma bonté est plus grande que l’Univers, et elle est plus vigilante que toute intelligence humaine. Elle a ses racines dans l’amour paternel de Dieu, ma bonté. Pourquoi ne venez-vous pas à elle, pourquoi n’y croyez-vous pas aveuglément, pourquoi ne puisez-vous pas à son infinité ?

Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. Je suis l’Esprit de Dieu fait chair. Je connais les besoins de la chair, je connais les besoins de l’esprit et j’ai la puissance de Dieu pour vous aider à satisfaire vos besoins, comme j’ai l’amour qui me pousse à vous aider. Car je suis Un avec le Père et l’Esprit, avec le Père dont je procède et avec l’Esprit par lequel je devins chair, et du Père, j’ai la puissance, et de l’Esprit j’ai la charité. »

Ce miracle de la tempête apaisée a été rapporté par les trois évangélistes Matthieu (8, 23-27), Marc ( 4, 31-41) et Luc ( 8, 23-25), sauf par Jean pourtant présent dans la barque. Il a impressionné directement les pécheurs galiléens mais aussi beaucoup de générations de croyants et non-croyants, dont aussi de grands peintres qui s’en sont inspirés dans leurs chef-d’oeuvres. Le commentaire rajouté par Jésus lui donne une portée particulière plus universelle, accessible à tous les humains.

12. Les deux possédés et le troupeau de porcs.

C’est le 16 mars 28.

« Jésus, après avoir traversé le lac du nord-ouest au sud-est, recommande à Pierre de débarquer près de Hippos. Pierre obéit sans discuter et descend en barque jusqu’à l’embouchure d’un torrent que les pluies de printemps et un récent orage ont rempli et rendu bruyant et qui débouche dans le lac par une gorge resserrée et rocheuse. Les employés attachent les barques et reçoivent l’ordre d’attendre jusqu’au soir pour le retour.

« Et soyez muets comme des poissons si l’on vous interroge, conseille Pierre… »

Jésus entreprend la montée d’un sentier abrupt qui grimpe presque à pic sur le rocher et qui s’adoucit en un plateau planté de chênes sous lesquels paissent de nombreux porcs.

« Ces animaux puants ! s’exclame Barthélemy. Ils nous empêchent de passer…
- Non, ils ne nous empêchent pas de passer. Il y a de la place pour tous » répond calmement Jésus. »

D’ailleurs, les gardiens, à la vue des juifs, cherchent à rassembler les porcs sous les chênes pour dégager le sentier. Les apôtres passent donc, en faisant mille grimaces, au milieu des ordures laissées par les animaux.

Jésus est passé sans faire tant d‘histoires, en disant aux gardiens du troupeau :

« Que Dieu vous récompense pour votre gentillesse. »

Les gardiens, de pauvres gens à peine moins sales que leurs porcs, mais en revanche infiniment plus maigres, le regardent avec étonnement et discutent. L’un d’eux dit :

« Mais c’est un juif ? A quoi les autres répondent :

- Mais tu ne vois pas qu’il a des franges à son vêtement ? »

Le panorama est superbe car surélevé au dessus du lac. On voit Tibériade et tout le fleuve Jourdain et le lac avec les bords marécageux habités par des oiseaux sauvages…La marche se poursuit dans un bois occupant des zones abruptes et des gorges sauvages…

« N’est-ce pas Gamla ? demande Simon le Zélote.

- Si, c’est Gamla. Tu connais ? dit Jésus.

- J’y suis passé comme fugitif, une nuit, il y a bien longtemps. Plus tard, la lèpre est venue et je ne suis plus sorti des tombeaux.

- On t’a poursuivi jusqu’ici ? demande Pierre.

- Je venais de Syrie où j’étais allé chercher refuge…

- Ces gens-là sont païens, n’est-ce pas ? demande Judas Iscariote.
- Presque tous. Quelques juifs pour le commerce et un mélange de croyants et de gens tout à fait incroyants. Ils ne se sont pourtant pas montrés mauvais envers moi, qui étais fugitif.

- Un pays de bandits ! Quelles gorges ! s’exclament plusieurs.

- Oui. Mais vous pouvez en être sûrs, il y a bien plus de bandits de l’autre côté, dit jean.

- De l’autre côté, il y a des bandits même parmi ceux qu’on qualifie de justes, ajoute son frère.

Jésus prend la parole :

« Et pourtant nous les approchons sans dégoût. Alors qu’ici vous avez fait des grimaces pour passer près des animaux.

- Ils sont impurs.

- Le pécheur l’est beaucoup plus. Ces bêtes sont faites ainsi et ce n’est pas leur faute. L’homme, au contraire, est responsable d’être impur par suite du péché.

- Alors pourquoi ont-ils été classés comme impurs pour nous ? demande Philippe.

- J’y ai déjà fait allusion. A cette classification, il y a une raison surnaturelle et une raison naturelle. La première, c’est d’enseigner au peuple élu la manière de vivre en ayant présent à l’esprit son élection et la dignité de l’homme, même dans une action banale comme celle de manger. Le sauvage se nourrit de tout. Il lui suffit de s’emplir le ventre. Le païen, même s’il n’est pas sauvage, mange également de tout, sans penser que la suralimentation fomente les vices et les tendances qui avilissent l’homme. Les païens cherchent même à arriver à cette frénésie du plaisir qui pour eux est presque une religion. Les plus cultivés parmi vous sont au courant des fêtes obscènes en l’honneur de leurs dieux, qui dégénèrent en une orgie de luxure. Le fils du peuple de Dieu doit savoir se maîtriser et, par l’obéissance et la prudence, se perfectionner lui-même en pensant à son origine et à sa fin : Dieu et le Ciel. La raison naturelle, d’autre part, enjoint de ne pas exciter le sang par des nourritures qui amènent à des élans passionnels indignes de l’homme. L’amour, même charnel, ne lui est pas interdit, mais il doit toujours le tempérer par la fraîcheur de l’âme qui tend au Ciel. Ce doit donc être l’amour et non la sensualité qui unit l’homme à sa compagne en qui il voit sa semblable et non une femelle. Mais les pauvres bêtes ne sont coupables ni d’être des porcs, ni des effets que la chair de porc peut à la longue produire dans le sang. Moins encore les hommes qui sont préposés à leur garde. S’ils sont honnêtes, quelle différence y aura-t-il dans l’autre vie entre eux et le scribe penché sur ses livres mais qui, malheureusement, n’y apprend pas la bonté ? En vérité je vous dis que nous verrons des gardiens de porcs parmi les justes et des scribes parmi les injustes. Mais qu’est-ce que ce fracas ? »

Tout le monde s’écarte du flanc de la montagne parce que des pierres et de la terre roulent et rebondissent sur la pente : étonnés, ils regardent autour d’eux.

« Là-bas ! Deux hommes…complètement nus…qui viennent vers nous en gesticulant. Des fous…

- Ou des possédés » répond Jésus à Judas, le premier à avoir vu les deux possédés venir vers Jésus. »

Ils doivent être sortis de quelque caverne dans la montagne. Ils crient. Le plus rapide à la course se précipite vers Jésus. On dirait un étrange et gros oiseau déplumé tant il est rapide, brassant l’air de ses bras comme si c’étaient des ailes. Il s’abat aux pieds de Jésus en s’écriant :

« Te voilà ici. Maître du monde ! Qu’ai-je à faire avec toi, Jésus, Fils du Dieu Très Haut ? L’heure de notre châtiment est-elle déjà arrivée ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant l’heure ? »

L’autre possédé, soit que sa langue soit liée, soit que le démon le paralyse, ne fait que se jeter à plat ventre par terre et pleurer : Une fois assis, il reste comme inerte, jouant avec des cailloux et avec ses pieds nus. Le démon continue de parler par la bouche du premier, qui se tord par terre en un paroxysme de terreur. On dirait qu’il veut réagir et ne peut qu’adorer, attiré et repoussé en même temps par la puissance de Jésus. Il crie :

« Je t’en conjure, au nom de Dieu, cesse de ma tourmenter. Laisse-moi partir !

- Oui, mais hors de cet homme. Esprit immonde, sors de ces hommes et dis ton nom.

- Légion est mon nom, car nous sommes nombreux. Nous les possédons depuis des années et par eux nous brisons cordes et chaînes et il n’est pas de force d’homme qui puisse nous résister. A cause de nous, ils sont une terreur et nous nous servons d’eux pour que les gens te blasphèment. Nous nous vengeons sur eux de ton anathème. Nous abaissons l’homme plus bas que les animaux pour qu’on se moque de toi. Il n’est pas de loup, de chacal ou d’hyène, pas de vautour ni de vampire semblables à ceux que nous tenons. Mais ne nous chasse pas. L’enfer est trop horrible !

- Sortez ! Au nom de Jésus, sortez ! »

Jésus a une voix de tonnerre et ses yeux dardent des éclairs.

« Au moins, laisse-moi entrer dans ce troupeau de porcs que tu as rencontré.

- Allez. »

Avec un hurlement bestial, les démons quittent les deux malheureux et, à travers un tourbillon de vent qui fait ondoyer les chênes comme des herbes, ils s’abattent sur les porcs très nombreux. Les animaux se mettent à courir comme des possédés à travers les chênes avec des cris vraiment démoniaques. Ils se heurtent, se blessent, se mordent, et finalement se précipitent dans le lac lorsque, arrivés à la cime de la haute falaise, ils n’ont plus pour refuge que l’eau qu’elle domine. Pendant que les gardiens, bouleversés et désolés, hurlent d’épouvante, les bêtes se précipitent par centaines en une succession de bruits sourds dans les eaux tranquilles qu’ils brisent en des tourbillons d’écume. Ils coulent, reviennent à la surface, se retournent, montrant leurs panses rondes ou leurs museaux pointus avec des yeux terrifiés et finalement se noient.

Les bergers courent en criant vers la ville. Les apôtres, arrivés sur le lieu du désastre, reviennent en disant :

« Il n’y en a pas un seul de sauvé ! Tu leur as rendu un bien mauvais service ! »

Jésus répond calmement.

« Mieux vaut que périssent deux milliers de porcs qu’un seul homme. Donnez leur un vêtement. Ils ne peuvent rester comme ça. »

Simon le Zélote ouvre un sac et donne une de ses tuniques. Thomas donne la seconde ; les deux hommes sont encore un peu étourdis, comme s’ils sortaient d’un lourd sommeil plein de cauchemars.

« Donnez-leur à manger. Qu’ils recommencent à vivre en hommes. »

Pendant qu’ils mangent le pain et les olives qu’on leur a donnés et boivent à la gourde de Pierre, Jésus les observe. Finalement, ils parlent :

« Qui es-tu ? Interroge l’un.

- Jésus de Nazareth.

- Nous ne te connaissons pas, dit l’autre.
- Votre âme m’a connu. Levez-vous maintenant et rentrez chez vous.

- Nous avons beaucoup souffert, je crois, mais je ne me rappelle pas bien. Qui est celui-là ? demande celui que le démon faisait parler en désignant son compagnon.

- Je ne sais pas. Il était avec toi.

- Qui es-tu ? Et pourquoi es-tu ici ? » demande-t-il à son compagnon.

Celui qui était comme muet et qui est encore le plus inerte, répond :

- Je suis Démétrius. C’est Sidon, ici ?

- Sidon est au bord de la mer, homme. Ici, tu es de l’autre côté du lac de Galilée.

- Et pourquoi suis-je ici ? »

Personne ne peut donner une réponse. 

Sur ces entrefaites, des gens arrivent, suivis des gardiens. Ils semblent apeurés et curieux. Quand ensuite ils voient les deux possédés habillés, leur stupeur augmente.

« Lui, c’est Marc de Josias ! Et celui-là, le fils du marchand païen !...

- Cet autre, c’est celui qui les a guéris et qui a fait périr nos porcs, car les démons qui étaient entrés en eux les ont rendus fous, disent les gardiens.
- Seigneur, tu es puissant, nous le reconnaissons. Mais tu nous as déjà fait trop de mal ! Un dommage de plusieurs talents. Va-t-en, nous t’en prions, que ta puissance ne fasse pas écrouler la montagne pour la plonger dans le lac. Va-t-en…
- Je m’en vais. Je ne m’impose à personne. »

Sans discuter, Jésus revient sur ses pas par le chemin qu’ils avaient parcouru. Le possédé qui parlait suit les apôtres. Derrière, à distance, plusieurs habitants de la ville surveillent s’il part réellement.

Ils reprennent le sentier escarpé et reviennent à l’embouchure du petit torrent, près des barques. Les habitants restent sur la berge à regarder. Le possédé délivré descend derrière Jésus. Dans les barques, les employés sont épouvantés. Ils ont vu la pluie de porcs qui tombait dans le lac et regardent encore les corps qui surnagent en toujours plus grand nombre, toujours plus gonflés avec leur panses arrondies à l’air et leurs courtes pattes raidies fixées comme quatre pieux sur une grosse vessie de lard.

« Mais qu’est-ce qui est arrivé ? demandent-ils.

- Nous allons vous le dire. Maintenant, détache les amarres et partons…

- Où, Maître ? demande Pierre.

- Dans le golfe de Tarichée. »

L’homme qui les a suivis, maintenant qu’il les voit monter dans les barques, supplie :

« Prends-moi avec toi, Seigneur.

- Non, rentre chez toi. Ta famille a le droit de t’avoir avec elle. Parle-leur des grandes choses que le Seigneur a faites pour toi et rapporte-leur comment il a eu pitié de toi. Cette région a besoin de croire. Allume les flammes de la foi par reconnaissance pour ton Seigneur. Va. Adieu.

- Réconforte moi au moins par ta bénédiction afin que le démon ne me reprenne pas.

- Ne crains pas. Si tu ne le veux pas, il ne reviendra pas. Mais je te bénis. Va en paix. »
Les barques s’éloignent de la rive. Alors seulement, pendant qu’elles fendent les flots où flottent les cadavres épars des porcs, les habitants de la cité qui n’a pas voulu du Seigneur quittent la berge et s’en vont. »

Vision et dictée du 11 juin 1945, tome 3, p 215, § 186.

Cette scène de miracle spectaculaire a été mentionnée par trois Evangélistes de façon assez détaillée même s’ils ne mentionnent la présence que d’un seul possédé. (Mt 8, 23-27, Mc 5, 1-20, Lc 8, 26-39).

13. La résurrection du fils d’une veuve.

C’est le vendredi 17 mars 28.

« Par une grande route qui unit la région du lac à l’Hermon et à ses villages, Jésus se rend à Naïm, à moins de dix kilomètres au sud de Nazareth, ville enfermée dans l’enceinte de ses murs, située au pied d’une colline basse et riante dominant une plaine fertile. Derrière lui, marchent de nombreux habitants d’En-Dor qui n’arrêtent pas de bavarder.

La distance qui sépare le groupe des apôtres des murs est maintenant très courte : deux cent mètres, tout au plus. La route entre directement dans la ville par une porte qui est grande ouverte. On peut donc apercevoir ce qui se trouve immédiatement au-delà des murs. C’est ainsi que Jésus, qui conversait avec ses apôtres et un nouveau converti, voit venir, dans un grand bruit de pleureuses et un semblable apparat oriental, un cortège funèbre.

« On va voir, Maître ? » disent certains apôtres. Plusieurs habitants d’En-Dor se sont déjà précipités pour regarder.

« Allons-y, condescend Jésus.

- Oh ! Ce doit être un enfant car tu vois combien de fleurs et de rubans il y a sur la litière ? dit Judas à Jean.

- Ou bien c’est une vierge, répond Jean.

- Non, c’est sûrement un jeune garçon à cause des couleurs qu’ils ont mises et puis, il y a des myrtes… » dit Barthélemy.

Le cortège funèbre sort des murs. Impossible d’entrevoir ce qu’il y a sur la litière que les porteurs tiennent bien haut sur leurs épaules. C’est seulement à la forme qu’il dessine que l’on devine le corps étendu dans ses bandelettes et couvert d’un drap et on se rend compte que c’est un corps qui a déjà atteint son développement complet car il est aussi long que la litière.

A côté, une femme voilée, soutenue par ses parents, marche en pleurant. Ce sont les seules vraies larmes de cette comédie larmoyante. Quand un porteur rencontre une pierre, un trou, une bosse de la route, cela donne une secousse à la litière et la mère gémit : « Oh ! non ! Faites doucement ! Il a tellement souffert, mon petit ! » et elle lève une main tremblante pour caresser le bord de la litière. Elle ne saurait faire plus et, dans cette impuissance, elle baise les voiles qui flottent et les rubans que le vent soulève parfois et qui viennent effleurer la forme immobile.

« C’est la mère » dit Pierre, tout ému ; une larme brille dans ses bons yeux vifs.

Mais il n’est pas le seul à avoir les larmes aux yeux devant ce déchirement : Simon le Zélote, André, Jean et jusqu’au toujours jovial Thomas, ont dans les yeux la lueur d’une larme. Tous sont profondément émus. Judas Iscariote murmure : « Si c’était moi ! Oh ! Ma pauvre mère…»

Jésus a un regard d’une douceur intolérable, tant elle est profonde. Il se dirige vers la litière. La mère sanglote plus fort car le cortège tourne en direction du tombeau déjà ouvert. Voyant que Jésus va toucher la litière, elle l’écarte violemment. Qui sait ce qu’elle peut craindre dans son délire ? Elle hurle : « Il est à moi ! » et elle regarde Jésus avec des yeux hagards.

« Je le sais, mère. Il est à toi ;

- C’est mon fils unique ! Pourquoi la mort pour lui, pour lui qui était bon et qui m’était si cher, qui faisait ma joie de veuve ? Pourquoi ? »

La foule des pleureuses fait retentir plus fort ses cris funèbres et rétribués pour faire écho à la mère qui continue :

«  Pourquoi lui et pas moi ? Ce n’est pas juste que celle qui a engendré voie périr son fruit. Le fruit doit vivre, car sinon, sinon à quoi servent les entrailles qui se déchirent pour mettre au monde un homme ? »

Elle se frappe le ventre, féroce et désespérée.

« Ne fais pas cela ! Ne pleure pas, mère. »

Jésus lui prend les mains dans une étreinte puissante et les retient de sa main gauche pendant qu’avec la droite il touche la litière en disant aux porteurs :

« Arrêtez-vous et posez-la à terre. »

Les porteurs obéissent et descendent le brancard qui reste soutenu par ses quatre pieds.

Jésus saisit le drap qui recouvre le mort et le rejette en arrière, découvrant la dépouille. La mère crie sa douleur en appelant le nom de son fils « Daniel » !

Jésus qui tient toujours les mains de la mère dans la sienne, se redresse, imposant par l’éclat de son regard, avec son visage des miracles les plus puissants et, abaissant sa main droite, il ordonne de toute la puissance de sa voix :

« Jeune homme ! Je te le dis : lève-toi ! »

Le mort se lève, comme il est, avec ses bandelettes, pour s’asseoir sur la litière et appelle : « Maman ! » Il l’appelle avec la voix balbutiante et effrayée d’un enfant terrorisé.

« Il est à toi, femme. Je te le rends au nom de Dieu. Aide-le à se débarrasser du suaire. Et soyez heureux. »

Jésus est sur le point de se retirer. Mais oui ! La foule le bloque à côté de la litière sur laquelle la mère s’est penchée et où elle s’embrouille au milieu des bandelettes pour faire le plus vite possible, pendant que les lamentations de l’enfant ne cessent d’implorer : « Maman ! Maman ! »

Le suaire est enlevé, les bandelettes déliées, la mère et le fils peuvent s’embrasser et ils le font sans tenir compte des baumes poisseux que la mère essuie ensuite du cher visage. Puis, n’ayant rien pour l’habiller, la mère retire son manteau et l’en revêt…

Jésus la regarde…il regarde ce groupe affectueux serré contre les bords de la litière et il pleure.

Judas voit ces larmes et demande :

« Pourquoi pleures-tu, Seigneur ? »

Jésus tourne vers lui son visage et lui répond :

« Je pense à ma Mère… »

Cette brève conversation ramène l’attention de la femme vers son bienfaiteur. Elle prend son fils par la main et le soutient, et elle s’agenouille en disant :

« Toi aussi, mon fils, bénis ce Saint qui t’a rendu à la vie et à ta mère. »

Puis elle se penche pour baiser le vêtement de Jésus pendant que la foule chante des hosannas à Dieu et à son Messie, désormais connu pour ce qu’il est, car les apôtres et les habitants d’En-Dor se sont chargés de dire quel est Celui qui a accompli le miracle.

Toute la foule s’écrie maintenant :

« Que soit béni le Dieu d’Israël ! Que soit béni son Messie, son Envoyé ! Que soit béni Jésus, fils de David ! Un grand prophète s’est levé parmi nous ! Dieu a vraiment visité son peuple ! Alleluia ! Alleluia ! »

Finalement Jésus peut se dégager de leur étreinte et entrer en ville. La foule le suit et le poursuit, avec toute l’exigence de son amour. Un homme accourt et le salue profondément.

« Je te prie de demeurer sous mon toit.

- Je ne le peux pas. La Pâque m’interdit toute halte sauf celles qui sont fixées d’avance.

- Dans quelques heures, ce sera le crépuscule et on est vendredi…

- Justement, je dois avoir achevé mon étape avant le crépuscule. Je te remercie tout de même, mais ne me retiens pas.

- Mais je suis le chef de la synagogue.

- Tu veux dire par là que tu en as le droit. Homme, il suffisait que je m’attarde une heure et cette mère n’aurait pas recouvré son fils. Je vais là où d’autres malheureux m’attendent. Ne retarde pas leur joie par égoïsme. Je viendrai certainement une autre fois et je resterai avec toi à Naïm plusieurs jours. Pour l’instant, laisse-moi partir. »

L’homme n’insiste plus. Il dit seulement :

« C’est dit. Je t’attends.

- Oui. Que la paix soit avec toi et avec les habitants de Naïm. A vous aussi, habitants d’En-Dor, paix et bénédiction. Rentrez chez vous. Dieu vous a parlé par le miracle. Faites qu’il arrive en vous, à force d’amour, autant de résurrections au bien qu’il y a de cœurs. »

Un dernier concert d’hosannas puis la foule laisse partir Jésus qui traverse en diagonale la ville et sort dans la campagne, vers Esdrelon. »

Vision et dictée du 14 juin 1945, tome 3, p 241, § 189, suivie d’un autre épisode vu et écrit le 12 octobre 1945, pour rapporter la visite promise par Jésus aux habitants de Naïm, huit mois plus tôt..

C’est le 6 novembre 28.

« Toute la ville est en fête. Jésus est l’hôte de Daniel pour la première fois depuis le miracle de sa résurrection Aux habitants, ce sont joints des visiteurs d’autres lieux, dont sept pharisiens et des scribes... Les notables du pays sont aussi rassemblés dans la maison…. La mère, qui n’est certainement pas riche, s’est mise en quatre pour honorer Jésus qui aurait souhaité plus de simplicité...Après les purifications, les deux salles de festin sont remplies par les invités…Dès le début du repas, les pharisiens questionnent Jésus, à commencer par l’initiation des disciples de Jésus :

…« Mais les miracles que font tes disciples, que sont-ils, sinon des prodiges et…

- Et volonté de Dieu. Cela seulement. Et plus ils deviendront saints, plus ils en accompliront. Par l’oraison, le sacrifice et l’obéissance à Dieu. Pas autrement. »

Puis ils s’intéressent au jeune miraculé, le pressant de questions sur son ressenti après sa mort,… jusqu’à lui dire :

« Mais es-tu sûr d’avoir été mort ? »

Tous les habitants de Naïm bondissent :

« S’il était mort ? Et que voulez-vous de plus ? Quand nous l’avons mis sur la civière, il commençait déjà à sentir mauvais. Et d’ailleurs, avec tous les baumes et toutes les bandelettes, même un colosse en serait mort.

- Mais qu’est-ce que vous voulez prouver par ces discours lugubres ? Que tout le village a fait semblant que j’étais mort…Qu’à Naïm, tous étaient des enfants ou des idiots qui voulaient plaisanter ?...Pourquoi aurions-nous fait cela ? »

Le miraculé s’impatiente. Après avoir gardé le silence, Jésus prend la parole :

« En voici la raison : Eux, il désigne les pharisiens et les scribes, veulent prouver que ta résurrection n’est qu’un jeu bien combiné pour accroître ma réputation auprès des foules. J’en serais l’inventeur, et vous les complices pour trahir Dieu et le prochain. Non. Je laisse les tromperies aux indignes. Je n’ai pas besoin de sorcelleries ni de stratagèmes, de jeux ou de complicités, pour être ce que je suis. Pourquoi voulez-vous refuser à Dieu le pouvoir de rendre l’âme à une chair ? S’il la lui donne quand la chair se forme, et puisqu’il crée les âmes à chaque fois, ne pourra-t-il pas la rendre quand l’âme, revenant à la chair à la prière de son Messie, peut être la cause de la venue de la Vérité de foules nombreuses ? Pouvez-vous refuser à Dieu le pouvoir de miracle ? Pourquoi voulez-vous le lui refuser ?

- Es-tu Dieu ?

- Je suis celui qui suis. Mes miracles et ma doctrine disent qui je suis. »

… Les pharisiens, à cours d’arguments, dévient la conversation sur les apôtres qui ne se sont pas purifiés les mains avant le repas !

Jésus réagit en les traitant directement d’hypocrites… et il termine en disant :

« Ecoutez moi tous et comprenez cette vérité. Il n’est rien en dehors de l’homme qui puisse le contaminer en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’homme qui contamine. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, qu’il se serve de son intelligence pour comprendre et de sa volonté pour agir. Maintenant allons. Vous autres, habitants de Naïm, persévérez dans le bien et que ma paix soit toujours avec vous. »

Le lendemain, Jésus donnera une explication à Pierre qui n’a pas bien compris :

« Ce qui contamine l’homme, c’est ce qui est en lui, engendré et enfanté par son moi. C'est-à-dire, ce qu’il a dans son cœur…car c’est du cœur que proviennent les pensées et les actions mauvaises… »

Seul, l’évangéliste Luc (7, 11-17) relate cette résurrection à Naïm et la réputation qu’elle a eue dans toute la Judée.

14. Les deux groupes de lépreux.

Tout le groupe des apôtres est hébergé dans les environs proches de Jérusalem, à Béthanie, dans une maison de Lazare. Ce jour là, Jésus décide d’aller à la rencontre des lépreux cantonnés dans un endroit retiré.

« Tournant le dos à Jérusalem, Jésus se dirige vers un lieu désolé situé sur les pentes d’une colline rocheuse qui se trouve entre les deux routes qui mènent de Jéricho à Jérusalem. C’est un lieu étrange où l’on accède par des sortes de gradins. Après le premier niveau, on grimpe un sentier et le premier palier est surélevé d’au moins trois mètres au-dessus du sentier et de même pour le second. Lieu aride, mort…très triste.

« Maître, crie Simon le Zélote (l’apôtre de Jésus), je suis ici. Arrête-toi pour que je te montre le chemin… »

Et Simon, qui s’était adossé à la roche pour avoir un peu d’ombre, s’avance et conduit Jésus par un sentier à gradins qui va vers Gethsémani, mais en est séparé par la route qui mène du mont des Oliviers à Béthanie.

« Nous y voilà. J’ai vécu au milieu des tombeaux de Siloan et c’est ici que se trouvent mes amis. Une partie d’entre eux, du moins. Les autres sont à Ben Hinnom, mais ne peuvent venir…Ils devraient traverser la route et on les verrait.

- Nous irons aussi les trouver.

- Merci ! Pour eux et pour moi.

- Ils sont nombreux ?

- L’hiver en a tué le plus grand nombre, mais ici, il y en a encore cinq de ceux auxquels j’avais parlé. Ils t’attendent. Les voilà sur le bord de leur bagne… »

Ils doivent être une dizaine de monstres, car, s’il y en a cinq debout qu’on distingue bien, on voit mal les autres à cause de la grisaille de leur peau, de la difformité de leur visage qui émerge à peine de la pierraille, ils pourraient être plus ou moins de cinq. Parmi ceux qui se tiennent debout, il y a une seule femme. On ne peut l’identifier que grâce à ses cheveux devenus blancs, en broussaille, durs et sales et qui retombent sur ses épaules jusqu’à la ceinture. Pour le reste, rien n’indique le sexe car la maladie, très avancée, en a fait presque un squelette et supprimé toute courbe féminine. Ainsi en est-il des hommes dont un seul présente un reste de moustache et de barbe. Les autres ont été rasés par cette maladie destructrice.

Ils crient : « Jésus, notre Sauveur, aie pitié de nous ! » et montrent leurs mains difformes et couvertes de plaies.

« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? demande Jésus en levant son visage vers ces misères.

- Que tu nous sauves du péché et de la maladie.

- Ce sont la volonté et le repentir qui sauvent du péché…

- Mais si tu le veux, tu peux effacer nos péchés. Au moins cela, si tu ne veux pas guérir nos corps.

