SOMMAIRE

LES APPARITIONS ET LES MIRACLES APRÈS LA RÉSURRECTION.

C’est l’aube du troisième jour après la crucifixion de Jésus, certainement le 7 avril de l’an 30. Le fameux signe dont Jésus a beaucoup fait mention, en se référant aux écritures de « l’Ancien Testament », vient de se réaliser : Le signe de Jonas, le prophète expulsé du ventre de la baleine, soit l’équivalent pour Jésus de « trois jours dans les entrailles de la Terre » avant la Résurrection. Le temps du « Messie » ou plutôt de « l’Attendu » sur la terre de Palestine est terminé. Commence alors une période de « Glorification » avec la manifestation d’un Jésus, Fils de Dieu, toujours vivant et présent, même physiquement, parmi les hommes. C’est durant cette brève période, qu’ont lieu les apparitions de Jésus, le Ressuscité.

Bien qu’une apparition soit différente d’un miracle, il n’en reste pas moins que c’est un fait relevant d’un prodige inexplicable qui a pour but premier de raffermir la foi de celui qui en bénéficie. C’est une des raisons des apparitions de Jésus lui-même après sa Résurrection. Parfois l’intéressé a l’impression qu’il s’agit d’une vision, avant de comprendre dans un deuxième temps que c’est réellement une apparition, et non la moindre, puisqu’elle concerne celle de Jésus ressuscité.

L’Evangile rapporte peu d’évènements survenus après la Résurrection de Jésus. Matthieu relève l’apparition aux femmes venues au tombeau. Marc indique seulement que les apparitions de Jésus ont concerné Marie de Magdala, les onze apôtres et deux disciples en route. Luc raconte un épisode bien détaillé sur la rencontre des deux disciples d’Emmaüs et sur l’apparition de Jésus aux onze apôtres. Jean est le plus précis en évoquant les apparitions au tombeau, puis aux disciples, celle avec Thomas et celle du bord du lac de Tibériade où Jésus se manifeste à sept disciples surpris par la pêche exceptionnelle qu’ils venaient de faire. Les Actes des Apôtres écrits par Luc ne relatent que l’ascension de Jésus et la venue de l’Esprit Saint.

Dans une note dactylographiée de Maria Valtorta, elle précise que « les Pères et Docteurs de l’Eglise, au rang desquels figure saint Augustin, assurent que les apparitions furent nombreuses. » C’est bien une trentaine d’apparitions peu connues qui sont relatées par Maria Valtorta, dont beaucoup concernent d’anciens miraculés que Jésus a guéri pendant sa vie publique. En outre, il est rapporté que Jésus ressuscité réalise encore quelques véritables miracles, dont la guérison d’un fils d’une femme croyante et le retour à la vie du mari d’une femme éplorée.

Les apparitions, survenues dès le jour de la Résurrection, suivent un certain ordre chronologique, pour nous, humains. Le texte suit le classement donné par Maria Valtorta, sauf pour les deux derniers miracles.

1. L’apparition de Jésus à la Vierge Marie.

C’est en toute logique la première de toutes. Elle a lieu alors que Marie est en méditation dans une pièce du Cénacle, à genoux sur le sol.

« Marie maintenant est prosternée le visage contre terre. On dirait une pauvre chose abattue. On dirait cette fleur morte de soif dont elle a parlé.

La fenêtre close s'ouvre avec un impétueux battement de ses lourds volets et, avec le premier rayon de soleil, Jésus entre.

Marie, qui s'est secouée au bruit et qui lève la tête pour voir quel vent a ouvert les volets, voit son Fils rayonnant: beau, infiniment plus beau qu'il ne l'était avant d'avoir souffert, souriant, vivant, plus lumineux que le soleil, vêtu d'un blanc qui parait de la lumière tissée, et qui s'avance vers elle.

Elle se redresse sur ses genoux et, joignant en croix les mains sur sa poitrine, elle dit dans un sanglot qui est rire et pleur: “Seigneur, mon Dieu.” Et elle reste ainsi ravie dans sa contemplation, le visage tout baigné de larmes, mais devenu serein, pacifié par le sourire et l'extase.

Mais Lui ne veut pas la voir, sa Maman, à genoux comme une servante. Et il l'appelle en lui tendant les mains, des blessures desquelles sortent des rayons qui rendent encore plus lumineuse sa Chair glorieuse: “Maman !”

Mais ce n'est pas la parole affligée des colloques et des adieux d'avant la Passion, ni la lamentation déchirée de la rencontre sur le Calvaire et de l'agonie. C'est un cri de triomphe, de joie, de libération, de fête, d'amour, de gratitude.

Et il se penche sur sa Mère qui n'ose pas le toucher et lui met les mains sous ses coudes pliés, la lève, la serre sur son Cœur et l'embrasse.

Oh! alors Marie comprend que ce n'est pas une vision, que c'est son Fils réellement ressuscité, que c'est son Jésus, le Fils qui l'aime encore en Fils. Et avec un cri elle se jette à son cou, l'embrasse et le baise, en riant dans ses pleurs. Elle baise son front où il n'y a plus de blessures, sa tête qui n'est plus dépeignée ni couverte de sang, ses yeux éblouissants, ses joues guéries, sa bouche qui n'est plus enflée. Et puis elle Lui prend les mains et en baise le dessus et la paume, sur les blessures rayonnantes, et tout à coup se baisse à ses pieds, les découvre de dessous son vêtement de splendeur et les baise. Puis elle se lève, le regarde, n'ose pas.

Mais Lui sourit et comprend. Il entrouvre son vêtement sur la poitrine et il dit :

« Et celle-là, Maman, tu ne la baise pas, celle qui t'a fait si mal et que toi seule es digne de baiser ? Baise-moi sur le Cœur, Maman. Ton baiser m'enlèvera le dernier souvenir de tout ce qui est douleur et me donnera cette joie qui manque encore à ma Joie de Ressuscité. »

Il prend dans ses mains le visage de sa Mère et en pose les lèvres sur la lèvre de la blessure du Côté, d'où sortent des flots de lumière très vive.

Le visage de Marie est auréolé par cette lumière, plongé comme il l'est dans ses rayons. Elle le baise, le baise pendant que Jésus la caresse. Elle ne se lasse pas de le baiser. On dirait un assoiffé qui ait attaché sa bouche à la source et en boit la vie qui lui échappait.

Maintenant Jésus parle :

« Tout est fini, Maman. Maintenant tu ne dois plus pleurer pour ton Fils. L'épreuve est accomplie. La Rédemption est arrivée. Maman, merci de m'avoir conçu, élevé, aidé dans la vie et dans la mort.

J'ai senti venir à Moi tes prières. Elles ont été ma force dans la douleur, mes compagnes dans mon voyage sur la Terre et au-delà de la Terre. Elles sont venues avec Moi sur la Croix et dans les Limbes. Elles étaient l'encens qui précédait le Pontife qui allait appeler ses serviteurs pour les amener dans le temple qui ne meurt pas: dans mon Ciel. Elles sont venues avec Moi dans le Paradis, précédant comme une voix angélique le cortège des rachetés guidés par le Rédempteur pour que les anges fussent prêts pour saluer le Vainqueur qui revenait dans son Royaume. Elles ont été entendues et vues par le Père et par l'Esprit qui en ont souri comme de la fleur la plus belle et du chant le plus doux nés dans le Paradis. Elles ont été connues par les Patriarches et les nouveaux Saints, par les nouveaux, les premiers habitants de ma Jérusalem, et Moi je t'apporte leurs remerciements, Maman, en même temps que le baiser des parents et que leur bénédiction et celle de Joseph, ton époux d'âme.

Le Ciel tout entier chante son hosanna à toi, ma Mère, Maman Sainte ! Un hosanna qui ne meurt pas, qui n'est pas menteur comme celui qui m'a été donné il y a quelques jours.

Maintenant je vais trouver le Père avec mon vêtement humain. Le Paradis doit voir le Vainqueur dans son vêtement d'Homme avec lequel il a vaincu le Péché de l'Homme. Mais ensuite je viendrai encore. Je dois confirmer dans la Foi ceux qui ne croient pas encore et ont besoin de croire pour amener les autres à la foi, je dois fortifier ceux qui sont chétifs et qui auront besoin de tant de force pour résister au monde.

Puis je monterai au Ciel, mais je ne te laisserai pas seule, Maman. Tu vois ce voile? Dans mon anéantissement, j'ai dégagé encore une puissance de miracle pour Toi, pour te donner ce réconfort. Mais j'accomplis pour toi un autre miracle.

Tu me posséderas dans le Sacrement, réel comme je l'étais quand tu me portais. Tu ne seras jamais seule. En ces jours tu l'as été.

Mais pour ma Rédemption il fallait aussi cette douleur que tu as éprouvée. Beaucoup sera continuellement ajouté à la Rédemption car il sera continuellement créé beaucoup de Péché. J'appellerai tous mes serviteurs à cette coparticipation rédemptrice. Tu es celle qui à elle seule fera plus que tous les autres saints ensemble. C'est pour cela aussi qu'il fallait ce long abandon. Maintenant il est fini.

Je ne suis plus séparé du Père. Tu ne seras plus séparée du Fils. Et ayant le Fils, tu as notre Trinité. Ciel vivant, tu porteras sur la Terre la Trinité parmi les hommes et tu sanctifieras l'Église, toi, Reine du Sacerdoce et Mère des Chrétiens. Puis je viendrai te prendre. Et ce ne sera plus Moi en toi, mais toi en Moi, dans mon Royaume, pour rendre plus beau le Paradis.

Maintenant je m'en vais, Maman. Je vais rendre heureuse l'autre Marie. Puis je monte vers le Père. C'est de là que je viendrai à ceux qui ne croient pas.

Maman, ton baiser pour bénédiction, et ma Paix à toi pour compagne. Adieu. »

Et Jésus disparaît dans le soleil qui descend à flots du ciel serein du matin.

Vision et dictée du 21 février 1944, tome 10, p 241, § 618.

Cet épisode n’est pas mentionné dans le Nouveau Testament.

Dans les Cahiers de 1943, Maria Valtorta rapporte une vision de la Vierge Marie, le 8 décembre, où la Mère de Jésus raconte cette rencontre avec son Fils en ces termes

« Le matin de la Résurrection, je pus contempler le Corps glorieux de mon Fils. Il entra dans le rayon du soleil moins resplendissant que lui, et je le vis dans sa beauté parfaite, à moi car je l’avais formé, mais Dieu parce que, désormais, il avait franchi le temps humain et il retournait au Père, m’amenant aux Cieux avec sa Chair divine façonnée dans mon sein à ma ressemblance humaine.

Il n’y eut pas pour sa Mère la même interdiction que pour Marie de Magdala. Je pouvais le toucher. Je n’aurais pas contaminé de mon humanité sa perfection qui montait aux Cieux, parce que ce minimun d’humanité que j’avais, dans ma condition d’Immaculée Conception, s’était consumé, comme une fleur jetée dans un incendie, sur le bûcher expiatoire du Golgotha. Marie la femme était morte avec son Fils. Il restait maintenant Marie l’âme, brûlant de monter au Ciel avec son Fils. Et mon étreinte révérencielle ne pouvait troubler la Divinité triomphante.

Oh ! Soit-il béni pour son amour ! Si par la suite, son Corps torturé est toujours resté présent à mon esprit et si le souvenir de ce tourment n’a pas encore perdu son acuité, celui de son Corps glorifié, triomphant, beau d’une beauté divine et majestueuse qui fait la joie des Cieux, fut mon éternel réconfort durant les jours trop longs de ma vie et la source de mon perpétuel et ardent désir de finir ma vie pour le revoir. »…

2. L’apparition aux Saintes Femmes.

« Pendant ce temps les femmes, qui sont sorties de la maison, cheminent en rasant les murs, ombres dans l'ombre. Pendant quelque temps elles se taisent, toutes emmitouflées et rendues craintives par tant de silence et de solitude. Puis, rassurées par le calme absolu de la ville, elles se groupent et osent parler.

« Les portes seront-elles déjà ouvertes ? demande Suzanne.

- Certainement. Regarde le premier jardinier qui entre avec ses légumes. Il va au marché, répond Salomé.

- Ils ne nous diront rien ? demande encore Suzanne.

- Qui ? demande la Magdeleine.

- Les soldats, à la Porte Judiciaire. Par là… il y en a peu qui entrent et encore moins qui sortent… Nous donnerons des soupçons…

- Et avec cela ? Ils nous regarderont. Ils verront cinq femmes qui vont vers la campagne. Nous pourrions être aussi des personnes qui, après avoir fait la Pâque, vont vers leurs villages.

- Pourtant… pour ne pas attirer l'attention de quelque malinten-tionné, pourquoi ne sortons-nous pas par une autre porte, en faisant ensuite le tour en rasant les murs ?

- Nous allongerions la route.

- Mais nous serions plus tranquilles. Prenons la Porte de l'Eau…

- Oh ! Salomé ! Si j'étais à ta place, je choisirais la Porte Orientale ! Plus long serait le tour que tu devrais faire! Il faut faire vite et revenir vite. C'est la Magdeleine qui est si tranchante.

- Alors une autre, mais pas la Judiciaire. Sois gentille… demandent-elles toutes.

- C'est bien. Alors, puisque vous le voulez, passons chez Jeanne. Elle a recommandé de le lui faire savoir. Si nous y étions allées directement on pouvait s'en passer. Mais puisque vous voulez faire un tour plus long passons chez elle…

- Oh ! oui. À cause aussi des gardes qu'on a mis là… Elle est connue et on la craint…

- Moi, je dirais de passer aussi chez Joseph d'Arimathie. C'est le propriétaire de l'endroit.

- Mais oui ! Faisons un cortège maintenant pour ne pas attirer l'attention! Oh ! quelle sœur craintive j'ai ! Ou plutôt, sais-tu, Marthe ? Faisons ainsi. Moi, je vais en avant et je regarde. Vous, vous venez derrière avec Jeanne. Je me mettrai au milieu du chemin s'il y a du danger, et vous me verrez, et nous reviendrons en arrière. Mais je vous assure que les gardes, devant ceci, j'y ai pensé et elle montre une bourse pleine de pièces de monnaie, nous laisserons tout faire.

- Nous le dirons aussi à Jeanne, tu as raison.

- Alors, laissez-moi aller.

- Tu vas seule, Marie ? Je viens avec toi, dit Marthe qui craint pour sa sœur.

- Non, tu vas avec Marie d'Alphée chez Jeanne. Salomé et Suzanne t'attendront près de la porte, à l'extérieur des murs. Et puis vous viendrez par la route principale toutes ensemble. Adieu. »

Et Marie-Magdeleine coupe tout autre commentaire possible en s'en allant rapidement avec son sac de baumes et son argent dans son sein. Elle vole tant sa marche est rapide sur le chemin qui devient plus gai avec le premier rose de l'aurore. Elle franchit la Porte Judiciaire pour aller plus vite et personne ne l'arrête…Les autres la regardent aller, puis tournent le dos à la bifurcation des routes où elles étaient et en prennent une autre, étroite et sombre, qui s'ouvre ensuite, à proximité du Sixte, sur une route plus large et dégagée où il y a de belles maisons. Elles se séparent encore, Salomé et Suzanne continuent leur chemin pendant que Marthe et Marie l'Alphée frappent à la porte ferrée et se montrent à l'ouverture que le portier entrouvre.

Elles entrent et vont trouver Jeanne qui, déjà levée et entièrement vêtue de violet très foncé qui la rend encore plus pâle, manipule aussi des huiles avec sa nourrice et une servante.

« Vous êtes venues ? Dieu vous en récompense. Mais si vous n'étiez pas venues, j'y serais allée de moi-même… Pour trouver du réconfort… car beaucoup de choses sont restées troublées depuis ce jour redoutable. Et pour ne pas me sentir seule je dois aller contre cette Pierre et frapper et dire : "Maître, je suis la pauvre Jeanne… Ne me laisse pas seule Toi aussi… » Jeanne pleure doucement mais toute désolée pendant qu 'Esther, sa nourrice, fait de grands gestes incompréhensibles derrière sa maîtresse en lui mettant son manteau.

« Je pars, Esther.

- Que Dieu te réconforte ! »

Elles sortent du palais pour rejoindre leurs compagnes. C'est à ce moment qu'arrive le bref et fort tremblement de terre qui jette de nouveau dans la panique les habitants de Jérusalem, encore terrorisés par les événements du Vendredi.

Les trois femmes reviennent sur leurs pas précipitamment et restent dans le large vestibule, au milieu des servantes et des serviteurs qui crient et invoquent le Seigneur, et elles y restent, craignant de nouvelles secousses…

… La Magdeleine, de son côté, est exactement à la limite de la ruelle qui conduit au jardin de Joseph d'Arimathie quand la surprend le grondement puissant et pourtant harmonieux de ce signe céleste alors que, dans la lumière à peine rosée de l'aurore qui s'avance dans le ciel où encore à l'occident résiste une étoile tenace, et qui rend blond l'air jusqu'alors vert clair, s'allume une grande lumière qui descend comme si c'était un globe incandescent, splendide, qui coupe en zig zag l'air tranquille.

Marie de Magdala en est presque effleurée et renversée sur le sol. Elle se penche un moment en murmurant: “Mon Seigneur!” et puis se redresse comme une tige après le passage du vent et court encore plus rapidement vers le jardin. Elle y entre rapidement comme un oiseau poursuivi et qui cherche son nid du côté du tombeau taillé dans le roc. Mais bien qu'elle aille vite elle ne peut être là quand le céleste météore fait office de levier et de flamme sur le sceau de chaux mis pour renforcer la lourde pierre, ni quand avec le fracas final la porte de pierre tombe en donnant une secousse qui s'unit à celle du tremblement de terre qui, s'il est bref, est d'une violence telle qu'il terrasse les gardes comme s'ils étaient morts. Marie, en arrivant, voit ces inutiles geôliers du Triomphateur jetés sur le sol comme une gerbe d'épis fauchés.

Marie-Magdeleine ne rapproche pas le tremblement de terre de la Résurrection.

Mais, voyant ce spectacle, elle croit que c'est le châtiment de Dieu sur les profanateurs du Tombeau de Jésus et elle tombe à genoux en disant :

« Hélas! Ils l'ont enlevé ! »

Elle est vraiment désolée, et elle pleure comme une fillette venue, sûre de trouver son père qu'elle cherche, et qui trouve au contraire la demeure vide. Puis elle se lève et s'en va en courant trouver Pierre et Jean. Et comme elle ne pense qu'à prévenir les deux, elle ne pense plus à aller à la rencontre de ses compagnes, à s'arrêter sur le chemin, mais rapide comme une gazelle elle repasse pas le chemin déjà fait, franchit la Porte Judiciaire et vole sur les routes qui sont un peu animées, s'abat contre le portail de la maison hospitalière et la bat et la secoue furieusement.

La maîtresse lui ouvre.

« Où sont Jean et Pierre? demande Marie-Magdeleine haletante.

- Là » et la femme lui indique le Cénacle.

Marie de Magdala entre et dès qu'elle est à l'intérieur, devant les deux étonnés, elle dit à voix basse par pitié pour la Mère et plus angoissée que si elle avait crié :

« Ils ont enlevé le Seigneur du Tombeau ! Qui sait où ils l'ont mis ! et pour la première fois elle titube et vacille et pour ne pas tomber elle se raccroche où elle peut.

- Mais comment ? Que dis-tu ? demandent les deux. Et elle, haletante :

- Je suis allée en avant… pour acheter les gardes… afin qu'ils nous laissent faire. Eux sont là comme morts… Le Tombeau est ouvert, la pierre par terre… Qui ? Qui a pu faire cela ? Oh ! venez ! Courons… »

Pierre et Jean partent tout de suite. Marie les suit pendant quelques pas, puis elle revient en arrière. Elle saisit la maîtresse de la maison, la secoue avec violence dans son prévoyant amour et lui souffle au visage :

« Garde-toi bien de faire passer quelqu'un chez elle (et elle montre la porte de la pièce de Marie). Rappelle-toi que c'est moi la maîtresse. Obéis et tais-toi. »

Puis elle la laisse épouvantée et elle rejoint les apôtres qui à grands pas vont vers le Tombeau…

… Suzanne et Salomé, pendant ce temps, après avoir quitté leurs compagnes et rejoint les murs, sont surprises par le tremblement de terre. Effrayées, elles se réfugient sous un arbre et restent là, combattues entre le désir violent d'aller vers le tombeau et celui de courir chez Jeanne. Mais l'amour triomphe de la peur et elles vont vers le tombeau.

Elles entrent encore effrayées dans le jardin et voient les gardes évanouis… elles voient une grande lumière qui sort du Tombeau ouvert. Cela augmente leur effroi et finit de se rendre complet quand, se tenant par la main pour s'encourager mutuellement, elles se présentent sur le seuil et voient dans l'obscurité de la chambre sépulcrale une créature lumineuse et très belle, qui sourit doucement, et les salue de la place où elle est: appuyée à droite de la pierre de l'onction dont la grisaille disparaît devant une si incandescente splendeur. Elles tombent à genoux, étourdies de stupeur. Mais l'ange leur parle doucement :

« N'ayez pas peur de moi. Je suis l'ange de la divine Douleur. Je suis venu pour me réjouir de la fin de celle-ci. Il n'est plus de douleur du Christ, d'humiliation pour Lui dans la mort. Jésus de Nazareth, le Crucifié que vous cherchez, est ressuscité. Il n'est plus ici! Il est vide l'endroit où vous l'avez déposé. Réjouissez-vous avec moi. Allez. Dites à Pierre et aux disciples qu'il est ressuscité et qu'il vous précède en Galilée. Vous le verrez encore là pour peu de temps, selon ce qu'il a dit. »

Les femmes tombent le visage contre terre et quand elles le lèvent elles s'enfuient comme si elles étaient poursuivies par un châtiment. Elles sont terrorisées et murmurent :

« Nous allons mourir ! Nous avons vu l'ange du Seigneur ! »

Elles se calment un peu en pleine campagne, et se concertent. Que, faire ? Si elles disent ce qu'elles ont vu, on ne les croira pas. Si elles disent aussi de venir de là, elles peuvent être accusées par les juifs d'avoir tué les gardes. Non. Elles ne peuvent rien dire ni aux amis ni aux ennemis…Craintives, rendues muettes, elles reviennent par un autre chemin à la maison. Elles entrent et se réfugient dans le Cénacle. Elles ne demandent même pas de voir Marie… Et là, elles pensent que ce qu'elles ont vu est une tromperie du Démon. Humbles comme elles le sont, elles jugent qu'il n'est pas possible qu'il leur ait été accordé de voir le messager de Dieu. C'est Satan qui a voulu les effrayer pour les éloigner de là.

Elles pleurent et prient comme des fillettes effrayées par un cauchemar…

… Le troisième groupe, celui de Jeanne, Marie d'Alphée et Marthe, vu qu'il n'arrive rien de nouveau se décide à aller là où certainement leurs compagnes les attendent. Elles sortent dans les rues où maintenant il y a des gens apeurés qui commentent le nouveau tremblement de terre et le rattachent aux faits du Vendredi et voient aussi des choses qui n'existent pas.

« Il vaut mieux qu'ils soient tous effrayés ! Peut-être les gardiens le seront aussi et ne feront pas d'objection » dit Marie d'Alphée.

Et elles vont rapidement vers les murs. Mais pendant qu'elles y vont, Pierre et Jean, suivis de la Magdeleine, sont déjà arrivés au jardin. Jean, plus rapide, arrive le premier au tombeau. Les gardes n'y sont plus et l'ange n'y est plus. Jean s'agenouille, craintif et affligé, sur le seuil ouvert, pour vénérer et recueillir quelque indice des choses qu'il voit. Mais il voit seulement entassés par terre les linges mis par dessus le linceul.