- Si je vous dis : « Choisissez entre les deux choses », laquelle voulez-vous ?

- Le pardon de Dieu, Seigneur, pour être moins désolés. »

Jésus fait un signe d’approbation, avec un sourire lumineux, puis il lève les bras et s’écrie :

« Soyez exaucés, je le veux. »

Exaucés ! Cela peut concerner le péché comme la maladie, ou les deux, et les cinq malheureux restent dans l’incertitude. Mais les apôtres, eux, ne sont pas incertains et ils ne peuvent s’empêcher de crier leur hosanna en voyant la lèpre disparaître comme un flocon de neige qui tombe sur le feu. A ce moment, les cinq lépreux comprennent qu’ils sont exaucés complètement. Leurs cris résonnent comme une sonnerie de victoire. Ils s’embrassent les uns les autres et envoient des baisers à Jésus, puisqu’ils ne peuvent se précipiter à ses pieds, puis ils se tournent vers leurs compagnons pour leur dire :

« Et vous, vous ne voulez pas encore croire ? Mais quels malheureux êtes-vous ? 

- Soyez bons ! Vos pauvres frères ont besoin de réfléchir. Ne leur dites rien. La foi ne s’impose pas. On la prêche par la paix, la douceur, la patience, la constance. C’est ce que vous ferez après votre purification, comme Simon l’a fait pour vous. Du reste, le miracle est déjà une prédication. Vous, qui êtes guéris, allez au plus tôt trouver le prêtre. Vous, les malades, attendez-nous ce soir. Nous vous apporterons des vivres. Que la paix soit avec vous. »

Jésus redescend sur la route, accompagné par les bénédictions de tous.

« Et maintenant, allons à Ben Hinnom, dit Jésus.

- Maître…Je voudrais venir, mais je me rends compte que je ne le puis. Je vais à Gethsémani, dit Lazare.

- Vas-y. Va, Lazare. Que la paix soit avec toi. »

Pendant que Lazare s’éloigne lentement, l’apôtre Jean dit :

« Maître, je l’accompagne. Il est fatigué et le chemin n’est pas très bon. Je te rejoindrai ensuite à Ben Hinnom.

- Bien, vas-y. Allons. »

Ils passent le Cédron, longent le côté sud du mont Tophet et pénètrent dans la petite vallée, toute remplie de tombeaux et d’ordures, sans un arbre, sans rien qui fasse écran au soleil. Il darde ses rayons et rend brûlantes les pierres de ces nouvelles terrasses d’enfer, à la base desquelles fument des feux pestilentiels qui augmentent encore la chaleur. A l’intérieur de ces tombeaux, pareil à des fours crématoires, il y a de pauvres corps qui se consument…Siloan doit être sinistre en hiver mais ce doit être terrible en été.

Simon le Zélote pousse un cri d’appel et d’abord trois, puis deux, puis un, et un autre encore viennent comme ils le peuvent jusqu’à la limite prescrite. Ici, il y a deux femmes dont l’une tient par la main une horreur d’enfant dont la lèpre a atteint particulièrement le visage. Il est déjà aveugle.

Il y a aussi un homme de noble allure malgré sa misérable condition. Il prend la parole au nom de tous :

« Que soit béni le Messie du Seigneur qui est descendu dans notre Géhenne pour en tirer ceux qui espèrent en lui. Sauve-nous, Seigneur, que nous ne périssons pas ! Sauve-nous, Sauveur ! Roi de la souche de David, Roi d’Israël, aie pitié de tes sujets ! O toi, le bourgeon de la tige de Jessé, dont il est dit que quand tu viendras il n’y aura plus de mal, étends ta main pour recueillir ces restes de ton peuple. Fais disparaître de nous cette mort, essuie nos larmes, puisque c’est ce qui a été dit de toi. Appelle-nous, Seigneur, à tes bons pâturages, à tes douces eaux car nous sommes assoiffés. Emmène-nous sur les collines éternelles où il n’y a plus ni faute ni souffrance. Aie pitié, Seigneur…

- Qui es-tu ?

- Jean, du Temple. J’ai été contaminé, peut-être par un lépreux. Comme tu le vois, c’est depuis peu que la maladie est en moi. Mais eux !...Certains attendent la mort depuis des années et cette petite est ici depuis le temps où elle ne savait pas encore marcher. Elle ne connaît pas la création de Dieu. Tout ce qu’elle connaît ou dont elle se souvient des merveilles de Dieu, ce sont ces tombeaux, ce soleil impitoyable et les étoiles de la nuit. Pitié pour les coupables comme pour les innocents, Seigneur, notre Sauveur ! »

Ils se sont tous agenouillés, mains tendues. Jésus pleure sur tant de misère, puis il ouvre les bras en s’écriant !

« Père, je le veux : le salut, la vie, la vue et la sainteté pour eux. »

Il reste ainsi, bras ouverts, dans une prière intense de toute son âme. Il semble s’affiner et s’élever en priant, flamme d’amour, blanche et puissante dans la puissante lumière dorée du soleil.

« Maman, je vois ! »

C’est le premier cri, auquel répond celui de sa mère qui presse contre son cœur l’enfant guérie, puis le cri des autres et celui des apôtres…Le miracle est accompli.

« Toi, Jean, qui es prêtre, tu conduiras tes compagnons pour le rite. Que la paix soit avec vous. A vous aussi, nous apporterons des vivres dans la soirée. »

Il les bénit et se dispose à s’éloigner. Mais Jean le lépreux s’exclame :

« Je veux marcher sur tes pas. Dis-moi ce que je dois faire, où je dois me rendre pour parler de toi !

- Sur cette terre désolée et nue qui a besoin de se convertir au Seigneur. Que la ville de Jérusalem soit ton champ d’action. Adieu. Et maintenant allons trouver ma Mère, dit-il aux apôtres

Vision du 24 juin 1945, tome 3, p 303, § 199.

Durant ce séjour à Béthanie, Jésus a fait principalement les miracles de guérison des lépreux chassés de Jérusalem, selon la coutume.

15. Dans le jardin abandonné de Jean-Baptiste.

C’est le début avril de l’an 28.

Tous assis en cercle dans un petit bois près d’Hébron, Jésus et ses apôtres mangent en discutant la nourriture achetée au village par Judas, qui informe le groupe :

« La nouvelle de la prédication et des miracles de Jésus est arrivée jusqu’ici. Les gens ont commencé à réfléchir sur bien des choses. Tu sais, Maître, qu’il y a un domaine de Doras dans ces parages ? Et même l’épouse de Kouza possède ici, sur ces montagnes, des terres et un château qui lui appartiennent personnellement, qui font partie de sa dot. On voit que le terrain a été préparé, un peu par elle, un peu par les paysans de Doras, même si Doras (le fils) a ordonné le silence. Mais eux…Je crois qu’ils ne se tairaient pas, même sous le supplice. La mort du vieux pharisien a frappé les gens de stupeur, sais-tu ? Tout comme l’excellente santé de Jeanne, qui est venue ici avant la Pâque. Et puis, il y a eu aussi l’amant d’Aglaé qui t’a rendu service. Sais-tu qu’elle s’est échappée peu après notre passage ici ? Et lui, pour se venger, a agi comme un démon envers plusieurs innocents. C’est ainsi que les gens ont fini par penser à toi comme à un vengeur des opprimés et ils désirent ta présence …

- Vengeur des opprimés ! Je le suis en effet, mais surnaturellement. Ceux qui m’imaginent avec le sceptre et la hache à la main, en roi et justicier selon l’esprit de la terre font erreur. Il est certain, néanmoins, que je suis venu libérer des oppressions : du péché, c’est la plus grave, des maladies, des afflictions, de l’ignorance et de l’égoïsme. Beaucoup apprendront qu’il n’est pas juste d’opprimer sous prétexte que le sort les a placés dans une situation élevée, mais qu’on doit utiliser cette situation pour soulager ceux qui ont un rang inférieur.

- C’est bien ainsi que Lazare agit, et Jeanne également mais ils sont deux contre des centaines, se désole Philippe.

- Les fleuves ne sont pas aussi larges à leur source qu’à l’estuaire. Quelques gouttes, un filet d’eau, mais après… Il y a des fleuves qui ressemblent à des mers à leur embouchure.

- Le Nil, hein ? intervient Marie, femme d’Alphée. Ta Mère me racontait votre séjour en Egypte. Elle me disait souvent : «  Une mer, crois-moi, une mer d’un vert bleuté. C’était un vrai rêve de le voir au maximum de sa crue ! »

- Eh bien, je vous le dis : à la source, le Nil n’est qu’un filet d’eau puis il devient ce géant ; de même, ce qui n’est actuellement qu’un filet de faible grandeur qui se penche avec amour et par amour sur les plus petits deviendra par la suite une multitude. Jeanne, Lazare, Marthe (la sœur de Lazare) pour le moment, mais par la suite, combien, combien de personnes ! »

Jésus semble voir ceux qui seront miséricordieux pour leurs frères et il sourit, absorbé dans sa vision. Judas confie que le chef de la synagogue voulait venir avec lui mais qu’il n’a pas osé prendre cette décision de son propre chef.

« Tu te souviens Jean, comme il nous a chassés l’an dernier ?

Je m’en souviens…Mais disons-le au Maître. »

Jésus, interrogé, répond qu’ils vont entrer à Hébron. Si les habitants veulent les voir, ils les appelleront et eux s’arrêteront. Sinon, ils passeront sans s’arrêter.

«Ainsi, nous verrons aussi la maison de Jean-Baptiste. A qui appartient-elle, maintenant ?

- A qui le veut, je crois. Shammaï (le propriétaire) est parti et n’est plus revenu. Il a enlevé ses serviteurs et ses meubles. Les habitants, pour se venger de ses injustices, ont abattu le mur de clôture et la maison est à tout le monde, le jardin, du moins. On dit que Shammaï a été assassiné…une affaire de femme, semble-t-il…ou quelque intrigue louche de la cour…

Ils se lèvent et se dirigent vers Hébron, vers la maison de Jean-Baptiste. Au moment où ils vont y arriver, voilà un groupe serré d’habitants. Ils s’avancent, un peu indécis, curieux et gênés. Mais Jésus les salue d’un sourire. Ils s’enhardissent, s’ouvrent et le chef de la synagogue, si impoli, l’an passé, sort du groupe.

«Paix à toi ! salue immédiatement Jésus. Nous permets-tu de séjourner dans ta ville ? Je suis accompagné de tous mes disciples préférés et des mères de certains d’entre eux.

- Maître, mais tu ne gardes pas de rancune contre nous, contre moi ?

- De la rancune ? Je ne sais pas ce que c’est et je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir.

- L’an passé, je t’ai offensé…

- Tu as offensé l’Inconnu, te croyant en droit de le faire. Puis, tu as compris et tu as regretté de l’avoir fait. Mais c’est du passé et, comme le regret efface la faute, le présent efface le passé. Maintenant, pour toi, je ne suis plus l’Inconnu. Quels sentiments éprouves-tu donc pour moi ?

- Du respect, Seigneur. Du…désir…

- Du désir ? Qu’attends-tu de moi ?

- Te connaître mieux que je ne te connais.

- Comment ? De quelle façon ?

- Par ta parole et tes œuvres. La connaissance de ta personne, de ta doctrine, de ta puissance est parvenue jusqu’ici et on nous a dit que tu n’es pas étranger à la libération de Jean-Baptiste. Tu ne le haïssais donc pas, tu n’as pas cherché à supplanter notre Jean ! Lui-même n’a pas nié que c’est grâce à toi qu’il a revu la vallée du saint Jourdain. Nous sommes allés auprès de lui, lui parler de toi et il nous a dit : « Vous ne savez pas qui vous avez repoussé. Je devrais vous maudire mais je vous pardonne parce qu’il m’a enseigné à pardonner et à être doux. Mais, si vous ne voulez pas être anathème au Seigneur et à moi son serviteur, aimez le Messie. Et n’ayez pas de doute. Voici à quoi vous le reconnaîtrez : esprit de paix, amour parfait, sagesse supérieure à tout autre, doctrine céleste, douceur suprême, puissance sur tout chose, humilité absolue, chasteté angélique. Vous ne pouvez pas vous tromper...Nous savons que tes œuvres sont celles dont parle notre Jean. Par conséquent, pardonne-nous, aime-nous, donne-nous ce que le monde attend de toi.

- C’est pour cela que je suis ici. Je viens de très loin pour donner aussi à la ville de Jean ce que je donne à tout lieu qui m’accueille. Dites ce que vous désirez de moi.

- Nous avons, nous aussi, des malades et nous sommes ignorants, surtout en ce qui est amour et bonté. Jean, dans son amour absolu de Dieu, a une main de fer et une parole de feu et il veut nous plier tous comme un géant froisse un brin d’herbe. Beaucoup tombent dans le découragement parce que l’homme est plus pécheur que saint. Il est difficile d’être saint…Toi …on dit que tu ne courbes pas, mais que tu relèves, que tu ne cautérises pas, mais que tu appliques du baume, que tu n’écrases pas, mais que tu caresses. On sait que tu es paternel à l’égard des pécheurs et puissant contre les maladies quelles qu’elles soient et surtout les maladies du cœur. Les rabbins ne savent plus le faire.

« Amenez-moi vos malades, puis réunissez-vous dans ce jardin abandonné et profané par le péché après avoir servi de temple pour la grâce qui y a habité. »

Tels des hirondelles, les habitants d’Hébron s’envolent dans toutes les directions et il ne reste que le chef de la synagogue qui entre avec Jésus et ses disciples dans l’enceinte du jardin ; ils se mettent à l’ombre d’une tonnelle où se mêlent les rosiers et les vignes qui ont poussé librement. Les habitants ont vite fait de revenir ; ils amènent un paralytique sur un brancard, une jeune aveugle, un petit muet et deux personnes qui souffrent d’une maladie inconnue qu’on accompagne en les soutenant.

« Paix à toi » dit Jésus à chaque malade qui arrive.

Puis il les interroge avec une grande douceur :

« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »

Il s’élève alors un chœur de lamentations de ces infortunés, chacun voulant raconter sa propre histoire. Jésus, qui était assis, se lève et s’avance vers le petit muet : il lui mouille les lèvres de sa salive et dit la grande parole :

«  Ouvre-toi ! »

De même, il mouille les paupières fermées de l’aveugle, avec son doigt humide de salive. Puis il donne la main au paralytique et lui dit :

« Lève-toi ! »

Enfin, il impose les mains au deux malades en leur disant :

« Soyez guéris, au nom du Seigneur ! »

Le petit muet, qui auparavant gémissait, dit nettement : « Maman ! », tandis que la jeune fille remue ses paupières dessillées sous la lumière et, de ses doigts, abrite ses yeux du soleil qui était pour elle un inconnu ; elle pleure, elle rit, elle regarde de nouveau, en fermant à moitié les yeux car elle n’est pas habituée à la lumière, elle regarde les feuillages, la terre, les personnes et particulièrement Jésus. Le paralytique descend avec assurance de son brancard : puisque ce dernier est vide, ses charitables porteurs le haussent pour bien montrer à ceux qui sont loin que la grâce est accordée, pendant que les deux malades pleurent de joie et s’agenouillent pour vénérer leur Sauveur. La foule pousse un cri frénétique de louange.

Thomas, qui se tient à côté de Judas, le regarde si intensément et avec une expression si claire que celui-ci lui répond :

- J’étais un imbécile, pardonne-moi. »

Lorsque les cris ont cessé, Jésus commence à prêcher. Il prend un passage de Josué…Il termine en incitant les gens à venir à lui, à servir Dieu, au nom de Jean qui souffre parce qu’il est saint…

« Venez ! C’est l’amour qui passe. Quiconque le veut peut le suivre, car pour être accueilli par lui, il ne faut que de la bonne volonté. »

Jésus achève dans un silence étonnant. Il semble que beaucoup soupèsent ce qu’ils ont entendu, l’examinent, le goûtent, le comparent…Pendant que se produisent ces réactions, Jésus, fatigué et en sueur, s’assied et parle avec Jean et Judas. Or voilà qu’un cri s’élève en dehors de l’enceinte du jardin, un cri d’abord indistinct puis plus clair :

« Le Messie est-il ici ? Il est ici ? »

Sur une réponse affirmative, on fait avancer un estropié qui ressemble à un S tant il est difforme.

«  Oh ! C’est Masala !

- Mais il est trop recroquevillé ! Qu’espère t-il ?

- Voici sa mère ! La malheureuse !

- Maître, son mari l’a renvoyé à cause de cet avorton qu’est son fils et elle vit ici de charité. Mais elle est vieille, maintenant et il lui reste peu de temps à vivre…»

L’avorton, le mot est juste, se tient maintenant devant Jésus. Il ne peut même pas voir son visage tant ce pauvre être est voûté et tordu. On dirait une caricature d’homme chimpanzé ou d’homme chameau. Sa mère, âgée et misérable, ne parle même pas, elle gémit seulement.

« Seigneur, Seigneur…je crois…»

Jésus pose les mains sur les épaules déformées de l’homme qui lui arrive à peine à la taille, lève les yeux vers le ciel et dit d’une voix de tonnerre :

« Lève-toi et marche sur les chemins du Seigneur. »

L’infirme a une secousse, puis il bondit, debout comme l’homme le plus parfait. Le changement est si subit qu’il semble s’être débarrassé des ressorts qui le maintenaient dans cette position anormale. Maintenant, il arrive aux épaules de Jésus. Il le regarde puis, tombe à genoux, avec sa mère, et baise les pieds de son Sauveur.

Ce qui se produit ensuite dans la foule est indescriptible…Et, contre sa volonté, Jésus est contraint de séjourner à Hébron, car les gens font rapidement barrage aux issues pour l’empêcher d’en partir. C’est ainsi qu’il entre dans la maison du vieux chef de la synagogue qui a tellement changé depuis l’année passée.

Vision et dictée du 7 juillet 1945, tome 3, p 412, § 211.

16. La fille lunatique de l’aubergiste.

C’est un endroit très montagneux mais encore avec une végétation très riche de bois de conifères, de pins pignons et l’odeur de la résine se répand partout, balsamique et vivifiante. Dans ces montagnes verdoyantes, Jésus chemine avec ses disciples, tournant le dos à l’orient et il discute avec ses apôtres. C’est le mercredi 3 mai 28…

« Quand nous serons parvenus au sommet de cette montagne, je vous montrerai de là-haut toutes les régions qui vous intéressent. Vous pourrez en tirer des idées pour vos allocutions au peuple.

- Mais comment allons-nous faire ? Moi, je ne suis bon à rien, gémit André, à qui se joignent Pierre et Jacques…Un débat s’instaure entre les apôtres…

- Mais, mes amis, il n’est nul besoin d’aller dans les hauteurs. Dites simplement ce que vous pensez, ce dont vous êtes convaincus. Soyez-en sûrs : un homme convaincu persuade toujours, intervient Jésus. Puis, il leur montre le paysage et le village de Bet-Ginna, en demandant à Philippe et André de s’y rendre…

- Oh ! Seigneur ! Ne nous y envoie pas seuls ! Viens, toi aussi ! disent les deux apôtres sur un ton suppliant.

- Je vous ai dit d’y aller. L’obéissance vous aidera davantage que ma présence muette. »

… Philippe et André marchent donc dans le village, au hasard, jusqu’à ce qu’ils trouvent une minuscule auberge, ou plutôt une gargote, à l’intérieur de laquelle des courtiers en bétail négocient des agneaux avec des bergers. Ils entrent et s’arrêtent, interdits, au milieu de la cour entourée de portiques très rustiques. L’hôtelier accourt :

« Que désirez-vous ? Un logement ? »

Les deux apôtres se consultent du regard. Ils ont l’air décontenancés… Mais André est le premier à se ressaisir :

« Oui, un logement pour nous et pour le Rabbi d’Israël.

- Quel rabbi ? Il y en a tant ! Mais ce sont de grands seigneurs. Ils ne viennent pas dans les villages de pauvres leur apporter leur sagesse. Ce sont les pauvres qui doivent aller les trouver, et encore, c’est une grâce s’ils supportent notre voisinage !

- Le rabbi d’Israël est unique et il vient justement apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres ; Plus ils sont pauvres et pécheurs, plus il les recherche et les approche, répond doucement André.

- Dans ce cas, il ne fera pas fortune !

- Il ne recherche pas les richesses. Il est pauvre et bon. Sa journée est bien remplie quand il a pu sauver une âme, répond encore André.

- Hum ! C’est la première fois que j’entends dire d’un rabbi qu’il est bon et pauvre. Jean-Baptiste est pauvre mais il est sévère. Tous les autres sont sévères et riches, avides comme des sangsues…

- Ah ! Ce doit être celui qui est vêtu de blanc comme un essénien. Je l’ai vu aussi, il y a quelques temps, à Jéricho, intervient l’un des courtiers.

- Non. Celui-là est seul. Ce doit être celui dont parlait Thomas : Il s’était trouvé par hasard à parler de lui avec des bergers du Liban, répond un grand berger musclé.

- C’est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth » répond Philippe. Il reste là, comme s’il s’attendait à ce qu’on se moque de lui. Mais André ajoute :

« C’est le messie annoncé. Je vous en conjure, pour votre bien, écoutez-le. Vous avez cité Jean. Eh bien, j’étais avec lui et c’est lui qui nous a désigné Jésus qui passait en disant : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. » Quand Jésus descendit au Jourdain pour s’y faire baptiser, les Cieux s’ouvrirent et une voix cria : « Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu » et l’amour de Dieu descendit sous la forme d’une colombe pour resplendir sur sa tête.

- Tu vois ? Il s’agit bien du Nazaréen !

Les deux apôtres se mettent alors, de façon éloquente, à expliquer son enseignement et sa doctrine et ils terminent en disant de ne pas laisser passer cette occasion de profiter de sa grâce. L’hôtelier, un peu perplexe, dit enfin :

« Je vais essayer !...J’ai une fille. Jusqu’à l’été dernier, elle allait bien. Puis elle est devenue lunatique. Elle reste muette comme une bête dans un coin, toujours plantée là et sa mère a du mal à l’habiller et à la faire manger. Les médecins affirment que le soleil lui a brûlé la cervelle, d’autres que c’est un chagrin d’amour. Le peuple prétend qu’elle est possédée. Mais comment, si cette petite n’est jamais sortie d’ici ? Où a-t-elle pris ce démon ? Qu’en dit ton Maître ? Que le démon peut posséder même un innocent ? » Philippe, sûr de lui, répond :

« Oui, pour tourmenter les parents et les pousser au désespoir.

- Et…lui, il guérit les lunatiques ? Dois-je espérer ?

- Tu dois croire », répond vivement André. Il raconte alors le miracle des deux possédés et du troupeau de porcs… Il termine en disant :

« Je te le dis, homme : pour qui espère en lui, l’impossible devient aussi facile que respirer. J’ai vu les œuvres de mon Seigneur et je témoigne de sa puissance.

- Oh ! Alors, lequel de vous va l’appeler ?

- Moi-même, homme. Attends-moi un instant. »

Et André part promptement pendant que Philippe reste à parler. Quand André voit Jésus abrité sous un porche pour fuir le soleil implacable qui remplit la petite place du village, il court vers lui en disant :

« Viens, Maître. La fille de l’hôtelier est lunatique. Son père implore de toi sa guérison.

- Mais il me connaissait ?

- Non, Maître. Nous avons essayé de te faire connaître…

- Et vous y avez réussi. Quand quelqu’un arrive à croire que je peux guérir un mal sans remède, il est déjà avancé dans la foi. Et vous aviez peur de ne pas savoir faire ! Qu’avez-vous dit ?

- Je ne saurais même pas te le répéter. Nous avons dit ce que nous pensons de toi et de tes œuvres. Surtout, nous avons dit que tu es l’Amour et la Pitié. Le monde te connaît si mal !

- Mais vous, vous me connaissez bien. Et cela suffit. »

Ils arrivent à la petite auberge. Curieux, tous les clients se tiennent sur la porte et, au milieu d’eux, Philippe, avec l’hôtelier qui continue son monologue. Dès qu’il voit Jésus, il court à sa rencontre :

« Maître, Seigneur, Jésus…je…je crois, je crois que tu es toi, que tu sais tout, que tu vois tout, que tu connais tout, que tu peux tout. Je le crois tellement que je te dis : aie pitié de ma fille, bien que j’aie beaucoup de fautes sur le cœur. Que ma fille ne soit pas châtiée parce que j’ai été malhonnête dans mon métier. Je ne serai plus cupide, je le jure. Tu vois mon cœur avec son passé et ce qu’il pense maintenant. Pardon et pitié, Maître. Je parlerai de toi à tous ceux qui viennent ici dans ma maison… »

L’homme est à genoux. Jésus lui dit :

« Lève-toi et persévère dans tes sentiments actuels. Conduis-moi à ta fille.

- Elle est dans une écurie, Seigneur. Cette chaleur accablante la rend encore plus malade et elle refuse de sortir.
- Peu importe. C’est moi qui vais aller la trouver. Ce n’est pas la chaleur mais le démon qui me sent venir. »

Ils entrent dans la cour puis dans une écurie obscure et tous les autres à la suite. La fillette, décoiffée, chétive, s’agite dans le coin le plus sombre et, quand elle voit Jésus, elle hurle :

« Arrière, arrière ! Ne me dérange pas. Tu es le Christ du Seigneur et moi l’un de ceux que tu poursuis. Laisse-moi tranquille. Pourquoi viens-tu toujours sur mes traces ?

- Sors de cet enfant. Va-t-en. Je le veux. Rends à Dieu ta proie et tais-toi ! »

Un cri déchirant, une brusque détente, un corps qui s’effondre sur la paille…et puis, calmes, tristes, étonnées, les questions !

« Où suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Qui sont ces gens ? » suivies de l’appel : « Maman ! » de la jeune fille qui a honte d’être sans voile, avec un vêtement déchiré, sous les yeux de plusieurs étrangers.

« Oh, Seigneur éternel ! Mais elle est guérie !… »

Il paraît étrange de voir sur le visage rubicond et bouffi de l’aubergiste des pleurs d’enfants…Il est heureux, il sanglote, il ne sait que baiser les mains de Jésus, pendant que la mère pleure, au milieu de ses petits enfants étonnés, en embrassant sa fille aînée délivrée du démon.
Les personnes présentes crient toutes ensemble et d’autres accourent pour voir le prodige. La cour est pleine.

« Reste, Seigneur. La nuit va tomber. Reste sous mon toit.

- Nous sommes treize, homme.

- Seriez-vous même trois cents, ce ne serait rien. Je sais ce que tu veux dire. Mais le Samuel avide et malhonnête est mort, Seigneur. Mon démon aussi est parti. Maintenant, c’est un nouveau Samuel. Il fera encore l’hôtelier, mais en saint. Viens, viens avec moi, que je t’honore comme un roi, comme un dieu. Ce que tu es. Oh ! Béni soit le soleil d’aujourd’hui qui t’a amené à moi ! »

Vision et dictée du 11 juillet 1945, tome 3, p 442, § 215.

17. La rencontre d’enfants de Philistins.

Le groupe apostolique parvient sur le rivage de la mer Méditerranée puis en vue d’une ville maritime, Ashqelon qui s’étend le long d’une rive sur une ligne de rochers en forme de demi-lune… Ils rencontrent des maraîchers avec qui ils tentent de marchander des légumes, puis un hôtelier philistin qui propose du pain, de l’eau et du vin. Une longue discussion s’instaure et Jésus décide de constituer quatre groupes d’apôtres pour entrer dans la ville et se retrouver en un lieu de rendez-vous, le soir. Jésus, resté seul, les regarde partir.

…« Jésus fait un tour dans la ville, se promenant en long et en large, anonyme au milieu des gens affairés qui ne le remarquent même pas. Seuls deux ou trois enfants curieux le dévisagent et une femme à la tenue provocante va résolument à sa rencontre avec un sourire plein de sous-entendus. Mais Jésus la regarde si sévèrement qu’elle rougit comme une pivoine et s’éloigne en baissant les yeux. Au coin de la rue, elle se retourne encore et, comme un homme du peuple qui a observé la scène lui lance une plaisanterie mordante et méprisante à cause de son peu de succès, elle s’enveloppe dans son manteau et s’enfuit.

Les enfants, au contraire, tournent autour de Jésus, le regardent, sourient en le voyant sourire. L’un d’eux, plus hardi, le questionne :

« Qui es-tu ?

- Jésus, répond-il en lui donnant une caresse.

- Que fais-tu ?

- J’attends des amis.

- D’Ashqelôn ?

- Non, de mon pays et de Judée.

- Es-tu riche ? Moi, oui. Mon père a une belle maison et, à l’intérieur, il fait des tapis. Viens voir. C’est tout près d’ici. »

Et Jésus part, seul avec l’enfant. Il pénètre sous un porche très long qui ressemble à un chemin couvert. Au fond, rendu plus vif par contraste avec la pénombre du porche, resplendit un coin de la mer, tout illuminé par le soleil. Ils rencontrent une fillette chétive en larmes.

« C’est Dina. Elle est pauvre, tu sais ? Ma mère lui donne de la nourriture. Sa mère ne peut plus gagner sa vie. Son père est mort en mer : une tempête, pendant qu’il allait de Gaza au port du Grand Fleuve porter des marchandises et en prendre. Comme les marchandises étaient à mon père et que le père de Dina était l’un de nos marins, maman pense maintenant à eux. Mais les enfants restés sans père sont si nombreux…Qu’en dis-tu, toi ? Ce doit être dur, de rester orphelins et pauvres ! Voilà ma maison. Ne dis pas que j’étais dans la rue : je devais être à l’école mais on m’a renvoyé parce que je faisais rire mes camarades avec cela… »

Et il sort de ses vêtements un pantin taillé dans le bois, dans un morceau de bois tendre, très comique réellement, pourvu d’un menton de galoche et d’un nez très caricaturaux.

Jésus esquisse un sourire mais il le refrène, il a du mal à se retenir, et il dit :

« Il ne représente pas le maître, n’est-ce-pas ? Ni un parent ? Ce ne serait pas bien.

- Non. C’est le chef de la synagogue des juifs. Il est vieux et laid et nous nous moquons toujours de lui.
- Ce n’est pas bien non plus. Il est sûrement plus âgé que toi et…

- Oh ! C’est un vieux, à moitié bossu, presque aveugle et tellement laid…Ce n’est pas ma faute s’il est comme ça !

- Non, mais tu es fautif de te moquer d’un vieillard. Toi aussi, quand tu seras vieux, tu deviendras laid car tu te voûteras, tu n’auras plus beaucoup de cheveux, tu seras à moitié aveugle, tu marcheras avec un bâton, tu auras ce genre de visage. Et alors ? Cela te plaira d’être ridiculisé par un enfant irrespectueux ? Et puis, pourquoi fâcher le maître, distraire tes camarades ? Ce n’est pas bien ? Si ton père le savait, il te punirait. Ta mère en souffrirait. Moi, je ne leur dirai rien. Mais toi, donne-moi tout de suite deux choses : d’une part la promesse de ne plus faire de tels manquements et d’autre part ce pantin. Qui l’a fabriqué ?

- Moi, Seigneur… » dit l’enfant, mortifié, conscient maintenant de la gravité de ses…méfaits…Et il ajoute :

« J’aime tellement travailler le bois ! Parfois, j’imite les fleurs des tapis ou les animaux qui s’y trouvent. Tu sais, les dragons, les sphinx et d’autres bêtes encore…

- Cela tu peux le faire. Il y a tant de belles choses sur terre. Donc, tu me fais cette promesse et tu me donnes ce pantin ? Sinon, nous ne sommes plus amis. Je le garderai en souvenir de toi et je prierai pour toi. Comment t’appelles-tu ?

- Alexandre. Et toi, qu’est-ce que tu me donnes ? »

Jésus est embarrassé. Il a toujours si peu de choses ! Mais il se rappelle qu’il a une très belle boucle au col d’un vêtement. Il cherche dans son sac, la trouve, la détache et la donne à l’enfant.
« Et maintenant, allons-y. Mais fais attention : même si je pars, cela ne m’empêche pas de tout savoir. Et si j’apprends que tu es méchant, je reviens ici et je dis tout à ta maman. »

Le pacte est scellé. Ils entrent dans la maison. Après le vestibule, il y a une grande cour sur laquelle donnent, de trois côtés, de grandes pièces où se trouvent les métiers. La servante qui a ouvert, étonnée de voir l’enfant avec un inconnu, prévient la maîtresse, et celle-ci, une femme de grande taille, à l’aspect plein de douceur, accourt et demande :

« Mon fils s’est-il senti mal ?

- Non, femme. Il m’a amené ici pour voir les tapis. Je suis étranger.

- Tu veux faire des achats ?

- Non, Je n’ai pas d’argent mais j’ai des amis qui aiment les belles choses et qui sont riches. »

La femme regarde avec curiosité cet homme qui avoue aussi simplement sa pauvreté et elle dit :

« Je te prenais pour un seigneur. Tu as des manières et l’aspect d’un grand seigneur.
- Pas du tout. Je suis simplement un rabbi galiléen : Jésus, le Nazaréen.

- Nous, nous faisons du commerce et nous n’avons aucune prévention. Viens et regarde. »

Elle l’emmène voir ses tapis auxquels travaillent des jeunes filles sous la direction de la maîtresse. Les tapis sont vraiment de grande valeur, pour leurs dessins comme pour leurs couleurs. Grands, souples, on dirait des parterres tout en fleurs ou un kaléidoscope de pierres précieuses. D’autres mêlent aux fleurs des figures allégoriques comme des hippogriffes, des sirènes, des dragons ou bien des griffons héraldiques. Jésus admire :

« Tu es très habile. Je suis content d’avoir vu tout cela. Et je suis content que tu sois bonne.

- Comment le sais-tu ?

- Cela se lit sur ton visage. Et ton enfant m’a parlé de Dina. Que Dieu t’en récompense. Même si tu ne le crois pas, tu es proche de la Vérité car tu as la charité en toi.

- Quelle vérité ?

- Celle du Très-Haut. Celui qui aime le prochain, qui exerce la charité dans sa famille et envers ses subordonnés et qui la déploie sur les malheureux possède déjà en lui-même la Religion. Cette fillette, c’est Dina, n’est-ce-pas ?

- Oui, sa mère est mourante. Après je la prendrai, mais pas pour les tapis. Elle est trop petite et trop grêle. Viens, Dina, auprès de ce seigneur. »

La fillette, qui a le visage triste des enfants malheureux, s’approche timidement. Jésus lui fait une caresse et lui demande :

« Tu me conduis auprès de ta mère ? Tu voudrais bien qu’elle guérisse, n’est-ce pas ? Alors, emmène-moi chez elle. Adieu, femme. Adieu à toi aussi, Alexandre, et sois bon. »

Il sort en tenant la fillette par la main.

« Tu es seule ? demande t-il.

- J’ai trois petits frères. Le dernier n’a pas connu son père.

- Ne pleure pas. Es-tu capable de croire que Dieu peut guérir ta mère ? Tu sais, n’est-ce pas, qu’il existe un seul Dieu qui aime les hommes qu’il a créés et tout particulièrement les enfants qui sont bons ? Et qu’il peut tout ?

- Je le sais, Seigneur. Auparavant, mon frère Tolmé allait à l’école et à l’école, on est mélangé aux juifs. C’est comme cela qu’on sait beaucoup de choses. Je sais qu’il existe et qu’il s’appelle Yahvé, et qu’il nous a punis parce que les Philistins ont été mauvais avec lui. Les enfants juifs nous le reprocheront toujours ; Mais, à cette époque là, je n’existais pas, ni maman, ni mon père. Alors, pourquoi… » Les larmes lui coupent la parole.

« Ne pleure pas. Dieu t’aime, toi aussi et il m’a conduit ici pour toi et pour ta maman. Tu sais que les Israélites attendent le Messie qui doit venir pour établir le Royaume des Cieux ? Le Royaume de Jésus, rédempteur et sauveur du monde ?

- Je le sais, Seigneur. Et ils nous menacent en disant : « A ce moment-là, malheur à vous ! »

- Et sais-tu que fera le Messie ?

- Il fera d’Israël un grand peuple et il nous traitera très mal.

- Non : il rachètera le monde, il enlèvera le péché, il apprendra à ne pas pécher. Il aimera les pauvres, les malades, les affligés. Il ira vers eux. Il apprendra aux hommes riches, en bonne santé ou heureux, à les aimer. Il recommandera d’être bons pour obtenir la Vie éternelle et bienheureuse au Ciel. C’est cela qu’il fera. Et il n’opprimera personne.

- Et comment comprendra-t-on que c’est lui ?

- Parce qu’il aimera tout le monde et guérira les malades qui croient en lui, il rachètera les pécheurs et enseignera l’amour.

- Ah ! S’il venait ici avant que maman ne meure ! Comme je croirais, moi ! Comme je prierais ! J’irais le chercher jusqu’à ce que je le trouve et je lui dirais : « Je suis une pauvre enfant sans père, ma mère est mourante. J’espère en toi. » Et je suis sûre qu’il m’accueillerait, bien que je sois Philistine. »

Toute une foi, simple et forte, vibre dans la voix de la fillette qui marche à côté de lui. Elle ne voit pas ce sourire éclatant parce qu’elle regarde devant, du côté de la maison, maintenant proche. Ils arrivent à un cabanon bien misérable au fond d’une impasse.

« C’est ici, Seigneur, entre. »

Une pauvre chambrette, une paillasse sur laquelle est étendu un corps épuisé, trois petits enfants, de dix à trois ans, assis près de la paillasse. Tout trahit la misère et la faim.

« Paix à toi, femme. Ne t’agite pas. Ne te dérange pas. J’ai trouvé ta fille et je sais que tu es malade. Je suis venu. Voudrais-tu guérir ? »

La femme n’a qu’un filet de voix pour répondre :

« Oh ! Seigneur !...Mais pour moi c’est fini !... »

Elle pleure.

« Ta fille est arrivée à croire que le Messie pourrait te guérir. Et toi ?

- Ah ! Moi, je le croirais aussi, mais où est le Messie ?

- C’est moi, qui te parle. »

Et Jésus qui était penché sur la paillasse pour murmurer ses paroles près du visage de la malade, se redresse et s’écrie :

« Je le veux. Sois Guérie ! »

Les enfants ont presque peur de son air majestueux et, la surprise sur le visage, ils se tiennent autour du grabat de la mère.

Dina serre ses mains sur sa petite poitrine. Une lueur d’espoir, de béatitude brille sur son petit visage. Elle halète, pour ainsi dire, si grande est son émotion. Elle a la bouche ouverte pour dire quelque chose que déjà son cœur murmure. Quand elle voit sa mère, auparavant au teint cireux et abandonnée, se redresser pour s’asseoir comme si une force l’attirait et pénétrait en elle, puis se lever sans quitter un instant des yeux le Sauveur, Dina pousse un cri de joie : « Maman ! » le mot qui gonflait son cœur est dit !...Un autre suit : « Jésus ! » Tout en embrassant sa mère, elle l’oblige alors à s’agenouiller en disant :

« Adore ! Adore ! C’est lui, celui que le maître de Tolmé appelait : le Messie annoncé par les prophètes.

- Adorez le vrai Dieu, soyez bons, souvenez-vous de moi. Adieu. »

Et il sort rapidement pendant que les deux femmes, tout à leur bonheur, restent prosternées par terre.

...En fin de journée, tout le monde se retrouve et rapporte avec des résultats plus ou moins heureux ce qu’ils ont fait. Jésus réconforte tous ses apôtres en faisant remarquer : « L’apostolat n’est pas un métier facile, mais il s’apprend.» On lui demande alors des nouvelles de sa journée :

« Moi ? Je me suis promené. Par mon silence, j’ai dit à une prostituée : « Quitte ton péché. » J’ai trouvé un enfant, un peu polisson et je l’ai « évangélisé » en échangeant des cadeaux. Je lui ai donné la boucle que Marie Salomé avait mise à mon vêtement et lui m’a donné son œuvre. »

Et Jésus sort de son vêtement le pantin caricatural. Tout le monde regarde et rit.

« Puis je suis allé voir de splendides tapis qu’un habitant fabrique pour les vendre en Egypte et ailleurs…et j’ai consolé une fillette qui a perdu son père et j’ai guéri sa mère. C’est tout.

- Et cela te semble peu de chose ?

- Oui, parce qu’il aurait fallu aussi de l’argent, or je n’en avais pas.

- Mais retournons-y, nous qui…n’avons ennuyé personne, dit Thomas…

- Je vous indiquerai la maison de loin. Il y aura du monde. Moi, je n’y vais pas. Ils me retiendraient…Vous allez à la maison et cherchez la fillette. Il n’y a que cette fillette, vous ne pouvez pas vous tromper. Vous lui donnerez cette bourse et vous lui direz : « C’est Dieu qui te l’envoie parce que tu as su croire. C’est pour toi, ta maman et tes petits frères » Rien de plus. Et revenez tout de suite. Allons ».

Vision et dictée du 14 juillet 1945, tome 3, p 460, § 218.

18. Les idolâtres de la femme en couche.

Le lendemain, le groupe repart vers l’intérieur des terres…Puis Jésus dit : 

« Moi, je vais dans ce hameau sur la colline. Quant à vous, continuez vers Azolo. Faites attention. Soyez courtois, doux, patients. Même s’ils vous ridiculisent, supportez-le paisiblement et Dieu vous viendra en aide. Sortez au crépuscule et allez près de l’étang qui se trouve aux environs d’Azolo ? Nous nous retrouverons là.

- Mais Seigneur, je ne vais pas te laisser seul ! Ces gens là sont violents. C’est imprudent, s’exclame Judas.

- N’ayez pas peur pour moi. Va, Judas, va et sois prudent, toi. Adieu. Que la paix soit avec vous. »

Guère enthousiastes, les Douze s’éloignent. Jésus les regarde partir puis il prend le sentier de la colline, frais, ombragé. La colline est couverte de vignes et de bosquets d’oliviers, de noyers, de figuiers bien cultivés, qui annoncent déjà une belle récolte. De petits champs de céréales occupant les endroits plats et, sur les pentes, paissent des chèvres blanches dans l’herbe verte. Jésus arrive aux premières maisons du pays. Il est sur le point d’y entrer quand il rencontre un étrange cortège. Des femmes crient, la voix des hommes alterne avec la leur dans un chant funèbre et tous se livrent à une sorte de danse autour d’un bouc qui avance, les yeux bandés, meurtri de coups, les genoux en sang pour avoir trébuché et être tombé sur les pierres du sentier. Un second groupe, lui aussi vociférant et hurlant, s’agite autour d’une statue d’idole sculptée et bien laide, et tient en l’air des poêles avec des braises allumées dont ils alimentent la combustion en y jetant de la résine et du sel.

Un dernier groupe entoure un santon devant lequel ils s’inclinent en criant :

« Par la force ! (les hommes)

- Toi seul le peux ! (les femmes)

- Supplie le dieu ! (les hommes)

- Enlève le sortilège ! (les femmes)

- Commande à la matrice !

- Sauve la femme !

Et tous ensembles, en un hurlement infernal :

- Mort à la magicienne !

- Par ta force !

- Toi seul le peux !

- Ordonne au dieu !

- Qu’il fasse voir !

- Ordonne au bouc !

- Qu’il montre la magicienne !

- Qui hait la maison de Fara ! »

Jésus arrête un homme du dernier groupe et lui demande doucement :

« Qu’est-ce qu’il se passe ? Je suis étranger…»

Comme la procession s’arrête un moment pour frapper le bouc, jeter de la résine sur les braises et reprendre haleine, l’homme explique :

« L’épouse de Fara, le grand homme de Magdalgad est en train de mourir en couches. C’est une femme qui la hait qui lui a jeté un sort. Ses entrailles se sont nouées et l’enfant ne peut naître. Nous recherchons la magicienne pour la tuer. C’est seulement comme cela que l’épouse de Fara sera sauve et, si nous ne trouvons pas la magicienne, nous sacrifierons le bouc, pour obtenir la plus grande pitié de la déesse Matrice.» On comprend que l’horreur de poupée est une déesse…

« Arrêtez-vous, dit jésus à l’homme et à deux autres qui se sont approchés. Je suis capable de guérir la femme et de sauver le garçon. Dites-le au prêtre.

- Tu es médecin ?

- Plus que cela. »

Les trois hommes fendent la foule et s’avancent vers le prêtre idolâtre. Ils lui parlent. La rumeur se répand. La procession, qui avait repris sa marche, s’arrête. Le prêtre, que ses oripeaux multicolores rendent imposant, fait signe à Jésus et ordonne :

« Jeune homme, viens ici ! Et quand il est près de lui : Est-ce vrai, ce que tu dis ? Prends garde : si ce que tu prétends ne se produit pas, nous penserons que l’esprit de la magicienne s’est incarné en toi et nous te tuerons à sa place.

- C’est vrai. Conduisez-moi immédiatement auprès de cette femme et, en attendant, donnez-moi le bouc. J’en ai besoin. Otez-lui son bandeau et amenez-le moi ici. »

Ils obéissent. La pauvre bête, abasourdie, chancelante, tout en sang, est amenée à Jésus qui caresse son épais poil noir.

« Maintenant il faut m’obéir en tout. L’acceptez-vous ?

- Oui ! crie la foule.

- Allons, ne criez plus. Ne brûlez plus de résine. Je vous l’ordonne. »

Ils se mettent en chemin, rentrent dans le village et se rendent à une maison située au milieu d’un verger. Des cris et des pleurs sortent par les portes grandes ouvertes et, dominant tout, lugubres, les lamentations atroces de la femme qui ne peut donner le jour à son enfant. Ils courent avertir Fara qui s’avance, le teint terreux, échevelé, accompagné de femmes qui pleurent et d’inutiles santons pour qui on brûle de l’encens et des feuilles.

« Sauve ma femme !

- Sauve ma fille !

- Sauve-la, sauve-la ! crient tour à tour l’homme, une vieille femme, la foule.

- Je la sauverai et ton garçon avec elle, car c’est un garçon. Il est bien robuste et il a les yeux doux de la couleur d’une olive qui mûrit et la tête couverte de cheveux noirs comme cette toison.

- Comment le sais-tu ? Que vois-tu ? Même dans les entrailles ?

- C’est en toute chose que je vois et pénètre. Je connais et je peux tout. Je suis Dieu. »

Il aurait lancé la foudre que cela aurait produit moins d’effet. Tous se jettent par terre, comme morts.

« Relevez-vous. Ecoutez : je suis le Dieu puissant et je ne supporte pas d’autres dieux en ma présence. Allumez un feu et jetez-y cette statue. »

La foule se révolte. Elle commence à douter du « dieu » mystérieux qui lui enjoint de brûler la déesse. Les plus enflammés sont les prêtres. Mais Fara et la mère de l’épouse, à qui la vie de la femme tient à cœur, s’opposent à la foule hostile. Comme Fara est le grand homme du village, la foule réfrène son indignation. L’homme interroge néanmoins Jésus :

« Comment puis-je croire que tu es Dieu ? Donne-m’en une preuve et j’ordonnerai qu’on fasse ce que tu veux.

- Regarde. Vois-tu les blessures de ce bouc ? Elles sont ouvertes, n’est-ce pas ? Sanglantes, n’est-ce pas ? La bête est quasi mourante, n’est-ce pas ? Eh bien, je veux que cela ne soit pas…Voilà, regarde. »

L’homme se penche et regarde…il s’écrie :

« Il n’y a plus de blessures ! » et il se jette par terre en suppliant :

« Ma femme, ma femme ! »

Mais le prêtre de la procession intervient :

« Méfie-toi, Fara. Nous ne savons pas qui est cet homme ! Crains la vengeance des dieux. »

L’homme est pris entre deux peurs : les dieux, sa femme…Il demande :

- Qui es-tu ?

- Je suis Celui qui suis, au Ciel, sur la terre. Toute force m’est soumise, toute pensée connue. Les habitants du Ciel m’adorent, les habitants de l’Enfer me craignent. Et ceux qui croient en moi verront s’accomplir toutes sortes de prodiges.

- Je crois ! Je crois …Quel est ton nom ?

- Jésus Christ, le Seigneur incarné. Jetez cette idole aux flammes ! Je ne supporte pas de dieux en ma présence. Eteignez ces encensoirs ! Il n’y a que mon Feu qui possède puissance et volonté. Obéissez ou je réduis en cendre votre vaine idole et je pars sans opérer de salut. »

Jésus est terrible, dans son vêtement de lin. Il a le bras levé dans l’attitude du commandement, le visage fulgurant. Ils en ont peur. Personne ne parle plus…Le cri, de plus en plus épuisé de la femme, déchire le silence. Mais ils hésitent à obéir. Le visage de Jésus devient de plus en plus insoutenable à regarder. C’est vraiment un feu qui brûle la matière et les âmes. Les encensoirs sont les premiers à subir sa volonté. Ceux qui les tiennent doivent les jeter parce qu’ils ne peuvent plus supporter la chaleur. Et pourtant, les charbons paraissent éteints… Puis ce sont ceux qui portaient sur leurs épaules avec des barres, car le bois se carbonise, le brancard de l’idole qui prend feu. Les gens fuient, terrorisés…Jésus se tourne vers Fara :

« Peux-tu donc réellement croire à ma puissance ?

- Je crois, je crois ! Tu es Dieu. Tu es le dieu Jésus.

- Non. Je suis le Verbe du Père, de Yahvé d’Israël, venu avec sa chair, son sang, son âme et sa divinité racheter le monde et lui donner la foi au Dieu véritable, un et trine, qui se tient dans les Cieux très hauts ? Je viens apporter aide et miséricorde aux hommes pour qu’ils abandonnent l’erreur et viennent à la vérité, qui est le Dieu unique de Moïse et des prophètes. Peux-tu croire encore ?

- Je crois, je crois !

- Je suis venu apporter aux hommes la voie, la vérité et la vie pour abattre les idoles, pour enseigner la sagesse. Le monde obtiendra la rédemption par moi, car je mourrai par amour pour le monde et pour le salut éternel des hommes. Peux-tu croire encore ?

- Je crois, je crois !

- Je suis venu dire aux hommes que, s’ils croient au vrai Dieu, ils auront la vie éternelle dans les Cieux, près du Très-Haut qui a créé tous les hommes, les animaux, les plantes et les planètes. Peux-tu croire encore ?

- Je crois, je crois ! »

Jésus n’entre même pas dans la maison. Il tend seulement les bras vers la pièce où souffre la femme, les mains tendues et il crie :

« Sors à la lumière, pour connaître la Lumière divine et sur l’ordre de la Lumière qui est Dieu ! »

C’est un commandement de tonnerre auquel, après un moment, fait écho un cri de triomphe où résonnent une plainte et une joie, puis le cri d’un nouveau-né, faible, mais bien distinct, et qui se renforce de plus en plus.

« Ton fils pleure en saluant la terre. Va le trouver et dis-lui, maintenant ou plus tard, que la patrie ce n’est pas la terre, mais le Ciel. Fais-le grandir et, toi aussi, grandis avec lui, pour le Ciel. C’est la Vérité qui te parle. Ces encensoirs, ce brancard en cendre, ce sont le mensonge qui n’apporte ni aide, ni salut. Adieu. »

Il est sur le point de partir. Mais une femme accourt avec un vigoureux nouveau-né enveloppé dans les langes et elle crie :

«  C’est un garçon, Fara. Beau, robuste, aux yeux noirs foncés comme une olive qui mûrit, ses cheveux sont plus noirs et plus fins que la toison d’un chevreau sacré. Et ta femme repose, heureuse. Elle ne souffre plus, comme s’il n’y avait rien eu. C’est inattendu, alors qu’elle était mourante…et après ces mots…»

Jésus sourit et, comme l’homme lui présente son nouveau-né, il lui touche la tête du bout des doigts. A l’exception des prêtres qui sont partis, indignés à la vue de la défection de Fara, la foule s’approche, curieuse de voir le nouveau-né et désireuse de regarder Jésus.

Fara voudrait lui offrir des objets et de l’argent pour le miracle. Mais Jésus dit avec douceur et fermeté :

« Rien. Le miracle ne se paie que par la fidélité à Dieu qui l’a accordé. Je garde seulement le bouc, en souvenir de ta ville. »

Sur ce, il s’éloigne avec le bouc qui trottine auprès de lui comme si Jésus était son maître. Il est revenu à la vie, heureux, bêlant sa joie d’être avec quelqu’un qui ne le frappe pas. Ils descendent ainsi des pentes de la colline pour reprendre la grande route vers Azoto.

Quand, vers le soir, près de l’étang ombragé, Jésus voit arriver ses disciples, l’étonnement est réciproque : pour eux de voir Jésus avec ce bouc et pour lui de voir leurs visages déconfits d’hommes qui n’ont pas obtenu de résultats.

« C’est un désastre, Maître ! Ils ne nous ont pas frappés, mais ils nous ont chassés de la ville. Nous avons erré dans la campagne et, en payant bien cher, nous avons pu nous procurer de la nourriture. Et pourtant, nous avons été doux…, disent-ils d’un air désolé.

- Peu importe. A Hébron aussi, ils nous avaient chassés l’an dernier. Pourtant, cette fois, ils nous ont fait honneur. Il ne faut pas vous décourager.

- Et toi, Maître ? Cet animal ? demandent-ils.

- Je suis allé à Magdalgad. J’ai brûlé une idole et ses encensoirs. J’ai fait naître un garçon. J’ai prêché le vrai Dieu en faisant des miracles et j’ai emmené avec moi le bouc destiné à un rite idolâtre, à titre de récompense. Pauvre bête, elle n’était qu’une plaie !

- Mais maintenant il se porte bien ! C’est une superbe bête !

- C’était un animal sacré destiné à l’idole…En bonne santé, oui. Ce fut mon premier miracle pour les convaincre que c’était moi, le Puissant, et non pas leur morceau de bois.

- Mais que vas-tu en faire ?

- Je l’amène à Marziam. Un pantin hier, un bouc aujourd’hui. Je vais lui faire plaisir !

- Mais tu veux le prendre avec toi jusqu’à Béther ?

- Certainement. Je ne vois pas ce qu’il y a de déplaisant à le faire. Si je suis le Berger, je pourrai avoir un bouc. Puis nous le donnerons aux femmes et elles iront ainsi en Galilée. Nous trouverons une chevrette. Simon, tu deviendras berger de chèvres. Il vaudrait mieux des brebis…mais dans le monde, il y a plus de boucs que d’agneaux…C’est un symbole, mon Pierre. Rappelle-toi cela…Par ton sacrifice, tu feras en sorte que les boucs deviennent des agneaux. Venez. Rejoignons ce village parmi les vergers. Nous trouverons à nous loger soit dans les maisons, soit sur les gerbes qui sont déjà liées dans les champs. Et demain, nous irons à Jabnia. »

Les apôtres sont étonnés, peinés, découragés. Etonnés par les miracles, affligés de ne pas y avoir assisté, découragés par leur incapacité alors que Jésus peut tout.

Mais lui, au contraire, est si content ! Et il réussit à les persuader que « rien n’est inutile, pas même un échec, car il sert à vous former à l’humilité alors que la parole sert à faire résonner un nom, le mien, et à laisser un souvenir dans les cœurs.» Et il est si convaincant, sa joie est si lumineuse qu’ils retrouvent eux aussi la sérénité. »

Vision et dictée du 16 juillet 1945, tome 3, p 481, § 220.

19. Le paralytique de la piscine de Béthesda.

En ce jour de sabbat, Jésus se trouve au Temple de Jérusalem avec ses disciples, dont le tout jeune garçon Marziam qui est devenu le fils adoptif de Pierre et qui a passé avec succès son examen de majorité au Temple. Les apôtres sont toujours inquiets sur la façon dont ils sont perçus au sein des autorités de Temple qui n’apprécient pas leur présence.

« … Jésus n’est guère inquiet. Il discute avec Marziam et Jean et il avance en donnant des aumônes. Il explique à l’enfant bien des choses. Il se dirige vers l’extrémité des murs du Temple, à l’angle nord-est. Là se trouve une foule nombreuse qui se rend près d’un endroit où les portiques précèdent une porte nommée « du Troupeau ».

« C’est la Probatique, la piscine de Bethesda. Maintenant, observe bien l’eau. Tu vois comme elle est calme en ce moment ? D’ici peu, tu verras qu’elle a une sorte de mouvement et qu’elle se soulève jusqu’à cette marque humide. La vois-tu ? L’ange du Seigneur descend alors, l’eau sent sa présence et le vénère comme elle peut. L’ange porte à l’eau l’ordre de guérir l’homme qui s’y plongera le plus vite. Tu vois toute cette foule ? Mais un trop grand nombre sont distraits et ne voient pas le premier mouvement de l’eau ; ou bien les plus forts repoussent sans pitié les plus faibles. On ne doit jamais se distraire en présence des signes de Dieu. Il faut garder l’âme toujours éveillée parce qu’on ne sait jamais quand Dieu se manifeste ou envoie son ange. Et il ne faut jamais être égoïste, même pour raison de santé. Bien des fois, parce qu’ils sont restés à discuter sur celui qui plonge le premier ou qui en a le plus besoin, ces malheureux manquent le bienfait de la venue de l’ange. »

Patiemment, Jésus donne toutes les explications à Marziam qui le regarde, les yeux grands ouverts, attentifs, mais sans cesser de surveiller l’eau pour autant.

« Peut-on voir l’ange ? Cela me plairait.