« Il n'y est vraiment pas, Simon! Marie a bien vu. Viens, entre, regarde. »

Pierre, tout essoufflé par la grande course qu'il a faite, entre dans le Tombeau. Il avait dit en route :

« Je ne vais pas oser m'approcher de cet endroit. » Mais maintenant il ne pense qu'à découvrir où peut être le Maître. Et il l'appelle aussi, comme s'il pouvait être caché dans quelque coin obscur. L'obscurité, à cette heure matinale, est encore forte dans le tombeau auquel ne donne de la lumière que la petite ouverture de la porte sur laquelle font de l'ombre Jean et la Magdeleine… Et Pierre a du mal à voir et doit s'aider de ses mains pour se rendre compte… Il touche, en tremblant, la table de l'onction et il voit qu'elle est vide…

« Il n'y est pas, Jean ! Il n'y est pas !… Oh ! Viens toi aussi ! J'ai tant pleuré que je n'y vois presque pas avec ce peu de lumière. »

Jean se relève et entre. Et pendant qu'il le fait Pierre découvre le suaire placé dans un coin, bien plié avec à l'intérieur le linceul soigneusement roulé.

« Ils l'ont vraiment enlevé. Les gardes, ce n'était pas pour nous, mais pour faire cela… Et nous l'avons laissé faire. En nous éloignant, nous l'avons permis…

- Oh! où l'auront-ils mis ?

- Pierre, Pierre ! Maintenant… c'est vraiment fini !

Les deux disciples sortent anéantis.

- Allons, femme. Tu le diras à la Mère…

- Moi, je ne m'éloigne pas. Je reste ici… Quelqu'un viendra… Oh ! moi, je ne viens pas… Ici il y a encore quelque chose de Lui. Elle avait raison, la Mère… Respirer l'air où il a été c'est l'unique soulagement qui nous reste.

- L'unique soulagement… Maintenant tu vois toi aussi que c'était une folie d'espérer… dit Pierre. »

Marie ne répond même pas. Elle s'affaisse sur le sol, justement près de la porte, et elle pleure pendant que les autres s'en vont lentement. Puis elle lève la tête et regarde à l'intérieur et, à travers ses larmes, elle voit deux anges assis à la tête et aux pieds de la pierre de l'onction. Elle est si abrutie, la pauvre Marie, dans sa plus ardente bataille entre l'espérance qui meurt et la foi qui ne veut pas mourir, qu'elle les regarde hébétée, sans même s'en étonner. Elle n'a plus que des larmes la courageuse qui a résisté à tout en héroïne.

« Pourquoi pleures-tu, femme ? demande un des deux enfants lumineux, car ils ont l'aspect de très beaux adolescents.

- Parce qu'ils ont emporté mon Seigneur et je ne sais où ils me l'ont mis. »

Marie n'a pas peur de leur parler, elle ne demande pas : “Qui êtes vous?” Rien. Rien ne l'étonne plus. Tout ce qui peut étonner une créature, elle l'a déjà subi. Maintenant elle n'est plus qu'une chose brisée qui pleure sans force ni retenue. L'enfant angélique regarde son compagnon et sourit, et l'autre aussi. Et dans un éclair de joie angélique tous deux regardent dehors, vers le jardin tout en fleurs avec les millions de fleurs qui se sont ouvertes au premier soleil sur les pommiers touffus de la pommeraie. Marie se tourne pour voir ce qu'ils regardent et elle voit un Homme très beau, et je ne sais pas comment elle peut ne pas le reconnaître tout de suite.

Un Homme qui la regarde avec pitié et lui demande :

« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »

Il est vrai que c'est un Jésus assombri par sa pitié envers une créature que trop d'émotions ont épuisée et qu'une joie imprévue pourrait faire mourir, mais je me demande vraiment comment elle peut ne pas le reconnaître. Et Marie, au milieu de ses sanglots :

« Ils m'ont pris le Seigneur Jésus ! J'étais venue pour l'embaumer en attendant qu'il ressuscite… J'ai rassemblé tout mon courage et mon espérance, et ma foi, autour de mon amour… et maintenant je ne le trouve plus… Et même j'ai mis mon amour autour de ma foi, de mon espérance et de mon courage, pour les défendre des hommes… Mais tout est inutile ! Les hommes ont enlevé mon Amour et avec Lui ils m'ont tout enlevé… O mon seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et moi je le prendrai… Je ne le dirai à personne… Ce sera un secret entre toi et moi. Regarde: je suis la fille de Théophile, la sœur de Lazare, mais je reste à genoux devant toi, pour te supplier comme une esclave. Veux-tu que je t'achète son Corps? Je le ferai. Combien veux-tu ? Je suis riche. Je puis te donner autant d'or et de gemmes qu'il pèse. Mais rends-le-moi. Je ne te dénoncerai pas. Veux-tu me frapper ? Fais-le. Jusqu'au sang si tu veux. Si tu as de la haine pour Lui, fais-la-moi payer. Mais rends-le-moi. Oh! ne m'appauvris pas de cette misère, ô mon seigneur ! Pitié pour une pauvre femme !… Pour moi, tu ne le veux pas ? Pour sa Mère, alors. Dis-moi ! Dis-moi où est mon Seigneur Jésus. Je suis forte. Je le prendrai dans mes bras et je le porterai comme un enfant dans un lieu sûr. Seigneur… Seigneur… tu le vois… depuis trois jours nous sommes frappés par la colère de Dieu à cause de ce qu'on a fait au Fils de Dieu… N'ajoute pas la Profanation au Crime…

- Marie! ! Jésus rayonne en l'appelant. Il se dévoile dans sa splendeur triomphante.

- Rabbouni! ». Le cri de Marie est vraiment “le grand cri” qui ferme le cycle de la mort. Avec le premier, les ténèbres de la haine enveloppèrent la Victime des bandes funèbres, avec le second les lumières de l'amour accrûrent sa splendeur.

Et Marie se lève au cri qui emplit le jardin, court aux pieds de Jésus, et voudrait les baiser.

Jésus l'écarte en la touchant à peine au front avec l'extrémité des doigts :

« Ne me touche pas ! Je ne suis pas encore monté vers mon Père avec ce vêtement. Va trouver mes frères et amis et dis-leur que je monte vers mon Père et le vôtre, vers mon Dieu et le vôtre. Et ensuite je viendrai vers eux. »

Et Jésus disparaît, absorbé par une lumière insoutenable. Marie baise le sol où il se trouvait et court vers la maison. Elle entre comme une fusée car le portail est entrouvert pour livrer passage au maître qui sort pour aller à la fontaine; elle ouvre la porte de la pièce de Marie et elle s'abandonne sur son cœur en criant :

« Il est ressuscité ! Il est ressuscité ! » et elle pleure, bienheureuse.

Et pendant qu'accourent Pierre et Jean, et que du Cénacle s'avancent Salomé et Suzanne apeurées et qu'elles écoutent son récit, voilà qu'entrent aussi par la rue Marie d'Alphée avec Marthe et Jeanne qui toutes essoufflées disent que “elles y sont allées elles aussi et qu'elles ont vu deux anges qui se disaient le gardien de l'Homme-Dieu et l'ange de sa Douleur et qu'ils ont donné l'ordre de dire aux disciples qu'il était ressuscité.”

Et comme Pierre secoue la tête, elles insistent en disant :

« Oui. Ils ont dit : "Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? Il n'est pas ici. Il est ressuscité comme il le disait quand il était encore en Galilée. Ne vous le rappelez-vous pas ? Il disait : « Le Fils de l'homme doit être livré aux mains des pécheurs et être crucifié, mais le troisième il ressuscitera ».

Pierre secoue la tête en disant :

« Trop de choses ces jours-ci ! Vous en êtes restées troublées. »

La Magdeleine relève la tête du sein de Marie et elle dit :

« Je l'ai vu, je lui ai parlé. Il m'a dit qu'il monte vers le Père et qu'il vient ensuite. Comme il était beau! » et elle pleure comme elle n'a jamais pleuré, maintenant qu'elle n'a plus à se torturer elle-même pour s'opposer au doute qui surgit de tous côtés.

Mais Pierre et Jean aussi restent très hésitants. Ils se regardent mais leurs yeux se disent : « Imaginations de femmes ! »

Suzanne aussi et Salomé osent alors parler, mais l'inévitable différence dans les détails des gardes qui d'abord sont là comme morts et ensuite ne sont plus là, des anges qui tantôt sont un et tantôt deux et qui ne se sont pas montrés aux apôtres, des deux versions sur la venue de Jésus ici et sur le fait qu'il précède les siens en Galilée, fait que le doute et, même, la persuasion des apôtres augmente de plus en plus.

Marie, la Mère bienheureuse, se tait en soutenant la Magdeleine… Je ne comprends pas le mystère de ce silence maternel.

Marie d'Alphée dit à Salomé :

« Retournons-y toutes les deux. Voyons si nous sommes toutes ivres…» Et elles courent dehors. Les autres restent, paisiblement ridiculisées par les deux apôtres, près de Marie qui se tait, absorbée dans une pensée que chacun interprète à sa façon et sans que personne comprenne que c'est de l'extase.

Les deux femmes âgées reviennent :

« C'est vrai ! C'est vrai ! Nous l'avons vu. Il nous a dit près du jardin de Barnabé : "Paix à vous. Ne craignez pas. Allez dire à mes frères que je suis ressuscité et qu'ils aillent d'ici quelques jours en Galilée. Là nous serons encore ensemble". C'est ainsi qu'il a parlé. Marie a raison. Il faut le dire à ceux de Béthanie, à Joseph, à Nicodème, aux disciples les plus fidèles, aux bergers, aller, agir, agir… Oh ! il est ressuscité !… Elles pleurent toutes bienheureuses.

- Vous êtes folles, femmes. La douleur vous a troublées. La lumière vous a semblé un ange. Le vent, une voix. Le soleil, le Christ. Je ne vous critique pas, je vous comprends mais je ne puis croire qu'à ce que j'ai vu: le tombeau ouvert et vide et les gardes partis avec le Cadavre volatilisé.

- Mais si les gardes eux-mêmes disent qu'il est ressuscité ! Si la ville est en émoi et si les Princes des Prêtres sont fous de colère parce que les gardes ont parlé dans leur fuite éperdue! Maintenant ils veulent qu'ils disent autre chose et les paient pour cela. Mais déjà on le sait, et si les juifs ne croient pas à la Résurrection, ne veulent pas croire, beaucoup d'autres croient…

- Hum ! Les femmes !… » Pierre hausse les épaules et il va s'en aller.

Alors la Mère, qui a toujours sur son cœur la Magdeleine qui pleure comme un saule sous une averse à cause de sa trop grande joie et qui baise ses cheveux blonds, lève son visage transfiguré et dit une courte phrase :

« Il est réellement ressuscité. Je l'ai eu dans mes bras et j'ai baisé ses plaies.» Et puis elle se penche sur les cheveux de la passionnée et elle dit :

«  Oui, la joie est encore plus forte que la douleur. Mais ce n'est qu'un grain de sable de ce que sera ton océan de joie éternelle. Heureuse es-tu d'avoir par dessus la raison fait parler ton esprit. »

Pierre n'ose plus nier… et avec un de ces passages du Pierre d'autrefois, qui maintenant revient affleurer, dit et crie comme si c'était des autres et non pas de lui que dépendait le retard : «Mais alors, s'il en est ainsi, il faut le faire savoir aux autres, à ceux qui sont dispersés dans les campagnes… chercher… agir… Allons, remuez-vous. S'il devait vraiment venir… qu'il nous trouve au moins » et il ne s'aperçoit pas qu'il reconnaît encore qu'il ne croit pas aveuglément à sa Résurrection. »

Vision et dictée du 2/4/1945, tome 10, § 619, p 244.

Tous les quatre évangélistes rapportent ce célèbre récit de la Résurrection de Jésus, mais parfois de façon difficilement compréhensible ou du moins imprécise.

3. L’apparition à Lazare.

Alors que Lazare est en train de réconforter l’apôtre Jude, qui était venu se joindre à Simon le Zélote et Philippe, il entend un appel qui le fait sortir dans le jardin et répondre « Je viens Seigneur ». Il voit et entend Jésus qui le remercie de tous ses efforts, avant de disparaître.

« Le soleil d'une sereine matinée d'avril emplit de scintillements les bosquets de roses et de jasmins dans le jardin de Lazare. Les haies de buis et de lauriers, le feuillage d'un grand palmier qui ondule à l'extrémité d'une allée, le laurier très touffu près du vivier semblent lavés par une main mystérieuse tant l'abondance de la rosée nocturne en a lavé et couvert les feuilles qui maintenant paraissent couvertes d'un émail nouveau tant elles sont luisantes et nettes. Mais la maison est silencieuse comme si elle était pleine de morts. Les fenêtres sont ouvertes, mais aucune voix, aucun bruit ne vient des pièces qui sont dans la pénombre car tous les rideaux sont descendus.

A l'intérieur, au-delà du vestibule dans lequel s'ouvrent de nombreuses portes toutes ouvertes, et il est étrange de voir sans aucun apparat les salles qui servent habituellement pour les banquets plus ou moins nombreux, il y a une large cour pavée et entourée d'un portique couvert de sièges. Sur ceux-ci de nombreux disciples, il y en a même qui sont assis sur le sol, sur des nattes ou même sur le marbre. Parmi eux je vois les apôtres Mathieu, André, Barthélemy, les frères Jacques et Jude d'Alphée, Jacques de Zébédée et les disciples bergers avec Manaën, et en plus d'autres que je ne connais pas. Je ne vois pas le Zélote, ni Lazare, ni Maximin.

Finalement celui-ci entre avec des serviteurs et il distribue à tous du pain et divers aliments: des olives ou du fromage, ou du miel, ou encore du lait frais pour ceux qui en veulent. Mais ils n'ont guère envie de manger bien que Maximin les invite à le faire. L'accablement est profond. En quelques jours les visages se sont creusés, sont devenus terreux sous la rougeur des pleurs. Les apôtres en particulier, et ceux qui se sont enfuis dès les premières heures, ont un air humilié, alors que les bergers avec Manaën sont moins accablés ou plutôt moins honteux, et Maximin est seulement virilement affligé.

Le Zélote entre presque en courant et il demande:

« Lazare est-il ici ?

- Non, il est dans sa pièce. Que veux-tu ?

« Au bout du sentier, près de la Fontaine du soleil, se trouve Philippe. Il vient de la plaine de Jéricho. Il est épuisé. Et il ne veut pas avancer parce que… comme tous, il se sent pécheur. Mais Lazare le persuadera. Barthélemy se lève et il dit :

- Je viens moi aussi… »

Ils vont trouver Lazare qui, quand on l'appelle, sort avec un visage déchiré de la pièce à demi-obscure où certainement il a pleuré et prié.

Ils sortent tous et traversent d'abord le jardin, puis le village du côté qui se dirige déjà vers les pentes du Mont des Oliviers, et puis ils atteignent l'extrémité de ce village du côté où il se termine avec la fin du plateau sur lequel il est construit, pour continuer uniquement par le chemin de montagne qui descend et monte par des marches naturelles à travers les monts qui descendent en pente douce vers la plaine à l'est, et montent vers la ville de Jérusalem à l'ouest.

Là il y a une fontaine avec un large bassin où certainement les troupeaux et les hommes se désaltèrent. L'endroit, à cette heure, est solitaire et frais car il y a beaucoup d'ombre que donnent des arbres touffus autour du bassin plein d'une eau pure, qui ne cesse de se renouveler, descendant d'une source de la montagne et déborde en gardant le sol humide.

Philippe est assis sur le bord le plus élevé de la fontaine, la tête basse, ébouriffé, poussiéreux, avec des sandales trouées qui pendent de son pied écorché. Lazare l'appelle avec pitié :

« Philippe, viens à moi ! Aimons-nous par amour pour Lui. Soyons unis en son Nom. C'est encore l'aimer que de faire cela.

« Oh! Lazare! Lazare! Je me suis enfui… et hier, passé Jéricho, j'ai appris qu'il était mort !… Moi… moi je ne puis me pardonner d'avoir fui…

- Tous nous avons fui, sauf Jean qui Lui est resté fidèle, et Simon qui nous a rassemblés sur son ordre après que nous avons fui lâchement. Et puis… de nous apôtres, aucun n'a été fidèle dit Barthélemy.

- Et tu peux te le pardonner ?

- Non. Mais je pense réparer comme je puis, en ne tombant pas dans un abattement stérile. Nous devons nous unir entre nous, nous unir à Jean. Connaître ses dernières heures. Jean l'a toujours suivi, répond à Philippe son compagnon Barthélemy.

« Et ne pas faire mourir sa Doctrine. Il faut la prêcher au monde, la garder vivante elle au moins, puisque nous n'avons pas su pourvoir à temps pour le sauver de ses ennemis” dit le Zélote.

«  Vous ne pouviez pas le sauver. Rien ne pouvait le sauver. Lui me l'a dit. Je le redis une autre fois, dit Lazare avec assurance.

- Tu le savais, Lazare ? demande Philippe.

- Je le savais. Cela a été pour moi une torture de savoir, dès le soir du sabbat, sa mort de Lui et de savoir, dans les détails, comment nous aurions agi…

- Non. Toi, non. Tu as seulement obéi et souffert. Nous, nous avons agi lâchement. Toi et Simon, vous avez été sacrifiés à l'obéissance, interrompt Barthélemy.

« Oui. À l'obéissance. Oh ! comme il est dur de résister à l'amour pour obéir à l'Aimé ! Viens, Philippe. Dans ma maison sont presque tous les disciples. Viens, toi aussi.

- J'ai honte de paraître devant le monde, devant mes compagnons…

- Nous sommes tous pareils ! gémit Barthélemy.

- Oui. Mais moi j'ai un cœur qui ne se pardonne pas.

- C'est de l'orgueil, Philippe. Viens. Lui m'a dit le soir du sabbat: "Eux ne se pardonneront pas. Dis-leur que Moi je leur pardonne car je sais que ce ne sont pas eux qui ont agi librement, mais c'est Satan qui les a dévoyés". Viens. »

Philippe pleure plus fort, mais il cède. Et courbé, comme s'il était devenu vieux en quelques jours, il va à côté de Lazare jusqu'à la cour où tous l'attendent. Le regard qu'il donne à ses compagnons, et celui que ses compagnons lui donnent, est l'aveu le plus clair de leur accablement total.

Lazare le remarque et il parle:

« Une nouvelle brebis du troupeau du Christ, effrayée par la venue des loups et qui a fui après la capture du Berger, a été recueilli par son ami. À celle-ci égarée qui a connu l'amertume d'être seule, sans même avoir le réconfort de pleurer la même erreur parmi des frères, je répète son testament d'amour.

Lui, je le jure en présence des chœurs célestes, m'a dit, avec tant d'autres choses que votre humaine faiblesse présente ne peut supporter car, vraiment, elles sont d'une désolation qui me déchirent le cœur depuis dix jours - et si je ne savais pas que ma vie sert à mon Seigneur, bien que pauvre et défectueuse comme elle l'est, je m'abandonnerais à la blessure de cette douleur d'ami et de disciple qui a tout perdu en le perdant Lui - il m'a dit: "Les miasmes de Jérusalem corrompue rendront fous même mes disciples. Ils fuiront et viendront chez toi". Vous voyez en fait que vous êtes tous venus, tous pourrais-je dire, car à part Simon Pierre et l'Iscariote, vous êtes tous venus vers ma maison et vers mon cœur d'ami. Il a dit: "Tu les rassembleras. Tu redonneras du courage à mes brebis dispersées. Tu leur diras que je leur pardonne. Je te confie mon pardon pour eux. Ils ne se donneront pas de paix d'avoir fui. Dis leur de ne pas tomber dans le péché plus grand de désespérer de mon pardon".

C'est ce qu'il a dit. Et moi je vous ai donné le pardon en son Nom. Et j'ai rougi de vous donner en son Nom cette chose si sainte, si sienne, qu'est le Pardon, c'est-à-dire l'Amour parfait, car aime parfaitement celui qui pardonne au coupable. Ce ministère a réconforté ma dure obéissance… Car j'aurais voulu être là, comme Marie et Marthe, mes douces sœurs. Et si Lui a été crucifié sur le Golgotha par les hommes, moi ici, je vous le jure, je suis crucifié par l'obéissance, et c'est un martyre bien déchirant. Mais s'il sert à réconforter son Esprit, si cela sert à sauver ses disciples jusqu'au moment où Lui les réunira pour les perfectionner dans leur foi, voilà, j'immole une fois encore mon désir d'aller au moins vénérer sa dépouille avant que le troisième jour ne meure.

Je sais que vous doutez. Vous ne devez pas. Moi je ne connais pas ses paroles du banquet pascal autrement que par ce que vous m'avez dit. Mais plus j'y pense, plus j'élève un par un ces diamants de ses vérités, et plus je sens qu'elles se rapportent au demain immédiat. Lui ne peut avoir dit: "Je vais au Père et puis je reviendrai" s'il ne devait pas vraiment revenir. Il ne peut avoir dit: "Quand vous me reverrez vous serez remplis de joie" s'il était disparu pour toujours. Lui a toujours dit: "Je ressusciterai". Vous m'avez dit qu'il a dit: "Sur les semences jetées en vous va tomber une rosée qui les fera toutes germer, et puis viendra le Paraclet qui les fera devenir des arbres puissants". N'a-t-il pas parlé ainsi? Oh! ne faites pas en sorte que cela n'arrive que pour le dernier de ses disciples, pour le pauvre Lazare qui n'a été avec Lui que rarement! Quand Lui reviendra faites qu'il trouve germées ses semences sous la rosée de son Sang.

Il y a en moi tout un allumage de lumière, il y a tout un jaillissement de forces depuis l'heure terrible où il est monté sur la Croix. Tout s'illumine, tout naît, tout pousse. Il n'est pas de parole qui me reste dans son pauvre sens humain. Mais tout ce que j'ai entendu par Lui ou de Lui, voilà que maintenant cela prend vie et réellement ma lande aride se change en un fertile parterre où chaque fleur a son Nom et où tout suc tire la vie de son Cœur béni.

Moi, je crois, Christ ! Mais pour que ceux-ci croient en Toi, en toutes tes promesses, en ton pardon, en tout ce qui est Toi, voilà: je t'offre ma vie. Consume-la, mais fais que ta Doctrine ne meure pas! Brise le pauvre Lazare. Mais rassemble les membres dispersés du noyau apostolique. Tout ce que tu veux, mais en échange que soit vivante et éternelle ta Parole, et qu'à elle maintenant et toujours viennent ceux qui ne peuvent avoir que par Toi la vie éternelle.”

Lazare est réellement inspiré. L'amour le transporte bien haut et il est si fort son transport qu'il soulève aussi ses compagnons. On l'appelle à droite, on l'appelle à gauche, presque comme si c'était un confesseur, un médecin, un père.

La cour de la riche maison de Lazare, je ne sais pourquoi, me fait penser à la demeure des patriciens chrétiens en temps de persécution et de foi héroïque…

Il est penché sur Jude d'Alphée qui ne réussit pas à trouver une raison pour calmer son angoisse d'avoir quitté son Maître et cousin, quand quelque chose le fait se redresser brusquement. Il se tourne en regardant autour, et puis il dit nettement :

« Je viens, Seigneur. »

Sa parole de prompte adhésion de toujours. Et il sort en courant comme s'il suivait quelqu'un qui l'appelle et le précède.

Tous se regardent étonnés et s'interrogent :

« Qu'a-t-il vu ?

- Mais il n'y a rien !

- As-tu entendu une voix, toi ?

- Moi, non.

- Et moi non plus.

- Et alors ? Lazare est peut-être malade de nouveau ?

- Peut-être… Il a souffert plus que nous et il nous a donné tant de force à nous, lâches ! Peut-être que maintenant il a été pris de délire.

- En effet son visage est très altéré.

- Et son regard était ardent quand il parlait.

- Serait-ce Jésus qui l'a appelé au Ciel.

- En effet Lazare Lui a offert sa vie tout à l'heure… Il l'a cueilli comme une fleur tout de suite… Oh! malheureux que nous sommes! Et qu'allons-nous faire maintenant ? »

Les commentaires sont disparates et douloureux.