- Lévi, un berger de ton âge, l’a vu. Regarde bien, toi aussi et soit prêt à le louer. »

L’enfant ne se distrait plus. Ses yeux regardent alternativement l’eau et au-dessus de l’eau ; il n’entend plus rien, ne voit rien d’autre. Jésus, pendant ce temps, regarde ce petit peuple d’infirmes, d’aveugles, d’estropiés, de paralytiques, qui attendent. Les apôtres eux aussi observent attentivement. Le soleil produit des jeux de lumière sur l’eau et envahit royalement les cinq rangées de portiques qui entourent les piscines.

« Voilà, voilà ! s’écrie Marziam. L’eau se gonfle, s’agite, resplendit ! Quelle lumière ! L’ange ! » et l’enfant se met à genoux.

En effet, le mouvement de l’eau dans le bassin donne l’impression qu’elle augmente de volume sous l’effet d’un flot subit qui s’y introduit, la fait bouillonner et monter jusqu’au bord. Pendant un instant, l’eau resplendit comme un miroir sous le soleil, en une lumière éblouissante.

Un boiteux se jette rapidement dans l’eau pour en sortir peu après, avec la jambe, déjà marquée d’une grande cicatrice, parfaitement saine. Les autres se plaignent et se disputent avec l’homme guéri. Ils lui disent que, lui, il pouvait encore travailler, mais pas eux. Et la querelle se prolonge.

Jésus regarde tout autour et voit sur un grabat un paralytique qui pleure doucement. Il s’en approche, se penche et le caresse en lui demandant :

« Tu pleures ?

- Oui. Personne ne pense jamais à moi. Je reste ici. Je reste ici, tous guérissent, moi, jamais. Cela fait trente-huit ans que je suis sur le dos. J’ai tout dépensé, les miens sont morts et maintenant je suis à la charge d’un parent éloigné qui me porte ici le matin et me reprend le soir…Mais comme cela lui pèse de le faire ! Oh ! Je voudrais mourir !

- Ne te désole pas. Tu as eu tant de patience et de foi ! Dieu t’exaucera.

- Je l’espère…Mais il me vient des moments de découragement. Toi, tu es bon, mais les autres…Celui qui est guéri pourrait, par reconnaissance pour Dieu, rester ici pour secourir ses pauvres frères…

- Ils devraient le faire, en effet. Mais n’aie pas de rancoeur. Ils n’y pensent pas, ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est la joie de la guérison qui les rend égoïstes. Pardonne-leur.

- Tu es bon, toi. Tu n’agirais pas ainsi. Moi, j’essaie de me traîner avec les mains jusque là, lorsque l’eau du bassin s’agite. Mais il y a toujours quelqu’un d’autre pour me passer devant et je ne puis rester près du bord, on me piétinerait. Et même si je restais là, qui m’aiderait à descendre ? Si je t’avais vu plus tôt, je te l’aurais demandé.

- Veux-tu vraiment guérir ? Alors, lève-toi, prends ton lit et marche ! »

Jésus s’est redressé pour donner cet ordre et il semble qu’en se relevant, il relève aussi le paralytique, qui se met debout, puis fait un, deux, trois pas, comme s’il n’y croyait pas, derrière Jésus qui s’éloigne. Et comme il marche vraiment, il pousse un cri qui fait se retourner tout le monde.

« Mais qui es-tu ? Au nom de Dieu, dis-le moi ! L’ange du Seigneur, peut-être ?

- Je suis plus grand qu’un ange. Mon nom est pitié. Va en paix. »

Tous s’attroupent. Ils veulent voir. Ils veulent parler. Ils veulent guérir. Mais les gardes du Temple accourent et dispersent par des menaces cette assemblée bruyante.

Le paralytique prend son brancard et il s’en va tout heureux en criant à Jésus :

« Je te retrouverai. Je n’oublierai pas ton nom, ni ton visage.»

Mais il n’a pas dépassé le dernier portique qu’arrivent, comme poussés par une rafale de vent, un groupe de juifs des pires castes, tout enflammés par le désir de se montrer insolent vis-à-vis de Jésus. Ils cherchent, regardent, scrutent. Mais ils n’arrivent pas à bien comprendre ce dont il s’agit et Jésus s’éloigne. Déçus, suivant les renseignements des gardiens, ils assaillent le pauvre paralytique guéri et heureux et lui font des reproches :

« Pourquoi emportes-tu ce lit ? C’est le sabbat. Cela ne t’est pas permis. »

L’homme les regarde :

« Moi, je ne sais rien. Je sais que celui qui m’a guéri m’a dit : « Prends ton lit et marche. » Voilà tout ce que je sais.

- C’est sûrement un démon car il t’a ordonné de violer le sabbat. Comment était-il ? Qui est-ce ? Un judéen ? Un galiléen ? Un prosélyte ?

- Je ne sais pas. Il était ici. Il m’a vu pleurer et s’est approché de moi. Il m’a parlé. Il m’a guéri. Il est parti en tenant un enfant par la main. Je suppose que c’est son fils, car il pourrait avoir un fils de cet âge.

- Un enfant ? Alors ce n’est pas lui !...Comment a-t-il dit qu’il s’appelait ? Ne le lui as-tu pas demandé ? Ne mens pas !

- Il m’a dit qu’il s’appelait Pitié.

- Tu n’es qu’un imbécile ! Ce n’est pas un nom, cela ! »

L’homme hausse les épaules et part. Les autres disent :

« C’était sûrement lui. Les scribes Anias et Zachée l’ont vu au Temple.
- Mais lui, il n’a pas d’enfant !

- Et pourtant c’est bien lui…»



Avant de sortir du Temple, Jésus rencontre à nouveau le paralytique guéri qui est venu remercier le Seigneur, dès qu’il le voit il dit à Jésus :

« Un homme qui s’est étonné de me voir ici en bonne santé m’a dit qui tu es. Tu es le Messie. Est-ce vrai ?

- Je le suis. Mais, même si tu avais été guéri par l’eau ou par une autre puissance, tu aurais toujours le même devoir envers Dieu : celui d’utiliser ta bonne santé pour bien agir. Tu es guéri. Va donc, avec de bonnes intentions, reprendre les activités de la vie et ne pèche jamais plus…

- Je suis âgé…Je ne sais rien…Mais je voudrais te suivre pour te servir et pour apprendre. Veux-tu de moi ?

- Je ne repousse personne. Réfléchis cependant avant de venir, et si tu décides, viens.

- Où ? Je ne sais pas où tu vas…

- Je parcours le monde. Tu trouveras partout des disciples qui te guideront vers moi. Que le Seigneur t’éclaire pour le mieux. »

A la sortie du Temple, Jésus se fait lourdement apostropher parce qu’on lui reproche qu’il a violé le sabbat en faisant ce miracle. Jésus administre à ces détracteurs du Temple un long discours où il étale leurs contradictions et leur maigre chance de salut…

Vision et dictée du 21 juillet 1945, tome 3, p 517, § 225.

Ce miracle, étonnant dans ses circonstances, est rapporté seulement par l’évangéliste Jean qui précise bien les reproches aussi bien au miraculé qu’à Jésus lui-même pour le non respect du jour du Sabbat.

20. La femme souffrant d’hémorragie et la fille de Jaïre.

Jaïre est le chef de la synagogue de Capharnaüm. C’est à cet endroit qu’a déjà eu lieu la guérison de la femme possédée, Aggée. Jaïre deviendra un disciple courageux de Jésus et sa fille, Miryam, une vierge consacrée.

« Jésus marche sur la rive du lac de Tibériade, en direction d’un village, entouré d’une grande foule qui l’avait attendu et qui se presse autour de lui bien que les apôtres jouent des bras et des épaules pour lui frayer un chemin et haussent la voix pour amener la foule à lui faire place.

Mais Jésus ne s’inquiète pas de cette bousculade. Comme il dépasse d’une tête la foule qui l’entoure, il regarde avec un doux sourire tous ces gens qui se pressent autour de lui, il répond aux sourires, donne une caresse à quelque enfant qui réussit à se faufiler dans la masse des adultes et parvient à s’approcher de lui, pose la main sur la tête des bébés que les mères soulèvent au-dessus de la tête des gens afin qu’il les touche. Il marche en même temps, lentement, patiemment, au milieu de ce vacarme et de ces continuelles bousculades qui importuneraient tout autre que lui.

Une voix masculine crie : « Place ! Place ! » C’est une voix angoissée et que beaucoup doivent connaître et respecter comme celle d’un personnage influent, car la foule, qui s’écarte très difficilement tant elle est compacte, laisse passer un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un vêtement long et flou, la tête couverte d’une espèce de foulard blanc dont les pans retombent le long du visage et du cou.

Arrivé devant Jésus, il se prosterne à ses pieds :

« Ah ! Maître, pourquoi as-tu été si longtemps absent. Ma fille est très malade. Personne n’arrive à la guérir. Toi seul, tu es mon espoir et celui de sa mère. Viens, Maître. Je t’ai attendu avec une immense angoisse. Viens, viens immédiatement ! Mon unique enfant est à l’article de la mort… »

Il pleure. Jésus pose la main sur la tête de l’homme, en larmes, sur sa tête inclinée que secouent des sanglots et il lui répond :

« Ne pleure pas. Aie foi. Ta fille va vivre. Allons auprès d’elle. Lève-toi ! Allons ! »

Ces deux derniers mots sont dits sur un ton impérieux. Au début, il était le Consolateur maintenant c’est le Dominateur qui parle.

Ils se remettent en marche. Jésus tient par la main le père en pleurs, à ses côtés. Lorsqu’un sanglot plus fort secoue le pauvre homme, Jésus le regarde et lui serre la main. Il ne fait rien d’autre, mais quelle force doit affluer dans une âme quand elle se sent ainsi traitée par Jésus !

Auparavant, c’est Jacques qui occupait la place du pauvre père, mais Jésus lui a fait céder sa place. Pierre est de l’autre côté. Jean est auprès de Pierre et, avec lui, il tente de faire barrage à la foule. Jacques et Judas, de l’autre côté, en font autant auprès du père qui pleure. Les autres apôtres sont les uns devant Jésus, les autres derrière. Mais il en faudrait plus ! Les trois de derrière, en particulier, au nombre desquels il y a Matthieu, n’arrivent pas à retenir cette muraille vivante. Mais quand ils vitupèrent trop fort et, pour un peu, insulteraient la foule indiscrète, Jésus tourne la tête et dit doucement :

« Laissez ces petits, ils sont à moi !...»

A un certain moment, cependant, il se retourne brusquement, lâche la main du père et s’arrête. Il ne se contente pas de tourner la tête, il se retourne complètement. Il paraît même encore plus grand, car il a pris une attitude solennelle. Son visage, son regard sont devenus graves, inquisiteurs. Il scrute la foule. Ses yeux lancent des éclairs, non pas de dureté mais de majesté.
« Qui m’a touché ? » demande-t-il.

Personne ne répond.

« Je répète : Qui m’a touché ? insiste-t-il.
- Maître, répondent ses disciples, tu ne vois pas comment la foule te presse de tous les côtés ? Tout le monde te touche, malgré nos efforts.

- Je demande qui m’a touché pour obtenir un miracle. J’ai senti une puissance de miracle sortir de moi car un cœur l’a invoqué avec foi. Quel est ce cœur ? »

Pendant qu’il parle, les yeux de Jésus tombent deux ou trois fois sur une petite femme d’une quarantaine d’années, vêtue fort pauvrement et très ridée, qui cherche à s’éclipser dans la cohue, à se faire avaler par la foule. Ces yeux doivent la brûler. Elle comprend qu’elle ne peut fuir, revient en avant et se jette à ses pieds, le visage presque à mordre la poussière, les mains tendues sans toutefois oser toucher Jésus.

« Pardon ! C’est moi. J’étais malade. Cela fait douze ans que je suis malade. Tout le monde me fuyait. Mon mari m’a abandonnée. J’ai dépensé tout ce que j’avais pour ne pas être considérée comme déshonorée, pour vivre comme tout le monde. Mais personne n’a pu me guérir. Tu vois, Maître ? Je suis vieille avant l’âge. Ma force s’en est allée avec ce flux inguérissable et ma paix avec elle. On m’a dit que tu étais bon. Celui qui me l’a dit a été guéri par toi de la lèpre (il s’agit d’Abel, le lépreux de Corozeïn, guéri un an plus tôt). Comme tous l’ont fui des années durant, il n’a pas éprouvé de répulsion pour moi. Je n’ai pas osé le dire avant. Pardon ! J’ai pensé que, si seulement j’arrivais à te toucher, je serai guérie. Mais je ne t’ai pas rendue impur. J’ai à peine effleuré le bord de ton vêtement là où il traîne sur le sol, sur les ordures du sol…Mais je suis guérie, sois béni ! Au moment même où j’ai touché ton vêtement, mon mal a cessé. Je suis redevenue comme toutes les femmes. Je ne serai jamais plus évitée par tout le monde. Mon mari, mes enfants, mes parents pourront rester avec moi, je pourrai les caresser. Je serai utile dans ma maison. Merci, Jésus, bon Maître. Sois béni éternellement ! »

Jésus la regarde avec une bonté infinie. Il lui sourit. Il lui dit :

« Va en paix, ma fille. Ta foi t’a sauvée. Sois guérie pour toujours. Sois bonne et heureuse. Va ! »

Il parle encore quand survient un homme, un serviteur, qui s’adresse au père. Pendant tout ce temps, ce dernier a gardé une attitude respectueuse mais tourmentée, comme s’il était sur des charbons ardents.

« Ta fille est morte. Inutile d’importuner davantage le maître. Elle a rendu l’esprit et déjà les femmes chantent les lamentations. Sa mère m’envoie t’en avertir ; elle te prie de venir sur-le-champ.»

Le pauvre père pousse un gémissement. Il porte ses mains à son front et le serre en se comprimant les yeux et en se courbant comme s’il avait reçu un coup. Jésus qui paraît ne rien voir et ne rien entendre, attentif comme il est à écouter la femme et à lui répondre, se retourne pourtant et pose la main sur les épaules courbées du pauvre père.

« Homme, je te l’ai dit : aie foi. Ne crains rien. Ta fillette va vivre. Allons auprès d’elle. »

Et il se met en route en gardant étroitement serré contre lui l’homme anéanti.

Devant cette douleur et le miracle qui vient de survenir, la foule, intimidée, s’arrête, s’écarte, laisse Jésus et ses apôtres se faufiler, puis, tel un sillage, suit la Grâce qui passe. Ils parcourent ainsi une centaine de mètres, peut-être plus, et pénètrent toujours plus au centre du village. Il y a un grand rassemblement devant une maison de belle apparence ; les gens commentent l’évènement à voix haute et sonore, répondant par des cris puissants à des cris plus élevés provenant de la porte ouverte. Ce sont des cris perçants, aigus, sur une note fixe et qui semblent être dirigés par une seule voix plus stridente qui s’élève toute seule et à laquelle répondent d’abord un groupe de voix plus faibles, puis un autre chœur de voix plus pleines. Cela fait un vacarme à faire mourir les gens en bonne santé !

Jésus ordonne à ses disciples de rester devant la porte et il appelle Pierre, Jean et Jacques pour l’accompagner. Il entre avec eux à l’intérieur de la maison, sans cesser de tenir par le bras le père en larmes contre lui. Il semble vouloir lui infuser par cette étreinte la certitude qu’il est là pour le rendre heureux.

A la vue du chef de famille et du Maître, les… pleureuses, ou plutôt les « hurleuses », redoublent leurs cris. Elles battent des mains, font résonner des tambourins, agitent des triangles et accompagnent leurs lamentations de cette…musique.

« Taisez-vous, intervient Jésus. Il ne faut pas pleurer. La fillette n’est pas morte, elle dort.»

Les femmes crient d’autant plus fort, certaines se roulent par terre, font semblant de s’arracher les cheveux pour bien montrer qu’elle est vraiment morte. Les musiciens et les amis secouent la tête devant les illusions de Jésus. Ils croient qu’il divague. Mais Jésus répète un « Taisez-vous !» tellement énergique que le vacarme, sans cesser totalement, devient bourdonnement. Et il s’avance. Il entre dans une petite chambre. Sur le lit repose la fillette, morte. Maigre, extrêmement pâle, elle gît, déjà habillée, ses cheveux bruns soigneusement coiffés. Sa mère pleure auprès du petit lit, du côté droit, et embrasse la main couleur de cire de la morte.

Quant à Jésus…comme il est beau en ce moment ! Il s’approche avec empressement. On dirait qu’il glisse sur le sol, qu’il vole, tant il se hâte vers ce petit lit. Les trois apôtres restent contre la porte qu’ils ferment au nez des curieux. Le père s’arrête au pied du lit.

Jésus passe à gauche du lit, tend la main gauche et saisit la petite main sans résistance de la morte. C’est bien la main gauche de Jésus qui prend la main gauche de la petite fille. Il lève le bras droit en amenant sa main ouverte à hauteur de ses épaules, puis l’abaisse comme on le fait pour jurer ou commander. Il dit :

« Fillette, je te le dis : lève-toi ! »

Il écarte de la main les préparatifs funèbres éparpillés sur le lit et sur les côtés et, l’aidant à descendre, il lui fait faire ses premiers pas sans cesser de la tenir par la main.

« Maintenant, donnez-lui à manger, ordonne-t-il. La voilà guérie. Dieu vous l’a rendue. Remerciez-le et ne parlez à personne de ce qui vient de se passer. Vous, vous savez ce qui lui est arrivé, vous avez cru et vous avez mérité ce miracle. Les autres n’ont pas eu foi. Il est inutile d’essayer de les convaincre. Dieu ne se manifeste pas à ceux qui nient le miracle. Quant à toi, petite fille, sois bonne. Adieu. Paix à cette maison. »

Il sort et referme la porte derrière lui.

Vision et dictée du 11 mars 1944, tome 4, p 23, § 230.

Les trois évangélistes Matthieu, Marc et Luc rapportent ces deux miracles de façon relativement détaillée et concluent également sur la recommandation de Jésus de ne pas ébruiter ces prodiges. En fait, de ces quatre récits, on comprend que Jésus, depuis la dernière Pâque, veut éviter d’attiser l’hostilité grandissante des Pharisiens.

21. Les deux aveugles et le muet possédé.

Pendant que Pierre prépare les poissons pour le repas dans sa cuisine enfumée, Jésus choisit d’accompagner Jean à la fontaine de la place.

« Sur la place, c’est la foule habituelle des villages de Palestine, le soir : les femmes viennent avec leurs amphores, les enfants y jouent, les hommes s’entretiennent d’affaires ou…des potins du village. On y voit aussi, entourés de serviteurs ou de clients, les pharisiens qui regagnent leurs riches demeures. Les gens s’écartent avec respect pour les laisser passer, quitte ensuite, à peine sont-ils plus loin, à les maudire de tout cœur en racontant leurs dernières injustices et leurs usures.
Dans un coin de la place, Matthieu discute avec ses vieux amis, ce qui fait dire au pharisien Urie, avec mépris et à haute voix :

« Ah ! Ces fameuses conversions ! Le lien au péché demeure, cela se voit aux amitiés qui durent. Ha ! Ha ! »

Ce à quoi Matthieu se retourne vivement pour répondre :

« Elles durent pour les convertir !

- Ce n’est pas nécessaire ! Ton Maître suffit à la tâche. Toi, tiens-toi loin d’eux, que la maladie ne te reprenne pas, en admettant que tu sois réellement guéri… »

Matthieu rougit sous l’effort de ne pas lui dire ses quatre vérités, mais il se borne à rétorquer :

« Ne crains pas et n’espère pas.

- Quoi ?

- Ne crains pas que je redevienne Lévi le publicain et n’espère pas que je t’imite pour perdre ces âmes. Je vous laisse, à tes amis et à toi, les séparations et les mépris. Moi, j’imite mon Maître et je fréquente les pécheurs pour les amener à la Grâce.»

Urie voudrait répliquer, mais l’autre pharisien, le vieil Eli, survient et dit :

« Mon ami, ne souille pas ta pureté et ne contamine pas ta bouche. Viens avec moi.»

Il prend Urie par le bras et l’amène chez lui.

Pendant ce temps, la foule, composée surtout d’enfants, s’est groupée autour de Jésus. Parmi les enfants, il y a Jeanne et Tobie, ceux qui s’étaient disputés pour des figues. De leurs petites mains, ils tripotent le grand corps de Jésus pour attirer son attention et disent :

« Ecoute ! Ecoute ! Aujourd’hui, nous avons été gentils, tu sais ? Nous n’avons jamais pleuré. Nous ne nous sommes jamais chamaillés, par amour pour toi. Tu nous donnes un baiser ?

- Vous avez donc été gentils et pour amour pour moi ! Quelle joie vous me donnez ! Voilà votre baiser. Et soyez encore meilleurs demain. »

Il y a aussi Jacques, le petit qui, chaque sabbat, portait à Jésus la bourse de Matthieu. Il dit :

« Lévi ne me donne plus rien pour les pauvres du Seigneur, mais, moi, j’ai mis de côté toutes les piécettes qu’on me donne quand je suis gentil et je te les donne. Tu les donneras aux pauvres pour mon grand-père.

- Bien sûr. Qu’est-ce qu’a ton grand père ?

- Il ne peut plus marcher. Il est très vieux et ses jambes ne le portent plus.
- Cela te fait de la peine ?

- Oui, parce qu’il était mon maître quand on marchait dans la campagne. Il me disait plein de choses. Il me faisait aimer le Seigneur. Même maintenant, il me parle de Job et me montre les étoiles du ciel, mais de son siège…C’était plus beau avant !

- Je viendrai voir ton grand-père demain. Tu es content ! »

...Puis Jésus est accosté par un pharisien qui s’informe de ses activités, bien qu’au courant des miracles des deux groupes de lépreux de Jérusalem. Il propose une invitation pour un repas ultérieur que Jésus accepte...

« De retour à la maison pour le repas, ils sont en train de manger du poisson grillé, quand ils sont rejoints par des aveugles qui avaient déjà imploré Jésus en route. Ils répètent :

« Jésus, Fils de David, aie pitié de nous !

- Partez donc ! Il vous a dit : « demain », alors venez demain ! Laissez-le manger, leur lance Simon-Pierre sur un ton de reproche.

- Non, Simon, ne les chasse pas. Une telle constance mérite récompense. Vous deux, avancez » dit-il aux aveugles, qui entrent en tâtant de leur bâton le sol et les murs.

« Croyez-vous que je puisse vous rendre la vue ?

- Oh oui ! Seigneur ! Nous sommes venus parce que nous en sommes certains. »

Jésus se lève de table, s’approche d’eux, mets le bout du doigt sur les paupières aveugles, lève la tête, prie et dit :

« Qu’il vous soit fait selon votre foi. »

Il retire ses mains et les paupières immobiles se lèvent car, chez l’un la lumière atteint de nouveau les pupilles revenues à la vie et, chez l’autre, les paupières se dessillent et, là où il y avait une suture, apparue certainement à la suite d’ulcères mal soignés, voilà que le bord des paupières se reforme sans défaut et que celles-ci se lèvent et se baissent comme des ailes qui battent.

Les deux hommes tombent à genoux.

« Relevez-vous et allez. Et veillez bien à ce que personne ne sache ce que j’ai fait pour vous. Portez la nouvelle de la grâce que vous avez reçue à vos villes, à votre parenté, à vos amis. Ici, ce n’est pas nécessaire, ni bon pour votre âme. Gardez-la pure de toute lésion à sa foi de la même manière que, maintenant que vous savez ce qu’est un œil, vous le préserverez des lésions pour ne pas redevenir aveugle. »

...Le dîner s’achève. Ils montent sur la terrasse où ils trouvent quelque fraîcheur…Depuis là, ils admirent le lac et discutent …

« Le Maître est-il ici ? crie une voix qui vient de la route.

- Oui. Mais que voulez-vous encore ? Malgré sa longueur, la journée ne vous suffit pas ? Est-ce que c’est une heure pour troubler de pauvres pèlerins ? Revenez demain ! ordonne Pierre.

- C’est que nous avons avec nous un muet qui est possédé. Et, pendant le trajet, il nous a échappé trois fois. Sans cela, nous serions arrivés plus tôt. Soyez gentils ! Dans un moment, quand la lune sera haute, il hurlera fort et épouvantera le village. Voyez comme il s’agite déjà ! »

Jésus se penche du haut du muret après avoir traversé toute la terrasse. Les apôtres l’imitent. Une chaîne de visages courbés sur une foule de gens qui lèvent la tête vers ceux qui se penchent. Au milieu, avec des gestes saccadés et des grondements d’ours ou de loup enchaîné, il y a un homme avec les poignets bien attachés pour éviter de s’enfuir. Il mugit en se démenant avec des mouvements de bête et comme s’il cherchait quelque chose par terre. Mais quand il lève les yeux et rencontre le regard de Jésus, il pousse un hurlement bestial, inarticulé, un vrai rugissement et il tente de s’enfuir. La foule composée d’adultes de Capharnaüm, prend peur et s’écarte.

« Viens, pour l’amour de Dieu ! Cela le reprend comme avant…

- J’arrive tout de suite. »

Jésus descend rapidement et se met en face du malheureux, qui est plus agité que jamais.
« Sors de lui. Je le veux ! »

Le hurlement se brise en un seul mot :

« Paix !

- Oui, paix. Sois en paix, maintenant que te voilà délivré. »

La foule émerveillée crie à la vue de ce brusque passage de la furie au calme, de la possession à la délivrance, du mutisme à la parole.

« Comment avez-vous su que j’étais ici ?

- On nous a dit, à Nazareth : « Il est à Capharnaüm. » A Capharnaüm, cela nous a été confirmé par deux hommes qui avaient eu les yeux guéris par toi, dans cette maison.

- C’est vrai ! Ils nous l’ont dit à nous aussi » crient plusieurs. Et ils commentent :

« On n’a jamais vu de telles choses en Israël.

- Sans l’aide de Belzébuth, il n’aurait rien pu faire », ricanent les pharisiens de Capharnaüm.

Mais Simon n’est pas avec eux.

« Aide ou pas aide, me voilà guéri et les aveugles aussi. Vous, vous ne pouvez pas le faire malgré vos grandes prières » réplique le muet possédé qui a été guéri.

Et il baise le vêtement de Jésus qui, sans répondre aux pharisiens, se borne à congédier la foule de son « que la paix soit avec vous ». Il retient le miraculé et ceux qui l’accompagnent pour leur offrir un abri dans la chambre du haut, afin qu’ils puissent se reposer jusqu’à l’aube.

Vision et dictée du 28 juillet 1945, tome 4, p 38, § 232.

22. Le jugement des trois meurtriers.

La scène se déroule le 18 juin 28, au village de Bethléem de Galilée, à quelques kilomètres à l’est de Nazareth et non pas au Bethléem de la Nativité près de Jérusalem.

…« Sur la route poussiéreuse arrive un petit groupe de gens armés : six hommes accompagnés de gens qui poussent des cris. Les bergers regardent et discutent à voix basse. Puis, ils regardent Marie et Jésus. Le plus âgé parle :

« Heureusement que tu n’entre pas à Bethléem ce soir.

- Pourquoi ?

- Parce que ces gens qui viennent de passer et qui entrent en ville, y vont pour arracher un fils à une mère.

- Oh ! Mais pourquoi ?

- Pour le tuer.

- Oh ! Non ! Qu’a-t-il fait ? »

Jésus pose la même question et les apôtres s’approchent pour écouter.

« On a trouvé le riche Joël, tué sur le chemin de la montagne. Il revenait de Sycaminon avec beaucoup d’argent. Mais ce n’étaient pas des voleurs car l’argent était encore sur le mort. Le serviteur qui l’accompagnait a rapporté que son maître lui avait dit de courir en avant pour prévenir de son retour, et sur la route, en se dirigeant vers le lieu où l’homicide a été commis, il a seulement vu le jeune homme qu’on va tuer. Deux hommes du village, d’ailleurs, jurent qu’ils l’ont vu attaquer Joël. Maintenant les parents du mort exigent la mort du jeune homme. Et s’il est homicide…

- Tu ne le crois pas ?

- Cela ne me paraît pas possible. Ce jeune homme est à peine plus âgé qu’un adolescent. Il est bon. Il vit toujours avec sa mère dont il est le fils unique, et elle est veuve, une sainte veuve. Il ne manque pas de ressources, il ne pense pas aux femmes. Il n’est pas querelleur, il n’est pas fou. Alors, pourquoi a-t-il tué ?

- Mais il a peut-être des ennemis ?

- Qui ? Joël qui est mort ou Abel l’accusé ?

- L’accusé.

- Ah, je ne sais pas…Mais…Je ne sais pas.

- Sois franc, homme.

- Seigneur, c’est une chose que je pense et Isaac nous a dit de ne pas penser du mal de son prochain.

- Mais on doit avoir le courage de parler pour sauver un innocent.

- Si je parle, que j’aie raison ou tort, je devrais m’enfuir d’ici parce qu’Aser et Jacob sont puissants.

- Parle sans crainte : tu ne seras pas contraint de fuir.