Lazare traverse le vestibule, sort dans le jardin sans cesser de courir, souriant, murmurant et c'est son âme qui parle:

« Je viens, Seigneur. »

Il arrive à un bosquet de buis qui fait un asile vert, nous dirions un pavillon vert, et il tombe à genoux, le visage sur le sol en criant :

«  Oh ! mon Seigneur ! »

Car Jésus, dans sa Beauté de Ressuscité, est sur le bord de ce coin de verdure, lui sourit et lui dit :

- Tout est accompli, Lazare. Je suis venu te dire merci, ami fidèle. Je suis venu pour te dire de dire aux frères de venir tout de suite à la maison de la Cène. Toi - un autre sacrifice, mon ami, par amour pour Moi - tu restes ici pour le moment… Je sais que tu en souffres, mais je sais que tu es généreux. Marie, ta sœur, est déjà consolée car je l'ai vue et elle m'a vu.

- Tu ne souffres plus, Seigneur. Et cela me dédommage de tous les sacrifices. J'ai… souffert de te savoir dans la douleur… et de ne pas y être…

- Oh! tu y étais ! Ton esprit était au pied de ma Croix et était dans l'obscurité de mon Tombeau. Tu m'as appelé plus tôt, comme tous ceux qui m'ont totalement aimé, des profondeurs où j'étais. Maintenant je t'ai dit: "Viens, Lazare". Comme au jour de ta résurrection. Mais toi depuis de longues heures tu me disais: "Viens". Je suis venu, et je t'ai appelé pour te tirer, à mon tour, du fond de ta douleur. Va ! Paix et bénédiction à toi, Lazare ! Croîs dans mon amour. Je reviendrai encore. »

Lazare est toujours resté à genoux sans oser faire un geste. La majesté du Seigneur, bien que tempérée par l'amour, est telle qu'elle paralyse la manière d'agir habituelle de Lazare.

Mais Jésus, avant de disparaître dans un tourbillon de lumière qui l'absorbe, fait un pas et effleure de sa main le front fidèle.

C'est alors que Lazare se réveille de sa stupeur bienheureuse. Il se lève et court précipitamment vers ses compagnons, avec une clarté de joie dans les yeux et une clarté sur le front effleuré par le Christ et il crie:

« Il est ressuscité, frères ! Il m'a appelé. Je suis allé. Je l'ai vu. Il m'a parlé. Il m'a dit de vous dire d'aller tout de suite à la maison de la Cène. Allez ! Allez ! Moi je reste parce que Lui le veut. Mais ma joie est complète…»

Et Lazare pleure dans sa joie pendant qu'il presse les apôtres d'aller les premiers où il commande.

« Allez ! Allez ! Il veut vous voir ! Il vous aime ! Ne le craignez pas… Oh ! Il est plus que jamais le Seigneur, la Bonté, l'Amour ! »

Les disciples aussi se lèvent…Béthanie se vide. Il reste Lazare avec son grand cœur consolé…

Vision et dictée du 3/4/1945, tome 10, § 621, p 259.

4. L’apparition à Jeanne, femme de Kouza.

Jésus entre chez elle sans bruit. Jeanne, la femme de l’intendant du roi Hérode, pleure sur un lit bas et entend une voix qui la questionne. Elle est persuadée que c’est celle de son ange gardien…

« Dans une riche pièce, où filtre difficilement la lumière de l'extérieur, Jeanne pleure dans un total abandon sur un siège près d'un lit bas, couvert de splendides couvertures. Elle pleure, un bras appuyé sur le bord du lit et le front sur son bras, secouée toute entière par des sanglots qui doivent lui rompre la poitrine. Quand dans l'angoisse de ses pleurs elle lève un moment son visage, pour respirer, on voit une large tache d'humidité sur la couverture précieuse et son visage est littéralement inondé de larmes. Puis elle le penche de nouveau sur son bras et on ne voit plus d'elle que son cou fin et très blanc, la masse de ses cheveux bruns, ses épaules et le sommet du tronc très élancés. Le reste se perd dans la pénombre qui fait disparaître son corps enveloppé dans l'habit violet foncé.

Sans déplacer le rideau ni entrouvrir la porte, Jésus entre et sans bruit va près d'elle. Il lui effleure les cheveux de sa main et demande dans un murmure :

« Pourquoi pleures-tu, Jeanne ? »

Jeanne doit croire que c'est son ange qui l'interroge et elle ne voit rien car elle ne lève pas la tête du bord du lit. Dans un sanglot encore plus désolé elle dit son tourment :

« Parce que je n'ai même plus le Tombeau du Seigneur pour aller verser mes larmes et n'être pas seule…

- Mais il est ressuscité. N'en es-tu pas heureuse ?

- Oh ! si ! Mais toutes l'ont vu, excepté Marthe et moi. Et Marthe certainement le verra à Béthanie… car là, c'est une maison amie. La mienne… la mienne n'est plus une maison amie… J'ai tout perdu avec sa Passion… Et mon Maître, et l'amour de mon époux… et son âme… car il ne croit pas… il ne croit pas… et se moque de moi… et il m'impose de ne plus même vénérer la mémoire de mon Sauveur… pour ne pas le ruiner, lui… Pour lui, l'intérêt humain est plus important… Moi… moi… moi je ne sais pas si je continue à l'aimer ou éprouver pour lui du dégoût. Je ne sais si je lui obéis comme épouse ou si je lui désobéis, comme mon âme le voudrait, à cause du lien conjugal de mon esprit avec le Christ à qui je reste fidèle… Moi… moi, je voudrais savoir… Et qui me conseille si la pauvre Jeanne ne peut plus le rejoindre ? Oh !… pour mon Seigneur la Passion est finie!… Mais pour moi elle a commencé le Vendredi, et elle continue… Oh ! moi je suis si faible et je n'ai pas la force de porter cette croix !…

- Mais si Lui t'aidait voudrais-tu la porter pour Lui ?

- Oh ! oui ! Pourvu qu'il m'aide… Lui sait ce que c'est que de porter seul la croix… Oh ! pitié de mon malheur !…

- Oui. Je sais ce que c'est que de porter seul la croix. C'est pour cela que je suis venu et que je suis à tes côtés. Jeanne, comprends-tu qui est celui qui te parle ? Ta maison n'est plus amie du Christ ? Pourquoi ? Si lui, ton époux terrestre, est comme un astre couvert de miasmes humains, tu es toujours Jeanne de Jésus. Le Maître ne t'a pas quittée. Jésus ne quitte jamais les âmes devenues ses épouses. Il est toujours le Maître, l'Ami, l'Époux, même maintenant qu'il est le Ressuscité. Lève ta tête, Jeanne. Regarde-moi. À cette heure d'instruction secrète, et plus douce que si je t'étais apparu comme aux autres, je te dis ce que devra être ta conduite future, ce que devra être celle de tant de tes sœurs. Aime avec patience et soumission ton époux troublé. Augmente ta douceur d'autant plus que fermente en lui l'amertume des peurs humaines. Augmente ta clarté spirituelle d'autant plus qu'il engendre de lui-même des ombres d'intérêts terrestres. Sois fidèle pour deux. Et sois courageuse dans ton mariage spirituel. Combien, dans l'avenir, devront choisir entre la volonté de Dieu et celle de leur conjoint ! Mais elles seront grandes quand, par dessus l'amour et la maternité, elles suivront Dieu. Ta passion commence. Oui. Mais tu vois que toute passion se termine par une résurrection… »

Jeanne tout doucement a levé la tête. Ses sanglots se sont dissipés. Maintenant elle regarde et voit et elle glisse à genoux, en adorant et en murmurant:

« Le Seigneur !

- Oui. Le Seigneur. Tu vois que j'ai été avec toi comme avec aucune autre. Mais je vois les nécessités particulières et je dose le secours à donner aux âmes qui attendent une aide de Moi. Monte ton calvaire d'épouse avec l'aide de ma caresse et celle de ton innocent. Il est entré avec Moi au Ciel et m'a donné sa caresse pour toi. Je te bénis, Jeanne. Aie foi. Je t'ai sauvée. Tu sauveras si tu auras foi. »

Maintenant Jeanne sourit et elle ose demander :

« Tu ne vas pas trouver les enfants ?

- Je les ai baisés à l'aurore pendant qu'ils dormaient encore dans leur petit lit. Mais ils m'ont pris pour un ange du Seigneur. Les innocents, je puis les baiser quand je veux. Mais je ne les ai pas réveillés pour ne pas trop les troubler. Leur âme conserve le souvenir de mon baiser… et le transmettra, au moment voulu, à leur esprit. Rien ne se perd de ce qui est mien. Sois toujours une mère pour eux, et sois toujours fille de ma Mère. Ne te sépare jamais totalement d'Elle. Elle perpétuera pour toi, avec une suavité maternelle, ce qu'a été notre amitié. Et amène-lui les enfants. Elle a besoin d'enfants pour se sentir moins isolée de son Enfant…”

- Kouza ne voudra pas…

- Kouza te laissera faire.

- Il me répudiera, Seigneur ? C'est un cri d'un nouveau déchirement.

- C'est un astre assombri. Ramène-le à la lumière par ton héroïsme d'épouse et de chrétienne. Adieu. Sauf à ma Mère, ne parle pas aux autres de ma venue. Les révélations aussi, il ne faut en parler qu'à ceux et quand il est juste de le faire. »

Jésus lui sourit en resplendissant, et dans cet éclat il disparaît.

Jeanne se lève, perdue dans un rêve, combattue entre la joie et la peine, entre la crainte d'avoir rêvé et la certitude d'avoir vu, mais ce qu'elle ressent en elle-même la rassure. Elle va trouver les enfants qui jouent tranquillement sur la terrasse supérieure et les embrasse.

« Tu ne pleures plus, maman ? » demande timidement Marie. Ce n'est plus la pauvre enfant miséreuse mais une fillette délicate et gracieuse habillée avec soin et bien peignée; et Mathias, brun et agile, dit avec son exubérance de garçon :

« Dis-moi qui te fait pleurer et je le punirai. »

Jeanne les prend tous les deux sur son cœur et dit, en parlant sur la chevelure châtaigne de Marie et les cheveux bruns de Mathias :

« Je ne pleure plus. Jésus est ressuscité et nous bénit.

- Oh ! alors, il ne saigne plus ? Il n'a plus mal ? demande Marie.

- Sotte ! Dis plutôt : il n'est plus mort ! Maintenant il est heureux, alors !… Car être mort, ce doit être laid… dit Mathias.

- Alors, il n'y a plus à pleurer, maman ? demande de nouveau Marie.

- Non. Pour vous innocents, non. Vous jubilez avec les anges.

- Les anges !…dit Marie. Cette nuit, je ne sais pas à quelle veille c'était, j'ai senti une caresse et je me suis éveillée en disant : "Maman!" mais ce n'était pas toi que j'appelais. J'appelais la maman morte, car cette caresse était plus légère et plus douce que la tienne, et j'ai ouvert un moment les yeux. Mais j'ai vu seulement une grande lumière et j'ai dit: "Mon ange m'a baisé pour me consoler de la grande douleur que j'ai pour la mort du Seigneur.“

- Moi aussi. Mais j'avais grande envie de dormir et j'ai dit: "Est-ce toi?" Je pensais à mon Gardien et je voulais lui dire: "Va baiser Jésus et Jeanne pour qu'ils n'aient plus peur " mais je n'y suis pas arrivé. J'ai recommencé à dormir et à rêver et il me semblait être au Ciel avec toi et Marie. Puis est venu ce tremblement de terre et je me suis éveillé effrayé. Mais Esther m'a dit. "N'aie pas peur. C'est déjà passé" et j'ai dormi encore.»

Jeanne les embrasse de nouveau et puis les laisse à leurs jeux tranquilles et elle va à la maison du Cénacle. Elle demande Marie. Entre chez elle. Elle ferme la porte et dit sa grande parole :

« Je l'ai vu. Je le dis à toi. Je suis réconfortée et heureuse. Aime-moi, car il a dit que je dois te rester unie. La Mère répond :

- Je t'ai déjà dit que je t'aime, dans la journée du sabbat. Hier. Car c'est hier… Et elle paraît si loin cette journée de pleurs et de ténèbres de cette journée de lumière et de sourire! »

- Oui… Tu as déjà dit, maintenant je m'en souviens, ce que Lui maintenant m'a répété. Tu as dit: "Nous, les femmes, devrons agir car nous sommes restées et les hommes se sont enfuis… C'est toujours la femme qui donne la vie…" Oh! Mère, aide-moi à donner la vie a Kouza ! Lui a laissé la Foi !…» Jeanne recommence à pleurer. Marie la prend dans ses bras :

- Plus fort que la foi est l'amour. C'est la vertu la plus active. C'est par elle que tu créeras l'âme nouvelle de Kouza. Ne crains pas. Mais moi, je t'aiderai. »

Vision et dictée du 4/4/1945, tome 10, § 622, p 265.

5. L’apparition à Joseph d’Arimathie, Nicodème et Manahen.

Manahen vient rendre visite à Joseph et son ami Nicodème, tous étonnés d’échanger sur la résurrection sans en avoir été informés.

« Manahen marche vivement avec les bergers par les pentes qui conduisent de Béthanie à Jérusalem. Une belle route va directement en direction de l'Oliveraie. C'est vers elle que tourne Manahen, après avoir quitté les bergers qui veulent entrer dans la ville, par petits groupes, pour aller au Cénacle.

Un peu avant, je le remarque par leurs conversations, ils doivent avoir rencontré Jean qui venait vers Béthanie apporter la nouvelle de la Résurrection et l'ordre d'être tous en Galilée dans quelques jours. Ils se quittent justement parce que les bergers veulent répéter personnellement à Pierre ce qu'ils ont déjà dit à Jean, à savoir que le Seigneur, en apparaissant à Lazare, a dit de se réunir au Cénacle.

Manahen monte par un chemin secondaire vers une maison au milieu d'une oliveraie. Une belle maison, entourée par des cèdres du Liban qui dominent par leurs masses imposantes les nombreux oliviers de la montagne. Il entre, sûr de lui, et dit au serviteur qui est accouru :

« Où est ton maître ?

- De ce côté avec Joseph qui est venu depuis peu.

- Dis-lui que je suis ici. »

Le serviteur va et revient avec Nicodème et Joseph. Les voix des trois se mêlent en un seul même cri :

« Il est ressuscité ! »

Ils se regardent, étonnés de le savoir tous. Puis Nicodème prend son ami et l'entraîne dans une pièce intérieure. Joseph les suit.

« Tu as osé revenir ?

- Oui. Lui a dit: "Au Cénacle". Je désire vivement le voir maintenant, glorieux, pour m'enlever la douleur du souvenir que j'ai de Lui, attaché et couvert d'immondices comme un malfaiteur frappé par l'indignation du monde.

- Oh! nous aussi, nous voudrions le voir… Et pour nous enlever l'horreur du souvenir de son supplice, de ses blessures sans nombre… Mais Lui ne s'est montré qu'aux femmes, murmure Joseph.

- C'est juste. Elles Lui ont été toujours fidèles, ces années-ci. Nous avions peur. La Mère l'a dit: "Un bien pauvre amour que le vôtre s'il a attendu cette heure pour se montrer!", objecte Nicodème.

- Mais pour défier Israël qui Lui est plus opposé que jamais, nous aurions bien besoin de le voir !… Si tu savais ! Les gardes ont parlé… Maintenant les Chefs du Sanhédrin et les pharisiens, pas encore convertis par une telle colère du Ciel, s'en vont chercher qui peut être informé de sa Résurrection pour l'emprisonner. J'ai envoyé le petit Martial - un enfant s'échappe plus facilement - pour prévenir ceux de la maison de se tenir sur leurs gardes. Du Trésor du Temple ils ont tiré des deniers sacrés pour payer les gardes, afin qu'ils disent que les disciples l'ont enlevé et que ce qu'ils ont dit avant de la Résurrection n'était qu'un mensonge, parce qu'ils craignaient d'être punis. La ville bout comme un chaudron, et il y a des disciples qui la quittent déjà par peur… Je veux parler des disciples qui n'étaient pas à Béthanie…

- Oui, nous aurions besoin de sa bénédiction pour avoir du courage.

- Il est apparu à Lazare… C'était environ l'heure de tierce. Lazare nous est apparu transfiguré.

- Oh ! Lazare le mérite ! Nous…, dit Joseph.

- Oui. Nous sommes encore incrustés de doute et de pensées humaines, comme d'une lèpre mal guérie… Et il n'y a que Lui qui peut dire: "Je veux que vous en soyez purifiés!". Il ne parlera donc plus maintenant qu'il est ressuscité, à nous qui sommes les moins parfaits? demande Nicodème.

- Et il ne fera plus de miracles, pour châtier le monde, maintenant qu'il est sorti de la mort et des misères de la chair ? demande de nouveau Joseph. »

Mais ce qu'ils demandent ne peut avoir qu'une réponse. La Sienne. Et la Sienne ne vient pas. Les trois restent accablés.

Puis Manahen dit :

« Eh bien, je vais au Cénacle. S'ils me tuent, Lui absoudra mon âme et je le verrai au Ciel. Si je ne le vois pas ici, sur la Terre. Manahen est une chose tellement inutile dans ses troupes que s'il tombe il laissera le même vide que laisse une fleur cueillie dans un pré qui fourmille de corolles. Cela ne se verra même pas… » et il se lève pour partir.

Mais pendant qu'il se tourne vers la porte, celle-ci s'illumine du Divin Crucifié qui, les mains ouvertes, faisant le geste d'embrasser, l'arrête en disant :

« Paix à toi ! Paix à vous ! Mais restez où vous êtes, toi et Nicodème. Joseph peut encore aller s'il le juge bon. Mais vous m'avez ici et je dis la parole que vous demandiez: "Je veux que vous soyez purifiés de ce qu'il reste d'impur dans votre croyance". Demain vous descendrez en ville. Vous irez trouver les frères. Ce soir, je dois parler aux apôtres seuls. Adieu. Et que Dieu soit toujours avec vous. Manahen, merci. Tu as cru plus qu'eux. Merci donc aussi à ton esprit. Pour vous, je vous remercie de votre pitié. Faites qu'elle se change en une chose plus élevée avec une vie de foi intrépide. »

Jésus disparaît dans une incandescence éblouissante.

Les trois sont heureux et troublés.

« Mais c'était Lui ? demande Joseph.

- Et tu n'as pas entendu sa voix ? répond Nicodème.

- La voix… un esprit aussi peut l'avoir… Toi, Manahen, qui étais près de Lui, que t'en semble-t-il ?

- Un vrai corps, très beau. Il respirait. Je sentais son haleine. Et il dégageait de la chaleur. Et puis… les plaies, je les ai vues. Elles paraissaient ouvertes à ce moment. Elles ne donnaient pas de sang, mais c'était une chair vivante. Oh! Ne doutez plus ! Que Lui ne vous châtie pas. Nous avons vu le Seigneur. Je veux dire Jésus, redevenu glorieux comme sa Nature le veut ! Et… il nous aime encore… En vérité si maintenant Hérode m'offrait son royaume, je lui dirais: "C'est pour moi poussière et ordure que ton trône et ta couronne. Ce que je possède, rien ne le dépasse. J'ai la connaissance bienheureuse de la Face de Dieu". »

Vision et dictée du 4/4/1945, tome 10, § 623, p 269.

L’apparition aux bergers.

C’est une brève apparition qu’il leur est accordée, alors que les disciples bergers, très confiants, cheminent tout en discutant.

« Eux aussi s'en vont rapidement sous les oliviers et sont tellement sûrs de sa Résurrection qu'ils parlent avec la gaieté d'enfants heureux. Ils vont directement vers la ville.

« Nous dirons à Pierre de bien le regarder et de nous dire comme est beau son Visage, dit Élie.

- Oh! pour moi, si beau qu'il puisse être, je n'oublierai jamais comme il était torturé, murmure Isaac.

- Mais le vois-tu encore quand il a été élevé avec la Croix ?, demande Lévi. Et vous autres ?

- Moi, parfaitement. La lumière était alors encore bonne. Ensuite, avec mes vieux yeux, je n'ai vu que bien peu, dit Daniel.

- Moi, au contraire, je l'ai vu jusqu'à ce qu'il m'a paru mort. Mais j'aurais voulu être aveugle pour ne pas voir, dit Joseph.

- Oh! bien. Maintenant il est ressuscité, cela doit nous rendre heureux, dit Jean pour le consoler.

- Et la pensée que nous ne l'avons quitté que pour être charitables, ajoute Jonathas.

- Mais notre cœur est resté là-haut. Toujours, murmure Mathias.

- Toujours. Oui. Toi qui l'as vu sur le suaire, dis : comment est-il ? Ressemblant ? demande Benjamin.

- Comme s'il parlait, répond Isaac.

- Le verrons-nous ce voile ? demandent plusieurs.

- Oh! La Mère le montre à tous. Vous le verrez certainement. Mais c'est une vue triste. Il vaudrait mieux voir… Oh ! Seigneur !

- Serviteurs fidèles, me voici. Allez. Je vous attends ces jours-ci en Galilée. Je veux encore vous dire que je vous aime. Jonas est bienheureux, avec les autres, au Ciel.

- Seigneur ! Oh ! Seigneur !

- La paix à vous qui êtes de bonne volonté. »

Le Ressuscité se fond dans le rayonnement du vif soleil de midi. Quand ils lèvent la tête, il n'est plus là. Mais il y a la grande joie de l'avoir vu comme il est maintenant. Glorieux.

Ils se lèvent, transfigurés par la joie. Dans leur humilité, ils ne savent pas se persuader d'avoir mérité de le voir et ils disent :

« A nous ! À nous ! Comme il est bon notre Seigneur ! De sa naissance à son triomphe, toujours humble et bon avec ses pauvres serviteurs !

- Et comme il était beau !

- Oh ! si beau, il ne l'a jamais été ! Quelle majesté !

- Il semble plus grand encore et avoir plus de maturité.

- C'est vraiment le Roi !

- Oh! on le disait le Roi pacifique ! Mais il est aussi le Roi redoutable pour ceux qui doivent craindre son jugement !

- Tu as vu quels rayons se dégageaient de son Visage ?

- Et quels éclairs dans son regard !

- Moi, je n'osais pas le fixer. Et j'aurais pourtant voulu le fixer car je pense que peut-être il ne me sera plus accordé de le voir ainsi autrement que dans le Ciel. Et je veux le connaître pour ne pas éprouver de crainte alors.

- Oh ! nous ne devons pas craindre si nous restons tels que nous sommes: ses serviteurs fidèles. Tu as entendu : "Je veux vous dire encore que je vous aime. Paix à vous qui êtes de bonne volonté". Oh! pas un mot de trop. Mais dans ce peu de paroles, il y a l'approbation complète de ce que nous avons fait jusqu'à présent et les plus grandes promesses pour la vie à venir. Oh ! entonnons le cantique de la joie, de notre joie: "Gloire à Dieu dans les Cieux très hauts et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté. Le Seigneur est vraiment ressuscité, comme il l'avait dit par la bouche des prophètes et par sa parole sans défauts. Il a perdu avec son Sang tout ce que le baiser d'un homme avait déposé en Lui de corrompu, et, purifié comme l'est l'autel, son Corps a pris l'inexprimable beauté de Dieu. Avant de monter aux Cieux, il s'est montré à ses serviteurs. Alléluia. Allons en chantant, alléluia ! L'éternelle jeunesse de Dieu ! Allons annoncer aux gentils qu'il est ressuscité, alléluia ! Le Juste, le Saint est ressuscité, alléluia, alléluia ! Du Tombeau il est sorti immortel. Et l'homme juste avec Lui est ressuscité. Dans le péché, comme dans une grotte, était enfermé le cœur de l'homme. Lui est mort pour dire : 'Levez-vous!' Et ceux qui étaient dispersés se sont levés, alléluia ! Après avoir ouvert aux élus les portes des Cieux, il a dit : 'Venez'. Il nous permet par son Sang saint d'y monter nous aussi. Alléluia ! »

Mathias, l'ex-disciple âgé de Jean Baptiste, marche en tête en chantant, comme autrefois peut-être David avait chanté devant son peuple par les routes de Judée. Les autres le suivent en chantant en chœur à chaque alléluia avec une sainte joie.