- Seigneur, la mère d’Abel est belle, jeune et sage. Aser n’est pas sage, ni Jacob. Au premier, la veuve plaît et au second…le village sait que le second est un coucou dans le ménage de Joël. Je pense que…

- J’ai compris. Allons, mes amis. Vous, les femmes, restez donc avec les bergers. Je reviendrai vite.

- Non, mon fils. Je t’accompagne. »

Jésus se dirige rapidement vers le centre de la cité. Les bergers restent indécis, mais ensuite ils laissent le troupeau aux plus jeunes qui restent avec toutes les femmes, sauf la Mère et Marie, femme d’Alphée qui suivent Jésus et se hâtent de rejoindre le groupe des apôtres.

A la troisième rue qui coupe la voie principale de Bethléem, ils rencontrent Judas, Simon, Pierre et Jacques qui arrivent en gesticulant et en criant.

« Quelle affaire, Maître ! Quelle affaire et quelle peine ! s’écrie Pierre, bouleversé.

- Un fils enlevé de force à sa mère pour le tuer. Elle le défend comme une lionne. Mais c’est une femme contre des gens armés, ajoute Simon le Zélote.

- Elle saigne déjà de partout ! dit Judas.

- Ils ont défoncé sa porte car elle s’était barricadée dans sa maison, achève Jacques, fils de Zébédée.

- Je vais la trouver.

- Oh oui ! Toi seul peux la consoler. »

Ils tournent à droite, puis à gauche vers le centre du village. Déjà, on voit l’attroupement tumultueux qui s’agite et se presse près de la maison d’Abel, et les cris d’une femme, déchirants, inhumains, féroces, en même temps que pitoyables, parviennent jusqu’ici.
Jésus hâte le pas en arrivant sur une place minuscule où le tumulte est à son comble.

La femme dispute encore son fils aux gardes. Elle s’accroche d’une main qui est devenue une griffe de fer aux débris de la porte abattue et, de l’autre, reste attachée à la ceinture de son fils. Si quelqu’un cherche à l’en séparer, elle le mord férocement, insensible aux coups qu’elle reçoit et à la douleur des cheveux qu’on lui tire d’une manière si cruelle que cela amène sa tête en arrière. Et quand elle ne mord pas, elle hurle :

« Lâchez-le ! Assassins ! Il est innocent ! La nuit du meurtre de Joël, il était au lit près de moi ! Assassins ! Assassins ! Calomniateurs ! Immondes ! Parjures ! »

Le jeune garçon, saisi aux épaules par les gardes, traîné par les bras, se retourne, le visage bouleversé et crie :

« Maman ! Maman, pourquoi dois-je mourir puisque je n’ai rien fait ? »

C’est un bel adolescent, grand et élancé, aux yeux noirs et doux, aux cheveux noir foncé, légèrement frisés. Son vêtement déchiré laisse voir un corps souple et jeune, presque comme celui d’un enfant.

Jésus, aidé de ceux qui l’accompagnent, fend la foule compacte comme un roc et se fraie un chemin jusqu’au groupe pitoyable juste au moment où la femme, à bout de forces, a été arrachée à la porte et traînée comme un sac attaché au corps de son fils sur les pierres du chemin.

Mais cela dure quelques mètres seulement. Une secousse plus violente arrache la main de la mère de la ceinture de son fils, la femme tombe en avant, son visage frappe durement contre le sol, saignant davantage encore. Mais elle se redresse aussitôt sur ses genoux, les bras tendus pendant que son fils, qu’on emporte rapidement autant que le permet la foule qui s’écarte difficilement, libère son bras gauche et l’agite en se tordant en arrière et en criant :

« Maman ! Adieu ! Rappelle-toi, toi au moins, que je suis innocent ! »

La femme le regarde avec des yeux de folle et puis tombe à terre, évanouie.

Jésus se présente devant le groupe des gardes :

« Arrêtez-vous un moment. Je vous l’ordonne ! »

Son visage ne souffre pas de réplique.

« Qui es-tu ? » lance, agressif, un citadin du groupe.  «  Nous ne te connaissons pas. Ecarte-toi et laisse-nous passer pour qu’il soit tué avant la nuit.

- Je suis un Rabbi. Le plus grand. Au nom de Yahvé, arrêtez-vous ou Dieu vous foudroiera. »

A ce moment, il semble que c’est lui qui va les foudroyer.

« Qui est témoin contre cet homme ?

- Lui, lui et moi, répond celui qui a parlé le premier.

- Votre témoignage n’est pas valable parce qu’il n’est pas vrai.

- Comment peux-tu dire cela ? Nous sommes prêts à le jurer.

- Votre serment est un péché.

- Nous, pécher ? Nous !

- Vous ! De même que vous couvez la luxure, que vous nourrissez la haine, que vous êtes avides de richesses, que vous êtes homicides, vous êtes également parjures. Vous vous êtes vendus à l’Impureté. Vous êtes capables d’accomplir n’importe quelle infamie.

- Fais attention à tes paroles. Je suis Aser.

- Et moi, je suis Jésus.

- Tu n’es pas d’ici. Tu n’es pas prêtre, ni juge. Tu n’es rien. Tu es étranger.

- Oui, je suis l’Etranger car la terre n’est pas mon Royaume. Mais je suis Juge et Prêtre. Non seulement de cette petite portion d’Israël, mais de tout Israël et du monde entier.

- Allons, allons ! Nous avons à faire à un fou, dit l’autre témoin, qui pousse Jésus pour l’écarter.

- Tu ne feras pas un pas de plus ! » tonne Jésus en le regardant d’un regard de miracle qui subjugue et paralyse, comme il rend la vie et la joie quand il le veut. « Tu ne fais pas un pas de plus ! Tu ne crois pas à ce que je dis ? Eh bien, alors, regarde. Ici, il n’y a pas la poussière du Temple, ni son eau, et il n’y a pas de paroles écrites à l’encre pour rendre très amère l’eau qui est le jugement pour la jalousie et l’adultère. Mais ici, il y a moi, et c’est moi qui rends le jugement. »

La voix de Jésus est une sonnerie de trompette tant elle est pénétrante. Les gens se bousculent pour voir. Seules la Vierge Marie et Marie, femme d’Alphée, sont restées pour secourir la mère évanouie.

« Et voici comment je juge ; donnez-moi une pincée de la poussière de la route et un peu d’eau dans un vase. Et pendant qu’on me les donne, vous les accusateurs, et toi l’accusé, répondez-moi. Es-tu innocent, mon enfant ? Réponds sincèrement à celui qui est pour toi le Sauveur.

- Je le suis, Seigneur.

- Aser, peux-tu jurer n’avoir dit que la vérité ?

- Je le jure. Je n’aurais pas de raison de mentir. Je le jure par l’autel. Que descende du ciel une flamme qui me brûle si je ne dis pas la vérité.

- Jacob, peux-tu jurer que ton accusation est sincère et que tu n’as pas quelque motif secret qui te pousse à mentir ?

- Je le jure par Yahvé. Seul l’amour pour mon ami assassiné me pousse à parler. Je n’ai rien de personnel contre ce jeune homme.

- Et toi, serviteur, peux-tu jurer d’avoir dit la vérité ?

- Je le jure mille fois, s’il le faut ! Mon maître ! Mon pauvre maître ! »

Il pleure en se cachant la tête sous son manteau.

« C’est bien. Voici l’eau et voici la poussière. Et voici la parole : « Toi, Père saint et Dieu Très-Haut, rends par mon intermédiaire le jugement de vérité pour que vie et honneur soient rendus à l’innocent et à sa mère désolée et un juste châtiment à celui qui n’est pas innocent. Mais, de par la grâce que j’ai à tes yeux, que ni flamme, ni mort, mais une longue expiation arrive à ceux qui ont commis ce péché. »

Il dit ces mots en tenant les mains étendues sur la cruche. Puis il y plonge sa main droite et, de sa main mouillée, il asperge les quatre hommes soumis au jugement et leur fait boire une gorgée de cette eau, d’abord au jeune homme, puis aux trois autres. Ensuite, il croise les bras et les observe.

La foule elle aussi regarde et, l’instant d’après, elle pousse un cri et se jette le visage contre terre. Alors les quatre hommes qui étaient alignés se regardent les uns les autres et crient à leur tour.

Le premier, le jeune homme, crie de stupeur, les autres d’horreur, car ils voient leurs visages couverts d’une lèpre subite, alors que le jeune homme en est indemne.

Le serviteur se jette aux pieds de Jésus qui s’écarte comme tout le monde, y compris les soldats, tout en prenant par la main le jeune Abel afin de lui éviter de se contaminer auprès des trois lépreux. Et le serviteur crie :

« Non ! Non ! Pardon ! Pas lépreux ! Ce sont eux qui m’ont payé pour retarder le maître jusqu’au soir, pour le frapper sur le chemin désert. Ils m’ont fait exprès déferrer la mule. Ils m’ont dit de mentir et de prétendre que j’étais venu en avant. Mais au contraire, j’étais avec eux pour le tuer et je dis aussi pourquoi ils l’ont fait : parce que Joêl s’était aperçu que Jacob aimait sa jeune femme et parce qu’Aser voulait la mère d’Abel et qu’elle le repoussait. Ils se sont mis d’accord pour se débarrasser en même temps de Joêl et d’Abel et jouir des femmes. J’ai parlé. Enlève-moi la lèpre, enlève-la moi ! Abel, tu es bon, prie pour moi !

- Toi, va auprès de ta mère. Qu’en sortant de son évanouissement, elle voie ton visage et revienne à une vie tranquille. Quant à vous…Je devrais vous dire : « Qu’il vous soit fait ce que vous avez fait. » Et ce serait justice, une justice humaine. Mais je vous livre à une expiation surhumaine. La lèpre, dont vous êtes horrifiés, vous préserve d’être saisis et tués comme vous le méritez. Peuple de Bethléem, écartez-vous, ouvrez-vous comme les eaux de la mer pour les laisser aller vers leur longue galère. Galère terrible ! Plus atroce qu’une mort immédiate. Et c’est une grâce de pitié de Dieu pour leur donner la possibilité de se repentir, s’ils le veulent. Allez ! »

La foule se colle aux murs pour laisser libre le milieu du chemin. Les trois hommes, couverts de lèpre comme s’ils étaient malades depuis des années, s’en vont, l’un derrière l’autre, vers la montagne…

« Purifiez le chemin à grande eau après y avoir allumé du feu. Quant à vous, soldats, allez rapporter que justice est faite, et cela, conformément à la plus parfaite loi mosaïque.»

Jésus se dispose à se rendre là où sa Mère et Marie, sa tante, continuent à secourir la femme qui revient lentement à elle, pendant que son fils caresse ses mains glacées et les baise…

Jésus trouve la femme, assise sur les genoux de Marie, femme d’Alphée. Elle se remet peu à peu… et demande :

« Je suis morte, moi aussi ? Ce sont les limbes ?

- Non, femme, c’est la terre et voici ton fils, sauvé de la mort. Et ici, voilà Jésus, mon Fils, le Sauveur.»

Elle voit son enfant, sain et sauf, l’embrasse avec frénésie, pleurant, riant…

« Oui, maman, oui. Mais maintenant, ce n’est pas moi qu’il faut regarder, mais lui, lui qui m’a sauvé. Bénis le Seigneur.»

La femme tend ses mains qui tremblent, saisit la main de Jésus et la couvre de baisers et de larmes. Jésus lui pose sa main gauche sur la tête :

«  Sois heureuse, en paix et sois toujours bonne. Et toi aussi, Abel.

- Non, mon Seigneur. Ma vie et celle de mon fils sont à toi parce que tu les as sauvées. Permets-lui d’aller avec tes disciples, comme il le désirait déjà depuis qu’ils sont venus ici. Je te le donne avec une grande joie et je te prie de me permettre de le suivre pour le servir.

- Et ta maison ?

- Oh, Seigneur ! Est-ce que quelqu’un qui renaît à la vie peut avoir des sentiments qu’il avait avant de mourir ? Grâce à toi, Mirta est sortie de la mort et de l’enfer. Dans ce village, je pourrais en venir à haïr ceux qui m’ont torturée dans mon enfant. Or toi, tu prêches l’amour, je le sais. Permets donc à la pauvre Mirta d’aimer le seul qui mérite l’amour, sa mission, ses serviteurs…. Je marcherai à ta suite et près de mon Abel…

- Tu suivras ton fils, et moi avec lui. Sois dans la paix, maintenant. »

Vision et dictée du 9 août 1945, tome 4, p 150, § 248

L’adolescent Abel, sauvé de justesse de la lapidation se révèlera posséder une grande spiritualité en demandant à Jésus la guérison de ses accusateurs et en obtenant le miracle désiré, l’année suivante (cf § 37). Abel deviendra l’un des soixante douze disciples de Jésus et plus tard un grand évangélisateur, sous le nom d’Ananias.

23. La femme au sein tari.

À Sycaminon a été établi le camp où se sont regroupés Jésus et ses disciples dont quelques femmes qui les accompagnent. Ils sont arrivés sur leurs cinq barques…

… « Jésus descend sur le quai de débarquement. Il est accueilli par sa Mère qui lui dit :

« Il y a un pauvre petit enfant malade, mon Fils, et sa mère désire ta venue.

- J’y vais tout de suite.

- Je sais de qui il s’agit, Maître. Je t’y accompagne. Viens toi aussi Hermastée (jeune pêcheur converti qui deviendra disciple). Commence à connaître la bonté infinie de notre Seigneur » dit l’homme d’En-Dor (Jean).

- S’il y a des malades, je commencerai par les guérir, avant même le repas pour qu’ils puissent rentrer chez eux, heureux. »

Pendant ce temps, les apôtres se dispersent pour rassembler ceux qui désirent la présence du Maître, spécialement les malades… Après un moment,  Jésus revient avec Jean d’En-Dor et Hermastée et il passe en saluant au milieu de ceux qui se pressent devant les petites maisons. Son sourire est une bénédiction.

On lui présente l’inévitable malade des yeux, à peu près aveugle par suite d’ophtalmies ulcéreuses, et il le guérit. Vient ensuite le tour d’un homme atteint sûrement de malaria, amaigri et jaune comme un chinois et il le guérit.

Puis c’est une femme qui lui demande un miracle surprenant : du lait pour son sein qui en manque ; elle montre un enfant de quelques jours, sous-alimenté et tout rouge comme par échauffement. Elle pleure :

« Tu vois : nous avons le commandement d’obéir à l’homme et de procréer, mais à quoi cela sert-il si ensuite nous voyons nos enfants dépérir ? C’est le troisième que j’engendre et j’en ai déjà conduit deux au tombeau, à cause de cette poitrine stérile. Celui-ci meurt déjà parce qu’il est né au moment des chaleurs, les autres ont vécu dix lunes, l’autre six, pour me faire pleurer encore davantage quand ils moururent de maladies intestinales. Si j’avais du lait, cela ne serait pas arrivé…»

Jésus la regarde et dit :

« Ton enfant vivra. Aie foi. Retourne chez toi et quand tu seras arrivée donne le sein à ton bébé. Aie foi.»

La femme s’en va, obéissante, avec son pauvre petit qui gémit comme un petit chat et qu’elle serre sur son cœur.

« Mais est-ce que le lait lui viendra ?

- Bien sûr qu’il viendra.

- Moi, je dis que l’enfant vivra, mais que le lait ne montera pas et ce sera un miracle s’il vit. Il est pour ainsi dire mort de privations.

- Pas du tout. Je dis que le lait va lui venir.

- Oui.

- Non. »

Les avis diffèrent selon les personnes. Enfin, Jésus se retire pour le repas. Quand il sort pour prêcher de nouveau, l’assistance est encore nombreuse. En effet, la nouvelle du miracle qu’il a accompli sur l’enfant fiévreux dès son débarquement, s’est répandue dans la ville.

Il salue les présents :

« Je vous donne ma paix pour préparer votre âme à m’entendre… »

Et Jésus commence par raconter une longue parabole en prenant le cas d’une vigne qui produisait peu de raisins et pour laquelle un étranger de passage réussit à trouver l’explication. A la fin de la parabole Jésus dit :

« Pour ce qui est de la femme aux seins taris, voici la réponse. Regardez du côté de la ville.»

Tout le monde se tourne vers la ville et voit la femme de toute à l’heure qui arrive au pas de course et qui, en courant, ne détache pas son bébé de son sein gonflé, bien gonflé de lait que le petit affamé tête avec une voracité telle qu’il semble s’y noyer. Et la femme ne s’arrête qu’aux pieds de Jésus devant qui elle détache un moment le bébé de son sein en criant :

« Bénis, bénis, pour qu’il vive pour toi ! »…

Après cet intermède, Jésus reprend l’explication de la parabole avec un sens plus large que ce petit épisode d’une foi récompensée…

Vision et dictée du 13 août 1945, tome 4, p 185, § 252.

24. Le vieillard aveugle chez des vignerons.

C’est la fin juin de l’an 28, Jésus et son groupe ont quitté la côte de la mer Méditerranée et s’enfoncent à l’intérieur des terres. Ils passent par un verger où ils rencontrent des vignerons. Une discussion avec quelques disciples s’engage pendant une halte :

…« Vous êtes des voyageurs ou des étrangers ?

- Nous sommes Galiléens et nous allons vers le mont Carmel...

- Quelle longue route à cette saison ! Mais pourquoi vous n’êtes pas venus dans notre maison ? Elle est là-bas. Nous vous aurions donné de l’eau fraîche, de la nourriture, campagnarde mais bonne. Venez maintenant…Le mont Carmel ne va pas s’enfuir sur un char de feu comme son prophète, dit un paysan sur un ton à demi-sérieux…

- Vous ne croyez pas au Messie ?

- Si nous y croyons ! Nous avons décidé qu’une fois la récolte finie nous irons à sa recherche…Nous irons bientôt à la fête des Tentes et nous serons au Temple tous les jours pour le voir…Nous devons aussi nous occuper de notre âme et elle vaut plus que les vignes.

Est-ce qu’il se trouve à Capharnaüm ?...

- Celui que vous cherchez est ici et il s’est reposé dans votre verger…»

La stupeur les fige. Ils sont tout yeux pour le regarder…

« Eh bien ! Vous désiriez tant le voir et maintenant vous ne bougez plus ? Vous êtes devenus des statues de sel ? plaisante Pierre.

- Non…c’est que….Mais le Messie est tellement simple ?

- Mais que vouliez-vous qu’il soit ? Assis sur un trône magnifique et couvert du manteau royal ? Le preniez-vous pour un nouvel Assuérus ?

- Non, mais…il est si simple, alors qu’il est tellement saint !

- Il est simple parce qu’il est saint, homme. Bien, faisons comme ceci…Maître ! Excuse-moi, viens ici faire un miracle. Il y a ici des hommes qui te cherchent et te voir les a pétrifiés. Viens leur rendre le mouvement et la parole.»

Jésus, qui s’est retourné, se lève et s’avance vers les vignerons à l’air apeuré.

« Paix à vous. Vous vouliez me voir ? Me voici. »

Les vignerons tombent à genoux et restent muets.

« N’ayez pas peur. Dites-moi ce que vous voulez. »

Sans parler, ils tendent des paniers remplis de raisin. Jésus admire les fruits magnifiques, et en disant « merci » allonge la main pour prendre une grappe et commence à en manger.

« O Dieu Très-Haut ! Il mange comme nous ! » dit en soupirant celui qu’on nomme Gamla.

Impossible de garder son sérieux devant cette sortie. Jésus lui-même a un sourire plus accentué, comme s’il s’excusait, il dit :

« Je suis le Fils de l’Homme ! »

Mais son geste a vaincu leur torpeur extatique et Gamla dit :

« Est-ce que tu n’entrerais pas chez nous ? Nous sommes nombreux, car nous sommes sept frères plus nos femmes et nos enfants et encore nos vieux parents qui attendent paisiblement la mort.

- Allons-y. Vous, appelez vos compagnons et rejoignez-nous. Mère, viens avec Marie.»

Et Jésus se met en route derrière les paysans, qui se sont relevés et marchent un peu de biais pour le voir marcher. Le sentier est étroit entre les troncs d’arbres reliés les uns eux autres par les vignes.

Ils ont vite fait d’arriver aux maisons disposées autour d’une large cour commune avec un puits.

Que la paix soit sur cette maison et sur ceux qui y habitent » dit Jésus en levant la main pour bénir.

On lui fait les présentations, …dont un bébé nommé David …

Assis à l’ombre d’un auvent qui fait saillie et qu’abrite un figuier gigantesque, se trouve un vieillard avec un bâton dans les mains. Il ne lève même pas la tête, comme si rien ne l’intéressait.

« C’est notre père, explique Gamla. Un des vieillards de la maison…Notre père est aveugle. Il s’est formé un voile sur ses pupilles. Il y a tant de soleil dans les champs. Tant de chaleur sur la terre ! Pauvre père ! Il est triste mais il est bon. En ce moment, il attend ses petits-enfants parce qu’ils sont son unique joie.»

Jésus se dirige vers le vieillard :

« Que Dieu te bénisse, père.

- Qui que tu sois, que Dieu te rende ta bénédiction, répond le vieillard en levant la tête en direction de la voix.

- Ton sort est pénible, n’est-ce pas ? demande doucement Jésus tout en faisant signe de ne pas dire qui est celui qui parle.

- Il vient de Dieu, après beaucoup de bienfaits qu’il m’a accordés durant ma longue vie. Comme j’ai reçu les bienfaits de Dieu, je dois accepter aussi le malheur de ma vue. Il n’est pas éternel, enfin. Il finira sur le sein d’Abraham.

- Tu as raison. Ce serait pire si ton âme était aveugle.

- J’ai cherché à lui garder toujours la vue.

- Comment as-tu fait ?

- Tu es jeune, toi qui parles, ta voix le montre. Tu ne seras pas comme ces jeunes d’aujourd’hui, qui sont tous aveugles parce qu’ils sont sans religion, hein ? C’est vraiment un grand malheur de ne pas croire et de ne pas faire ce que Dieu nous dit. C’est un vieillard qui le dit, mon garçon ! Si tu abandonnes la Loi, tu deviendras aveugle sur cette terre et dans l’autre vie. Jamais plus tu ne verras Dieu. Car un jour viendra certainement où le Messie rédempteur nous ouvrira les portes de Dieu. Je suis trop âgé pour voir ce jour sur la terre mais je le verrai du sein d’Abraham. Aussi, je ne me plains de rien, car j’espère payer par cette obscurité mes ingratitudes envers Dieu et le mériter pour la vie éternelle. Mais toi tu es jeune. Sois fidèle, mon fils, pour que tu puisses voir le Messie. Car le temps est proche, Jean-Baptiste l’a dit. Tu le verras. Mais si ton âme est aveugle, tu sera comme ceux dont parle Isaïe : tu auras des yeux mais tu ne verras pas.

- Tu voudrais le voir, père ? demande Jésus en posant une main sur la tête blanche.

- Je voudrais le voir, oui. Je préfère pourtant m’en aller sans le voir, au lieu de le voir, moi, et que mes enfants ne le reconnaissent pas. Moi, j’ai encore l’ancienne foi et elle me suffit. Eux…ah ! Le monde d’aujourd’hui !

- Père vois donc le Messie et que la nuit soit couronnée de joie. »

Jésus fait glisser sa main des cheveux blancs du vieillard sur son front et jusqu’au menton barbu comme pour le caresser et en même temps, il se penche pour se mettre au niveau de son visage marqué par l’âge.

« Oh ! Très-Haut Seigneur ! Mais je vois ! Je vois…Qui es-tu ? Ton visage m’est inconnu et pourtant familier, comme si je t’avais déjà vu…Mais…Ah, sot que je suis ! Toi qui m’as rendu la vue, tu es le Messie béni ! Oh ! Oh ! »

Le patriarche pleure sur les mains de Jésus qu’il a saisies et qu’il couvre de baisers et de larmes. Toute la parentèle est en émoi.

Jésus dégage une main et caresse encore le vieillard en disant :

« Oui, c’est moi. Viens, pour qu’en plus de mon visage, tu connaisses ma parole. »

Il se dirige vers un escalier qui mène à une terrasse et tout le monde le suit pour écouter son discours. »…

Vision et dictée du 18 août 1945, tome 4, p 219, § 256.

25. L’enfant handicapé d’un bûcheron.

Jésus et son cousin Jacques se sont retrouvés pour un tête à tête où il est fait part à l’apôtre de sa future mission à Jérusalem quand Jésus ne sera plus là.

… « En revenant de cette montagne, ils rencontrent un homme avec un malheureux enfant qu’il tient sur les épaules.

« C’est ton fils ? demande Jésus

- Oui. Il est né comme ça, en faisant mourir sa mère. Maintenant que ma mère est morte elle aussi, je l’emmène avec moi quand je vais au travail, pour le surveiller. Je suis bûcheron. Je l’étends sur l’herbe, sur mon manteau, et pendant que je scie les arbres, lui s’amuse avec les fleurs…Mon malheureux enfant !

- C’est pour toi un grand malheur.

- Eh oui…Mais ce que Dieu veut, il faut l’accepter en paix.

- Adieu, homme. Que la paix soit avec toi.

- Adieu. Paix à vous aussi.»

L’homme gravit la montagne, Jésus et Jacques continuent à descendre.

« Que de malheurs ! J’espérais que tu le guérirais » dit Jacques en soupirant.

Jésus ne semble pas avoir entendu.

« Maître, si cet homme avait su que tu étais le Messie, il t’aurait peut-être demandé un miracle…»

Jésus ne répond pas.

« Jésus, me laisses-tu revenir en arrière pour le dire à cet homme ? J’ai pitié de cet enfant. J’ai le cœur déjà si rempli de douleur ! Donne-moi, au moins, la joie de voir cet enfant guéri.

- Vas-y donc. Je t’attends ici.»

Jacques part en courant. Il rejoint l’homme et l’appelle.

« Homme, arrête-toi, écoute ! Celui qui était avec moi, c’est le Messie. Donne-moi ton enfant pour que je lui porte. Viens, toi aussi, si tu veux, pour voir si le Maître va le guérir.

- Vas-y toi, homme. Je dois couper tout ce bois. Je suis déjà en retard à cause de l’enfant. Si je ne travaille pas, nous ne mangeons pas. Je suis pauvre et il me coûte bien cher. Je crois au Messie, mais il vaut mieux que tu lui parles pour moi. »

Jacques se penche pour prendre l’enfant couché sur l’herbe.

« Doucement, l’avertit le bûcheron, il souffre de partout.»

En effet, dès que Jacques essaie de le soulever, l’enfant pleure plaintivement.

« Oh, quelle peine ! soupire Jacques.

- Une grande peine » dit le bûcheron tout en sciant un tronc très dur. Et il ajoute :

« Ne pourrais-tu pas le guérir, toi ?

- Je ne suis pas le Messie, moi. Je ne suis qu’un disciple…

- Et alors ? Les médecins s’instruisent auprès d’autres médecins, les disciples auprès de leur maître. Allons, sois gentil, ne le fais pas souffrir. Essaie toi-même. Si le Maître avait voulu venir ici, il l’aurait fait. Il t’a envoyé soit parce qu’il ne veut pas le guérir, soit parce qu’il veut que ce soit toi qui le fasses.»

Jacques est perplexe. Puis il se décide. Il se redresse et prie comme il le voit faire à son Jésus, puis il ordonne :

« Au nom de Jésus, Messie d’Israël et Fils de Dieu, sois guéri » et aussitôt après, il s’agenouille en disant : « O, mon Seigneur, pardon ! J’ai agi sans ta permission ! Mais j’ai eu pitié de cet enfant d’Israël. Pitié, mon Dieu ! Pour lui et pour moi, pécheur ! »

Il pleure abondamment, penché sur l’enfant étendu. Les larmes tombent sur les petites jambes tordues et inertes.

Jésus débouche du sentier. Mais personne ne le voit, car le bûcheron travaille, Jacques pleure, l’enfant le regarde avec curiosité, puis, tendrement, demande :

« Pourquoi tu pleures ? »

Et il tend sa menotte pour le caresser et s’en même s’en apercevoir, il s’assied tout seul, se lève et vient embrasser Jacques pour le consoler.

C’est le cri de Jacques qui fait se retourner le bûcheron qui voit son enfant debout sur ses jambes qui ne sont plus mortes ni tordues. Et en se retournant, il voit Jésus.

« Le voilà ! Le voilà ! » crie-t-il en le montrant derrière Jacques, qui se retourne et voit Jésus, le visage rayonnant de joie, qui le regarde.

« Maître ! Maître ! Je ne sais pas comment cela s’est fait…la pitié…cet homme…. Cet enfant…Pardon !

- Lève-toi. Les disciples ne sont pas plus grands que le Maître, mais ils peuvent faire ce que fait le Maître quand c’est pour une sainte raison. Lève-toi et viens avec moi. Soyez bénis, tous des deux et souvenez-vous que les serviteurs de Dieu eux aussi font les oeuvres du Fils de Dieu.»