Jonathas, qui fait partie du groupe, alors que déjà Jérusalem est au pied de la petite colline qu'ils descendent rapidement, dit ;

« Pour sa naissance, j'ai perdu ma patrie et ma maison et pour sa mort j'ai perdu la nouvelle maison où depuis trente ans je travaillais honnêtement. Mais même si on m'avait enlevé la vie à cause de Lui, je serais mort dans la joie, car c'est pour Lui que je l'aurais perdue. Je n'ai pas de rancœur pour celui qui est injuste avec moi. Mon Seigneur m'a enseigné en mourant la parfaite douceur. Et je ne m'inquiète pas pour le lendemain. Ma demeure n'est pas ici, mais au Ciel. Je vivrai dans la pauvreté qui Lui a été si chère et je le servirai jusqu'au moment où il m'appellera… et… oui… je Lui offrirai aussi de renoncer… à ma maîtresse… C'est l'épine la plus dure… Mais maintenant que j'ai vu la douleur du Christ et sa gloire, je ne dois pas tenir compte de ma douleur mais seulement espérer la céleste gloire. Allons dire aux apôtres que Jonathas est le serviteur des serviteurs du Christ. »

Vision et dictée du 4/4/1945, tome 10, § 624, p 272.

7. L’apparition aux disciples d’Emmaüs.

« Sur une route montueuse deux hommes entre deux âges marchent rapidement en tournant le dos à Jérusalem, dont les hauteurs disparaissent de plus en plus derrière les autres qui se suivent avec de continuelles ondulations de sommets et de vallées.

Ils parlent entre eux, et le plus âgé dit à l'autre qui peut avoir trente-cinq ans tout au plus :

« Tu crois qu'il a mieux valu agir ainsi. J'ai une famille et toi aussi. Le Temple ne plaisante pas. Il veut vraiment en finir. A-t-il raison ? A-t-il tort ? Je ne le sais pas. Je sais qu'il a l'intention bien claire d'en finir pour toujours avec tout cela.

- Avec ce crime, Simon. Donne-lui son vrai nom, parce que c'est au moins un crime.

- Cela dépend. En nous, l'amour fermente contre le Sanhédrin. Mais peut-être… qui sait!

- Rien. L'amour éclaire. Il ne porte pas à l'erreur.

- Le Sanhédrin aussi, les Prêtres aussi et les Chefs aiment. Ils aiment Jéhovah, Celui qu'Israël tout entier a aimé depuis que le pacte a été conclu entre Dieu et les Patriarches. Alors, pour eux aussi l'amour est lumière et ne porte pas l'erreur !

- Ce n'est pas de l'amour pour le Seigneur que le leur. Oui. Israël depuis des siècles est dans cette Foi. Mais dis-moi: peux-tu dire que c'est encore une Foi celle que nous donnent les Chefs du Temple, les Pharisiens, les Scribes, les Prêtres ? Tu le vois ? Avec l'or consacré au Seigneur, on le savait déjà, ou du moins on soupçonnait que cela arrivait, avec l'or consacré au Seigneur ils ont payé le Traître et maintenant ils paient les gardes. Le premier pour qu'il trahisse le Christ, les seconds pour qu'ils mentent. Oh ! Je ne sais pas comment la Puissance éternelle s'est bornée à déplacer les murs et à déchirer le Voile ! Je te dis que j'aurais voulu que les nouveaux philistins soient ensevelis sous les décombres. Tous !

- Cléophas! Tu serais toute vengeance.

- Je serais vengeance. Car, admettons que Lui n'était qu'un prophète, est-il permis de tuer un innocent ? Car il était innocent! L'as-tu jamais vu commettre un des crimes dont on l'a accusé pour le tuer ?

- Non. Aucun. Pourtant il a fait une erreur.

- Laquelle, Simon ?

- Celle de ne pas manifester sa puissance du haut de la Croix. Pour confirmer notre foi et pour punir les incrédules sacrilèges. Il devait relever le défi et descendre de la Croix.

- Il a fait davantage. Il est ressuscité.

- Est-ce que c'est vrai ? Ressuscité comment ? Avec son seul Esprit ou avec l'Esprit et la Chair ?

- Mais l'esprit est éternel ! Il n'a pas besoin de ressusciter ! s'exclame Cléophas.

- Je le sais moi aussi. Je voulais dire : s'il est ressuscité avec son unique Nature de Dieu, supérieur à toutes les embûches de l'homme. Car maintenant son Esprit a connu les embûches par la terreur de l'homme. Tu as entendu, hein ? Marc a dit qu'au Gethsémani, où il allait prier contre un rocher, il y a du sang partout. Et Jean, qui a parlé avec Marc, lui a dit: "Ne fais pas piétiner cet endroit car il y a du Sang sué par l'Homme-Dieu". S'il a sué du sang avant d'être torturé, il doit en avoir eu la terreur !

- Notre pauvre Maître !… ils se taisent affligés.

Jésus les rejoint et leur demande :

- De qui parliez-vous ? Dans le silence j'entendais vos paroles par intervalles. Qui a été tué ? C'est un Jésus voilé sous l'apparence modeste d'un pauvre voyageur pressé.

Les deux ne le reconnaissent pas.

- Tu es d'ailleurs, homme ? Tu ne t'es pas arrêté à Jérusalem ? Ton vêtement poussiéreux et tes sandales en cet état nous paraissent appartenir à un pèlerin infatigable.

- Je le suis. Je viens de très loin…

- Tu dois être fatigué, alors. Et tu vas loin ?

- Très loin. Plus loin encore que de l'endroit d'où je viens.

- Tu fais du commerce ? Des marchés ?

- Je dois acheter une quantité infinie de troupeaux pour le plus grand Seigneur. Je dois faire le tour du monde pour choisir des brebis et des agneaux, et descendre même parmi les troupeaux sauvages qui pourtant, quand ils seront rendus domestiques, seront meilleurs que ceux qui maintenant ne sont pas sauvages.

- Travail difficile. Et tu as continué ta route sans t'arrêter à Jérusalem?

- Pourquoi le demandez-vous ?

- Parce que toi seul sembles ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci.

- Qu'est-il arrivé ?

- Tu viens de loin et c'est pour cela que peut-être tu ne sais pas. Mais ta façon de parler est pourtant de Galilée. Aussi, même si tu es serviteur d'un roi étranger ou fils de galiléens expatriés, tu dois savoir, si tu es circoncis, que depuis trois ans dans notre patrie s'est levé un grand prophète du nom de Jésus de Nazareth, puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant les hommes, qui allait en prêchant à travers tout le Pays. Et il se disait le Messie. Ses paroles et ses œuvres étaient réellement du Fils de Dieu, comme Lui se disait. Mais seulement du Fils de Dieu. Tout Ciel… Maintenant tu sais pourquoi… Mais es-tu circoncis ?

- Je suis premier-né et consacré au Seigneur.

- Alors tu connais notre Religion ?

- Je n'en ignore pas une syllabe. Je connais les préceptes et les usages. L'halachah, la midrashim et l'hagadah me sont connues comme les éléments de l'air, de l'eau, du feu et de la lumière qui sont les premiers vers lesquels tend l'intelligence, l'instinct, les besoins de l'homme qui vient de naître.

- Eh bien, alors tu sais qu'Israël eut la promesse du Messie, mais comme d'un roi puissant qui aurait rassemblé Israël. Celui-ci, au contraire, n'était pas ainsi…

- Comment donc ?

- Lui ne visait pas un pouvoir terrestre. Mais c'était d'un royaume éternel et spirituel qu'il se disait roi. Lui n'a pas rassemblé, mais au contraire a divisé Israël, car maintenant il est divisé entre ceux qui croient en Lui et ceux qui le disent malfaiteur. En vérité il n'avait pas l'étoffe d'un roi car il ne voulait que douceur et pardon. Et comment dominer et vaincre avec ces armes ?…

- Et alors ?

- Et alors les Chefs des Prêtres et les Anciens d'Israël l'ont pris et l'ont jugé passible de la mort… en l'accusant, pour dire vrai, de fautes qui n'étaient pas vraies. Sa faute était d'être trop bon et trop sévère…

- Comment pouvait-il, s'il était l'un, être l'autre ?

- Il le pouvait car il était trop sévère en disant la vérité aux Chefs d'Israël et trop bon pour ne pas faire contre eux des miracles de mort, en foudroyant ses injustes ennemis.

- Il était sévère comme le Baptiste ?

- Voilà… je ne saurais dire. Il faisait de durs reproches, surtout dans les derniers temps, aux scribes et aux pharisiens et menaçait ceux du Temple comme marqués par la colère de Dieu. Mais ensuite, si quelqu'un était pécheur et se repentait, et si Lui voyait dans son cœur un vrai repentir, car le Nazaréen lisait dans les cœurs mieux qu'un scribe dans le texte, alors il était plus doux qu'une mère.

- Et Rome a permis qu'on tue un innocent ?

- Pilate l'a condamné… Mais il ne le voulait pas et le disait: Juste. Mais ils le menacèrent de l'accuser auprès de César et il eut peur. En somme il a été condamné à la Croix et y est mort et cela, en même temps que la crainte des synhédristes, nous a beaucoup humiliés. Car je suis Cléophas, fils de Cléophas, et lui est Simon, tous les deux d'Emmaüs, et parents car j'ai épousé sa première fille, et nous étions disciples du Prophète.

- Et maintenant vous ne l'êtes plus ?

- Nous espérions que ce serait Lui qui libérerait Israël et aussi que, par un prodige, il confirmerait ses paroles. Au contraire!…

- Quelles paroles avait-il dites ?

- Nous te l'avons dit: "Je suis venu au Royaume de David. Je suis le Roi pacifique" et ainsi de suite. Et il disait: "Venez au Royaume" mais ensuite il ne nous a pas donné le royaume. Et il disait: "Le troisième jour je ressusciterai". Maintenant c'est le troisième jour qu'il est mort, et même il est déjà accompli car l'heure de none est déjà passée et Lui n'est pas ressuscité. Des femmes et des gardiens disent que oui, il est ressuscité. Mais nous nous ne l'avons pas vu.

Les gardiens disent, maintenant, qu'ils ont ainsi parlé pour justifier le vol du cadavre fait par les disciples du Nazaréen.

Mais les disciples !… Nous l'avons tous quitté par peur quand il était vivant… et certainement nous ne l'avons pas dérobé maintenant qu'il est mort. Et les femmes… qui se fie à elles ? Nous raisonnions à ce propos. Et nous voulions savoir s'il a voulu dire s'il ressusciterait avec l'Esprit redevenu divin ou si ce serait aussi avec la Chair. Les femmes disent que les anges - car elles disent avoir vu aussi les anges après le tremblement de terre, et c'est possible car le vendredi déjà des justes sont apparus hors des tombeaux - elles disent que les anges ont dit que Lui est comme quelqu'un qui n'est jamais mort. Et c'est tel en effet que les femmes ont semblé le voir. Mais deux de nous, deux chefs, sont allés au Tombeau. Et, s'ils l'ont vu vide, comme les femmes l'ont dit, ils ne l'ont pas vu Lui, ni là, ni ailleurs. Et c'est une grande désolation car nous ne savons plus que penser!

- Oh! comme vous êtes sots et durs pour comprendre! Et comme vous êtes lents pour croire aux paroles des prophètes ! Et cela n'avait-il pas été dit ? L'erreur d'Israël est celle-ci: d'avoir mal interprété la royauté du Christ. C'est pour cela que l'on ne l'a pas cru. C'est pour cela qu'on l'a craint. C'est pour cela que maintenant vous doutez. En haut, en bas, au Temple et dans les villages, partout on pensait à un roi selon la nature humaine. Dans la pensée de Dieu la reconstruction du Royaume d'Israël n'était pas limitée, comme elle l'a été en vous, dans le temps, dans l'espace et dans les moyens.

Dans le temps : toutes les royautés, même les plus puissantes, ne sont pas éternelles. Rappelez-vous les puissants pharaons qui opprimèrent les hébreux au temps de Moïse. Combien de dynasties ne sont-elles pas finies, et d'elles ne restent que les momies sans âme au fond des hypogées secrets! Et il reste un souvenir, si encore il reste, de leur pouvoir d'une heure, et encore moins, si on mesure leurs siècles sur le Temps éternel. Ce Royaume est éternel.

Dans l'espace : il était dit: Royaume d'Israël, parce que d'Israël est venue la souche de la race humaine, parce qu'en Israël, dirais-je, se trouve la semence de Dieu et ainsi, en disant Israël, on voulait dire: le royaume de ceux qui ont été créés par Dieu. Mais la royauté du Roi Messie n'est pas limitée à la petite étendue de la Palestine, mais elle s'étend du septentrion au midi, de l'orient à l'occident, partout où il y a un être qui possède un esprit dans sa chair, c'est-à-dire partout où il y a un homme. Comment un seul aurait-il pu réunir en lui-même tous les peuples ennemis entre eux, et en faire un unique royaume sans répandre des fleuves de sang et les assujettir tous par la cruelle oppression des hommes d'armes ? Et comment alors aurait-il pu être le roi pacifique dont parlent les prophètes ? »

Jésus poursuit une longue explication sur le royaume et sur la résurrection. Il termine par :

« Croyez, pour lui appartenir.

Voici Emmaüs, amis. Je vais plus loin. Il n'est pas accordé de repos au Voyageur qui a tant de chemin à faire.

- Seigneur, tu es plus instruit qu'un rabbi. Si Lui n'était pas mort, nous dirions que c'est Lui qui nous a parlé. Nous voudrions encore entendre de toi d'autres vérités et plus développées. Car maintenant nous, brebis sans berger, troublées par la tempête de la haine d'Israël, nous ne savons plus comprendre les paroles du Livre. Veux-tu que nous venions avec Toi ? Vois : tu nous instruirais encore pour compléter l'œuvre du Maître qui nous a été enlevé.

- Vous l'avez eu si longtemps et vous n'avez pas su acquérir une instruction complète ? N'est-ce pas une synagogue ?

- Oui. Je suis Cléophas, fils de Cléophas, le chef de la synagogue, mort dans la joie qu'il a eue d'avoir connu le Messie.

- Et tu n'es pas encore arrivé à croire sans nuage ? Mais ce n'est pas votre faute. Après le Sang, il manque encore le Feu. Et ensuite vous croirez car vous comprendrez. Adieu.

- O Seigneur, déjà le soir approche et le soleil est à son déclin. Tu es las et assoiffé. Entre. Reste avec nous. Tu nous parleras de Dieu pendant que nous partagerons le pain et le sel. »

Jésus entre et on le sert, avec l'habituelle hospitalité hébraïque, en Lui donnant la boisson et de l'eau pour ses pieds lassés.

Puis ils se mettent à table et les deux le prient d'offrir pour eux la nourriture. Jésus se lève, tenant dans ses mains le pain et, les yeux levés vers le ciel rouge du soir, il rend grâces pour la nourriture et s'assoit. Il rompt le pain et en donne à ses deux hôtes et, en le faisant, il se révèle pour ce qu'il est: le Ressuscité.

Ce n'est pas le Ressuscité resplendissant apparu aux autres qui Lui sont plus chers. Mais c'est un Jésus plein de majesté, aux plaies bien nettes dans ses longues mains: roses rouges sur l'ivoire de la peau. Un Jésus bien vivant dans sa Chair recomposée, mais bien Dieu aussi dans la majesté de ses regards et de tout son aspect.

Les deux le reconnaissent et tombent à genoux… Mais quand ils osent relever leur visage, il ne reste de Lui que le pain rompu.

Ils le prennent et le baisent. Chacun prend son morceau et l'enveloppant dans un linge le met comme une relique sur sa poitrine.

Ils pleurent en disant:

« C'était Lui ! Et nous ne le reconnaissions pas, et pourtant ne sentais-tu pas que ton cœur brûlait dans ta poitrine pendant qu'il nous parlait et nous expliquait les Écritures ?

- Oui. Et maintenant il me paraît le voir de nouveau et dans une lumière qui vient du Ciel, la lumière de Dieu. Et je vois que Lui est le Sauveur.

- Allons. Moi je ne sens plus la lassitude et la faim. Allons le dire à ceux de Jésus, à Jérusalem.

- Allons. Oh! si mon vieux père avait pu jouir de cette heure !

- Mais ne dis pas cela! Lui en a joui plus que nous. Sans le voile dont il s'est servi par pitié pour notre faiblesse charnelle, le juste Cléophas a vu avec son esprit le Fils de Dieu rentrer au Ciel. Allons! Allons! Nous arriverons en pleine nuit, mais si Lui le veut il nous donnera manière de passer. S'il a ouvert les portes de la mort, il pourra bien ouvrir les portes des murs! Allons ! »

Et dans le couchant entièrement pourpre, ils s'en vont avec empressement vers Jérusalem. »

Vision et dictée du 5 avril 1945, tome 10, § 625, p 275.

L’évangéliste Luc rend compte, en détail, de cette rencontre bien connue (Lc 24, 13-33).

8. Les apparitions à des païens.

« La maison du Cénacle est pleine de gens. Le vestibule, la cour, les pièces, sauf le Cénacle et la pièce où se trouve la Vierge Marie, présentent un air de fête et d'animation d'un lieu où plusieurs se retrouvent pour une fête après un certain temps. Il y a les apôtres, sauf Thomas. Il y a les bergers. Il y a les femmes fidèles et, avec Jeanne, se trouvent Nique, Élise, Syra, Marcelle, Anne. Tous parlent, à voix basse, mais avec une animation visible et joyeuse. La maison est bien fermée comme si on avait peur, mais la peur du dehors ne peut porter atteinte à la joie de l'intérieur.

Marthe va et vient avec Marcelle et Suzanne pour préparer le repas des “serviteurs du Seigneur” comme elle appelle les apôtres. Les autres, hommes et femmes, s'interrogent, se confient leurs impressions, joies, peurs… comme autant d'enfants qui attendent quelque chose qui les électrise et les effraie aussi un peu.

Les apôtres voudraient paraître avoir le plus d'assurance, mais ils sont les premiers à se troubler si un bruit semble un coup à la porte ou imite l'ouverture d'une fenêtre. Même la venue rapide de Suzanne, qui arrive avec deux lampes à plusieurs flammes au secours de Marthe qui cherche du linge, fait sursauter Mathieu qui crie: “Le Seigneur!” chose qui fait tomber à genoux Pierre qui se sent visiblement plus agité que les autres.

Un coup résolu à la porte coupe court toutes les conversations et laisse tout le monde en suspens. Je crois que les cœurs battent tous à grande allure.

Ils regardent par un soupirail et ouvrent avec un “Oh !” de stupeur, en voyant le groupe inattendu des dames romaines accompagnées par Longin et un autre qui porte, comme Longin, un habit foncé. Les dames aussi sont toutes enveloppées dans des manteaux foncés qui leur couvrent aussi la tête. Elles ont enlevé tous leurs bijoux pour moins attirer l'attention.

« Pouvons-nous entrer un moment pour dire notre joie à la Mère du Sauveur ? dit Plautina la plus respectée de toutes.

- Venez donc. Elle est là. »

Elles entrent en groupe avec Jeanne et Marie de Magdala qui, j'en ai l'impression, les connaît fort bien. Longin avec l'autre romain restent, isolés, dans un coin du vestibule, car on les regarde un peu de travers.

Les femmes saluent par leur: “Ave, Domina!” et puis s'agenouillent en disant :

« Si avant nous admirions la Sagesse, maintenant nous voulons être les filles du Christ. Et c'est à toi que nous le disons. Toi seule peux vaincre la défiance hébraïque envers nous. C'est à toi que nous viendrons pour être instruites jusqu'à ce qu'eux (et elles montrent les apôtres arrêtés en groupe à l'entrée) nous permettront de nous dire de Jésus. »

C'est Plautina qui a parlé au nom de toutes. Marie sourit toute heureuse et elle dit :

« Je demande au Seigneur de purifier mes lèvres comme celles du Prophète pour que je puisse parler dignement de mon Seigneur. Soyez bénies, prémices de Rome !

« Longin aussi voudrait… et le lancier qui s'est senti un feu dans le cœur quand… quand s'ouvrirent Terre et Ciel au cri de Dieu. Mais si nous savons peu de choses, eux ne savent rien, sauf que Lui était le Saint de Dieu et qu'ils ne veulent plus appartenir à l'Erreur.

- Tu leur diras d'aller aux apôtres.

- Ils sont là, mais les apôtres se défient d'eux. »

Marie se lève et va vers les soldats. Les apôtres la regardent aller, en cherchant à comprendre sa pensée.

« Que Dieu vous conduise à sa Lumière, fils ! Venez ! Pour connaître les serviteurs du Seigneur. Celui-ci c'est Jean, et vous le connaissez. Et celui-là c'est Simon Pierre, choisi par mon Fils et mon Seigneur comme chef de ses frères. Celui-ci c'est Jacques et l'autre Jude, cousins du Seigneur. Celui-ci Simon et l'autre André, frère de Pierre. Puis voilà Jacques frère de Jean et eux Philippe, Barthélemy et Matthieu. Il manque Thomas encore au loin, mais je le nomme comme s'il était présent. Tous sont choisis pour une mission spéciale. Mais ces autres, qui se tiennent humblement dans l'ombre, sont les premiers dans l'héroïsme de l'amour. Depuis plus de six lustres ils prêchent le Christ. Ni les persécutions qu'ils ont subies, ni la condamnation de l'Innocent, n'ont porté atteinte à leur foi. Pêcheurs et bergers, et vous patriciens. Mais dans le nom de Jésus il n'y a plus de différences. L'amour dans le Christ nous rend tous égaux et frères, et mon amour vous appelle fils bien que vous soyez d'une autre nation. Et même je vous dis que je vous retrouve après vous avoir perdus car, au moment de la douleur, vous étiez auprès du Mourant. Et je n'oublie pas ta pitié, Longin. Ni tes paroles, soldat. Je paraissais meurtrie, mais je voyais tout. Moi je n'ai pas la possibilité de vous récompenser. Et vraiment pour des choses saintes, il n'y a pas de paiement mais seulement l'amour et la prière. Et c'est elle que je vous donnerai en priant notre Seigneur Jésus, de vous donner, Lui, la récompense.

- Nous l'avons eue, Domina. C'est pour cela que nous avons osé venir tous ensemble. Une commune impulsion nous a rassemblés. Déjà la foi a jeté son lien d'un cœur à l'autre, dit Longin. »

Tous s'approchent avec curiosité et il se trouve quelqu'un qui, vainquant sa retenue et peut-être la répulsion du contact avec les païens, dit :

« Qu'avez-vous eu ?

- Moi, une voix: la Sienne, qui me disait : "Viens à Moi"“ dit Longin.

- Et moi, j'ai entendu: "Si tu me crois Saint, crois en Moi " dit l'autre soldat.

- Et nous, dit Plautina, pendant que ce matin nous étions en train de parler de Lui, nous avons vu une lumière, une lumière ! Elle s'est transformée en visage. Oh ! toi, dis sa splendeur. C'était le sien. Et il nous a souri si doucement que nous n'avions plus qu'un désir: venir vous dire de ne pas nous repousser. »

Il y a un bourdonnement de voix et des commentaires. Tous parlent pour répéter comment ils l'ont vu. Les dix apôtres se taisent, mortifiés. Pour se remonter et ne pas paraître les seuls restés sans son salut, ils demandent aux femmes hébraïques si elles ont été sans cadeau pascal. Élise dit :

« Il m'a enlevé l'épée douloureuse de la mort de mon fils. Et Anne :

- J'ai entendu sa promesse sur le salut éternel des miens. Et Syra :

- Moi, une caresse. Et Marcelle :

- Moi, un éclair et sa Voix qui disait: "Persévère".

- Et toi, Nique? demandent-ils parce que celle-ci se tait.

- Elle l'a déjà eu, répondent d'autres.

- Non. J'ai vu son Visage, et il m'a dit : "Pour que celui-ci s'imprime sur ton cœur". Comme il était beau !

Marthe va et vient silencieuse et rapide, et elle se tait.

- Et toi, sœur ? Rien à toi ? Tu te tais et tu souris. Tu souris trop doucement pour ne pas avoir ta joie, dit Marie Madeleine.

- C'est vrai. Tu tiens tes paupières baissées et ta langue est muette, mais c'est comme si tu chantais une chanson d'amour tant ton œil brille derrière le voile des cils.

- Oh ! parle, donc ! Mère, elle te l'a dit ? » La Mère sourit et se tait.

Marthe, qui est occupée à mettre la vaisselle sur la table, veut tenir descendu le voile sur son heureux secret. Mais sa sœur ne la laisse pas tranquille. Alors Marthe, bienheureuse, dit en rougissant :

« Il m'a donné rendez-vous pour l'heure de la mort et de l'accomplissement des noces… » et sur son visage s'allume une rougeur plus vive et un sourire d'âme.

Vision et dictée du 5/4/1945, tome 10, § 626, p 284.

9. Les apparitions aux apôtres.

Les dix apôtres, Thomas ayant disparu, sont rassemblés au Cénacle, en grande discussion après le repas du soir. Ils se posent beaucoup de questions…

« La soirée doit être bien avancée car aucun bruit ne vient plus de la rue ni de la maison. Je pense que ceux aussi qui étaient venus avant se sont tous retirés ou dans leurs propres maisons ou pour dormir, fatigués par tant d'émotions.

Les dix de leur côté, après avoir mangé des poissons, dont il reste encore quelques-uns sur un plateau posé sur la crédence, sont en train de parler sous la lumière d'une seule flamme du lampadaire la plus proche de la table. Ils y sont encore assis autour et ils ont des conversations morcelées. Ce sont presque des monologues car il semble que chacun, plutôt qu'avec son compagnon, parle avec lui-même. Et les autres le laissent parler, en parlant peut-être à leur tour de toute autre chose. Pourtant ces conversations décousues, qui donnent l'impression des rayons d'une roue démontée, on sent qu'elles se rapportent à un seul sujet qui en est le centre bien qu'ainsi éparpillées, et que c'est Jésus.

« Je ne voudrais pas que Lazare ait mal entendu et que les femmes aient compris mieux que lui…, dit Jude d'Alphée.

- A quelle heure la romaine dit-elle l'avoir vu ? demande Mathieu. Personne ne lui répond.

- Demain je vais à Capharnaüm, dit André.

- Quelle merveille ! Agir de telle façon que ce soit juste à ce moment-là que sort la litière de Claudia ! dit Barthélemy.

- Nous avons mal fait, Pierre, de nous éloigner tout de suite ce matin… Si nous étions restés nous l'aurions vu comme la Magdeleine, dit Jean en soupirant.

- Moi, je ne comprends pas comment il peut être à Emmaüs et en même temps dans le palais. Et être ici, chez sa Mère, et en même temps chez la Magdeleine et chez Jeanne…,se dit à lui-même Jacques de Zébédée.

- Il ne viendra pas. Je n'ai pas suffisamment pleuré pour le mériter… Il a raison. Je dis qu'il me fait attendre pendant trois jours à cause de mes trois reniements. Mais comment, comment ai-je pu faire cela ?

- Comme il était transfiguré, Lazare ! Je vous dis qu'il paraissait, lui, un soleil. Je pense qu'il lui est arrivé comme à Moïse après avoir vu Dieu. Et tout de suite - n'est-ce pas, vous qui étiez là ? - tout de suite après avoir offert sa vie ! dit le Zélote.

Personne ne l'écoute. Jacques d'Alphée se tourne vers Jean et dit :

- Comment a-t-il dit à ceux d'Emmaüs? Il me semble qu'il nous a excusé, n'est-ce pas ? N'a-t-il pas dit que tout est arrivé à cause de notre erreur d'israélites sur la façon de comprendre son Royaume? Jean ne l'écoute pas. Il se tourne pour regarder Philippe et dit à l'air… car il ne parle pas à Philippe :

- Pour moi, il me suffit de savoir qu'il est ressuscité. Et puis… Et puis que mon amour soit toujours plus fort. Vous avez vu, hein ! Si vous regardez de près il est allé en proportion de l'amour que nous avons eu : la Mère, Marie-Magdeleine, les enfants, ma mère et la tienne, et puis Lazare et Marthe… Quand à Marthe ? Je dis quand elle a entonné le psaume de David: "Le Seigneur est mon berger. Il ne me manquera rien. Il m'a mis dans un lieu d'abondants pâturages. Il m'a conduit aux eaux qui désaltèrent. Il a appelé mon âme à Lui…" Tu te souviens comment elle nous a fait sursauter avec ce chant inattendu ? Et ces paroles sont en relation avec ce qu'elle a dit : "Il a appelé mon âme à Lui". En effet Marthe semble avoir retrouvé sa route… Avant elle était égarée, elle, la courageuse ! Peut-être qu'en l'appelant il lui a dit l'endroit où il la veut. C'est même certain, car s'il lui a donné rendez-vous il doit savoir où elle sera. Qu'aura-t-il voulu dire en disant: "l'accomplissement des noces ?

Philippe, qui l'a regardé un moment et puis l'a laissé monologuer, dit en gémissant :

- Moi je ne saurai pas quoi Lui dire s'il vient… Je me suis enfui… et je sens que je vais fuir. D'abord, c'était par peur des hommes. Maintenant, c'est par peur de Lui.

- Tous disent qu'il est très beau. Peut-il jamais être plus beau qu'il ne l'était déjà ? se demande Barthélemy.

- Moi, je Lui dirai : "Tu m'as pardonné sans me parler quand j'étais publicain. Pardonne-moi aussi maintenant par ton silence car ma lâcheté ne mérite pas que tu me parles", dit Matthieu.

- Longin dit qu'il s'est demandé: "Dois-je Lui demander de guérir ou de croire ? Mais son cœur a dit : "De croire" et alors la Voix a dit: "Viens à Moi" et il a senti la volonté de croire et en même temps la guérison. C'est exactement ce qu'il m'a dit, affirme Jude d'Alphée.

- Moi, je suis toujours arrêté à la pensée que Lazare a été récompensé tout de suite à cause de son offrande… J'ai dit, moi aussi: "Ma vie pour ta gloire". Mais il n'est pas venu, dit en soupirant le Zélote.

- Que dis-tu, Simon ? Toi qui es cultivé, dis-moi: que dois-je Lui dire pour Lui faire comprendre que je l'aime et que je Lui demande pardon? Et toi, Jean ? Tu as parlé beaucoup avec la Mère, aide-moi. Ce n'est pas de la pitié de laisser seul le pauvre Pierre !

Jean est ému de compassion pour son compagnon humilié et il dit :

- Mais… mais moi, je Lui dirais simplement : "Je t'aime". Dans l'amour est compris aussi le désir du pardon et le repentir. Pourtant… je ne sais pas. Simon, que dis-tu ? Et le Zélote :

- Moi je dirais ce qui était le cri des miraculés : "Jésus, aie pitié de moi!". Je dirais: "Jésus" et c'est tout, car il est bien plus que le Fils de David !

- C'est bien ce que je pense et ce qui me fait trembler. Oh! je me cacherai la tête… Ce matin aussi j'avais peur de le voir et…

- … et puis tu es entré le premier. Mais ne crains pas ainsi. On dirait que tu ne le connais pas, lui dit Jean pour l'encourager. »

La pièce s'illumine vivement comme par un éclair éblouissant. Les apôtres se cachent le visage, craignant que ce soit la foudre, mais ils n'entendent pas de bruit et ils lèvent la tête.

Jésus est au milieu de la pièce, près de la table. Il ouvre les bras en disant :

« La Paix soit avec vous. »

Personne ne répond. Les uns sont plus pâles, d'autres plus rouges, ils le fixent tous, craintifs et émus, fascinés et en même temps comme pris par le désir de fuir.

Jésus fait un pas en avant en souriant davantage.

« Mais ne craignez pas ainsi ! C'est Moi. Pourquoi êtes-vous ainsi troublés ? Ne me désiriez-vous pas ? Ne vous avais-je pas fait dire que je serais venu ? Ne vous l'avais-je pas dit dès le soir de Pâque ? »

Personne n'ose parler. Pierre pleure déjà et Jean sourit déjà pendant que les deux cousins, les yeux brillants et remuant les lèvres sans réussir à parler, semblent deux statues représentant le désir.

« Pourquoi avez-vous dans vos cœurs des pensées si opposées entre le doute et la foi, entre l'amour et la crainte ? Pourquoi voulez-vous être encore chair et non pas esprit, et avec celui-ci seulement, voir, comprendre, juger, agir ? Sous la flamme de la douleur ne s'est-il pas brûlé entièrement le vieux moi et n'a-t-il pas surgi le nouveau moi d'une vie nouvelle ? Je suis Jésus. Votre Jésus ressuscité, comme il vous l'avait dit. Regardez. Toi qui as vu mes blessures et vous qui ignorez ma torture. Car ce que vous savez est bien différent de la connaissance exacte qu'en a Jean. Viens, toi, le premier. Tu es déjà tout à fait pur, si pur que tu peux me toucher sans crainte. L'amour, l'obéissance, la fidélité t'avaient déjà rendu pur. Mon Sang, dont tu as été tout inondé quand tu m'as déposé de la Croix, a fini de te purifier. Regarde. Ce sont de vraies mains et de vraies blessures. Observe mes pieds. Vois comment cette marque est celle du clou? Oui, c'est vraiment Moi et non pas un fantôme. Touchez-moi. Les spectres n'ont pas de corps. Moi, j'ai une vraie chair sur un vrai squelette. »

Il met sa main sur la tête de Jean qui a osé aller près de Lui :

« Tu sens ? Elle est chaude et lourde. Il lui souffle sur le visage. Et ceci c'est la respiration.

- Oh ! mon Seigneur ! Jean murmure doucement, ainsi…

- Oui, votre Seigneur. Jean, ne pleure pas de crainte et de désir. Viens vers Moi. Je suis toujours Celui qui t'aime. Assoyons-nous, comme toujours, à la table. N'avez-vous rien à manger ? Donnez-le moi donc. »

André et Mathieu, avec des mouvements de somnambules, prennent sur les crédences les pains et les poissons et un plateau avec un rayon de miel à peine entamé dans un coin.

Jésus offre la nourriture et mange et il donne à chacun un peu de ce qu'il mange. Et il les regarde, si bon mais si majestueux, qu'ils en sont paralysés.

Le premier qui ose parler c'est Jacques, frère de Jean :

« Pourquoi nous regardes-tu ainsi ?

- Parce que je veux vous connaître.

- Tu ne nous connais pas encore ?

- Comme vous ne me connaissez pas. Si vous me connaissiez, vous sauriez qui je suis et vous trouveriez les mots pour me dire votre tourment. Vous vous taisez, comme en face d'un étranger puissant que vous craignez. Tout à l'heure vous parliez… Cela fait presque quatre jours que vous vous parlez à vous-mêmes en disant: "Je Lui dirai ceci…" en disant à mon Esprit: "Reviens, Seigneur, que je puisse te dire ceci". Maintenant je suis venu et vous vous taisez ? Suis-je tellement changé que je ne vous paraisse plus Moi ? Ou bien êtes-vous tellement changés que vous ne m'aimez plus ? »

Jean, assis près de son Jésus, fait son acte habituel de mettre la tête sur sa poitrine en murmurant :

« Moi je t'aime, mon Dieu », mais il se raidit pour s'interdire cet abandon par respect pour le resplendissant Fils de Dieu. En effet Jésus semble dégager une lumière tout en étant d'une Chair semblable à la nôtre. Mais Jésus l'attire sur son Cœur et alors Jean ouvre les digues à ses pleurs bienheureux. C'est le signal pour tous de le faire. Pierre, deux places après Jean, glisse entre la table et son siège et il pleure en criant :

« Pardon, pardon! Enlève-moi de cet enfer où je suis depuis tant d'heures. Dis-moi que tu as vu mon erreur pour ce qu'elle a été. Pas de l'esprit, mais de la chair qui a dominé le cœur. Dis-moi que tu as vu mon repentir… Il durera jusqu'à la mort. Mais Toi… mais Toi dis-moi que comme Jésus je ne dois pas te craindre… et moi, et moi je chercherai de faire si bien que je me ferai pardonner même par Dieu… et mourir… ayant seulement un grand purgatoire à faire.

- Viens ici, Simon de Jonas.

- J'ai peur.

- Viens ici. Ne sois pas plus lâche.

- Je ne mérite pas de venir près de Toi.

- Viens ici. Que t'a dit la Mère? « Si tu ne le regardes pas sur ce suaire, tu n'auras pas le courage de le regarder jamais plus ». Oh ! homme sot ! Ce Visage ne t'a-t-il pas dit, par son regard douloureux, que je te comprenais et que je te pardonnais ? Et pourtant je l'ai donné ce linge, pour réconfort, pour guide, pour absolution, pour bénédiction… Mais que vous a fait Satan pour vous aveugler à ce point? Maintenant Moi, je te dis: si tu ne me regardes pas maintenant que sur ma gloire j'ai encore étendu un voile pour me mettre à la portée de votre faiblesse, tu ne pourras jamais plus venir sans peur à ton Seigneur. Et que t'arrivera-t-il alors ?

Tu as péché par présomption. Veux-tu maintenant pécher de nouveau par obstination ? Viens, te dis-je. »

Pierre se traîne sur ses genoux, entre la table et les sièges, avec les mains sur son visage en pleurs. Jésus l'arrête, quand il est à ses pieds, en lui mettant la main sur la tête. Pierre, en pleurant plus fort, prend cette main et la baise dans un vrai sanglot sans frein. Il ne sait dire que :

« Pardon ! Pardon ! »

Jésus se dégage de son étreinte et, en faisant levier de sa main sous le menton de l'apôtre, il l'oblige à lever la tête et fixe ses yeux rougis, brûlés, déchirés par le repentir avec ses yeux brillants et sereins. Il semble vouloir lui transpercer l'âme, puis il dit :

« Allons. Enlève l'opprobre de Judas. Baise-moi où il m'a baisé. Lave, avec ton baiser, la marque de la trahison. »

Pierre lève la tête pendant que Jésus se penche encore davantage, et il effleure sa joue… puis il incline la tête sur les genoux de Jésus, et il reste ainsi… comme un vieil enfant qui a fait du mal, mais qui est pardonné.

Les autres, maintenant qu'ils voient la bonté de leur Jésus, retrouvent un peu de hardiesse et ils s'approchent comme ils peuvent. Viennent d'abord ses cousins… Ils voudraient dire tant de choses et n'arrivent à rien dire. Jésus les caresse et leur donne du courage par son sourire.

Matthieu vient avec André. Matthieu en disant :

« Comme à Capharnaüm…et André :

- Moi, moi… je t'aime, moi. Barthélemy vient en gémissant :

- Je n'ai pas été sage, mais sot. Lui est sage, et il montre le Zélote auquel Jésus sourit déjà.

Jacques de Zébédée vient et murmure à Jean :

- Dis-le-lui, toi… Jésus se tourne et dit :

- Tu l'as dit depuis quatre soirs et depuis autant de temps j'ai eu de la compassion pour toi.

Philippe, en dernier lieu, vient tout courbé, mais Jésus le force à lever la tête et lui dit :

- Pour prêcher le Christ, il faut davantage de courage. »

Maintenant ils sont tous autour de Jésus. Ils s'enhardissent tout doucement. Ils retrouvent ce qu'ils ont perdu ou craint d'avoir perdu pour toujours. Affleurent de nouveau la confiance, la tranquillité et, bien que Jésus soit si majestueux qu'il tient ses apôtres dans un respect nouveau, ils trouvent finalement le courage de parler.

C'est son cousin Jacques qui dit en soupirant :

« Pourquoi nous as-tu fait cela, Seigneur ? Tu savais que nous ne sommes rien et que toute chose vient de Dieu. Pourquoi ne nous as-tu pas donné la force d'être à tes côtés ?

Jésus le regarde et sourit.

- Maintenant tout est arrivé. Et tu ne dois plus rien souffrir, mais ne me demande plus cette obéissance. Chaque heure m'a vieilli d'un lustre et tes souffrances que l'amour et Satan augmentaient également, dans mon imagination, de cinq fois ce qu'elles ont été, ont vraiment consumé toutes mes forces. Il ne m'est resté rien d'autre pour continuer à obéir que de tenir, comme quelqu'un qui se noie avec les mains blessées, ma force avec la volonté comme des dents qui serrent une planche, pour ne pas périr… Oh! ne demande plus cela à ton lépreux !

Jésus regarde Simon le Zélote et sourit :

- Seigneur, tu sais ce que voulait mon cœur. Mais, ensuite, je n'ai plus eu de cœur… comme s'ils me l'avaient arraché les gredins qui t'ont pris… et il m'est resté un trou d'où fuyaient toutes mes pensées antérieures. Pourquoi as-tu permis cela, Seigneur ? demande André.

- Moi… tu parles de cœur ? Moi je dis que j'ai été quelqu'un qui n'a plus de raison, comme quelqu'un qui reçoit un coup de massue sur la nuque. Quand la nuit venue je me suis trouvé à Jéricho… Oh ! Dieu ! Dieu !… Mais un homme peut-il périr ainsi ? Je crois que c'est ainsi la possession. Maintenant je comprends ce qu'est cette chose redoutable !… Philippe écarquille encore les yeux en se rappelant sa souffrance.

- Tu as raison, Philippe. Moi je regardais en arrière. Je suis âgé et non dépourvu de sagesse, et je ne savais plus rien de ce que j'avais su jusqu'à cette heure. Je regardais Lazare, si déchiré mais si sûr, et je me disais : "Comment peut-il se faire que lui sache encore trouver une raison et moi plus rien ?" dit Barthélemy.

- Moi aussi, je regardais Lazare. Et, puisque je sais à peine ce que tu nous as expliqué, je ne pensais pas au savoir, mais je disais: "Si au moins j'avais le même cœur !" Au contraire je n'avais que douleur, douleur, douleur. Lazare avait la douleur et la paix… Pourquoi tant de paix pour lui ?

Jésus regarde tour à tour d'abord Philippe, puis Barthélemy, puis Jacques de Zébédée. Il sourit et se tait. Jude dit :

- Moi j'espérais arriver à voir ce que certainement Lazare voyait. Aussi je restais toujours près de lui… Son visage !… Un miroir. Un peu avant le tremblement de terre de Vendredi il était comme quelqu'un qui meurt broyé, et puis il devint tout d'un coup majestueux dans sa douleur. Vous rappelez-vous quand il dit : "Le devoir accompli donne la paix" ? Nous crûmes nous tous que c'était seulement un reproche pour nous ou une approbation pour lui-même. Maintenant je pense qu'il le disait pour Toi. C'était un phare dans nos ténèbres Lazare. Combien tu lui as donné, Seigneur ! Jésus sourit et se tait.

- Oui. La vie. Et peut-être avec elle tu lui as donné une âme différente. Pourquoi, enfin, lui est-il différent de nous ? En effet, il n'est plus un homme. Il est déjà quelque chose de plus qu'un homme et, à cause de ce qu'il était dans le passé, il aurait dû être encore moins parfait d'esprit que nous. Mais lui s'est fait, et nous… Seigneur, mon amour a été vide comme certains épis. Il n'a donné que de la balle” dit André. Et Matthieu :

- Moi, je ne puis rien demander. Car j'ai déjà tant eu avec, ma conversion. Mais, oui ! J'aurais voulu avoir ce qu'a eu Lazare. Une âme donnée par Toi, car je pense moi aussi comme André…”

- La Magdeleine et Marthe ont été aussi des phares. Serait-ce la race. Vous ne les avez pas vues. L'une était pitié et silence. L'autre! Oh ! si nous avons été tous un faisceau autour de la Bénie, c'est parce que Marie de Magdala nous a groupés par les flammes de son courageux amour. Oui, j'ai dit: la race. Mais je dois dire: l'amour. Ils nous ont dépassés en fait d'amour. C'est pour cela qu'ils ont été ce qu'ils ont été, dit Jean.

Jésus sourit et continue de se taire.

- Ils en ont été grandement récompensés pourtant…

- C'est à eux que tu es apparu.

- A tous les trois.

- A Marie, tout de suite après ta Mère…

Il est visible que les apôtres ont un regret pour ces apparitions privilégiées.

- Marie te sait ressuscité depuis déjà tant d'heures. Et nous, c'est seulement maintenant que nous pouvons te voir…

- Il n'y a plus de doutes en elles. En nous, au contraire, voilà… c'est seulement maintenant que nous sentons que rien n'est fini. Pourquoi à elles, Seigneur, si tu nous aimes encore et si tu ne nous repousses pas ? demande Jude d'Alphée.

- Oui. Pourquoi aux femmes, et en particulier à Marie ? Tu as même touché son front et elle dit qu'il lui semble porter une couronne éternelle. Et à nous, tes apôtres, rien… »

Jésus ne sourit plus. Son visage n'est pas troublé, mais il ne sourit plus. Il regarde sérieusement Pierre qui a parlé le dernier, reprenant de la hardiesse à mesure que sa peur se dissipe, et il dit :

« J'avais douze apôtres. Et je les aimais de tout mon Cœur. Je les avais choisis, et comme une mère j'avais pris soin de les faire grandir dans ma Vie. Je n'avais pas de secrets pour eux. Je leur disais tout, je leur expliquais tout, je leur pardonnais tout. Leurs idées humaines, leurs étourderies, leurs entêtements… tout.

Et j'avais des disciples. Des disciples riches et des pauvres. J'avais des femmes au passé ténébreux ou de faible constitution. Mais les préférés, c'était les apôtres.

Mon heure est venue. L'un m'a trahi et livré aux bourreaux. Trois ont dormi pendant que je suais du sang. Tous, sauf deux, ont fui par lâcheté. Un m'a renié par peur bien qu'il eût l'exemple de l'autre, jeune et fidèle. Et, comme si cela ne suffisait pas, j'ai eu parmi les douze le suicide d'un désespéré et un qui a tant douté de mon pardon qu'il n'a cru que difficilement, et grâce à la parole maternelle, à la Miséricorde de Dieu. En sorte que si j'avais regardé ma troupe, et si j'avais attaché sur elle un regard humain, j'aurais dû dire: "A part Jean, fidèle par amour, et Simon, fidèle à l'obéissance, je n'ai plus d'apôtres". C'est cela que j'aurais dû dire pendant que je souffrais dans l'enceinte du Temple, au Prétoire, dans les rues et sur la Croix.

J'avais des femmes… L'une d'elles, la plus coupable dans le passé, a été, comme Jean l'a dit, la flamme qui a soudé les fibres brisées des cœurs. Cette femme c'est Marie de Magdala. Tu m'as renié et tu as fui. Elle a bravé la mort pour rester près de Moi. Insultée, elle a découvert son visage, prête à recevoir les crachats et les gifles en pensant qu'elle ressemblait ainsi davantage à son Roi crucifié. Méprisée, au fond des cœurs, à cause de sa foi tenace en ma Résurrection, elle a su continuer à croire. Déchirée, elle a agi. Désolée, ce matin, elle a dit: "Je me dépouille de tout, mais donnez-moi mon Maître". Peux-tu encore demander: "Pourquoi à elle ?