Puis il s’en va entraînant Jacques qui ne cesse de répéter :

« Mais comment ai-je pu ? Je ne comprends pas encore. Avec quoi ai-je fait ce miracle en ton nom ?

- Par la pitié, Jacques, par ton désir de me faire aimer par cet innocent et par cet homme qui croyait et doutait en même temps. Jean, près de Jahnia, a fait un miracle par amour en guérissant un mourant par une onction et la prière. Toi, ici, tu as guéri par tes pleurs et ta pitié et par la confiance en mon nom. Tu vois comme c’est une chose paisible de servir le Seigneur quand l’intention du disciple est droite ? Maintenant marchons vite, car cet homme nous suit. Il n’est pas bon que tes compagnons soient informés de cela, pas encore. Bientôt, je vous enverrai en mon nom et vous le ferez…Descendons dans le lit, couvert de feuilles, de ce torrent… »

Vision et dictée du 27 août 1945, tome 4, p 239, § 259.

26. L’homme au bras atrophié.

En ce 8 juillet 28, c’est jour de sabbat à Capharnaüm.

« Jésus entre dans la synagogue qui se remplit lentement de fidèles. Ils sont stupéfaits de le voir. Tous se le montrent du doigt en chuchotant et quelqu’un tire le vêtement de tel ou tel apôtre pour demander quand ils sont revenus en ville, car personne ne savaient qu’ils étaient de retour.

« Nous venons juste de débarquer au « Puits du figuier » en arrivant de Béthanie, pour ne pas faire un pas de plus qu’il n’est permis, mon ami » répond Pierre à Urie, le pharisien.»

Ce dernier, blessé de s’entendre appeler « mon ami » par un pêcheur, part dédaigneusement rejoindre les siens au premier rang.

« Ne les excite pas, Simon ! l’avertit André.

- Les exciter ? Il m’a interrogé et j’ai répondu en ajoutant que nous avions évité de marcher, par respect pour le sabbat.

- Ils diront que nous avons trimé en barque…

- Ils en viendront à dire que nous trimons rien qu’en respirant ! Imbécile ! C’est la barque qui fait les efforts, c’est le vent et l’eau, pas nous quand nous allons en barque…»

André encaisse la réprimande et se tait.

Après les prières préliminaires vient le moment de la lecture d’un passage et son explication. Le chef de la synagogue demande à Jésus de le faire mais Jésus montre les pharisiens en disant :

« Qu’ils le fassent, eux. »

Mais comme ils s’y refusent, il doit s’en charger lui-même.

Jésus lit le passage du premier Livre des Rois où l’on raconte comment David, trahi par les habitants locaux, fut signalé à Saül. Il rend le rouleau et commence à parler…Il termine en disant :

« J’ai parlé. Si quelqu’un veut ajouter quelque chose, qu’il le fasse.

- Nous te demandons si c’est pour nous, les pharisiens, que tu as parlé.

- La synagogue serait-elle pleine de pharisiens ? Vous êtes quatre. La foule comprend des centaines de personnes. La parole est pour tout le monde.
- L’allusion était pourtant claire.

- En vérité, on n’a jamais vu quiconque s’accuser de lui-même alors qu’il n’est désigné que par une comparaison ! Or c’est ce que vous faites. Mais pourquoi vous accusez-vous si, moi, je ne vous accuse pas ? Peut-être savez-vous que vous agissez comme je l’ai dit ? Moi, je l’ignore. Mais, s’il en est ainsi, repentez-vous-en. Car l’homme est faible et peut pécher. Mais Dieu lui pardonne s’il se forme en lui un repentir sincère accompagné du désir de ne plus pécher. Mais il est certain que persévérer dans le mal est un double péché et le pardon ne descend pas sur lui.

- Nous, nous n’avons pas ce péché.

- Dans ce cas, ne vous affligez pas de mes paroles.»

L’incident est clos et la synagogue se remplit du chant des hymnes. Puis l’assemblée semble devoir se séparer sans autre incident.

Mais le pharisien Joachim découvre un homme dans la foule et lui indique par les signes et le regard de venir au premier rang. C’est un homme d’environ cinquante ans : il a un bras atrophié devenu plus petit que l’autre, y compris la main, car l’atrophie a détruit les muscles.

Jésus l’aperçoit et voit tout ce qu’on a combiné pour le lui montrer. Une expression de dégoût et de compassion passe sur son visage comme un éclair. Néanmoins, il ne dévie pas le coup. Au contraire, il fait face à la situation avec fermeté.

« Viens ici, au milieu » ordonne-t-il à l’homme.

Quand il l’a devant lui, il se tourne vers les pharisiens et leur dit :

« Pourquoi me tentez-vous ? N’ai-je pas tout juste fini de parler contre les pièges et la haine ? Et vous, ne venez-vous pas de dire : « Nous ne commettons pas de péché » ?


Vous ne répondez rien ? Répondez au moins ceci : Est-il permis de faire du bien ou du mal le jour du sabbat ? Est-il permis de sauver ou d’ôter la vie ? Vous ne répondez pas ? Moi, je vais répondre pour vous et en présence de tout le peuple qui jugera mieux que vous, parce qu’il est simple et sans haine ni orgueil. Il n’est permis de faire aucun travail le sabbat. Mais, tout comme il est permis de prier, de même il est permis de faire du bien, car le bien est une prière plus grande encore que les hymnes et les psaumes que nous avons chantés. En revanche, ni le sabbat, ni un autre jour, il n’est permis de faire le mal. Or vous, vous l’avez fait, en manoeuvrant pour avoir ici cet homme qui n’est même pas de Capharnaüm et que vous avez fait venir depuis deux jours, car vous saviez que j’étais à Bethsaîde et vous deviniez que j’allais venir dans ma ville. Et vous l’avez fait pour essayer de me mettre en accusation. Vous commettez ainsi le péché de tuer votre âme au lieu de la sauver. Mais, en ce qui me concerne, je vous pardonne et je ne décevrai pas la foi de cet homme que vous avez fait venir en lui affirmant que j’allais le guérir, alors que vous vouliez ma tendre un piège. Lui, il n’est pas coupable, car il est venu sans autre intention que celle de guérir. Donc, que cela soit. Homme, étends ta main et va en paix.»

L’homme obéit et sa main redevient saine, comme l’autre. Il s’en sert tout aussitôt pour attraper un pas du manteau de Jésus et le baiser en lui disant :

« Tu sais que je ne connaissais pas leur véritable intention. Si je l’avais sue, je ne serai pas venu : j’aurais préféré garder ma main morte plutôt que de m’en servir contre toi. Ne m’en veux donc pas.

- Va en paix, homme. Je sais la vérité et je n’ai que bienveillance à ton égard.»

La foule sort en faisant des commentaires et Jésus sort en dernier avec les onze apôtres (Judas étant à Nazareth).»

Vision et dictée du 26 août 1945, tome 4, p 274, § 263

Trois évangélistes, Matthieu (12, 9-14), Marc (3, 1-6), Luc (6, 6-11) rapportent ce même miracle pratiqué sur la main droite d’un homme. Survenant après un reproche de cueillir des épis de blés un jour de sabbat, c’est surtout la réaction hostile des pharisiens et des scribes qui est évoquée par les évangélistes, pour le non respect du sabbat, ce qui commencera à déclencher un projet d’arrestation chez les ennemis de Jésus.

27. Le possédé aveugle et muet.

Dans la maison de Capharnaüm, on prépare le sabbat du 19 août 28. Pierre a hébergé un pauvre malheureux qui espère sa guérison dans la pièce du bas.

…«Après les premières salutations, on parle à Jésus d’un possédé aveugle et muet qui attend depuis plusieurs heures sa venue avec ses parents. Matthieu explique :

« Il est comme inerte. Il s’est jeté sur des sacs vides et il n’a plus bougé. Ses parents espèrent en toi. Viens te restaurer et puis tu le secourras.

- Non. Je vais tout de suite le trouver. Où est-il ?

- Dans la pièce du bas, près du four. Je l’ai mis là avec ses parents, car il y a beaucoup de pharisiens et aussi des scribes qui semblent aux aguets…

- Oui, il vaudrait mieux ne pas leur faire plaisir, bougonne Pierre. »

… Jésus entre dans la maison et va directement vers une sorte de cellier bas et sombre adossé au four.

« Faites sortir le malade » ordonne Jésus.

Un pharisien qui n’est pas de Capharnaüm, mais qui a l’air encore plus maussade que les pharisiens du pays, dit :

« Ce n’est pas un malade, c’est un possédé.

- C’est toujours un malade de l’esprit…

- Mais lui a les yeux et la langue liés…

- La possession est toujours une maladie de l’âme qui s’étend aux membres et aux organes. Si tu m’avais laissé achever, tu aurais su ce que cela voulait dire. Même la fièvre est dans le sang quand on est malade, mais, à partir du sang, elle attaque telle ou telle partie du corps. »

Le pharisien ne sait que répliquer et se tait. Le possédé a été conduit en face de Jésus. Il est inerte, très entravé par le démon.

Pendant ce temps, les gens arrivent en nombre. C’est incroyable comment les gens ont vite fait d’accourir là où il y a quelque chose à voir. Il y a maintenant les notables de Capharnaüm, parmi lesquels les quatre pharisiens, il y a Jaïre et dans un coin, avec l’excuse de veiller sur l’ordre, il y a le centurion romain accompagné de citoyens d’autres villes.

« Au nom de Dieu, quitte les pupilles et la langue de cet homme ! Je le veux ! Libère cette créature de ta présence ! Il ne t’est plus permis de la tenir. Va-t-en ! » s’écrie Jésus qui tend les mains au moment de donner cet ordre.

Le miracle commence par un hurlement de rage du démon et se termine par un cri de joie de l’homme délivré qui s’écrie :

« Fils de David ! Fils de David ! Saint et Roi !

- Comment fait-il pour savoir qui est celui qui l’a guéri ? demande un scribe.

- Mais tout cela, c’est de la comédie ! Ces gens sont payés pour le faire ! lance un pharisien en haussant les épaules.

- Mais par qui ? S’il est permis de vous le demander…, interroge Jaïre.

- Même par toi.

- Et dans quel but ?

- Pour rendre célèbre Capharnaüm.

- Ne rabaisse pas ton intelligence en disant des sottises et ne souille pas ta langue par des mensonges. Tu sais très bien que ce n’est pas vrai et tu devrais comprendre que tu dis une absurdité. Ce qui s’est produit ici a eu lieu en beaucoup d’endroits en Israël. Alors, partout, il y en a qui paient ? En vérité, je ne savais pas qu’en Israël le petit peuple était si riche ! Car vous, et avec vous tous les grands, vous ne payez certainement pas pour cela. C’est donc le petit peuple qui paie, lui qui est le seul à aimer le Maître.

- Tu es chef de la synagogue et tu l’aimes. Il y a ici Manahen et, à Béthanie, il y a Lazare, fils de Théophile. Ils n’appartiennent pas au petit peuple.
- Mais ils sont honnêtes, et moi aussi, et nous n’escroquons personne, en rien. Et encore moins en ce qui concerne la foi. Nous autres, nous ne nous le permettons pas car nous craignons Dieu et nous avons compris que ce qui plaît à Dieu, c’est l’honnêteté.»

Les pharisiens tournent le dos à Jaïre et s’en prennent aux parents de l’homme guéri.

« Qui vous a dit de venir ici ?

- Qui ? Bien des gens, déjà guéris personnellement, ou leur parenté.

- Mais que vous ont-ils donné ?

- Donné ? L’assurance qu’il allait guérir.

- Mais était-il réellement malade ?

- Oh, esprits sournois ! Vous croyez que tout cela n’est qu’une feinte ? Allez à Gadara et, si vous ne croyez pas, informez-vous du malheur de la famille d’Anne d’Ismaël. »

Les habitants de Capharnaüm, indignés, manifestent bruyamment alors que des Galiléens, venus des environs de Nazareth, disent :

« Et pourtant, c’est le fils de Joseph, le menuisier ! »

Les habitants de Capharnaüm, fidèles à Jésus, hurlent :

« Non. Il est celui qu’il dit être et que l’homme guéri a appelé : « Fils de Dieu et Fils de David ».

- Mais n’augmentez pas l’exaltation du peuple par vos affirmations ! dit un scribe avec mépris.

- Et qui est-il alors, selon vous ?

- Un Belzébuth !

- Ah ! Langues de vipères ! Blasphémateurs ! Possédés vous-mêmes ! Cœurs aveugles ! Vous êtes notre ruine ! Même la joie du Messie, vous voudriez nous l’enlever, hein ? Usuriers ! Cailloux arides ! »

Cela fait un beau vacarme.

Jésus, qui s’était retiré à la cuisine pour boire un peu d’eau, paraît sur le seuil juste à temps pour entendre, une fois encore, la sotte accusation que ressassent les pharisiens :

« Ce n’est qu’un Belzébuth, puisque les démons lui obéissent. Le grand Belzébuth, son père, l’aide et il ne chasse les démons que par l’influence de Belzébuth, le prince des démons. »

Jésus descend les deux petites marches du seuil et s’avance, droit, sévère et calme. Il s’arrête juste en face du groupe des scribes et des pharisiens, les fixe d’un regard perçant et dit :

« Même sur la terre, on voit qu’un royaume divisé en factions opposées s’affaiblit intérieurement…»

Il tient alors un long discours se terminant par :

« … Je vous assure que les hommes seront justifiés par les paroles qu’ils auront dites et que c’est par leurs paroles mêmes qu’ils seront condamnés. »

Puis une discussion s’engage avec ses ennemis qui s’obstinent dans leurs dires, jusqu’à son cousin Joseph, qui devant la foule, le traite de fou et lui reproche l’abandon de son travail à l’atelier…

« Jésus prend par la main le petit Joseph, l’approche de lui, le soulève en le prenant par-dessous les bras et dit :

« Mon travail a été de donner à manger à cet innocent et à ses parents et à les persuader que Dieu est bon…Moi je fais ce que Dieu veut. Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… »

Jésus s’en va alors finir de guérir et de consoler les malades avec Manahen, qui est le fils de la nourrice d’Hérode, devenu ensuite disciple de Jean Baptiste et enfin de Jésus.

Vision et dictée du 2 septembre 1945, tome 4, p 325, § 269.

28. Les prodiges de tous les apôtres.

À l’annonce de la mort de Jean baptiste, Jésus s’est retiré en prière et méditation sur une colline. La nuit est tombée quand Jésus rentre à la maison, sans bruit en passant par le jardin. Il monte à l’étage où les apôtres sont assoupis en attendant son retour. Un peu de nourriture est distribuée, mangée sans grand appétit.

… « Le dîner est vite terminé.

« Maintenant, racontez-moi ce que vous avez fait, dit Jésus pour les encourager.

- Moi, je suis allé avec Philippe dans les campagnes de Betsaïde. Nous avons « évangélisé » et guéri un enfant malade, raconte Pierre.

- En réalité, c’est Simon qui l’a guéri, intervient Philippe qui ne veut pas s’attribuer une gloire qui ne lui appartient pas.

- Oh, Seigneur ! Je ne sais pas comment j’ai fait. J’ai prié beaucoup, de tout mon cœur, parce que le petit malade me faisait pitié. Après, je l’ai oint avec de l’huile et je l’ai frotté avec mes grosses mains…et il a guéri. Quand j’ai vu son visage se colorer et ses yeux s’ouvrir, revivre en somme, j’ai presque eu peur.»

Jésus pose la main sur sa tête, sans parler.

« Jean a beaucoup étonné parce qu’il a chassé un démon, mais c’est à moi qu’il est revenu de parler, dit Thomas.

- Ton frère Jude (le cousin de Jésus) l’a fait aussi, ajoute Matthieu.

- Et André de même, renchérit Jacques, fils d’Alphée.

- De son côté, Simon le Zélote a guéri un lépreux. Ah ! il n’a pas eu peur de le toucher ! Mais il m’a dit ensuite : « Ne crains pas. Par la volonté de Dieu, aucun mal physique ne s’en prend à nous », dit Barthélemy.

- Tu as bien parlé, Simon. Et vous deux ? » demande Jésus à Jacques, fils de Zébédée et à Judas, qui se trouvent un peu loin, le premier parlant avec les trois disciples de Jean, le second, seul et renfrogné.

« Oh ! Moi, je n’ai rien fait » dit Jacques. Mais Judas a fait trois miracles formidables : un aveugle, un paralytique et un possédé : à moi, il me semblait lunatique, mais les gens l’appelaient comme ça…

- Et toi, tu nous fais cette tête, alors que Dieu t’a tant aidé ? demande Pierre.

- Je sais être humble, moi aussi, répond Judas.

- Ensuite, nous avons été reçus par un pharisien. Moi, j’étais mal à l’aise. Mais Judas sait mieux s’y prendre et il l’a vraiment apprivoisé. Le premier jour, il était sur ses gardes, mais ensuite…N’est-ce-pas, Judas ? »

Judas acquiesce sans mot dire.

« Très bien. Et vous ferez toujours mieux. La semaine prochaine, nous restons tous ensemble. En attendant…Simon, va préparer les barques ? Toi aussi Jacques, nous partons »…

…  « A Tarichée. Là où nous avons débarqué après le miracle des Géraséniens… ». Jésus cherche un endroit à l’écart et tranquille…

Vision et dictée du 5 septembre 1945, tome 4, p 345, § 271.

29. La première multiplication des pains.

C’est la fin août de l’an 28. Jésus et ses amis sont arrivés en bordure du lac où ils voudraient se reposer mais une foule de gens de toute la région se regroupe et attend. Certains les ont devancés.

« Maître, les barques nous ont trahis !

- C’est mon imbécile de beau-frère qui a donné une barque ! tonne Pierre. Et je lui avais dit de ne pas parler ! Et j’avais ajouté que, s’il parlait, je lui arracherais la barbe ! Pour sûr que je le ferai ! Et maintenant ? Adieu paix, solitude, repos !

- Du calme, Simon. Nous avons déjà eu nos journées de paix. Et du reste, j’ai atteint en partie le but que je poursuivais : vous instruire, vous consoler et vous calmer pour empêcher des offenses et des heurts entre les pharisiens et vous. Maintenant, nous allons trouver ces gens qui nous attendent. Pour récompenser leur foi et leur amour…donc de la joie.»

Pierre se calme comme un vent qui tombe d’un coup. Jésus s’avance vers la foule des malades qui l’attendent avec un désir marqué sur leurs figures, et il guérit l’un après l’autre, bienveillant, patient même à l’égard d’un scribe qui lui présente son petit enfant malade. Ce scribe lui dit :

« Tu vois ? Tu fuis. Mais c’est inutile. La haine et l’amour sont ingénieux pour te trouver. Ici, c’est l’amour qui t’a trouvé, comme dit le Cantique. Tu es désormais comme l’époux des Cantiques …

- Pourquoi dis-tu cela ? Pourquoi ?

- Parce que c’est vrai. Venir à toi est dangereux parce qu’on te hait. Ne sais-tu pas que Rome te surveille et que le Temple te hait ?

- Pourquoi me tentes-tu, homme ? Tes paroles sont des pièges pour rapporter mes réponses à Rome et au Temple. Je ne t’ai pas tendu un piège en guérissant ton fils…»

Sous ce doux reproche, le scribe baisse la tête de confusion et avoue :

«  Je me rends compte que tu vois réellement le cœur des hommes. Pardonne-moi. Je vois que tu es vraiment saint…Tu parles bien. Parle nous, car nous sommes tous ici pour mendier une parole de toi ou l’une de tes grâces.

- Tu es sincère et pour cette raison tu mérites de comprendre Dieu qui n’est jamais mensonge…»

Sa prédication est plutôt une conversation avec tel ou tel groupe. Mais c’est une prédication continuelle car elle résout tous les doutes, éclaircit toute pensée, résume ou développe des choses déjà dites ou des idées partiellement retenues par quelqu’un. Et les heures passent ainsi. Le soleil arrive maintenant du couchant, tout aussi oblique…Le soir tombe.

Les apôtres le font remarquer à Jésus qui donne toujours son enseignement d’après les exemples qui se présentent à lui.

« Maître, le soir approche, l’endroit est désert, éloigné des maisons et des villages, ombragé et humide. Il ne nous sera bientôt plus possible, ici, de nous voir et de marcher. La lune se lève tard. Renvoie le peuple pour qu’il aille à Tarichée ou dans les villages du Jourdain acheter de la nourriture et chercher un logement.

- Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent. Donnez-leur à manger. Ils peuvent dormir ici comme ils ont dormi en m’attendant.

- Il ne nous reste que cinq pains et deux poissons, Maître, tu le sais.

- Apportez-les-moi.

André, va chercher l’enfant. C’est lui qui garde la bourse. Il y a peu de temps, il était avec le fils du scribe et deux autres, occupé à jouer au roi et à se faire des couronnes de fleurs.»

André se hâte d’y aller et Jean se met à chercher Marziam dans la foule. Ils le trouvent avec son sac de vivres en bandoulière, une longue branche de clématite enroulée autour de la tête. Avec lui, il y en a sept autres pareillement chamarrés et ils font un cortège au fils du scribe qui tient le rôle de roi.

« Viens, Marziam. Le Maître te demande ! »

L’enfant plante là ses amis et s’en va rapidement. Mais les autres le suivent et entourent Jésus  qui les caresse pendant que Philippe sort du sac un paquet avec du pain et deux gros poissons enveloppés : deux kilos de poissons, guère plus. C’est insuffisant même pour les dix huit personnes de la troupe de Jésus…On apporte ces vivres au Maître.

« C’est bien. Maintenant apportez-moi des paniers. Dix-sept, un pour chacun. Marziam distribuera la nourriture aux enfants…»

Jésus regarde fixement le scribe, qui est toujours resté à ses côtés, et il lui demande :

« Veux-tu, toi aussi, donner de la nourriture aux affamés ?

- Cela me plairait, mais s’en suis démuni moi aussi.

- Donne la mienne. Je te le permets.

- Mais…tu as l’intention de rassasier presque cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec ces deux poissons et ces cinq pains ?

- Sans aucun doute. Ne sois pas incrédule. Celui qui croit verra s’accomplir le miracle.

- Ah ! Dans ce cas, je veux bien distribuer la nourriture, moi aussi !

- Alors, fais-toi donner un panier toi aussi.»

Les apôtres reviennent avec des corbeilles et des paniers larges et peu profonds ou bien profonds et étroits. Le scribe revient avec un panier plutôt petit. On se rend compte que son manque de foi lui a fait choisir ce modèle.

« C’est bien. Mettez tout ici devant et faites asseoir les foules en ordre, en rangs réguliers, autant que possible.»

Pendant ce temps, Jésus élève les pains et les poissons par-dessus, il les offre, prie et bénit. Le scribe ne le quitte pas un instant des yeux. Puis Jésus rompt les cinq pains en dix-huit parts et les deux poissons en dix huit parts. Il met un morceau de poisson dans chaque panier, un bien petit morceau, et les dix-huit morceaux de pain. Chaque morceau est divisé en plusieurs bouchées, une vingtaine, pas plus. Chaque morceau est placé dans un panier après avoir été fragmenté, avec le poisson.

« Et maintenant prenez et donnez à satiété. Allez-y. Va, Marziam, le donner à tes compagnons.

- Oh, comme c’est lourd ! » dit Marziam en soulevant son panier et en allant tout de suite vers ses petits amis. Il marche comme s’il portait un fardeau.

Les apôtres, les disciples, Manahen, le scribe le regardent partir sans savoir que penser… Puis ils prennent leurs paniers et en secouant la tête, se disent l’un à l’autre :

« Ce gamin plaisante ! Ce n’est pas plus lourd qu’avant.»

Le scribe regarde aussi à l’intérieur et met la main pour tâter au fond du panier parce qu’il n’y a plus beaucoup de lumière à cet endroit.

Mais malgré cette constatation, ils se dirigent vers les gens et commencent la distribution. Ils donnent, donnent, donnent…Et de temps à autre, ils se retournent, étonnés, de plus en plus loin, vers Jésus qui, les bras croisés, adossé à un arbre, sourit finement de leur stupeur.

La distribution est longue et abondante…Le seul à ne pas manifester d’étonnement, c’est Marziam qui rit, tout heureux de remplir de pain et de poisson les mains de tant de pauvres enfants. Il est aussi le premier à revenir vers Jésus, en disant :

« J’ai donné beaucoup, beaucoup, beaucoup !...Parce que je sais ce qu’est la faim…»

Et il lève son visage que Jésus caresse…

Peu à peu, les apôtres et les disciples reviennent, muets de stupeur. Le dernier est le scribe, qui ne dit rien. Mais il fait un geste qui vaut plus qu’un discours : il s’agenouille et baise la frange du vêtement de Jésus.

« Prenez votre part et donnez m’en un peu. Mangeons la nourriture de Dieu.»

Ils mangent en effet du pain et du poisson, chacun selon son appétit…Pendant ce temps, les gens, rassasiés, échangent leurs impressions. Même ceux qui sont autour de Jésus se risquent à parler en regardant Marziam qui, finissant son poisson, plaisante avec les autres enfants ;

« Maître, demande le scribe, pourquoi l’enfant a-t-il tout de suite senti le poids et nous pas ? J’ai même fouillé à l’intérieur. Il n’y avait toujours que quelques bouchées de pain et cet unique morceau de poisson. J’ai commencé à en sentir le poids en m’avançant vers la foule, mais si ç’avait été le poids correspondant à la quantité que j’ai distribuée, il aurait fallu un couple de mulets pour le transport ; pas un panier, mais un char plein, chargé de nourriture. Au début, j’y allais avec parcimonie…puis je me suis mis à donner tant et plus et, pour ne pas être injuste, je suis revenu vers les premiers en faisant une nouvelle distribution parce que je leur avais donné peu de choses. Et pourtant, il y en a eu suffisamment.

- Moi aussi, j’ai senti que le panier s’alourdissait au fur et à mesure que j’avançais et j’ai donné tout de suite abondamment car j’ai compris que tu avais fait un miracle, dit Jean.

- Personnellement, au contraire, je me suis arrêté et me suis assis, pour renverser sur mon vêtement le fardeau et me rendre compte…Alors j’ai vu des pains en quantité et j’y suis allé, raconte Manahen.
- Moi, je les ai même comptés pour ne pas faire piètre figure. Il y avait cinquante petits pains. Je me suis dit : « Je vais les donner à cinquante personnes, puis je reviendrai. » Et j’ai compté ; Mais arrivé à cinquante, le poids était toujours le même. J’ai regardé à l’intérieur : il y en avait encore autant. Je suis allé de l’avant et j’en ai donné par centaines. Mais cela ne diminuait jamais » relate Barthélemy.

Thomas dit :

« Moi, je le reconnais, je n’y croyais pas. J’ai pris dans mes mains les bouchées de pain et ce petit morceau de poisson et je les regardais en pensant : « A quoi cela va servir ? Jésus a voulu plaisanter !...» Et je les regardais, je les fixais, restant caché derrière un arbre, espérant et désespérant d’en voir le nombre augmenter. Mais c’était toujours la même chose. J’allais revenir quand Matthieu est passé et m’a dit : «Tu as vu comme ils sont beaux ? »

« Quoi ? » ai-je répondu. « Mais les pains et les poissons !...» « Tu es fou ? Moi je vois toujours des petits morceaux de pain. » « Va les distribuer avec foi et tu verras. » J’ai jeté dans le panier ces quelques bouchées et j’y suis allé avec réticence…Et puis…pardonne-moi, Jésus, car je suis pécheur !

- Non, tu es un esprit du monde. Tu raisonnes comme les gens du monde.

- Moi aussi, Seigneur, dans ce cas » dit Judas. « Au point que j’ai pensé donner une pièce avec le pain en pensant : « Ils iront manger ailleurs.» J’espérais t’aider à faire une meilleure figure. Que suis-je donc, moi ? Comme Thomas ou davantage ?

- Bien plus que Thomas, tu es « monde »

- Pourtant, j’ai pensé faire l’aumône pour être Ciel ! C’étaient mes deniers personnels…

- Aumône à toi-même et à ton orgueil, ainsi qu’aumône à Dieu. Ce dernier n’en a pas besoin et l’aumône à ton orgueil est une faute, pas un mérite.»

Judas baisse la tête et se tait.

« De mon côté, dit Simon le Zélote, je pensais que cette bouchée de poisson, ces bouchées de pain, il me fallait les fragmenter pour qu’elles suffisent. Mais je ne doutais pas qu’elles auraient suffi pour le nombre et la valeur nutritive. Une goutte d’eau, donnée par toi, peut être plus nourrissante qu’un banquet.

- Et vous, qu’en pensez-vous ? demande Pierre aux cousins de Jésus.

- Nous nous rappelions Cana…et nous ne doutions pas, dit sérieusement Jude.

- Et toi, Jacques, mon frère, tu n’as pensé qu’à cela ?