J'avais des disciples pauvres, des bergers. Je les ai peu approchés, et pourtant comme ils ont su me confesser par leur fidélité ! J'avais des disciples timides, comme toutes les femmes de ce pays. Et pourtant elles ont su quitter leurs maisons et venir dans la marée d'un peuple qui me blasphémait, pour me donner le secours que mes apôtres m'avaient refusé. J'avais des païennes qui admiraient le "philosophe". J'étais cela pour elles. Mais elles ont su s'abaisser aux usages hébreux, les puissantes romaines, pour me dire, à l'heure de l'abandon d'un monde ingrat: "Nous sommes pour Toi des amies".J'avais le visage couvert de crachats et de sang. Les larmes et la sueur coulaient sur mes blessures. La saleté et la poussière m'incrustaient la peau. Quelle est la main qui m'a essuyé ? La tienne ? Ou la tienne? Ou la tienne ? Aucune de vos mains. Celui-ci était près de la Mère. Celui-ci rassemblait les brebis dispersées. Vous. Et si mes brebis étaient dispersées comment pouvaient-elles me donner du secours ? Tu cachais ton visage par peur du mépris du monde pendant que ton Maître était couvert par le mépris de tout le monde, Lui qui était innocent. J'avais soif. Oui. Sache aussi cela. Je mourais de soif. Je n'avais plus que fièvre et douleur. Le Sang avait déjà coulé au Gethsémani, tiré par la douleur d'être trahi, abandonné, renié, frappé, submergé par le nombre infini des fautes et par la rigueur de Dieu. Et il avait coulé au Prétoire… Qui a pensé à me donner une goutte pour mon gosier brûlé ? Une main d'Israël ? Non. La pitié d'un païen. La même main qui, par un décret éternel, m'ouvrit la poitrine pour montrer que mon Cœur avait déjà une blessure mortelle, et c'était celle que l'absence d'amour, la lâcheté, la trahison, m'avaient faite. Un païen. Je vous le rappelle: "J'ai eu soif et tu m'as donné à boire". Il n'y en eut pas un pour me réconforter dans tout Israël. Ou par impossibilité de le faire, comme la Mère et les femmes fidèles, ou par mauvaise volonté. Et un païen trouva pour l'inconnu la pitié que mon peuple m'avait refusée. Il trouvera au Ciel la gorgée qu'il m'a donnée…

Vous ne parlez plus ? Pourquoi ne me demandez-vous pas encore pourquoi j'ai agi ainsi ? Vous n'osez pas le demander ? Je vais vous le dire. Je vais tout vous dire des pourquoi de cette heure. Qui êtes-vous? Mes continuateurs. Oui. Vous l'êtes malgré votre égarement.

Que devez-vous faire ? Convertir le monde au Christ. Convertir ! C'est la chose la plus difficile et la plus délicate, mes amis. Le dédain, le dégoût, l'orgueil, le zèle exagéré sont tous très nuisibles pour réussir. Mais comme rien ni personne ne vous auraient amené à la bonté, à la condescendance, à la charité, pour ceux qui sont dans les ténèbres, il a été nécessaire - vous comprenez ? - il a été nécessaire que vous ayez, une bonne fois, brisé votre orgueil d'hébreux, de mâles, d'apôtres, pour faire place à la vraie sagesse de votre ministère, à la douceur, à la pitié, à l'amour sans arrogance ni dégoût. Vous voyez que tous vous ont surpassé dans la foi et dans l'action parmi ceux que vous regardiez avec mépris ou une compassion orgueilleuse. Tous. Et l'ancienne pécheresse. Et Lazare, trempé d'une culture profane, le premier qui a pardonné et guidé en mon Nom. Et les femmes païennes. Et la faible épouse de Kouza. Faible ? En réalité, elle vous surpasse tous ! Première martyre de ma foi. Et les soldats de Rome. Et les bergers. Et l'hérodien Manahen. Et jusqu'au rabbin Gamaliel. Ne sursaute pas, Jean. Crois-tu que mon Esprit était dans les ténèbres ? Tous.

Et cela pour que demain, en vous rappelant votre erreur, vous ne fermiez pas votre cœur à ceux qui viennent à la Croix…

Toi, Pierre, au lieu de rester en pleurs et humilié, toi qui dois être la Pierre de mon Église, grave ces amères vérités dans ton cœur. La myrrhe sert à préserver de la corruption. Imprègne-toi donc de myrrhe. Et quand tu voudras fermer ton cœur et l'Église à quelqu'un d'une autre foi, rappelle-toi que ce n'est pas Israël, mais Rome qui m'a défendu et a voulu avoir pitié.

Rappelle-toi que ce n'est pas toi, mais une pécheresse qui a su rester au pied de la Croix et a mérité de me voir la première. Et pour ne pas mériter le blâme sois l'imitateur de ton Dieu. Ouvre ton cœur et l'Église en disant : "Moi, le pauvre Pierre, je ne puis mépriser car si je méprise je serai méprisé par Dieu et mon erreur redeviendra vivante à ses yeux". Malheur si je ne t'avais pas brisé ainsi ! Ce n'est pas un berger mais un loup que tu serais devenu. »

Jésus se lève avec la plus grande majesté.

« Mes fils, je vous parlerai encore pendant le temps que je resterai parmi vous. Mais pour l'instant je vous absous et vous pardonne. Après l'épreuve qui, si elle a été humiliante et cruelle, a été aussi salutaire et nécessaire, que vienne en vous la paix du pardon. Et avec elle dans vos cœurs redevenez mes amis fidèles et courageux.

Le Père m'a envoyé dans le monde. Je vous envoie dans le monde pour continuer mon évangélisation. Des misères de toutes sortes viendront à vous pour vous demander du soulagement. Soyez bons en pensant à votre misère quand vous êtes restés sans votre Jésus. Soyez éclairés. Dans les ténèbres, il n'est pas permis de voir. Soyez purs pour donner la pureté. Soyez amour pour aimer. Puis viendra Celui qui est Lumière, Purification et Amour. Mais, en attendant, pour vous préparer à ce ministère, je vous communique l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Que votre expérience vous rende justes pour juger. Que l'Esprit Saint vous rende saints pour sanctifier. Que la volonté sincère de surmonter votre manque vous rende héroïques pour la vie qui vous attend. Ce que j'ai encore à dire, je vous le dirai quand l'absent sera revenu. Priez pour lui.

Restez dans ma paix et sans agitation de doute sur mon amour. »

Et Jésus disparaît comme il était entré, laissant une place vide entre Jean et Pierre. Il disparaît dans une lueur qui fait fermer les yeux tant elle est forte.

Et quand les yeux éblouis se rouvrent, ils trouvent seulement que la paix de Jésus est restée, flamme qui brûle et qui soigne et consume les amertumes du passé dans un désir unique : servir ».

Le lendemain, Thomas se présente au Cénacle avec Elie et il raconte son désespoir et son errance jusqu’à la grotte de la Nativité à Bethléem. Mais Thomas refuse d’admettre que ses compagnons aient pu jusqu’à partager un repas avec Jésus. « Têtu comme un enfant, il répète : Je croirai si je vois »

Au cours d’un prochain repas, Jésus se présente comme s’il arrivait à travers le mur de la pièce. Après le mot de salutation de « Paix à vous », les apôtres entourent Jésus qui donne ses mains à baiser et appelle l’incrédule, confus : « Thomas, viens ici » , puis : « Mets un doigt, s’il ne te suffit pas de regarder… » et à la fin : «  Heureux ceux qui croiront en moi sans avoir vu ». Jésus termine le repas avec le groupe en mangeant des fromages et du miel. Il leur explique ensuite leur futur ministère. Il les bénit, se dirige vers l’escalier et disparaît.

Un autre jour, sous une chaleur accablante qui les assomme, les onze apôtres entreprennent un pèlerinage sur le Golgotha, avec Jean comme guide expliquant les faits passés. Arrivés là où la croix était élevée, pendant leur prière tous ensemble, Jésus se montre au milieu d’eux et les bénit. Une dernière fois, il reviendra les voir au Cénacle.

Vision et dictée du 6/4/1945, § 627, 628, 629.

Les évangélistes Luc (24, 36-49) et surtout Jean (20, 19-29) rapportent en détail certains de ces épisodes dont l’apparition à l’apôtre Thomas.

10. Les apparitions diverses à plusieurs personnes.

Les 16 et 17 avril 1947, Maria Valtorta reçoit les visions et dictées de plusieurs apparitions de Jésus juste après sa résurrection. Ses écrits sont rapportés au tome 10, § 632, p 354. Un simple résumé en est donné.

L’apparition à Elise, la mère d’Annalia.

Elise, enfermée dans sa chambre sanglote désespérément sur la disparition soudaine de sa fille qui aspirait à une vie éternelle au Paradis. Jésus entreprend de consoler les larmes d’Elise qui ne le reconnaît pas. Il faut que Jésus lui confirme bien que c’est lui le ressuscité pour qu’elle réalise sa présence, fascinée mais consolée à jamais.

L’apparition à Marie, la mère de Judas, à son amie Anne.

C’est dans la maison d’Anne, miraculeusement guérie quelques mois plus tôt, que la mère de Judas, fidèle disciple, totalement anéantie par la trahison de son fils Judas, délire complètement malgré l’assistance d’Anne réconciliée avec elle. Jésus vient la consoler lui assurant qu’elle n’est pas une mère maudite. Marie retrouve alors son espérance en Jésus. Anne qui entre alors dans la pièce reste stupéfaite et obtient de Jésus que sa fille Joanne, qui aurait dû épouser Judas, se trouve maintenant « bienheureuse au Ciel ». Jésus réconforte aussi le vieux parent de la famille qui se sentait avoir une responsabilité dans la mort du Messie.

L’apparition aux enfants de Sarah.

C’est une famille de Yutta totalement dévouée à la cause de Jésus grâce aux bergers. Le dernier des quatre enfants porte le nom de Yésaï donné par Jésus. Il apparaît aux enfants jouant dans le jardin. L’aînée, Marie s’enquiert si ses souffrances sont terminées. Jésus les bénit juste à temps pour que leur mère voie Jésus ressuscité.

L’apparition au jeune Jaia de Pella.

Jaïa est l’aveugle que Jésus a guéri avec sa mère également aveugle à qui Jésus lui avait fait remettre un bouquet de fleurs en signe de sa guérison. Jésus accoste le fils dans son travail de maraîcher et lui déclare : « Je t’ai rendu la vue pour que tu puisses témoigner de ma Résurrection ! » C’est ce qu’il se mettra à faire par la suite.

L’apparition à Jean de Nobé.

Jésus entre dans la maison du vieillard, où il a déjà été hébergé, en frappant à sa porte. Le patriarche n’est pas surpris car il s’attendait à cette résurrection. Or il dit à Jésus avoir changé d’avis et ne plus vouloir mourir, mais plutôt porter son témoignage aux incrédules. Jésus repart naturellement comme il était entré.

L’apparition à Matthias de Jabès-Galaad.

Douze jours après sa mort, Jésus se présente comme un simple pèlerin à la grille du jardin du vieux solitaire qui l’a reçu plusieurs fois chez lui, et en souvenir de cela, Jésus lui demande de confectionner un repas qui sera pris ensemble. A la fin du repas, Jésus lui dit : «  Je suis bien vivant…Reconnais-moi en tout pèlerin, en tout mendiant, en tout malade… ». Il ouvre ses bras pour bénir et disparaît.

L’apparition à Abraham d’Engaddi, qui meurt dans les bras de Jésus.

L’ancien chef de synagogue, qui a raconté à Jésus sa rencontre avec les trois rois mages et qui a eu son fils lépreux guéri, est en train de travailler dans sa vigne. Il offre l’hospitalité à un homme de passage et ils commencent à discuter ensemble sur les évènements de Jérusalem. Le vieillard croit avoir à faire à un apôtre. Dès qu’il comprend sa méprise, Jésus l’invite alors à s’abandonner sur son cœur. Il pousse un grand cri de délivrance : « …Entre tes mains je remets mon esprit ! ». Jésus dépose son corps sur l’herbe au pied d’une rangée de vigne alors qu’un enfant va avertir le village.

 

L’apparition à Elie, l’essénien de Kérioth.

Cet ancien essénien proche du site de Qumram s’est converti en écoutant un enseignement de Jésus. Il est devenu hermite. Jésus lui apparaît sur un rocher au-dessus d’un précipice. Il l’invite à se rendre au Mont Thabor pour assister au grand rassemblement de tous les disciples et sympathisants.

L’apparition à Dorca, au château de Césarée de Philippe et à son enfant, gratifié d’une pomme.

Jésus a sauvé son enfant en train de naître. Alors que sa mère surveille son bébé faisant ses premiers pas, Dorca voit Jésus prendre l’enfant sur son cœur, l’embrasser puis disparaître aussitôt. Elle est traitée de folle par les gens accourus et pourtant son enfant tient bien dans ses mains une pomme fraîche donnée par Jésus et il montre le ciel pour indiquer où Jésus est reparti.

L’apparition à l’assistance de la synagogue de Cédès.

Les habitants sont rassemblés avec leur chef Matthias dans l’obscure synagogue, qui s’éclaire tout à coup suite à la présence de Jésus sur la plus haute des marches. Son message, qui provoque « un vrai brouhaha », est bref : « Je suis ressuscité. Je vous rappelle le signe promis : celui de Jonas. Je bénis qui m’aime… ».

L’apparition à un groupe de rabbins à Giscala.

« Un groupe venimeux de rabbins » discute âprement en traitant le Grand prêtre Gamaliel de fou. « Aboyant toujours leurs négations, ils lèvent la tête…et s’enfuient en poussant de hauts cris : Jésus est ici, terrible de puissance. Il ne dit pas un mot mais les foudroie du regard. Les rabbins, fous de peur, fuient…»

L’apparition à Joachim et Marie à Bozra.

« Une voix appelle depuis le jardin : « Marie ! Joachim ! Venez, sortez ! » Craintifs, ils sortent :

« C’est la voix du Rabbi ! Il vient de l’autre vie… »

Jésus est resplendissant entouré de lumière : 

« Allez dire aux habitants que vous m’avez vu, vivant et réel. Racontez-le au Thabor… » et il disparaît. « C’était bien lui, ce n’était pas un rêve ! » disent-ils.

Marie était la lépreuse guérie et soignée par son mari dans un enclos au fond de sa propriété.

L’apparition à Syntica à Antioche, loin de la Palestine.

La pièce où se trouve Syntica s’illumine tout à coup alors que Jésus se trouve en sa présence sans rien de surprenant pour elle car, malgré certains démentis, la Résurrection de Jésus était certaine pour elle. Jésus lui conseille de « continuer à œuvrer sur place pour moi, plus encore maintenant qu’avant », ce qu’elle fera puisque Antioche deviendra une base avancée de la diffusion de la nouvelle religion.

L’apparition à Zacharie, le lévite du Temple.

Les discours de Jésus au Temple ont converti ce jeune homme qui deviendra disciple de Jésus. Mais il a un moment de doute alors que Jésus l’interpelle dans sa maison. Il tombe à genoux et demande le pardon sur son hésitation. Jésus le fait lever, le bénit et disparaît. Zacharie rassure aussitôt ses parents et part immédiatement en Galilée.

L’apparition à des bergers au Grand Hermon.

Un groupe de bergers inconnus discute des évènements de Jérusalem sur les pentes d’un mont. Un homme solitaire s’approche d’eux et leur explique que même si Jésus n’est plus dans le monde, il vit en chaque homme fidèle à sa parole. Mais les bergers disent qu’ils ne l’ont jamais aperçu et qu’ils auraient voulu le voir. Alors Jésus se manifeste : « Regardez celui dont vous désirez connaître le visage ». La stupeur les jette à terre et Jésus disparaît.

L’apparition à l’enfant né aveugle à Sidon.

L’épisode se passe dans la maison de l’enfant aveugle-né dont Maria Valtorta a décrit le miracle ( tome 10, p 381) :

L’enfant joue tout seul sous une tonnelle touffue. Il s’entend appeler et se trouve face à Jésus. Bien peu craintif, il lui demande :

« Tu es le Rabbi qui m’a donné mes yeux ? »

De ses yeux limpides d’enfant, d’un bleu pareil à ceux de Jésus, son regard plonge dans les yeux divins étincelants.

« C’est bien moi, mon enfant. Tu n’as pas peur de moi ? Il lui caresse la tête.

- Peur, non. Mais maman et moi, nous avons beaucoup pleuré quand mon père est revenu plus tôt que prévu et nous a raconté qu’il s’était enfui parce qu’on avait attrapé le rabbi pour le tuer. Il n’a pas fait la Pâque et doit partir de nouveau pour la faire. Mais tu n’es pas mort, alors ?

- Je suis mort. Regarde mes blessures. Mort sur la croix. Mais je suis ressuscité. Tu diras à ton père de demeurer quelque temps à Jérusalem après la seconde Pâque et de rester aux alentours de l’Oliveraie, à Bethphagé. Il trouvera là quelqu’un qui lui indiquera ce qu’il doit faire.

- Mon père pensait te chercher. A la fête de Tentes, il n’a pas pu te parler. Il voulait te dire qu’il t’aimait en raison des yeux que tu m’as donnés. Mais il n’a pas pu le faire, ni alors, ni maintenant…

- Il le fera en ayant foi en moi. Adieu, mon enfant. Paix à toi et à ta famille. »

L’apparition à des paysans de Yokhanan.

Jésus vient en pleine nuit réveiller secrètement un à un les paysans en train de dormir en leur disant d’aller à la pommeraie. Etonnés et perplexes, ils s’y rendent. Une femme le reconnaît et on crie au fantôme ! Jésus les rassure :

« C’est vraiment moi, ne craignez rien…Je suis venu vous confirmer votre foi que je sais attaquée par d’autres…Je vous enverrai mes disciples. »

Il les bénit et disparaît.

L’apparition sur les rives du lac de Tibériade.

N’ayant plus d’argent et les conditions étant bonnes, les apôtres Pierre, Jacques et Jean associés à André, Thomas et Barthélemy décident de profiter de la lune pour aller à la pêche sur leur barque. Malgré leurs efforts, le filet reste vide. L’aube arrive. Un homme sur la rive, à qui ils ont répondu qu’ils n’ont rien pris, leur crie de jeter le filet à droite de la barque ! Sa voix ressemble à celle de Jésus. En voici la preuve, le filet est rempli !

« C’est comme la dernière fois, c’est lui, mon Jésus ! » dit Jean.

Jésus leur demande d’apporter des poissons pour les cuire sur le feu que Jésus a préparé. Les apôtres, quoique joyeux de cette rencontre, restent réservés. Jésus leur conseille de laisser les disciples aller à la pèche et eux, de se consacrer à la prière et à la rencontre des fidèles. C’est après ce repas que Jésus réclame à Pierre une triple affirmation de son amour pour lui. Il confirme ainsi le mandat donné à l’apôtre Pierre.

L’évangéliste Jean (Jn 21,1-14) présent sur les lieux, raconte cet épisode de façon assez détaillée et similaire.

L’apparition au mont Thabor.

A mi-pente du mont, une grande foule de disciples espère la venue de Jésus. Au cri d’un enfant, Jésus est là, passe parmi les gens en apportant sa salutation de paix et se dirige vers le groupe des apôtres en leur disant : «  Vous êtes beaucoup et peu à la fois…Pourquoi n’y a-t-il ici que cinq cents personnes à peine ? » Pierre et Jacques essaient d’apporter une explication sur l’incertitude du lieu de rendez-vous. Jésus insiste sur le respect d’une hiérarchie de décision et donne des conseils d’organisation. Il délivre aussi un enseignement sur les miracles en disant :

« Ces derniers jours, j’ai accompli des miracles pour consoler les cœurs et les convaincre que le Christ n’est pas détruit parce qu’on l’a mis à mort, mais au contraire, il est plus fort, éternellement fort et puissant. Mais quand je ne serai plus parmi vous, vous ferez ce que j’ai fait jusqu’ici et que je ferai encore. Toutefois, c’est moins par la puissance du miracle que par votre sainteté que grandira l’amour pour la nouvelle religion…Le miracle n’est pas un acte commun et indispensable pour vivre dans la foi. Mieux : bienheureux ceux qui sauront rester dans la foi sans moyens extraordinaires pour les aider à croire ! Cependant, le miracle n’est pas non plus un acte si exclusivement réservé à des temps particuliers qu’il doive cesser quand ces temps-là ne seront plus. Le miracle existera toujours dans le monde. Ils seront d’autant plus nombreux qu’il y aura plus de justes dans le monde. Quand on verra se faire très rares les vrais miracles, qu’on dise alors que la foi et la justice se sont affaiblies. En effet, j’ai dit : « Si vous avez la foi, vous pourrez déplacer les montagnes. » Et aussi : « Les signes qui accompagneront ceux qui auront vraiment foi en moi seront la victoire sur les démons et sur les maladies, sur les éléments et les embûches. » Le nombre et la force des prodiges que mes fidèles accompliront en mon nom et pour glorifier Dieu seront le signe de leur intimité avec moi. A un monde privé de vrais miracles, on pourra dire sans le calomnier : « Tu as perdu la foi et la justice, tu as un monde sans saints.»

Puis Jésus se met à dialoguer avec ses apôtres et aussi avec Marziam, le fils adoptif de Pierre et il leur promet d’être tous invités à la fête de la Pâque supplémentaire.

Ensuite, il disparaît, comme un éclair.

11. L’apparition à une femme de Saron et le miracle de son fils malade

Une femme marche en pleurs sur une route romaine du littoral méditerranéen ; elle s’est faite voler son âne. Un voyageur l’accoste à qui elle raconte qu’elle est à la recherche de Jésus pour tenter de sauver son enfant malade. Or son mari est un accusateur de Jésus. Pourtant l’homme inconnu dit à cette femme qu’un innocent n’est pas puni à cause d’un coupable et que les apôtres pourraient faire le miracle. La sagesse des propos entendus lui fait comprendre que c’est Jésus lui-même qui est présent à ses côtés. Ceci lui est confirmé : « Je suis le Messie…Va, femme. Ton fils vit car j’ai récompensé ta foi. »

Le récit intégral de la vision de Maria Valtorta donne une meilleure explication de ce miracle (tome 10, p 377) :

« Je vois une route du littoral. Il est possible que ce soit celle qui unit Césarée à Joppé, ou une autre, je l’ignore. Je sais que je vois de la campagne à l’intérieur et la mer à l’extérieur, bleu vif, après la ligne jaunâtre de la rive. La route est certainement une artère romaine, comme en témoigne son pavement.

Une femme en pleurs marche sur cette voie aux premières heures d’un matin serein. L’aurore est encore toute proche. La femme doit être très lasse, car elle s’arrête de temps à autre pour s’asseoir sur une borne milliaire ou sur la route. Puis elle se relève et poursuit son chemin, comme si quelque chose la poussait à se hâter, en dépit de sa fatigue.
Jésus, un voyageur couvert d’un manteau, vient à côté d’elle. La femme ne le regarde pas. Elle avance, absorbée dans sa douleur. Jésus lui demande :

« Pourquoi pleures-tu, femme ? D’où viens-tu ? Et où vas-tu ainsi toute seule ?

- Je viens de Jérusalem et je retourne chez moi.

- C’est loin ?

- A mi-chemin entre Joppé et Césarée.

- A pied ?

- Dans la vallée qui précède Modin, des voleurs ont pris mon âne et ce qu’il portait.

- Tu as été imprudente de voyager seule. Ce n’est pas l’habitude de faire route seul pour la Pâque.

- Je n’étais pas venue pour la Pâque. J’étais restée à la maison car j’ai un enfant malade ; j’espère l’avoir encore…Mon mari était parti avec les autres. Je l’ai laissé prendre de l’avance et, quatre jours après, je me suis mise en chemin. Car j’ai pensé : «  Certainement, Jésus est à Jérusalem pour la Pâque. Je vais l’y chercher. » J’avais un peu peur, mais je me suis dit : « Je ne fais rien de mal. Dieu me voit. Je crois et je sais qu’il est bon. Il ne me repoussera pas, parce que… »

Elle s’arrête, comme apeurée et jette un coup d’œil rapide sur l’homme qui marche près d’elle, si bien couvert qu’on voit à peine ses yeux, les yeux uniques de Jésus. Celui-ci prend la parole :

« Pourquoi te tais-tu ? Tu as peur de moi. Crois-tu que je sois un ennemi de celui que tu cherchais ? Car tu cherchais le Maître de Nazareth pour lui demander de venir chez toi guérir l’enfant, en l’absence de ton mari…

- Je vois que tu es un prophète. C’est bien cela. Mais quand je suis arrivé en ville, le Maître était mort. »

Les sanglots l’étouffent…

« Il est ressuscité. Ne le crois-tu pas ?

- Je le sais. Je le crois. Mais moi…je…Pendant quelques jours, j’ai espéré le voir, moi aussi…On dit qu’il s’est montré à certains. J’ai retardé mon départ...Chaque jour m’était une douleur car…mon enfant est si malade…Mon cœur était partagé…Partir pour le consoler au moment de la mort…Rester pour chercher le Maître…Je n’avais pas la prétention de lui demander de venir chez moi, mais de me promettre la guérison.

- Et tu l’aurais cru ? Tu penses que, de loin… ?

- Je crois. Ah ! s’il m’avait dit : « Va en paix. Ton fils guérira », je n’aurais pas douté. Mais je ne le mérite pas, car… »

Elle sanglote et presse son voile sur sa bouche comme pour s’empêcher de parler.

- Parce que ton mari est l’un des accusateurs et des bourreaux de Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ est le Messie. Il est Dieu. Or Dieu est juste, femme. Il ne punit pas un innocent à cause d’un coupable. Il ne torture pas une mère parce que le père est pécheur. Jésus-Christ est la Miséricorde vivante.

- Oh ! Tu es peut-être l’un de ses apôtres ? Tu sais où il est ? Toi…Peut-être t’a-t-il envoyé me dire cela. Il a senti, il a vu ma douleur, ma foi et il t’envoie à moi comme le Très-Haut a envoyé l’archange Raphaël à Tobie. Dis-le-moi s’il en est ainsi et, bien que je sois épuisée jusqu’à en être fiévreuse, je retournerai sur mes pas chercher le Seigneur.

- Je ne suis pas un apôtre. Mais les apôtres sont restés plusieurs jours encore à Jérusalem après la Résurrection…

- C’est vrai. Je pouvais leur demander.

- Certainement. Ils sont le prolongement du Maître.

- Je ne pensais pas qu’ils pourraient faire des miracles.

- Ils en ont fait encore…

- Mais maintenant…On m’a dit qu’un seul est resté fidèle et je ne croyais pas…

- Si. C’est ton mari qui t’a tenu ces propos, pour se moquer de toi dans son délire de faux triomphateur. Mais moi, je te dis que tout homme peut pécher, car Dieu seul est parfait. Et il peut se repentir. Or s’il se repent, sa force grandit et Dieu augmente ses grâces en raison de sa contrition. Le Très-Haut n’a-t-il pas pardonné à David ?

- Mais qui es-tu ? Qui es-tu pour me parler avec tant de douceur et de sagesse, si tu n’es pas un apôtre ? Un ange, peut-être ? L’ange gardien de mon enfant ? Il a peut-être expiré et tu es venu ma préparer…»

Jésus laisse tomber le manteau qui lui couvrait la tête et le visage et, passant de l’humble aspect d’un pèlerin ordinaire à sa majesté de Dieu-Homme, revenu de la mort, il dit avec une douce solennité :

« C’est moi. Je suis le Messie qu’on a crucifié en vain. Je suis la Résurrection et la Vie. Va, femme. Ton fils vit, car j’ai récompensé ta foi. Ton fils est guéri. Car le Rabbi de Nazareth a achevé sa mission, l’Emmanuel continue la sienne jusqu’à la fin des siècles pour tous ceux qui ont foi, espérance et charité dans le Dieu un et trine, dont le Verbe incarné est une Personne qui, en raison du divin amour, a quitté le Ciel pour venir enseigner, souffrir et mourir pour donner la Vie aux hommes. Va en paix, femme. Et sois forte dans la foi, car le temps est venu où, dans une même famille, l’époux s’opposera à son épouse, le père à ses enfants et ces derniers à celui-là, par haine ou par amour pour moi. Mais bienheureux ceux que la persécution n’arrachera pas à ma Voie. »

Il la bénit et disparaît.

12. L’apparition à une femme de Galilée et le miracle de son mari.

Une femme tenant une lanterne marche vivement sur une route abordant un pont où un homme assis vient la rejoindre pour cheminer ensemble. La femme explique que son mari vient de décéder subitement au travail, laissant sept enfants. Elle est en route pour faire les formalités du décès. Elle dit regretter la mort du Rabbi que son mari a suivi, car son mari aurait pu être maintenant sauvé. En écoutant l’homme expliquer que les disciples du Rabbi ont un pouvoir aussi grand que lui, elle comprend qui lui parle, d’autant plus que Jésus lui dit : «…Je suis la Résurrection et la Vie…Ton mari n’est plus mort car je suis celui qui vainc la mort et récompense celui qui a foi. Rentre chez toi, ton mari est vivant ! » Elle rebrousse chemin et on lui fait le récit de son retour à la vie, concordant avec la réponse de Jésus. Les contradicteurs prétendent à une catalepsie, mais la famille est formelle et part remettre aussitôt un cadeau en argent aux disciples près de Nazareth.

Maria Valtorta donne un récit complet de ce miracle étonnant (tome 10, p 387) :

« La nouvelle lune, près de se coucher, est sur le point de faire disparaître son croissant encore mince derrière la bosse d’une montagne. Sa clarté est donc très relative et elle ne dominera bientôt plus la vaste campagne.

Un voyageur marche cependant sur le chemin solitaire, un sentier au milieu des champs plus qu’autre chose. Il tient, suspendu à un anneau, l’une de ces lanternes rudimentaires vieilles comme le monde qui servent généralement aux charretiers pour s’éclairer la nuit. Comme le verre n’est pas courant, la flamme de cette lanterne est abritée par quelque chose qui peut être aussi bien du mica que du parchemin. Sa lueur est si faible qu’elle peut tout juste servir à créer un halo. Mais comme la lune se cache entièrement, la lumière de ce pauvre fanal paraît plus vigoureuse et apporte une clarté vacillante dans l’obscurité de la campagne.

Le voyageur marche sans s’arrêter. L’aube commence à poindre à l’extrémité de l’horizon, mais si faiblement, pour l’instant, qu’elle n’éclaire rien et le lumignon est encore nécessaire. Près d’un petit pont attend ou se repose une autre personne bien emmitouflée dans son manteau. Hésitant, le voyageur au fanal, qui se dirige vers ce pont, fait halte. Il se demande s’il doit passer par là ou revenir en arrière, à l’endroit où le lit d’un petit torrent est garni de larges pierres qui peuvent servir à passer à pied sec.

La personne assise sur la rive rustique faite d’un tronc d’arbre qui a encore son écorce blanc-vert, lève la tête pour observer celui qui s’est arrêté. Elle se met debout et dit :

« N’aie pas peur de moi. Approche. Je suis un bon compagnon, pas un voleur. »

C’est Jésus. Je le reconnais à sa voix plus qu’à son aspect, encore voilé par un crépuscule profond que la lumière n’arrive pas à rompre jusqu’à l’endroit où se tient Jésus. Mais le voyageur hésite.

« Viens, femme. Ne crains rien. Nous allons faire un bout de chemin ensemble et ce sera bon pour toi. »

La femme - je sais maintenant que c’est une femme – avance vaincue par la douceur de la voix ou par une force secrète, mais elle hoche la tête en murmurant :

«  Rien ne sera jamais plus bon pour moi. »

Ils marchent maintenant côte à côte sur le chemin, assez large pour permettre le passage de deux piétons. L’aube qui progresse découvre, d’un côté, une rigide forêt miniature de blés mûrs qui attendent d’être fauchés. De l’autre côté, ils sont déjà coupés et gisent en gerbes sur le champ dépouillé de sa gloire de moissons mûres.

« Maudites ! » lance à voix basse la femme en jetant un regard sur les gerbes étendues par terre.

Jésus se tait. Le jour avance. La femme éteint sa pauvre lanterne et, ce faisant, découvre son visage dévasté par les larmes. Elle lève la tête pour regarder vers l’orient, où une ligne jaune-rose annonce le lever du soleil. Elle tend le poing dans cette direction et reprend :

« Maudit sois-tu !

- Le jour, c’est Dieu qui l’a fait, comme il a fait les blés. Ce sont des bienfaits de Dieu. Il ne faut pas les maudire…dit doucement Jésus.

- Mais moi je les maudis. Je maudis le soleil et les moissons. Et j’ai raison de le faire.

- N’ont-ils pas été bons pour toi pendant tant d’années ? Le premier n’a-t-il pas fait mûrir pour toi le pain quotidien, le raisin qui se change en vin, les légumes et les fruits du jardin et n’a-t-il pas fait pousser de l’herbe dans les pâturages pour nourrir les brebis et les agneaux dont le lait et la viande t’ont nourrie et avec la toison desquels tu as tissé tes vêtements ? Et le blé ne t’a-t-il pas donné le pain, à toi, mais également à tes enfants, à ton père et à ta mère, à ton époux ? »

Elle éclate en sanglots et pousse un cri :

« Je n’ai plus d’époux ! Ils l’ont tué ! Il été allé travailler, car nous avons sept enfants et le peu que nous possédions ne suffisait pas à nourrir dix personnes. Hier soir, il est arrivé en disant : «  Je suis fatigué, je ne me sens pas bien », et il s’est jeté sur le lit, brûlant de fièvre. Sa mère et moi l’avons secouru comme nous le pouvions. Nous avions l’intention d’appeler aujourd’hui le médecin de la ville…Mais il est mort après le chant du coq. Le soleil l’a tué. Je vais en ville chercher ce qu’il faut. A mon retour, je penserai à prévenir ses frères. J’ai laissé sa mère pour veiller son fils et mes enfants…Et je suis partie pour faire ce qu’il convient…Et je ne devrais pas maudire le soleil brûlant et les blés ? »

Si elle était maîtresse d’elle-même au début, à tel point que je me doutais pas que c’était une femme et surtout une femme affligée, elle a maintenant laissé sa douleur rompre ses digues et déborder avec force. Elle confie tout ce qu’elle n’a pas dit chez elle « pour ne pas réveiller ses enfants qui dorment dans la pièce voisine », tout ce qui lui pesait tellement sur le cœur que cela lui donnait l’impression qu’il allait éclater. Souvenirs d’amour, peur de l’avenir, douleur de veuve passent confusément comme des débris arrachés à la rive, sur l’eau gonflée d’un fleuve en crue…

Jésus la laisse parler. Car Jésus sait compatir à la douleur, il la laisse s’épancher, pour que la personne soit soulagée et que la fatigue qui succède au débordement de la douleur, la rende capable d’écouter celui qui console. Alors, il lui dit d’une voix douce :

« A Naïm, à Nazareth, et dans les villages situés entre les deux, il y a des disciples du Rabbi de Nazareth. Va les trouver…

- Et que veux-tu qu’ils fassent ? Si le Rabbi était encore là !...Mais eux ? Ce ne sont pas des saints ! Mon mari était à Jérusalem ce fameux jour…Et il sait…Oh non ! Il savait ! Il ne sait plus rien ! Il est mort !

- Que faisait ton mari ce jour-là ?

- Quand la clameur de la rue l’a réveillé, il a couru sur la terrasse de la maison où il se trouvait avec ses frères et il a vu passer le Rabbi que l’on conduisait au Prétoire. Avec les autres Galiléens, il l’a suivi jusqu’à ce qu’il soit mort. On leur a jeté des pierres, à lui et aux autres, quand on a découvert qu’il était Galiléen, là-haut sur la colline et on les a repoussés plus bas. Mais ils sont restés là jusqu’à ce que tout soit accompli. Puis…ils s’éloignèrent…Et maintenant mon mari est mort. Ah ! Si au moins je savais que, grâce à sa pitié pour le Rabbi, il est en paix ! »

Jésus ne répond pas à ce désir, mais il dit :

« Dans ce cas, il aura vu qu’il y avait des disciples sur le Golgotha. Peut-être que tous les Galiléens se sont conduits comme ton mari ?

- Oh non ! Beaucoup, même de Nazareth, l’ont injurié. On le sait. Quelle honte !

- Alors, si beaucoup, même à Nazareth, n’ont pas éprouvé d’amour pour leur Jésus, si pourtant il leur a pardonné - et beaucoup se sanctifieront à l’avenir --, pourquoi veux-tu juger de la même manière les disciples du Christ ? Veux-tu être plus sévère que Dieu ? Dieu accorde beaucoup à ceux qui pardonnent…

- Il n’est plus là, le bon Rabbi ! Il n’est plus là ! Et mon mari est mort lui aussi…

- Le Rabbi a donné à ses disciples le pouvoir de faire ce que lui faisait.

- Je veux le croire. Mais lui seul était capable de vaincre la mort. Lui seul !

- Ne lit-on pas qu’Elie rendit l’esprit au fils de la veuve de Sarepta ? En vérité, je te dis qu’Elie était un grand prophète, mais que les serviteurs du Sauveur, qui est mort et ressuscité parce qu’il était le Fils du vrai Dieu incarné pour racheter les hommes, ont un pouvoir encore plus grand. La raison est que, sur la croix, Jésus leur a pardonné leurs péchés à eux d’abord : il connaissait, par sa divine sagesse, la véritable douleur de leurs esprits contrits. Il les a sanctifiés après sa résurrection par un nouveau pardon et leur a infusé l’Esprit Saint pour qu’ils puissent me représenter dignement à la fois par la parole et par les actes, afin que le monde ne reste pas dans la désolation après mon départ. »

La femme recule vivement, stupéfaite. Elle rejette son voile en arrière pour bien voir son compagnon. Mais elle ne le reconnaît pas et croit avoir mal compris. Pourtant, elle n’ose plus parler…

« As-tu peur de moi ? Tu m’as d’abord pris pour un voleur prêt à te dépouiller de l’argent que tu caches dans ton sein et qui est destiné à acheter le nécessaire pour la sépulture. Et tu as eu peur. Maintenant, redoutes-tu de savoir que je suis Jésus ? Et Jésus n’est-il pas celui qui donne et ne prends pas ? Celui qui sauve et ne détruit pas ? Reviens sur tes pas, femme. Je suis la Résurrection et la Vie. Linceul et aromates ne seront pas nécessaires pour celui qui n’est pas mort, qui n’est plus mort, car je suis celui qui vainc la mort et récompense celui qui a foi. Va ! Rentre chez toi ! Ton mari est vivant. Aucune foi en moi ne reste sans récompense. »

Il fait le geste de la bénir et de s’en aller. La femme sort de sa stupéfaction. Elle ne demande rien, elle ne doute pas…Non. Elle tombe à genoux pour adorer. Puis, finalement, elle ouvre la bouche et, fouillant dans son sein, elle en tire une bourse, petite, une pauvre bourse de pauvres gens auxquels la misère interdit des honneurs solennels pour leurs morts et elle dit :

« Je n’ai rien d’autre pour te montrer ma reconnaissance, pour t’honorer, pour…

- Je n’ai pas besoin d’argent, femme. Tu le porteras à mes apôtres.

- Oh oui ! J’irai avec mon mari…Mais que te donner alors, mon Seigneur ? Quoi ? Toi, qui m’es apparu…ce miracle…et moi, qui ne t’ai pas reconnu…qui étais si, si fâchée…qui me suis montrée si injuste, jusqu’avec les merveilles qui m’entourent…
- Oui. Et tu ne pensais pas qu’elles sont parce que, moi, je suis, et que tout est bon de ce que Dieu a fait. Si le soleil n’avait pas existé, s’il n’y avait pas eu les blés, tu n’aurais pas eu cette grâce que tu viens d’obtenir.

- Mais quelle douleur, pourtant !... »

La femme pleure en y pensant. Jésus sourit et lui montre ses mains :

« Voici une minime partie de ma souffrance. Et je l’ai consumée tout entière sans me plaindre, pour votre bien. »

La femme s’incline jusqu’au sol pour reconnaître :

« C’est vrai. Pardonne ma plainte. »

Jésus disparaît dans sa lumière habituelle et, quand elle se redresse, elle se découvre seule. Elle se lève, regarde autour d’elle. Rien ne peut gêner sa vue car c’est maintenant plein jour et il n’y a que des champs de moisson tout autour. La femme se dit à elle-même :

« Pourtant, je n’ai pas rêvé ! »

Le démon, peut-être, la tente pour la faire douter et elle a un instant d’incertitude tandis qu’elle soupèse la bourse dans ses mains. Mais sa foi a le dessus. Elle tourne le dos à la direction vers laquelle elle faisait route, pour revenir sur ses pas, rapide comme si le vent la portait, sans qu’elle se fatigue, le visage éclairé d’un bonheur plus grand que toute joie humaine, tant il est paisible. Elle répète à chaque instant :

« Comme le Seigneur est bon ! Il est vraiment Dieu ! Il est Dieu. Que soit béni le Très-Haut et celui qu’il a envoyé. »

Elle ne sait dire autre chose. Et sa litanie se mêle maintenant au chant des oiseaux.

La femme est tellement absorbée qu’elle n’entend pas les salutations de certains moissonneurs qui la voient passer et lui demandent d’où elle vient à cette heure…L’un d’eux la rejoint et lui demande :

« Marc va-t-il mieux ? Tu es allé chercher le médecin ?

- Marc est mort au chant du coq, puis il est ressuscité, car le Messie du Seigneur a fait cela, répond-elle sans ralentir.

- La douleur l’aura rendu folle ! » murmure l’homme.

En hochant la tête, il rejoint ses compagnons qui ont commencé à faucher le blé. Les champs se peuplent progressivement. Mais la curiosité triomphe chez beaucoup et ils se décident à suivre la femme qui ne cesse de hâter le pas, court, elle vole. Voici une très pauvre maison, basse, solitaire, perdue dans la campagne. Elle s’y dirige en serrant ses mains sur son cœur. A peine y a-t-elle posé le pied qu’une vieille femme se jette dans ses bras en criant :

« Ma fille, quelle grâce du Seigneur ! Prends courage ma fille, car ce que je dois te dire est chose si grande, si heureuse, que…

- Je le sais, mère. Marc n’est plus mort. Où est-il ?

- Tu le sais…mais comment ?

- J’ai rencontré le Seigneur. Je ne l’ai pas reconnu mais lui m’a parlé et quand cela lui a plu, il m’a annonce : « Ton mari vit.» Mais ici…quand ?

- J’avais ouvert la fenêtre et je regardais le premier rayon de soleil qui tombait sur le figuier. Oui, c’est vraiment ainsi. Quand j’ai entendu un profond soupir, comme quelqu’un qui se réveille. Tout effrayée, je me suis retourné et j’ai vu Marc s’asseoir, repousser le drap que je lui avais posé sur le visage et regarder vers le haut avec un visage…un visage…Puis il a tourné les yeux vers moi et s’est exclamé : « Mère, je suis guéri ! » Moi…il s’en est fallu de peu que je meure à mon tour ! Il m’a secourue et a compris qu’il avait été mort. Il ne se rappelle de rien. Il assure qu’il se souvient du moment où on l’a mis au lit, mais ensuite de plus rien jusqu’à ce qu’il voie un ange, une espèce d’ange qui avait le visage du Rabbi de Nazareth et qui lui a dit :

« Lève-toi ! » Et il s’est levé. Exactement à l’heure où le soleil surgissait tout entier.

- C’est l’heure à laquelle Jésus m’a annoncé : « Ton mari vit. » Oh ! Mère, quelle grâce ! Comme Dieu nous a aimé ! »

Les arrivants les trouvent embrassées et en larmes. Ils croient que Marc est mort et que sa femme, dans un instant de lucidité, a compris son malheur. Mais Marc, qui entend des voix, apparaît, serein, avec un enfant dans les bras et les autres attachés à sa tunique et il dit à haute voix :

« Me voici. Bénissons le Seigneur ! »

On l’assaille de questions et, comme toujours dans les réalités humaines, la contradiction s’élève. Les uns crient à une véritable résurrection, les autres, les plus nombreux, qu’il était tombé en catalepsie, mais qu’il n’était pas réellement mort. Certains admettent que le Christ est apparu à Rachel, d’autres prétendent que ce sont là des fables car « Jésus est mort », et d’autres encore :

« Il est ressuscité, mais il est tellement indigné, il doit l’être, qu’il ne fait plus de miracles pour son peuple assassin.

- Dites ce que bon vous semble, lance l’homme, qui perd patience et dites-le où vous voulez. Il suffit que ce ne soit pas ici, dans cette maison où le Seigneur m’a ressuscité. Et allez-vous-en.

Veuille le Ciel vous ouvrir l’intelligence pour que vous croyez. Mais pour l’instant, partez et laisse-nous en paix ! »

Il les pousse dehors et ferme la porte. Il serre sur son cœur sa femme et sa mère avant de reprendre :

« Nazareth n’est pas loin. Je vais y proclamer le miracle.

- C’est ce que veut le Seigneur, Marc. Nous porterons cet argent à ses disciples. Allons bénir le Seigneur. Nous sommes pauvres mais lui aussi l’était et ses apôtres ne nous mépriseront pas. »

Elle entreprend de lacer les sandalettes des enfants pendant que sa belle-mère jette quelques provisions dans un sac et ferme portes et fenêtres. Marc va faire je ne sais quoi. Ils sortent dès qu’ils sont prêts, les plus petits portés dans les bras, les autres joyeux et un peu stupéfaits autour de leurs parents… »

LES DERNIERS EVENEMENTS MIRACULEUX.

Après la résurrection et une ultime fête promise par Jésus pour la Pâque « de rattrapage » destinée aux absents, les derniers faits de la venue de Jésus en Palestine concernent principalement la mise en place de l’organisation qui doit poursuivre la mission de Jésus avec les derniers conseil pour le groupe apostolique et les disciples. Le caractère miraculeux est toujours sous-jacent avec la venue et la présence momentanée de Jésus avant son départ définitif de Palestine où il a parcouru plusieurs milliers de kilomètres pendant ses trois années de vie active et son retour dans son Royaume céleste.

Les visions et dictées de Maria Valtorta ont permis de bien connaître ces évènements à caractère miraculeux, notamment la fête de la Pâque supplémentaire et le départ au Ciel de la Vierge Marie, deux évènements qui n’ont pas été rapportés par les évangélistes comme ceux du don de l’Esprit Saint aux apôtres et l’ascension de Jésus.

La Pâque supplémentaire.

« Cette fois, l’ordre de Jésus a été exécuté à la lettre et Béthanie regorge de disciples. Les près en sont pleins, ainsi que les sentiers, les vergers, les oliveraies de lazare. Comme ces lieux ne suffisaient pas à contenir tant de personnes qui veillent à ne pas endommager les biens de l’ami de Jésus, beaucoup se sont dispersées dans les oliveraies qui mènent de Béthanie à Jérusalem par les chemins de l’Oliveraie.

Les plus proches de la maison sont les disciples de longue date. Un peu plus loin, c’est une vraie foule de visages peu connus, ou tout à fait inconnus. Mais qui peut reconnaître tant de personnes et retrouver leur nom ? Je crois qu’il y en a des centaines. De temps en temps, en faisant un effort de mémoire, un visage ou un nom me rappelle des gens que j’ai vus parmi ceux qui ont profité des bienfaits de Jésus ou ont été convertis par lui, peut-être à la dernière heure. Mais les reconnaître tous dépasse mes possibilités. Ce serait comme si je prétendais identifier qui se trouvait dans la foule qui se pressait le long des rues de Jérusalem le dimanche des Rameaux ou le douloureux Vendredi, ou celle qui couvrait le Calvaire d’un tapis de visages, la plupart déformés par la haine.

Les apôtres vont et viennent autour de la maison de Simon. Ils y entrent, en sortent, circulent parmi les gens pour les calmer ou pour répondre à leurs questions, avec l’aide de Lazare et de Maximin. Aux portes fenêtres de l’étage supérieur de la maison de Simon, on voit apparaître et disparaître tous les visages des femmes disciples : chevelures grises, chevelures brunes, parmi lesquelles resplendissent les têtes blondes de Marie-Madeleine et d’Aurea. De temps en temps, l’une d’elle sort pour regarder, puis se retire. Elles sont toutes là, vraiment toutes : jeunes et vieilles et même celles qui ne sont jamais venues, comme Sarh d’Aféqa. Sur la terrasse jouent les enfants rassemblés par Sarah, les petits-fils d’Anne de Méron, Marie et Matthias et aussi Shalem, le petit-fils de Nahum autrefois difforme, mais qui maintenant est heureux et en parfaite santé et puis d’autres encore. C’est une joyeuse bande d’oiseaux surveillés par Margziam et d’autres jeunes disciples comme le pâtre d’Hennon et Jaias de Pella. Je vois aussi, parmi les enfants, le petit garçon de Sidon qui était aveugle. On comprend que son père l’ait amené avec lui.