- Non. J’ai pensé que c’était un sacrement. Comme tu m’en a parlé…Est-ce bien cela ou je me trompe ? » Jésus sourit.

- Oui et non. A la vérité de la puissance d’une goutte d’eau, exprimée par Simon, il faut rajouter la pensée pour une figure lointaine. Mais ce n’est pas encore un sacrement.»…

- Levez-vous. Faites de nouveau le tour avec les paniers, recueillez les restes. Séparez les gens les plus pauvres d’avec les autres et amenez-les-moi ici, avec les paniers. Et puis vous, mes disciples, allez tous vers les barques et prenez le large pour vous rendre à la plaine de Génésareth. Je vais congédier les gens après avoir fait une distribution aux plus pauvres, puis je vous rejoindrai.»

Las apôtres obéissent…et reviennent avec douze paniers pleins de restes et suivis d’une trentaine de mendiants ou de personnes très misérables.

« C’est bien. Allez. »…

Lorsque tout le monde s’en est allé ou s’est endormi, Jésus se lève, bénit les dormeurs et se dirige à pas lents vers la péninsule de Tarichée, surélevée de quelques mètres au-dessus du lac, il gravit le monticule et s’installe sur le rocher pour prier face à la blancheur du clair de lune dans la nuit sereine.

Vision et dictée du 7 septembre 1945, tome 4, p 356, § 273.

Les quatre évangélistes ont bien relatés cet épisode qui a marqué une foule évaluée, même par eux, à cinq mille personnes. Beaucoup moins de détails sont donnés, notamment le rôle du petit garçon adoptif de Pierre et surtout les commentaires de chacun des apôtres organisateurs de cette distribution. C’est bien un des miracles spectaculaire fait devant une foule nombreuse dont les réactions ne sont pourtant pas rapportées. Jésus rajoute un commentaire dans une dictée suivante :

« Je m’étais isolé pour remercier le Père du miracle des pains. Ils avaient été plusieurs milliers de personnes à manger et j’avais recommandé de dire « merci » au Seigneur. Mais une fois l’aide obtenue, l’homme ne sait pas dire « merci ». Je le disais pour eux. »

30. Jésus marche sur les eaux.

La nuit est passée en prière et méditation pour Jésus, seul, en bordure du lac, sur ce promontoire naturel, en cette fin août 28.

… « Un semblant de lumière se dessine à l’extrême horizon du côté de l’orient, un frisson de vent secoue un olivier. Il s’apaise puis il reprend plus fort et devient de plus en plus violent. La lumière de l’aube qui commençait à peine est arrêtée dans sa progression par une masse de nuages noirs qui viennent occuper le ciel, poussée par des rafales de vent toujours plus fortes. Le lac aussi a perdu sa tranquillité. Le bruissement des feuilles et le grondement des flots remplissent maintenant l’espace qui était paisible peu de temps auparavant.

Jésus sort de sa méditation. Il se lève. Il regarde le lac. Il cherche des yeux la barque de Pierre et la voit s’avancer péniblement vers la rive opposée, mais sans y arriver. Alors Jésus s’enveloppe étroitement dans son manteau dont il relève le bord qui traîne et qui le gênerait dans sa descente et il le passe sur sa tête comme si c’était un capuchon. Il descend rapidement par un sentier rapide qui rejoint directement le lac. Il va si vite qu’il semble voler.

Il parvient à la rive fouettée par les vagues qui forment sur la grève une bordure bruyante et écumeuse. Il poursuit rapidement son chemin comme s’il ne marchait pas sur l’élément liquide tout agité, mais sur un plancher lisse et solide. Maintenant, il devient lui-même lumière. On dirait que le peu de clarté qui parvient encore des rares étoiles qui s’éteignent et de l’aube orageuse se concentre sur lui et forme une sorte de phosphorescence qui éclaire son corps élancé. Il vole sur les flots, sur les crêtes des vagues, les bras tendus en avant. Son manteau se gonfle autour des joues et flotte comme il peut, serré comme il est autour du corps, avec un battement d’ailes.

Les apôtres le voient et poussent un cri d’effroi que le vent porte à Jésus.

« N’ayez pas peur. C’est moi. »

La voix de Jésus, malgré un vent contraire, se propage sans difficulté sur le lac.

« Est-ce bien toi, Maître ? » demande Pierre. « Si c’est toi, dis-moi de venir à ta rencontre en marchant comme toi sur les eaux.»

Jésus sourit : « Viens » dit-il simplement, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde de marcher sur l’eau.

Alors Pierre, à demi-nu puisqu’il ne porte qu’une courte tunique sans manches, saute par-dessus bord et se dirige vers Jésus.

Mais quand il est à une cinquantaine de mètres de la barque et à peu près autant de Jésus, il est pris par la peur. Jusque là, il a été soutenu par son élan d’amour. Maintenant l’humanité a raison de lui et…il tremble pour sa vie. Comme quelqu’un qui se trouve sur un sol qui se dérobe ou sur des sables mouvants, il commence à chanceler, à s’agiter, à s’enfoncer. Plus il s’agite, convulsé de peur, plus il s’enfonce.

Jésus s’est arrêté et le regarde. L’air sérieux, il attend sans même lui tendre la main. Il garde les bras croisés. Il ne fait plus un pas et ne dit plus un mot.

Pierre s’enfonce. Les chevilles disparaissent, puis les jambes, puis les genoux. Les eaux lui arrivent à l’aine, la dépassent, montent vers la ceinture. La terreur se lit sur son visage, une terreur qui paralyse aussi sa pensée. Ce n’est plus qu’une chair qui a peur de se noyer. Il ne pense même pas à nager. A rien. Il est hébété par la peur.

Finalement, il se décide à regarder Jésus. Et il suffit qu’il le regarde pour que son esprit commence à raisonner, à saisir où se trouve le salut.

« Maître, Seigneur, sauve-moi ! »

Jésus desserre les bras et, comme s’il était porté par le vent ou par l’eau, il se précipite vers l’apôtre et lui tend la main en lui disant :

« Homme de peu de foi ! Pourquoi as-tu douté de moi ? Pourquoi as-tu voulu agir tout seul ? »

Pierre, qui s’est agrippé convulsivement à la main de Jésus, ne répond pas. Il le regarde pour voir si le maître est en colère, il le regarde avec un reste de peur qui se mêle au repentir qui s’éveille. Mais Jésus sourit et le tient étroitement par le poignet jusqu’à ce que, après avoir rejoint la barque, ils en franchissent le bord et y entrent. Et Jésus ordonne :

« Rejoignez le rivage. Il est tout trempé. » Et il sourit en regardant le disciple humilié.

Les vagues s’apaisent pour faciliter l’abordage et la ville apparaît au-delà de la rive.

Après la fin de la vision, Jésus dicte un commentaire :

… « Ils m’ont pris pour un fantôme. Ah ! Que de fois, mes pauvres enfants, vous me prenez pour un fantôme, pour un épouvantail ! Si vous pensiez toujours à moi, vous me reconnaîtriez tout de suite. Mais vous avez bien d’autres fantômes dans le cœur et cela vous donne le vertige. Ah ! Si vous saviez m’écouter.

Pourquoi Pierre s’enfonce-t-il, après avoir parcouru plusieurs mètres ? Je l’ai dit : parce que l’humanité domine son esprit.

Pierre était très « homme » (contrairement à Jean), dans toute l’acception du mot. Il désirait se distinguer des autres, faire voir que « personne » n’aimait le Maître comme lui. Il voulait s’imposer, il se croyait déjà au dessus des faiblesses de la chair…

Pierre, non seulement se laisse dominer par la peur pour sa vie en danger, mais il devient « une chair qui tremble ». Il ne réfléchit plus, il ne me regarde plus. Vous aussi, vous vous comportez de même. Et plus le danger est imminent, plus vous voulez agir par vous-mêmes.

Quand Pierre m’appelle, je ne marche pas, je vole à son secours et je le tiens fermement pour le conduire en lieu sûr… Je fais mon devoir de Sauveur éternel. »

Vision et dictée du 4 mars 1944, tome 4, p 362, § 274.

Les évangélistes Jean (6, 1-13) et Marc (6, 45-52) rapportent le miracle de Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade, en des termes assez proches. Mais seul Matthieu (14, 22-33) relate l’épisode de Pierre qui tente de rejoindre Jésus sur l’eau.

31. Le retour de mission des soixante-douze disciples.

À la suite d’une longue prédication sur les œuvres de Miséricorde, Jésus envoie en mission tous les nombreux disciples qui ont décidé de suivre son enseignement.

… « Après une sereine journée d’octobre, les soixante-douze disciples reviennent avec Elie, Joseph et Lévi. Fatigués, couverts de poussière, mais si heureux ! Les trois bergers sont heureux d’être désormais libres de servir le Maître. Heureux aussi d’être, après tant d’années de séparation, réunis à leurs compagnons d’autrefois. Les soixante douze disciples sont heureux d’avoir rempli leur première mission. Les visages brillent davantage que les petites lampes qui éclairent les cabanes construites pour ce nombreux groupe de pèlerins.

Au milieu se trouve la cabane de Jésus…mais il y a aussi celles des femmes disciples…

Après le souper, Jésus se dirige vers les pentes de l’oliveraie et les disciples le suivent. Isolés du bruit et de la foule et après avoir prié en commun, ils font à Jésus un récit plus circonstancié que celui qu’ils avaient pu faire auparavant au milieu des allées et venues.

Ils sont étonnés et joyeux lorsqu’ils disent :

« Sais-tu, Maître, que non seulement les malades, mais aussi les démons nous ont été soumis par la force de ton Nom ? Quelle affaire, Maître ! Nous, nous, de pauvres hommes, seulement parce que tu nous a envoyés, nous pouvions délivrer l’homme de la puissance redoutable d’un démon ! »

Et ils racontent les nombreux cas de délivrance arrivés çà et là. Mais ils disent aussi, à propos d’un seul homme :

« Ses parents, ou plutôt sa mère et les voisins, nous l’ont amené de force, mais le démon s’est moqué de nous : « Je suis revenu ici, par sa volonté, après que Jésus de Nazareth m’avait chassé et je ne le lâche plus parce qu’il m’aime bien plus que votre Maître et qu’il m’a recherché » ; et d’un seul coup, avec une force indomptable, il s’est arraché de l’homme qui le tenait et s’est jeté en bas d’un escarpement. Nous avons couru voir s’il s’était cassé quelque chose. Mais non ! Il courait comme une jeune gazelle en disant des blasphèmes et des moquerie qui ne sont vraiment pas de cette terre…Sa mère nous a fait pitié. Mais lui ! Ah ! Le démon peut-il agir ainsi ?

- Il peut faire cela et même davantage, répond Jésus tristement.

- Peut-être que si tu avais été là…

- Non, je le lui avais dit : « Va et n’aie pas la volonté de retomber dans ton péché.» Il l’a voulu. Il savait qu’il voulait le mal. Il est perdu. Le cas d’un homme qui devient possédé par suite d’une ignorance primitive est différent de celui qui se livre à la possession, sachant qu’en agissant ainsi, il se vend de nouveau au démon…C’est un volontaire du Mal. Louons plutôt le Seigneur des victoires qu’il vous a données…Cependant, ne vous réjouissez pas d’avoir assujetti les esprits mais réjouissez-vous de ce que vos noms soient écrits au Ciel. Ne les enlevez jamais de là… »

… « Un autre dit : Un soir j’étais peiné parce que je ne savais que dire à quelqu’un qui m’interrogeait. J’allais m’enfuir honteusement, mais je me suis souvenu de tes paroles : «  N’ayez pas peur : les paroles à dire vous seront données au bon moment » et je t’ai invoqué dans mon âme. J’ai dit : « Jésus m’aime, c’est certain. J’appelle son amour à mon secours » ; et l’amour m’est venu, comme un feu, une lumière…une force…L’homme qui était en face de moi m’observait et ricanait d’un air ironique en faisant des clins d’œil à ses amis. Il était sûr de triompher dans la discussion. J’ai ouvert la bouche et c’était comme un flot de paroles qui sortaient joyeusement de ma bouche imbécile. Maître, es-tu réellement venu ou était-ce une illusion ? Moi, je ne sais pas. Je sais qu’à la fin, l’homme, c’était un jeune scribe, m’a jeté les bras au cou en me disant : « Bienheureux es-tu et bienheureux celui qui t’a conduit à cette sagesse » et il me semblait désireux de te chercher…

- Je serai avec celui qui me sert en amour et vérité, jusqu’à la fin des siècles…»

Et les disciples continuent à lui poser d’autres questions…Jésus termine :

« Quand je m’en irai définitivement, c’est vous qui parlerez pour moi…»

Vision et dictée du 19 septembre 1945, tome 4, p 412, § 280.

32. L’homme aux yeux atteints d’ulcères.

« Une caravane de chameaux sort de la cour, rangée comme pour une parade militaire. En queue, Jésus avec tous les disciples. Tous les hommes sont emmitouflés à cause du froid…La caravane doit traverser la ville. Les sonnailles des chameaux préviennent les Géraséniens du départ de Jésus. La nouvelle se répand avec la rapidité de l’éclair et certains viennent le saluer et lui apporter des cadeaux de fruits et autres victuailles. Un homme accourt avec un petit malade :

« Bénis-le pour qu’il guérisse. Aie pitié ! »

Jésus lève la main et bénit en ajoutant :

« Va tranquille. Aie foi. »

Et l’homme répond un oui si plein de confiance qu’une femme demande :

« Mon mari malade d’ulcères aux yeux, le guérirais-tu ?

- Si vous êtes capables de croire, oui.

- Alors, je vais le chercher. Attends-moi Seigneur. »

Et elle vole, rapide comme une hirondelle. Mais attendre, c’est vite dit ! Les chameaux avancent. Alexandre, en tête de la colonne, ne sait ce qui se passe en queue. Il n’y a qu’à prévenir l’homme.

« Cours, Marziam. Va dire au marchand de s’arrêter avant de sortir des murs » dit Jésus.

Le garçon file accomplir sa mission. La caravane s’arrête pendant que le marchand vient vers Jésus.

« Qu’est-ce qui se passe ?

- Reste et tu verras. » La femme de Gesara est vite de retour avec son mari qui a les yeux malades. C’est bien autre chose que des ulcères ! Ce sont deux trous pleins de pourriture qui s’ouvrent au milieu du visage. L’œil est là au milieu, embué, rougi, à moitié aveugle et il en sort un liquide répugnant. A peine l’homme enlève-t-il le bandeau sombre qui lui cache la lumière, que sa plainte augmente parce que la clarté du jour avive la douleur de l’œil malade. L’homme gémit :

« Pitié ! Je souffre tant !

- Tu as aussi beaucoup péché. De cela, tu ne te lamentes pas ? Tu ne t’affliges que de pouvoir perdre cette pauvre vue du monde ? Ne sais-tu rien de Dieu ? N’as-tu pas peur des ténèbres éternelles ? Pourquoi as-tu péché ? »

L’homme pleure et se baisse sans parler. Sa femme aussi pleure et gémit :

« Moi, j’ai pardonné…

- Et moi, je lui pardonnerai s’il me jure ici qu’il ne retombera plus dans le péché.

- Oui, oui. Pardonne-moi. Je sais maintenant ce qu’entraîne le péché. Pardonne-moi. Comme la femme, pardonne-moi. Tu es le Bon.

- Je te pardonne. Va à ce ruisseau, lave-toi le visage dans l’eau et tu guériras.

- L’eau froide lui est nuisible, Seigneur » gémit la femme.

Mais l’homme ne pense qu’à y aller et s’y rend à tâtons jusqu’à ce que l’apôtre Jean, pris de pitié, le prenne par la main et le conduise seul, mais ensuite la femme le prend par l’autre main. L’homme descend jusqu’au bord de l’eau glacée qui clapote sur les cailloux, il se penche, prend de l’eau dans le creux de ses mains jointes, se lave et se relave le visage. Il ne donne pas de signe de souffrance et paraît au contraire éprouver un soulagement. Puis, le visage encore mouillé, il remonte sur la berge et revient vers Jésus qui lui demande :

« Eh bien ? Tu es guéri ?

- Non, Seigneur, pas pour l’instant. Mais tu l’as dit et je guérirai.

- Alors garde ton espérance. Adieu. »

La femme s’affaisse en pleurant…Elle est déçue. Jésus fait signe au marchand qu’il peut repartir et Alexandre, déçu lui aussi, fait passer l’ordre. Les chameaux se remettent en marche avec leur mouvement de barque qui tangue et ils sortent des murs. Ils prennent la route des caravanes, large, poussiéreuse, qui va en direction du sud-ouest.

Les deux derniers du groupe apostolique, c’est-à-dire Jean d’En-Dor et Simon le Zélote, ont dépassé les murs d’une vingtaine de mètres quand un cri retentit dans l’air silencieux. Il paraît remplir le monde, il se répète toujours plus haut, plus joyeux, plus triomphal :

« Je vois ! Jésus ! Jésus béni ! Je vois ! J’ai cru ! Je vois ! Jésus béni ! »

Et l’homme dont le visage est redevenu complètement sain, les yeux beaux comme deux escarboucles lumineuses et vivantes, fend les rangs des apôtres et tombe au pied de Jésus presque sous les pieds du chameau que le marchand a juste le temps d’écarter de l’homme prosterné. L’homme baise le vêtement de Jésus en répétant :

« J’ai cru ! J’ai cru et je vois. Jésus béni !

- Lève-toi et sois heureux, et surtout bon. Recommande à ta femme de savoir croire complètement. Adieu. »

Et Jésus se dégage de l’étreinte du miraculé et reprend sa marche. Le marchand caresse sa barbe d’un air pensif…Finalement, il demande :

« Et s’il n’avait pas su continuer de croire après la déception du lavage ?

- Il serait resté tel qu’il était avant.

- Pourquoi exiges-tu tant de foi pour faire un miracle ?

- Parce que la foi témoigne de la présence de l’espérance et de l’amour de Dieu.

- Et pourquoi as-tu voulu d’abord qu’il se repente ?

- Parce que le repentir rend ami de Dieu.

- Moi, qui n’ai pas de maladies, que devrais-je faire pour témoigner que j’ai foi ?

- Venir à la Vérité.

- Et pourrais-je y venir sans la bonté de Dieu ?

- Tu ne pourrais y venir sans la bonté de Dieu. Le Seigneur permet que celui qui cherche, même s’il ne se repent pas encore, arrive à le trouver. Car le repentir vient généralement lorsque l’homme, connaît Dieu. Auparavant, il est comme hébété, guidé par son seul instinct… »

L’homme se remet à caresser sa barbe…»

Et la caravane continue jusqu’à Bozra.

Vision et dictée du 30 septembre 1945, tome 4, p 496, § 291.

33. Les guérisons collectives de Bozra.

En ce 10 octobre 28, c’est dans la cour de l’hôtellerie que Jésus s’adresse aux habitants de la ville étape où certains sont venus de loin pour rencontrer Jésus. Plusieurs pèlerins bavardent entre eux :

« Quand j’ai appris qu’il était venu à travers les pays d’au-delà du Jourdain, je me suis découragé. Mais alors,…des disciples sont venus et nous ont dit : « A cette heure-ci il est certainement au-delà de Gésara ? Ne perdez pas de temps pour aller à Bozra » et je suis venu.

De mon côté, j’ai vu des pharisiens. Ils demandaient si c’était Jésus qui était dans la région. Ma femme est malade. Je me suis uni à eux…

- Moi, je viens de Gamla à cause de cet enfant. Il a été frappé par une vache en furie. Il est resté dans cet état…» Il montre son enfant tout recroquevillé, incapable même de remuer librement les bras.

« Moi, je n’ai pas pu amener le mien. Je viens de Mageddo. Qu’en dites-vous ? Me le guérira-t-il même depuis ici ? demande en gémissant une femme au visage rougi par les pleurs.

- Mais il faut le malade !

- Non. Il suffit d’avoir la foi.

- Non. S’il n’impose pas les mains, pas de guérison. C’est ce que font aussi ses disciples.

- Tu as fait tant de chemin pour rien, femme ! » La femme se met à pleurer :

« Ah ! Malheureuse que je suis ! Et je l’ai laissé presque moribond, en espérant…Il ne le guérira pas et moi, je ne le consolerai pas au moment de la mort…»

Une autre femme la console :

« Ne crois pas cela, femme. Moi, je viens le remercier car il m’a fait un grand miracle sans quitter la montagne sur laquelle il parlait.

- Quel mal avait ton enfant ?

- Ce n’était pas mon enfant, c’était mon mari qui était devenu fou…

- C’est vrai. La mère d’Arbel elle aussi a eu son fils racheté sans que le Maître l’ait vu. 

-Place, par pitié ! Place ! » crient des hommes portant une litière toute couverte.

La foule s’ouvre et la litière passe avec sa charge de souffrance. Ils vont se mettre au fond, presque derrière une meule de paille.

Deux pharisiens arrivent mais ils sont éconduits par l’hôtelier qui va chercher Jésus. Celui-ci vient dans la cour où il y a beaucoup de malades et d’autres aussi

Jésus entame un discours assez bref qu’il termine par une invocation :

« … Père saint ! Que toutes les blessures, les maladies, les plaies des corps, les angoisses, les tourments, les remords des cœurs, sur toute foi qui naît, qui vacille, qui se raffermit, descendent, salut, grâce et paix !...»

Jésus, les bras en croix, les mains tournées vers le ciel, le visage levé, la voix éclatante comme une trompette d’argent, est irrésistible dans ses paroles…Il reste ainsi, en silence, pendant quelques minutes. Puis, ses yeux de saphir cessent de contempler le ciel pour regarder la vaste cour pleine d’une foule qui soupire d’émotion ou frémit d’espérance. Ses mains se joignent et avec un sourire qui le transfigure, il lance un dernier cri :

« Exultez, vous qui croyez et espérez ! Peuple des souffrants, lève-toi et aime le Seigneur ton Dieu ! »

Et c’est la guérison simultanée et complète de tous les malades. Des cris délirants, un tonnerre de voix qui louent le Sauveur. Et du fond de la cour, traînant encore le drap qui la couvrait, une femme fend la foule et tombe aux pieds du Seigneur. La foule pousse un autre cri, un cri de terreur :

« Marie, la lépreuse, la femme de Joachim ! »

Ils fuient dans toutes les directions.

« N’ayez pas peur ! Elle est guérie. Son contact ne peut plus vous faire du mal » rassure Jésus.

Puis il dit à la femme prosternée :

« Relève-toi, femme. Ta grande espérance t’a récompensée et te fait pardonner d’avoir manqué à la prudence envers tes frères. Rentre chez toi après les purifications salutaires.»

La femme, jeune et assez belle, pleure en se levant. Jésus la montre à la foule qui s’approche un peu et admire le miracle en criant son émerveillement.

« Son mari qui l’adorait, lui avait construit un refuge au fond de ses terres et chaque soir, il allait vers son enclos et, en pleurant, lui apportait de quoi manger.

- Elle était tombée malade à cause de sa pitié, en soignant un mendiant qui ne s’était pas déclaré lépreux.

- Mais comment la brave Marie est-elle venue ?

- Sur ce brancard. Comment n’avons-nous pas pensé que c’étaient les serviteurs de Joachim.

- Pour cela, ils ont risqué la lapidation.

- C’est leur maîtresse ! Ils l’aiment, elle sait de faire aimer, plus qu’on ne s’aime soi-même…»

Jésus fait un geste et tout le monde se tait.

« Vous voyez que l’amour et la bonté amènent miracle et joie. Sachez donc être bons. Va, femme. Personne ne te fera de mal. Que la paix soit avec toi et dans ta maison.»

La femme, escortée de ses serviteurs, qui ont brûlé le brancard au milieu de la cour, sort en compagnie de nombreuses connaissances.

Jésus congédie la foule et, après avoir écouté quelques personnes, il se retire, suivi de ceux qui étaient avec lui. »

Vision et dictée du 2 octobre 1945, tome 4, p 506, § 293.

34. Les deux orphelins et le pommier.

Jésus et ses disciples terminent leur grand voyage à l’intérieur des terres de la région Décapole, par la ville d’Aera, la plus au nord, non loin du petit lac de Mérom. Ils y arrivent le 31 octobre 28. On vient à leur rencontre :

« Regarde ce monde ! Voici tes disciples…Voici la mère de Timon (jeune chef de synagogue converti). Voici l’homme le plus riche d’Aera, il voudrait que tu sois son hôte…Regarde, il y a beaucoup de malades, tu sais ? Un homme qui a un entrepôt de bois les a accueillis sous les hangars. Cela fait trois jours qu’ils sont là, ces pauvres gens, étonnés que tu ne sois pas là. »

Les acclamations de la foule empêchent Pierre de continuer. La foule qu’ils ont rejointe, s’ouvre et Jésus passe sur son ânon sans cesser de bénir. Ils entrent en ville.

« Vers les malades, tout de suite » dit Jésus sans se soucier des protestations de ceux qui voudraient l’abriter de la pluie sous un toit.

« Eux souffrent plus que moi » répond-il.

Voici l’enceinte rudimentaire de l’entrepôt. La porte est grande ouverte et un cri plaintif en sort !

« Jésus, Fils de David, aie pitié de nous ! »

C’est un chœur de supplications insistantes, comme une litanie : voix d’enfants, voix de femmes, voix d’hommes, voix de vieillards. Tristes comme les bêlements d’agneaux qui souffrent, affligés comme des mères qui meurent, découragées comme celles de gens qui n’ont plus qu’une seule espérance, tremblantes comme celles de gens qui ne savent plus que pleurer…

Jésus entre dans l’enceinte. Il se redresse le plus qu’il peut sur les étriers et, levant sa main droite, dit de sa voix puissante :

« A tous ceux qui croient en moi, salut et bénédiction.»

Il s’appuie de nouveau sur la selle et essaie de revenir sur le chemin, mais la foule presse, ceux qui ont été guéris se serrent contre lui. Et à la lumière des torches, on voit la foule manifester en un délire de joie en acclamant le Seigneur qui disparaît presque au milieu d’un bouquet d’enfants guéris que les mères lui ont mis autour du cou et jusque sur la crinière de l’âne en les tenant pour qu’ils ne tombent pas. Jésus en a plein les bras comme si c’étaient des fleurs et il sourit d’un air bienheureux, les embrassant. Enfin les enfants lui sont enlevés et ce sont les vieux qu’il a guéris qui pleurent de joie et qui baisent son vêtement, puis les hommes et les femmes…

Il fait complètement nuit quand il peut entrer dans la maison de Timon.

Le lendemain, après avoir parler sur la place d’Aera, Jésus prend congé des habitants de la ville en direction du lac Mérom…

Le soir descend, de plus en plus triste et pluvieux, pendant que Jésus marche sur la route qui coupe le Jourdain pour prendre ensuite un sentier qui mène directement à une maison…

Jésus s’arrête pour faire une caresse à deux enfants : un garçon de pas plus de quatre ans et une fillette qui peut en avoir huit ou neuf. Ce doit être des enfants très pauvres car ils ont deux misérables petits vêtements déteints et même déchirés, et une petite figure triste et souffrante.

Jésus ne demande rien. Il se contente de les regarder fixement tout en les caressant. Puis il se hâte vers une maison au bout du petit chemin. C’est une maison de campagne, bien tenue…

Jésus, suivi de ses disciples, pousse la grille rustique et entre dans la cour où se trouvent un puits et un four. Alertée par le bruit des pas, une femme se présente sur le seuil du débarras et, à la vue de Jésus, elle le salue joyeusement et court vers la maison pour avertir.

Voici qu’un homme âgé et replet se présente à la porte de la maison et se hâte vers Jésus.

« C’est un grand honneur ? Maître, de te voir ! » dit-il en guise de salutation. Jésus répond :

- Que la paix soit avec toi. Puis il ajoute : La nuit tombe et la pluie s’annonce. Je te demande un abri et un pain pour mes disciples et moi.

- Entre, Maître. Ma maison est la tienne. La servante va défourner le pain. Je suis heureux de te l’offrir avec du fromage de mes brebis et des fruits de ma propriété. Entre, le vent est humide et froid…»

Il tient avec empressement la porte ouverte en s’inclinant au passage de Jésus. Mais ensuite, il change subitement de ton pour s’adresser à quelqu’un qu’il voit et il dit avec colère :

« Tu es encore là ? Va-t-en. Il n’y a rien pour toi. Va-t-en. Tu as compris ? Ici, il n’y a pas de place pour les vagabonds…» Et il murmure entre ses dents : « et peut-être aussi des voleurs comme toi.» Une petite voix plaintive répond :

- Pitié, Seigneur. Un pain au moins pour mon petit frère. Nous avons faim…»

Jésus, qui était entré dans la vaste cuisine égayée par un grand feu qui fait office de lampe, s’avance sur le seuil. Son visage est changé. Sévère et triste, il demande, non pas à l’hôte, mais en général :

- Qui est-ce qui a faim ?

- Moi, Seigneur. Mon frère et moi. Un pain seulement et nous nous en irons.»

Jésus est maintenant dehors, dans l’air de plus en plus sombre, à cause du crépuscule qui descend et la pluie imminente.

« Avance, dit-il

- J’ai peur, Seigneur !

- Viens, te dis-je. N’aie pas peur de moi.»

La fillette apparaît de derrière l’angle de la maison. Son petit frère se cramponne à son misérable petit vêtement. Ils s’avancent avec crainte. Un regard timide à Jésus, un coup d’œil apeuré vers le maître de maison qui lui fait les gros yeux et dit :

- Ce sont des vagabonds, Maître. Et des voleurs. Il y a un instant à peine, je l’ai surprise à fouiller près du pressoir. Elle voulait sûrement entrer pour voler. Qui sait d’où ils viennent. Ils ne sont pas du pays.»

Jésus semble l’écouter. Il regarde très fixement la fillette aux deux tresses défaites, attachées au bout de deux morceaux de chiffon. Mais le visage de Jésus n’est pas sévère. Il est triste, mais il sourit pour encourager la pauvre petite.

« Est-ce vrai que tu voulais voler ? Dis la vérité.

- Non. Seigneur. J’avais demandé un morceau de pain, parce que j’ai faim. On ne me l’a pas donné. J’ai vu une croûte huilée, là, par terre, près du pressoir et je suis allé la ramasser. J’ai faim, Seigneur. Hier on m’a donné un seul pain et je l’ai gardé pour Matthias…Pourquoi ne nous ont-ils pas mis dans le tombeau avec maman ? »

La fillette sanglote désespérément et son frère fait comme elle.

« Ne pleure pas.»

Jésus la console d’une caresse et il l’attire à lui.

« Réponds : d’où es-tu ?

- De la plaine d’Esdrelon.

- Et tu es venue jusqu’ici ?

- Oui, Seigneur.

- Il y a longtemps que ta mère est morte ? Et tu n’as plus ton père ?

- Mon père est mort tué par le soleil au temps de la moisson et maman à la dernière lune…elle et l’enfant qui allait naître sont morts…»

Elle pleure de plus belle.

« Tu n’as pas de parent ?

- Nous venons de si loin ! Nous n’étions pas pauvres…Puis notre père a dû se mettre en service. Maintenant il est mort et maman avec lui.

- Qui était son maître ?

- Le pharisien Ismaël.

- Le pharisien Ismaël !... Tu es partie volontairement ou bien il t’a renvoyée ?

- Il m’a renvoyée, Seigneur. Il a dit : « Sur le chemin, les chiens affamés ! »

- Et toi Jacob, pourquoi n’as-tu pas donné un pain à ces enfants ? Un pain, un peu de lait et une poignée de foin pour délasser leur fatigue ?

- Mais…Maître…J’ai du pain juste pour moi…et du lait, il y en a peu…quant à les faire entrer dans la maison…ces gens là sont de vraies bêtes vagabondes. Si on leur fait bon visage, ils ne repartent plus…

- Et tu manques de place et de nourriture pour ces deux malheureux ? Peux-tu vraiment dire cela Jacob ? L’abondance de la moisson, du vin, la quantité d’huile, les fruits nombreux ont rendu célèbre ton domaine cette année. Quelle en est la raison ? Te le rappelles-tu encore ? L’année dernière, la grêle avait abîmé tes biens et tu étais inquiet pour ta vie… Je suis venu et je t’ai demandé un pain…Tu m’avais entendu parler un jour et tu m’étais resté fidèle…Et dans ta peine, tu m’avais ouvert ton cœur et ta maison et tu m’a donné un pain et un abri. Et moi, en sortant, le matin suivant, que t’ai-je dit : « Jacob, tu as compris la Vérité. Montre-toi toujours miséricordieux et tu obtiendras miséricorde. Pour le pain que tu as donné au Fils de l’homme, ces champs te donneront abondance de blé et seront chargés comme s’ils étaient recouverts de grains de sable de la mer, les oliviers seront pleins d’olives et tes pommiers plieront sous le poids des fruits.»Tu as eu tout cela et tu es le plus riche de la région, cette année. Et tu refuses un pain à deux enfants !...

- Mais toi, tu étais le Rabbi…

- Justement parce que je l’étais, je pouvais faire du pain avec des pierres. Eux, non. Maintenant, je te dis : tu vas voir un nouveau miracle et tu en éprouveras de la peine, une grande peine…Mais alors, dis en te frappant la poitrine : « Je l’ai mérité » !

Jésus s’adresse aux enfants :

« Ne pleurez pas. Allez à cet arbre et cueillez.

- Mais il est dépouillé, Seigneur, objecte la fillette.

- Va.»

La fillette y va et revient avec son vêtement relevé et remplit de belles pommes rouges. Jésus leur dit :

« Mangez et venez avec moi » et aux apôtres : « Emmenons ces deux enfants chez Jeanne, femme de Kouza. Elle, elle sait se rappeler les bienfaits reçus et elle est miséricordieuse pour l’amour de Celui qui a été miséricordieux avec elle. Allons.»

L’homme, abasourdi et désolé, essaie de se faire pardonner :

« Il fait nuit, Maître. La pluie peut tomber pendant que tu es en route. Rentre chez moi. La servante va défourner le pain…Je t’en donnerai pour eux aussi.

- Inutile. Tu le donnerais non par amour, mais par peur du châtiment annoncé.

- Ce n’est donc pas cela, en montrant les pommes cueillies sur l’arbre nu, ce n’est pas cela le miracle ?

- Non. 

Jésus est très sévère.

- Ah ! Seigneur, aie pitié de moi ! J’ai compris ! Tu veux me punir dans mes récoltes ! Pitié, Seigneur !

- Ce ne sont pas tous ceux qui m’appellent « Seigneur » qui me possèderont car ce n’est pas par la parole, mais par des actes que l’on montre de l’amour et du respect. Tu auras la pitié dont tu as fait preuve.

- Je t’aime, Seigneur.

- Ce n’est pas vrai. M’aime celui qui aime, c’est mon enseignement. Tu n’aimes que toi-même. Quand tu m’aimeras comme je l’ai enseigné, le Seigneur reviendra. Maintenant je m’en vais. Ma demeure est dans l’accomplissement du bien, dans la consolation des affligés, quand j’essuie les larmes des orphelins. Comme une poule déploie ses ailes sur ses poussins sans défense, je déploie mon pouvoir sur ceux qui souffrent. Venez, mes enfants. Vous aurez bientôt une maison et du pain. Adieu, Jacob.»

Il fait prendre dans les bras la fillette fatiguée. C’est André qui la soulève et l’enveloppe dans son manteau. Jésus prend le petit garçon et ils s’en vont par le petit chemin désormais obscur.

« Maître ! dit Pierre, c’est une grande chance pour ces enfants que tu sois arrivé. Mais pour Jacob…Que vas-tu faire, Maître ?

- Justice. Il ne connaîtra pas la faim car ses greniers sont garnis pour longtemps encore, mais la disette, car la semence ne donnera pas de grain et les oliviers et pommiers n’auront que des feuilles. Ces innocents ont obtenu, non pas de moi, mais du Père, du pain et un toit… Dans leurs petites mains, Dieu a mis la nourriture et avec un soin paternel, il les conduit sous un toit hospitalier. »…

Un long enseignement, reçu le 21 août 1944, prolonge cette vision donnée postérieurement le 8 octobre 1945, tome 5, p 23, § 298, et se termine par une vision et dictée du 11 octobre 1945, où est raconté l’arrivée des deux orphelins à la maison de l’apôtre Pierre, leur restauration puis leur départ en barque jusqu’à Tibériade, à la maison de Kouza, où ils sont reçus et accueillis les bras ouverts aussi bien par l’intendant d’Hérode que sa femme Jeanne, toute heureuse d’avoir deux enfants dans son ménage. Le récit se termine ainsi :

« Jeanne n’écoute plus. Elle court en avant, prise du désir ardent de caresser les enfants. Et elle le fait en tombant à genoux pour serrer sur son sein les deux orphelins, en couvrant de baisers leurs joues émaciées, pendant qu’ils regardent avec étonnement la belle dame aux vêtements couverts de bijoux. Et ils regardent Kouza qui les caresse et prend dans les bras Matthias. Et ils regardent le splendide jardin et les serviteurs qui accourent…Et ils regardent la maison qui ouvre ses vestibules pleins de richesses à Jésus et à ses apôtres. Et ils regardent Esther (la nourrice de Jeanne) qui les couvre de baisers. Le monde des rêves s’est ouvert pour les petits extasiés.

Jésus contemple et sourit…»

35. L’enfant malade de Simon, le cousin de Jésus.

C’est le 19 novembre 28.

« Jésus traverse Nazareth en compagnie de Simon le Zélote et de Marziam, pour aller dans la campagne en direction de Cana. Et il traverse sa ville incrédule et hostile, en prenant justement les rues les plus centrales et en coupant de biais la place du marché, très fréquentée à cette heure matinale. Plusieurs se retournent pour le regarder passer ; quelques rares habitants le saluent. Un murmure le suit quand il est passé…Les voici parvenus aux dernières maisons. Sur le seuil d’une porte se tient une femme d’environ quarante ans. Elle paraît attendre quelqu’un. Quand elle voit Jésus, elle est sur le point d’avancer, puis elle s’arrête et baisse la tête en rougissant.

« C’est une parente, c’est l’épouse de Simon, fils d’Alphée » dit Jésus à l’apôtre.

La femme paraît être sur des charbons ardents, en proie à des sentiments opposés. Elle change de couleur, lève les yeux et les baisse. Tout son visage exprime un désir de parler que quelqu’un retient.

« Paix à toi, Salomé » lui dit, pour la saluer, Jésus qui est à sa hauteur.

La femme le regarde, comme étonnée par le ton affectueux de son parent et elle répond, en rougissant encore davantage :

« Paix à … »

L’envie de pleurer l’empêche de finir sa phrase. Elle couvre son visage en repliant son bras et elle pleure, angoissée, contre l’huisserie de la porte de la maison.

« Pourquoi pleures-tu ainsi, Salomé ? Ne puis-je rien faire pour te consoler ? Viens ici, dans ce coin, et confie-moi ce que tu as…»

Il la prend par le coude et la conduit dans une petite ruelle…

« Qu’est-ce que tu as, Salomé ? Tu sais que je t’aime bien, que je vous ai toujours aimés. Tous. Et qu’il en est toujours ainsi. Tu dois le croire et par conséquent, avoir confiance…»

Les pleurs s’arrêtent puis reprennent encore plus fortement, alternant avec des paroles décousues :

« Toi, oui…Nous…Pas moi, pourtant…Et pas même Simon…Mais lui, il est plus buté que moi…Moi, je lui disais… « Appelle Jésus »…Mais toute la ville est contre nos…contre toi…contre moi…contre mon enfant…»

Le moment tragique est arrivé, les pleurs deviennent, à leur tour, tragiques. La femme se tord et gémit en se frappant le visage comme si la détresse la faisait délirer. Jésus lui prend les mains en disant :

« Non, ne fais pas cela. Je suis ici pour te consoler. Parle et moi, je ferai tout…»

La femme le regarde en écarquillant les yeux d’étonnement et de douleur. Mais l’espoir lui donne la force de parler et elle dit posément :

« Même si Simon est coupable, auras-tu pitié de moi ? Vraiment ?...Oh, Jésus qui sauves tout le monde ! Mon enfant ! Alphée, le dernier, est malade…Il meurt !....Tu l’aimais, Alphée. Tu lui découpais des jouets dans le bois…Tu le soulevais pour qu’il cueille le raisin et les figues de tes arbres…et avant de partir pour…pour aller dans le monde, tu lui enseignais déjà tant de bonnes choses…! Maintenant, tu ne le pourrais plus…Il est comme mort…Il ne mangera plus le raisin ni les figues. Il n’apprendra plus rien…»

Elle pleure à chaudes larmes.

« Salomé, calme-toi. Dis-moi ce qu’il a.

- Son ventre est très malade. Il a crié, eu des spasmes, déliré pendant bien des jours. Maintenant, il ne parle plus. C’est comme si on l’avait frappé à la tête. Il gémit mais ne répond pas. Il est livide. Il se refroidit déjà. Et il y a tant de jours que je supplie Simon d’aller te trouver. Mais…Ah ! Je l’ai toujours aimé, mais à présent je le déteste, car c’est un entêté qui pour une idée stupide laisse mourir son enfant. Mais lui mort, je partirai chez moi avec mes autres enfants. Il n’est pas capable d’être père quand il le faut. Et moi, je défends mes enfants. Je m’en vais. Oui. Que les gens disent ce qu’ils veulent : je m’en vais.

- Ne dis pas cela. Renonce tout de suite à cette pensée de vengeance.
- De justice. Je me révolte, tu le vois ? Moi, je t’ai attendu parce que personne ne te disait : « Viens ». C’est moi qui te le dis. Mais j’ai dû le faire comme si c’était une mauvaise action, je ne puis te dire : « Entre », car dans la maison, il y a des amis de Joseph et…

- Ce n’est pas nécessaire. Me promets-tu de pardonner à Simon ? D’être toujours sa bonne épouse ? Si tu me le promets, je te dis : « Rentre chez toi et ton fils te sourira, guéri ». Peux-tu croire cela ?

- Moi, je crois en toi. Même contre tout le monde, je crois.

- Et comme tu as la foi, peux-tu avoir le pardon ?

- Vas-tu vraiment me le guérir ?

- Pas seulement cela. Je te promets que le doute de Simon à mon sujet cessera et le petit Alphée, et avec lui tes autres enfants, et toi avec ton époux, leur père, reviendrez dans ma maison. Marie dit si souvent ton nom…

- Oh ! Marie, Marie ! Alphée est né quand elle était là…Oui, Jésus, je pardonnerai. Je ne lui dirai rien…Non, plutôt je lui dirai : « Vois comment Jésus répond à ta manière d’agir : en te rendant un fils.» Cela je peux le dire !

- Tu peux le dire…Va, Salomé. Va !

Il la raccompagne à la porte, la regarde entrer…Il se tourne vers ses deux compagnons et dit :

« Et maintenant allons là où nous devions aller…

- Crois-tu que Simon se convertira ? demande Simon le Zélote.

- Ce n’est pas un infidèle. C’est seulement quelqu’un qui se laisse dominer par le plus fort.

- Ah ! Mais alors ! Plus fort que le miracle !

- Tu vois que tu réponds tout seul…Je suis content d’avoir sauvé l’enfant. Je l’ai vu quand il avait quelques heures et il m’a toujours bien aimé…

- Comme je t’aime, moi ? Et il deviendra disciple ? » demande Marziam, intéressé, et qui a du mal à croire que l’on puisse aimer Jésus autant que lui.

- Toi, tu m’aimes comme enfant et comme disciple. Alphée m’aime seulement comme enfant. Plus tard, il m’aimera aussi comme disciple. Mais maintenant, il est encore enfant de huit ans. Tu le verras…»

… « Quelques moments plus tard, Jésus, seul, presse le pas sur la grande route. Simon, adossé à un tronc d’arbre, halète et essuie sa sueur. A la vue de Jésus, il lève les bras, puis les laisser retomber et baisse la tête. Jésus le rejoint et lui pose la main sur l’épaule.

« Que veux-tu de moi, Simon ? Me faire plaisir en me disant une parole d’amour que j’attends depuis de nombreux jours ? »

Simon baisse encore davantage la tête et garde le silence…

« Parle ! Suis-je donc un étranger pour toi ? Non, en vérité tu es toujours mon beau frère Simon et moi, je suis pour toi le petit Jésus que tu portais péniblement dans tes bras, mais avec tant d’amour, quand nous étions revenu à Nazareth.»

L’homme cache son visage de ses mains et se laisse tomber à genoux en gémissant :

« Oh ! mon Jésus ! C’est moi le coupable mais je suis suffisamment puni…

- Allons, lève-toi ! Nous sommes parents. Allons ! Que veux-tu ?

- Mon enfant ! Il est …; les sanglots éclatent.

- Ton enfant ? Eh bien ?

- Il est vraiment mourant et avec lui meurt l’amour de Salomé…Et je reste avec deux remords : d’avoir perdu à la fois mon enfant et mon épouse…Cette nuit, j’ai cru qu’il était déjà mort et elle ressemblait à une hyène. Elle me criait au visage : « Assassin de ton fils ! » J’ai prié pour que cela n’arrive pas, en me jurant à moi-même de venir à toi si l’enfant reprenait des forces, même si on devait me chasser pour te faire savoir que toi seul pouvais empêcher mon malheur. A l’aurore, l’état de l’enfant s’est amélioré…Je me suis enfui de ma maison pour aller à la tienne en passant par derrière la ville…J’ai frappé. Ta Mère m’a ouvert, tout étonnée. Elle aurait pu me recevoir mal. Elle m’a seulement demandé : « Qu’as-tu, mon pauvre Simon ? » Et elle m’a caressé comme si j’étais encore un enfant. Cela m’a fait beaucoup pleurer. Et l’orgueil, l’hésitation ont ainsi disparu. Ce n’est pas possible que ce que nous a dit Judas, ton apôtre, soit vrai. Cela, je ne l’ai pas dit à Marie, mais je me le dis à moi-même, en me frappant la poitrine. J’ai demandé à Marie : « Est-ce que Jésus est là ? C’est pour Alphée. Il va mourir…» Elle m’a répondu : « Cours ! Il est du côté de Cana avec l’enfant et un apôtre. Sur la route de Cana. Mais fais vite. Il est sorti à l’aurore. Il va revenir. Je vais prier pour que tu le trouves.» Pas un mot de reproche !

- Moi non plus, je ne te fais aucun reproche. Mais je t’ouvre les bras pour…

- Hélas ! Pour me dire qu’Alphée est mort !

- Non. Pour te dire que je t’aime toujours.

- Viens, alors ! Vite ! Vite !

- Non. Ce n’est pas nécessaire.

- Tu ne viens pas ? Ah ! Tu ne pardonnes pas ? Ou bien Alphée est mort ? Mais même s’il l’est, Jésus, Jésus, toi qui ressuscites les morts, rends-moi mon fils ! Oh ! Bon Jésus ! Oh ! Saint Jésus que j’ai abandonné…»

Les pleurs de l’homme remplissent la route solitaire pendant qu’à genoux, il chiffonne convulsivement le vêtement de Jésus, lui baise les pieds…

« Tu n’es pas passé chez toi avant de venir ici ?

- Non. J’ai couru comme un fou jusqu’ici…Pourquoi ? Il y a un autre malheur ? Salomé est déjà en fuite ? Elle est devenue folle ? On l’aurait pensé, cette nuit déjà…

- Salomé m’a parlé. Elle a pleuré. Elle a cru. Va chez toi, Simon. Ton fils est guéri.

- Toi !...Toi !...Tu as fais cela pour moi qui t’ai offensé en croyant à ce serpent ? Oh ! Seigneur ! Je n’en suis pas digne ! Pardon ! Pardon ! Pardon ! Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour réparer, pour te dire que je t’aime, pour te persuader que je souffrais de garder les distances, pour te dire que depuis que tu es ici, même avant qu’Alphée soit si malade, je désirais te parler !...Mais…Mais…

- Laisse tomber. Tout cela, c’est du passé. Moi, je ne m’en souviens plus. Fais de même et oublie aussi les paroles de Judas. C’est un enfant. De toi, je veux seulement ceci : que, ni maintenant ni jamais, tu ne répètes ces paroles à mes disciples, à mes apôtres et encore moins à ma Mère. Cela seulement. Maintenant, Simon, rentre chez toi. Va. Sois en paix…Ne tarde pas à profiter de la joie qui remplit ta maison. Va…Et souviens-toi que c’est grâce à ton épouse, qui a su ne croire qu’à la vérité, que tu as cette joie actuelle. Grâce à elle…Ne tarde pas à lui dire merci.» 

Jésus l’embrasse et le pousse doucement vers Nazareth….»

Visions et dictées du 20 et 21 octobre 1945, tome 5, p 79, 87, § 308 et 309.

36. La fillette guérie par l’enfant adoptif de l’apôtre Pierre.

Après la disparition de sa famille dans un éboulement, un garçon survivant âgé de douze ans a été recueilli par Jésus et devient l’enfant adoptif de l’heureux Pierre qui n’a pas d’enfants. Au contact de Jésus et des apôtres, il évolue vite en un jeune disciple prodige, mettant en pratique les enseignements reçus et faisant l’admiration de son entourage. Son nouveau nom, donné par la Vierge Marie, est Margziam (Marie dans une ancienne langue) et plus tard Martial. Il participe activement à la multiplication des pains et à beaucoup de pérégrinations avec le groupe apostolique.

Jésus vient de sauver l’enfant de huit ans de son cousin Simon et discute avec Margziam qui est seul avec lui :

« Continuant leur route, Ils sont accueillis dans une pauvre maison où se trouve une petite vieille entourée d'une ribambelle d'enfants de dix à deux ans, plus ou moins. La maison est au milieu de petits champs peu entretenus, plusieurs transformés en prés où émergent des arbres fruitiers qui ont survécu.

« La paix à toi, Jeanne. Cela va mieux aujourd'hui ? Ils sont venus t'apporter de l'aide ?

- Oui, Maître et Jésus. Et ils m'ont dit qu'ils reviendront pour semer. Ce sera tard, mais ils m'ont dit que cela poussera encore.

- Certainement cela poussera. Ce qui serait un miracle de la terre et de la semence deviendra miracle de Dieu. Par conséquent un miracle parfait. Tes champs seront les plus beaux de cette région, et ces oiseaux qui t'entourent auront du grain en abondance pour remplir leurs bouches. Ne pleure plus. L'année qui vient, cela ira déjà beaucoup mieux. Mais je t'aiderai encore. Ou plutôt tu seras aidée par une personne qui a le même nom que toi et qui ne se rassasie jamais d'être bonne. Regarde: ceci est pour toi. Avec cela, tu pourras aller jusqu'aux récoltes. »

La petite vieille prend la bourse et en même temps elle prend la main de Jésus et elle baise cette main en pleurant. Puis elle demande :

« Dis-moi quelle est cette bonne créature pour que je dise son nom au Seigneur.

- Une de mes disciples et ta sœur. Le nom est connu de Moi et du Père des Cieux.

- Oh ! C'est Toi !…

- Moi, je suis pauvre, Jeanne. Je donne ce que l'on me donne. De moi-même, je ne puis donner que le miracle. Et je regrette de n'avoir pas su plus tôt ton malheur. Je suis venu dès que Suzanne me l'a dit. C'était tard désormais. Mais ainsi resplendira davantage l'œuvre de Dieu.

- Tard ! Oui. Tard ! Si rapide a été la mort pour faucher ici ! Et elle a pris les jeunes. Non pas moi qui étais inutile. Ni ceux-ci : incapables. Mais ceux qui étaient solides pour le travail. Maudite lune de Elul, chargée d'influences malignes !

- Ne maudis pas la planète. Elle n'y est pour rien… Sont-ils bons ces petits ? Venez ici. Vous voyez ? Lui aussi est un enfant sans père et sans mère. Et il ne peut pas même vivre avec son grand-père. Mais Dieu ne l'abandonne tout de même pas. Et Il ne l'abandonnera pas tant qu'il sera bon. N'est-ce pas Margziam ? »

Margziam est d'accord et il parle aux petits qui se serrent autour de lui, petits pour l'âge plus que lui, mais certains sont sensiblement plus grands que lui. Il dit :

« Oh! C'est bien vrai que Dieu n'abandonne pas. Moi, je peux le dire. Le grand-père a prié pour moi et certainement aussi le père et la mère de l'autre vie. Et Dieu a écouté ces prières car Lui est très bon, et il écoute toujours les prières des justes, qu'ils soient morts ou vivants. Pour vous certainement vos morts ont prié et cette chère petite grand-mère. L'aimez-vous bien ?

- Oui, oui…»Le pépiement de la nichée orpheline s'élève enthousiaste.

Jésus se tait pour écouter la conversation de son petit disciple et des orphelins.

« Vous avez raison. Les vieillards, il ne faut pas les faire pleurer. D'ailleurs, on ne doit faire pleurer personne car celui qui donne douleur au prochain donne douleur à Dieu. Mais les vieillards! Le Maître traite bien tout le monde, mais avec les vieillards, il est toute caresse comme avec les enfants. Car les enfants sont innocents et les vieillards sont souffrants. Ils ont déjà tant pleuré ! Il faut les aimer deux fois, trois fois, dix fois, pour tous ceux qui ne les aiment plus. Jésus dit toujours que celui qui n'honore pas le vieillard est deux fois méchant comme celui qui maltraite l'enfant. C'est que les vieillards et les enfants ne peuvent se défendre. Vous par conséquent soyez bons avec la vieille mère.

- Moi, quelque fois, je ne l'aide pas… dit un des grands.

- Pourquoi ? Tu manges pourtant le pain qu'elle te présente avec sa fatigue ! N'y sens-tu pas le goût de ses larmes quand tu l'affliges ? Et toi, femme, l'aides-tu ? (la femme en question a au plus dix ans et c'est une frêle et pâle fille). Les petits frères disent en chœur :

« Oh! Rachel est bonne ! Elle veille tard pour filer le peu de laine et de coton que nous avons et elle a pris la fièvre dans le champ pour le préparer aux semailles pendant que le père mourait.

- Dieu t'en récompensera, dit sérieusement Margziam.

- Il m'a déjà récompensée en soulageant la peine de la grand-mère.

Jésus intervient:

- Tu ne demandes pas davantage ?

- Non, Seigneur.

- Mais es-tu guérie ?

- Non, Seigneur. Mais peu importe. Maintenant, si je meurs, la grand-mère est secourue. Avant, il me déplaisait de mourir, parce que je l'aidais.

- Mais la mort est une vilaine chose, fillette…

- Comme Dieu m'aide pendant ma vie, Il m'aidera à la mort et j'irai trouver maman… Oh! Ne pleure pas grand-mère ! Je t'aime bien, chérie. Je ne le dirai plus, si cela doit te faire pleurer. Et même, si tu le veux, je dirai au Seigneur qu'il me guérisse… Ne pleure pas ma petite maman…” et elle embrasse la petite vieille désolée.

- Fais qu'elle guérisse, Seigneur. Mon grand-père, tu l'as rendu heureux à cause de moi. Rends heureuse cette petite vieille, maintenant.

- Les grâces s'obtiennent par le sacrifice. Toi, quel sacrifice fais-tu pour l'obtenir ? demande sérieusement Jésus.

Margziam réfléchit… Il cherche ce à quoi il lui sera plus pénible de renoncer… puis il sourit :

- Je ne prendrai plus de miel pendant toute une lune.

- C'est peu! Celle de Casleu est déjà bien avancée…

- Je parle d'une lune pour dire quatre phases. Et pense… que ces jours c'est la Fête des Lumières et il y a les fouaces au miel…

- C'est vrai. Eh bien, Rachel guérira grâce à toi. Maintenant, partons. Adieu, Jeanne. Avant de partir, je viendrai encore. Adieu, Rachel, et toi Tobie, sois toujours bon. Adieu, vous tous, petits. Que reste sur vous ma bénédiction et en vous ma paix. »

Ils sortent suivis par les bénédictions de la petite vieille et des enfants.

Margziam, une fois joué son rôle d'“apôtre et victime” se met à sauter comme un cabri en courant en avant. Simon observe avec un sourire :

« Son premier sermon et son premier sacrifice. Voilà qui promet, ne te semble-t-il pas, Maître ?

- Oui, mais il a déjà prêché plusieurs fois. Même pour Judas de Simon…

Quelques temps après, Pierre revient à la maison de Nazareth amenant avec lui beaucoup de provisions…

« J'ai beaucoup pêché et avec beaucoup de succès. Cela pour le poisson. Pour le reste : des produits de la maison. Cela ne coûte rien, et en revanche cela donne tant de joie de les apporter. Et puis... Ce sont les Encénies... (fête juive). C'est l'usage. Non ?! Tu ne goûtes pas le miel ?
- Je ne peux pas, dit sérieusement Margziam.

- Pourquoi ? Tu te sens mal ?

- Non. Mais je ne peux le manger.

- Mais pourquoi ?

L'enfant devient rouge mais il ne répond pas. Il regarde Jésus et se tait. Jésus sourit et explique :

- Margziam a fait un vœu pour obtenir une grâce. Il ne peut prendre de miel pendant quatre semaines.

- Ah ! bien ! Tu le prendras après... Prends quand même le vase... Mais regarde ! Je ne le croyais pas si.., si..."

- Si généreux, Simon. Celui qui se met à la pénitence dès l'enfance trouvera facilement le chemin de la vertu pendant toute sa vie » dit Jésus pendant que l'enfant s'éloigne avec le petit vase dans les mains

Pierre le regarde aller, plein d'admiration.

Vision et dictée du 21 octobre 1945, tome 5, § 309, p 83.