Le soleil est sur le point de se coucher, dans une splendeur pleine de sérénité.

Pierre délibère avec Lazare et avec ses compagnons.

« Je pense qu’il serait bon de congédier les gens » suggère-t-il. «  Qu’en dites-vous ? Il ne viendra pas aujourd’hui. Et beaucoup de ces gens doivent ce soir consommer la petite Pâque.

Oui. Il vaut mieux les renvoyer. Peut-être le Seigneur aura-t-il jugé bon de ne pas venir aujourd’hui. A Jérusalem, tous ceux du Temple se sont réunis. Je ne sais comment ils ont appris la nouvelle de sa venue et…dit lazare.

- Et alors ? Que peuvent-ils lui faire, désormais ? l’interrompt Jude avec véhémence.

- Tu oublies qui ils sont, reprend Lazare. En disant cela, j’ai tout dit. S’ils ne peuvent rien contre lui, ils peuvent faire beaucoup de mal à ceux qui sont venus l’adorer. Or le Seigneur ne veut pas nuire à ses fidèles. Du reste, crois-tu que, aveuglés comme ils le sont par leur péché et par leur pensée – toujours la même, immuable – ils n’ont pas, parmi toutes les idées qui s’entrechoquent dans leurs têtes, l’opinion que le Seigneur est ressuscité, ou plutôt qu’il n’est jamais mort et qu’il est sorti de là comme quelqu’un qui s’éveille de lui-même ou avec la complicité d’un grand nombre ? Vous ne savez pas quel maquis sauvage de pensées, quel enchevêtrement, quel tourbillon de suppositions ils ont en eux. Ils se les ont créées pour ne pas reconnaître la vérité. On peut vraiment dire que les complices d’hier sont divisés aujourd’hui pour la même raison qui les tenait unis auparavant. Et certains sont séduits par leurs idées. Vous voyez ? Certains ne sont plus au nombre des disciples.

- Eh bien ! Laisse-les partir. Il en est venu de meilleurs. C’est sûrement parmi ceux qui sont partis qu’il faut chercher les informateurs du Sanhédrin qui lui ont appris que le Seigneur serait ici le quatorzième jour du second mois. Et après leur délation, ils n’ont plus le courage de réapparaître. Loin d’ici ! Loin d’ici ! Il y a assez de traîtres ! tonne Barthélemy.

- Nous en aurons toujours, mon ami ! » dit Simon le Zélote. « Les hommes se laissent trop influencer par leurs impressions et les intimidations. Mais nous ne devons pas craindre, le Seigneur nous l’a bien recommandé.

- Et nous ne craignons rien, renchérit Pierre. Il y a quelques jours à peine, nous avions encore peur. Vous en souvenez-vous ? Pour ma part, je redoutais notre retour ici. Maintenant, il me semble ne plus avoir cette crainte. Mais je ne me fie pas trop à moi. Vous aussi, ne vous fiez pas trop à votre Céphas, car j’ai déjà montré une fois que je suis de l’argile qui s’effrite et non du granit compact. Eh bien ! congédions ces gens. Vas-y, Lazare.

- Non, Simon-Pierre, c’est ton rôle. Tu es le chef…» lui rétorque Lazare avec bienveillance en lui passant un bras autour du cou.

Il le pousse vers l’escalier et le fait monter jusqu’à la terrasse qui entoure la maison de Simon.

Pierre fait signe qu’il s’apprête à prendre la parole et les plus proches se taisent. Ceux qui sont loin accourent. Pierre attend que la plupart soient venus l’entourer, puis il dit :

« Hommes de toutes les régions d’Israël, écoutez. Je vous exhorte à retourner en ville. Le soleil a commencé à descendre. Partez donc. Si Jésus vient, nous vous le ferons savoir à tout prix. Que Dieu soit avec vous. »

Il se retire pour entrer dans la pièce largement aérée où la Vierge est entourée des femmes disciples les plus fidèles. Je remarque la présence d’autres femmes qui aimaient le Seigneur, comme Maître sans pourtant l’avoir suivi dans ses pèlerinages. Pierre va s’asseoir dans un coin en regardant Marie, qui lui sourit.

Dehors, la foule se divise lentement : les uns restent, les autres prennent la route de la ville. Voix d’adultes qui appellent les enfants, petites voix d’enfants qui répondent. Puis le bourdonnement se fait plus sourd.

« Maintenant, dit Pierre, nous allons partir nous aussi…

- Père, le Seigneur avait annoncé sa venue !...

- Hé ! je le sais ! Mais comme tu vois, il n’est pas venu. Or c’est le jour prescrit…

- Oui » intervient Marie de Magdala. « Et mon frère a déjà préparé pour vous tout ce qu’il faut. Voici Marc, fils de Jonas, qui va vous conduire et vous ouvrir la grille. Mais je vous accompagne, moi aussi. Nous venons tous. Lazare a prévu large, il y aura assez pour tous.

- Et où allons-nous consommer la cène avec un tel monde ?

- Le Cénacle sera Gethsémani même. A l’intérieur de la maison se trouve la pièce pour ceux dont Jésus a parlé. Pour les autres, des tables sont préparées dehors, près de la maison. C’est ce qu’il a voulu.

- Qui ? Lazare ?

- Le Seigneur.

- Le Seigneur ? Mais quand est-il venu ?

- Il est venu…Que t’importe le jour ? Il est venu et il a parlé avec Lazare.

- Je crois qu’il vient, dit Barthélemy, et aussi qu’il est allé trouver chacun de nous, même si aucun de nous ne le dit pour garder cette joie comme sa perle la plus chère, qu’il craint de montrer de peur qu’elle ne perde sa plus belle lumière. Ce sont les secrets du Roi ! »

Il observe le groupe des vierges, dont le visage s’empourpre comme s’il était frappé par un rayon du soleil couchant. Mais c’est une flamme spirituelle de joie intense qui les illumine.

Marie, la Vierge des vierges, dans son blanc vêtement de lin, tel un lys revêtu de pureté, incline la tête en souriant sans mot dire. Comme elle ressemble en ce moment à la jeune Vierge de l’Annonciation !

« Certes…Il ne nous laisse pas seuls, même s’il ne nous apparaît pas visiblement. J’affirme que c’est lui qui met certaines pensées dans mon pauvre cœur et dans mon âme encore plus pauvre…» avoue Matthieu.

Les autres restent en silence….tout en mettant leurs manteaux, ils s’examinent mutuellement. Mais le soin avec lequel certains se couvrent le plus possible le visage, pour tenir caché le flot de joie spirituelle qui affleure à la pensée de leurs secrètes rencontres divines, montre qu’ils sont les plus favorisés.

«  Avouez-le donc ! » disent les autres ? « Nous n’en sommes pas jaloux ! Ce n’est pas l’indiscrétion qui motive notre désir de savoir. Mais nous serions réconfortés par l’espoir que nous ne serons pas pour toujours privés de sa vue ! Souvenez-vous des paroles de Raphaël à Tobie : « S’il est bon de tenir caché les secrets d’un roi, il faut révéler les œuvres de Dieu et les célébrer comme elles le méritent. » L’ange de Dieu a raison ! Gardez pour vous le secret des paroles que Dieu vous a dites, mais révélez son continuel amour pour vous. »

Jacques, fils d’Alphée, regarde Marie, comme pour recevoir d’elle une lumière et, l’ayant vu donner son accord par un sourire, il déclare :

« C’est vrai. J’ai vu le Seigneur. »

Rien de plus. Et il est le seul à parler. Les deux autres qui se sont bien couverts, c'est-à-dire Jean et Pierre, ne disent pas un mot.

Ils sortent tous en groupes : d’abord les Onze, puis Lazare avec ses sœurs et les femmes disciples autour de Marie, en dernier lieu les bergers et beaucoup des soixante-douze disciples. Ils se dirigent vers Jérusalem par la route haute qui mène à l’Oliveraie. Les enfants qui sont restés courent devant et derrière, tout heureux.

Marc indique un sentier qui évite le champ des Galiléens et les endroits les plus fréquentés et conduit directement à la nouvelle enceinte du jardin des Oliviers. Il ouvre, les fait passer, referme. Beaucoup de disciples bavardent et l’un d’eux va interroger les apôtres, Jean en particulier. Mais eux font signe d’attendre : ce n’est pas l’heure de faire ce qu’ils demandent et tous se tiennent tranquilles.

Quelle paix dans la vaste oliveraie ! Un dernier rayon de soleil éclaire encore la partie la plus élevée alors que l’ombre a déjà atteint les régions les plus basses. Un léger bruissement du vent dans les feuillages vert-argenté et de joyeux chants d’oiseaux saluent le jour qui meurt.

Voici la maisonnette du gardien. Sur la terrasse qui sert de toit, Lazare a fait dresser un pavillon de tentes, de sorte que la terrasse s’est changée en un cénacle aérien pour ceux des disciples qui n’ont pas pu consommer la Pâque le mois précédent. En bas, sur la petite aire bien nettoyée, d’autres tables ont été dressées. A l’intérieur de la maison, dans la meilleure pièce, se trouve la table des femmes disciples.

On apporte aux différentes tables des premiers les agneaux rôtis, les laitues, les azymes et la sauce rougeâtre et on dispose les calices rituels. Sur celle des femmes, il n’y a pas de calice mais autant de coupes que de convives. On comprend que les femmes étaient dispensées de cet aspect de la cérémonie. Sur les tables de ceux qui ont déjà consommé la Pâque au temps normal, il y a l’agneau mais sans les azymes et les laitues avec la sauce rougeâtre.

Lazare et Maximin dirigent tout le service. Lazare se penche sur Pierre pour lui dire quelques mots qui provoquent chez l’apôtre une vive manifestation de refus obstiné.

« Et pourtant…cela te revient » lui souffle Philippe qui est à côté de lui.

Mais Pierre désigne Jacques, fils d’Alphée :

« C’est à lui que cela revient. »

Pendant qu’ils en débattent, le Seigneur apparaît au début de la petite aire et salue :

« Paix à vous. »

Tous se lèvent et le bruit avertit les femmes de ce qui arrive. Elles sont sur le point de sortir mais Jésus entre dans la maison en les saluant elles aussi.

Marie s’exclame :

« Mon Fils ! »

Et elle le vénère plus profondément que tous, indiquant par ce geste que, bien que Jésus puisse être ami, ami et parent au point d’être fils, il est toujours Dieu et doit être vénéré comme tel. Vénéré toujours, avec un esprit qui adore même si son amour pour nous est prévenant au point de le pousser à se donner en toute confiance comme notre Père et notre Epoux.

« Paix à toi, Mère. Asseyez-vous, mangez. Je monte sur la terrasse où Margziam attend la récompense. »

Il sort afin de monter l’escalier et il hèle :

« Simon-Pierre et Jacques, fils d’Alphée, venez ! »

Les deux hommes montent à sa suite. Jésus s’assied à la table du milieu où se trouve Margziam en disant aux deux apôtres : 

« Vous ferez ce que je vous dirai » et au chef de table, qui est Matthias : « Commence le banquet pascal ! »

Ce soir, Jésus a Margziam à son côté, à la place où était Jean l’autre fois. Pierre et Jacques sont derrière le Seigneur, attendant ses ordres.

Et avec le même rituel que la Cène pascale, celle-ci se déroule: les hymnes, les demandes, les libations. Je ne sais pas si aux autres tables c'est la même chose. C'est là où est Jésus que je regarde fixement, à moins que sa volonté ne m'oblige à regarder autre chose, et j'oublie tout pour contempler mon Seigneur qui offre maintenant les meilleures bouchées de son agneau - Lui l'a pris sur le plat, mais il n'en mange pas et de même ne prend pas de laitue ni de sauce et ne boit pas au Calice - qui offre maintenant les bouchées les meilleures à Margziam qui est tout à fait heureux.

Jésus au début a fait un signe à Pierre pour qu'il se penche et l'écoute, et Pierre, après l'avoir écouté, a dit à haute voix :

« A ce moment le Seigneur offrit pour nous tous le calice en qualité de Père et de Chef de sa Famille. »

Maintenant il fait un nouveau signe à Pierre, qui de nouveau l'écoute et se relève pour dire:

« Et à ce point le Seigneur se ceignit pour nous purifier et nous enseigner comment faire nous-mêmes pour consommer dignement le Sacrifice Eucharistique. »

La cène continue jusqu'à un autre signe Pierre dit encore:

« A ce moment le Seigneur prit le pain et le vin les offrit, et les bénit en priant, et après en avoir fait les parts nous les distribua en disant: "Ceci est mon Corps et ceci est mon Sang du nouveau Testament éternel, qui pour vous et pour beaucoup sera répandu en rémission des péchés". »

Jésus se met debout. Il est très majestueux. Il ordonne à Pierre et à Jacques de prendre un pain, d'en faire des bouchées et d'emplir de vin un calice, le plus grand qu'il y ait sur les tables. Ils obéissent et tiennent devant Lui le pain et le vin, et Jésus étend sur eux ses mains en priant sans autre action que le ravissement de son regard…

« Distribuez les morceaux de pain et présentez le calice fraternel. Toutes les fois que vous le ferez, vous le ferez en mémoire de Moi. »

Les deux apôtres obéissent, pleins de vénération…

Pendant que l'on distribue les Espèces, Jésus descend chez les femmes. Je pense, mais je ne vois pas car je n'entre pas où elles sont, que Jésus communie sa Mère de ses propres mains. C'est mon idée. Je ne sais pas si elle correspond à la vérité, mais je ne comprendrais pas pourquoi il s'en est allé là sinon pour faire cela.

Puis il revient sur la terrasse. Il ne s'assoit plus. La cène arrive à sa fin. Il dit :

« Tout est consommé?

- Tout est consommé, Seigneur.

- C'est ce que j'ai fait sur la Croix. Levez-vous. Prions. »

Il étend les bras comme s'il était sur la croix et entonne la prière du Notre Père.

Je ne sais pas pourquoi je pleure. Je pense que c'est peut-être la dernière fois que je le Lui entends dire… Comme aucun peintre ou sculpteur ne pourra jamais nous donner le véritable portrait de Jésus, ainsi personne, si saint qu'il soit, ne pourra dire à la fois si virilement et si doucement le Pater Noster. J'en aurai toujours une grande nostalgie de ces Pater qui venaient de Jésus, véritable colloque d'âme avec le Père tout aimé et tout adoré des Cieux, cri d'honneur, d'obéissance, de foi, de soumission, d'humilité, de miséricorde, de désir, de confiance… tout!

« Allez! Que la Grâce du Seigneur soit en vous tous et que sa paix vous accompagne » dit Jésus en prenant congé. Et il s'en va dans un éclat de lumière qui dépasse de beaucoup la clarté de la lune maintenant pleine et haute sur le Jardin silencieux, et celle des lampes mises sur les tables.

Pas un mot. Des larmes sur les visages, l'adoration dans les cœurs… et rien d'autre…

La nuit veille et connaît, avec les anges, les palpitations de ces bénis.

Vision et dictée du 23/4/1947, tome 10, § 636, p 437.

Cette fête n’est pas mentionnée par les quatre évangélistes.

L’ascension de Jésus.

Une dizaine de jours plus tard, c’est l’aurore et Jésus échange avec sa mère les derniers souvenirs passés ensemble. Puis ils entrent dans la maison du Gethsémani où se trouvent les apôtres. Ils partagent ensemble un dernier repas. C’est Jésus qui fait et offre les parts de viande rôtie. Le repas est bref.

Jésus commence alors son dernier long enseignement par ces mots : « Voici venue l’heure où je dois vous quitter pour retourner vers mon Père. Ecoutez les dernières paroles de votre Maître…» Il leur donne alors les ultimes conseils, notamment sur la venue de l’Esprit Saint qui aura bien lieu à Jérusalem, alors que la ville indigne ne le mérite pas et sera condamnée. Il insiste aussi sur le Royaume de Dieu qui est l’Amour et qui se trouve en chacun d’eux, loin de l’idée d’un Royaume d’Israël. Il termine en leur disant qu’il va préparer leur place à côté de son trône et, après s’être levé, il les embrasse un à un. Puis,

« en guise de bénédiction : « Que la paix reste avec vous et que le Seigneur vous récompense pour tout ce que vous m’avez donné. »

En sortant de la maison, Jésus demande que tous les disciples se dirigent vers le champ proche des Galiléens, lieu de campement pour les fêtes. Tout le monde est là, dont la Vierge Marie et Lazare. Il demande aux bergers d’être tout proche de lui. Il remercie nommément tous ses amis.

Jésus charge alors les disciples de retenir la foule pendant qu’il gravit un petit sommet. Il ouvre ses bras et « sa voix donne son dernier ordre : 

« Aller en mon nom évangéliser jusqu’aux extrémités de la terre. Que Dieu soit avec vous, que son amour vous réconforte, que la lumière vous guide, que la paix demeure en vous jusqu’à la vie éternelle. »

Jésus se transfigure en beauté, davantage que sur le Thabor. Tous tombent à genoux pour l’adorer…Il s’élève, s’élève…vers le soleil…C’est la Lumière qui descend du Ciel à la rencontre de la Lumière qui monte. »…

Résumé de la vision et dictée du 24 avril 1947, tome 10, p 448, § 638.

Cet évènement est brièvement décrit au début des Actes des Apôtres (1, 6-11).

La descente de l’Esprit Saint.

Dans la salle de la Cène du Cénacle sont rassemblés les Douze apôtres, dont Matthias le remplaçant de Judas, et la Vierge Marie, en ce jour du 26 mai de l’an 30. La pièce est bien fermée et il fait sombre.

La Vierge Marie est assise seule sur son siège. Sur ses deux côtés, se trouvent Pierre et Jean.

« Marie lit lentement à haute voix, les paroles écrites sur le rouleau qu’elle tient déplié. Les autres la suivent en silence, en méditant. De temps à autre, ils répondent si le cas se présente.

Marie a le visage transfiguré par un sourire extatique…Les apôtres se penchent en avant, en se tenant un peu de biais pour voir son visage pendant qu’elle sourit si doucement et qu’elle lit. Sa voix semble être un cantique angélique. Pierre en est tellement ému que deux grosses larmes coulent de ses yeux et descendent sur sa barbe grisonnante. Mais Jean reflète son sourire virginal et s’enflamme d’amour comme elle, pendant que la Vierge lit le rouleau et lui en présente un autre. La lecture est finie. La voix de Marie s’éteint et elle se recueille en une oraison secrète, en joignant les mains sur sa poitrine et en appuyant sa tête contre le coffre devant elle. Les apôtres l’imitent…

Un grondement très puissant et harmonieux, qui rappelle le vent et la harpe, le chant d’un homme et le son d’un orgue parfait, résonne à l’improviste dans le silence du matin. Il se rapproche, toujours plus harmonieux et plus puissant et emplit la terre de ses vibrations, il les propage et les imprime à la maison, aux murs, au mobilier. La flamme du lampadaire, jusqu’alors immobile dans la paix de la pièce close, palpite comme si elle était la proie du vent, et les chaînettes de la lampe tintent sous l’onde du son surnaturel qui les frappe.

Terrifiés, les apôtres lèvent la tête. Ce bruit intense et mélodieux se fait de plus en plus proche. Certains se lèvent, prêts à s’enfuir, d’autres se pelotonnent sur le sol en se couvrant la tête de leurs mains et de leurs manteaux ou se battent la coulpe. D’autres encore se serrent contre Marie, trop apeurés pour conserver leur retenue.

Seul jean ne s’effraie pas, car il voit une paix lumineuse de joie s’accentuer sur le visage de Marie, qui lève la tête en souriant à une apparition connue d’elle seule. Elle glisse à genoux en ouvrant les bras…

Et voilà la Lumière, le Feu, l’Esprit saint qui, avec un dernier son envoûtant, entre dans la pièce close sous la forme d’un globe très brillant et ardent, sans remuer les portes ni les fenêtres. Il plane un instant à environ trois palmes au-dessus de la tête de Marie, maintenant découverte, car, à la vue du Feu Paraclet, Marie a levé les bras comme pour l’invoquer et a rejeté la tête en arrière en poussant un cri de joie, avec un sourire d’amour sans bornes. Et après cet instant, le Globe très saint se partage en treize flammes mélodieuses et étincelantes, d’une lumière qu’aucune comparaison terrestre ne peut décrire et descend pour baiser le front de chaque apôtre.

Mais la flamme qui descend sur Marie est différente. Elle forme un cercle qui entoure et ceint, comme un diadème, sa tête virginale, en couronnant comme Reine, l’Epouse de Dieu…

Le Feu reste ainsi quelque temps…Puis, il se dissipe…en souvenir de sa descente, il plane un parfum qu’aucune fleur terrestre ne peut dégager…Les apôtres reviennent à eux…

Marie reste en extase. Elle croise seulement les bras sur sa poitrine, ferme les yeux, baisse la tête. Insensible à tout, elle poursuit son dialogue intime avec Dieu…Personne n’ose la troubler.

Jean dit en la désignant :

« Elle est l’autel. Et c’est sur sa gloire que s’est posée la Gloire du Seigneur…

- Oui. Ne troublons pas sa joie. Mais allons prêcher le Seigneur afin que soient connues ses œuvres et ses paroles parmi les peuples, propose Pierre avec une surnaturelle impulsivité.

- Allons ! Allons ! L’esprit de Dieu brûle en moi, s’exclame Jacques, fils d’Alphée.

- Et il nous invite à agir. Tous. Allons évangéliser les gens. »

Ils sortent comme s’ils étaient poussés ou attirés par un vent ou par une force irrésistible.»

Vision et dictée du 27 avril 1947, tome 10, p 469, § 640.

Cet épisode est rapporté par Luc en trois phrases dans les Actes des Apôtres (2, 1-4).

L’Assomption de la Vierge Marie.

Les années ont passé et au cours d’une conversation entre Pierre et Jean, celui-ci a répondu à Pierre qui s’enquerrait de la santé de la Vierge Marie.

« Le temps et les douleurs n’ont pas de pouvoir sur elle. Elle est toujours jeune d’aspect et d’esprit, sereine. Je dirais même bienheureuse. Je comprends que cette nouvelle floraison en beauté et en joie, c’est le signe qu’elle sent déjà proche la réunion avec son Fils. Réunion totale, je veux dire. Car l’union spirituelle n’a jamais cessé. Je suis certain qu’elle voit chaque jour son Fils, dans son vêtement glorieux. Et je crois que sa béatitude c’est cela. Je crois qu’en le contemplant, son esprit s’illumine et arrive à connaître tout l’avenir, comme le connaît Dieu. Même le sien. Elle est encore sur la Terre, avec son corps, mais je pourrais dire, sans crainte d’errer, que son esprit est presque toujours dans les Cieux. Si grande est son union avec Dieu, que je ne crois pas dire une parole sacrilège en disant qu’elle a Dieu en elle, comme quand elle le portait dans son sein. Davantage encore. Comme le Verbe s’est uni à elle pour devenir Jésus Christ, ainsi maintenant, elle est tellement unie au Christ qu’elle est un second Christ, pour avoir pris une nouvelle humanité, celle de Jésus Lui-même…Elle vit dans l’amour. Ce feu d’amour l’enflamme, la nourrit, l’éclaire et c’est encore ce feu d’amour qui nous la ravira, au moment marqué, sans douleur pour elle, sans corruption pour son corps…La douleur sera pour nous seuls… Pour moi surtout… Nous n’aurons plus la Maîtresse, celle qui nous guide et nous réconforte. Et moi, je serai vraiment seul. »

A Pierre qui demande d’être tenu au courant du départ de la Vierge Marie, Jean poursuit :

« Je le ferai, s’il m’est donné de le faire, mais j’en doute beaucoup. Quelque chose me dit en mon intérieur que, comme il arriva pour Elie, ravi par un tourbillon céleste sur un char de feu, il en sera ainsi pour elle. Je n’aurai pas le temps de m’apercevoir de son passage prochain qu’elle sera déjà au Ciel avec son âme. Pierre ajoute : « Mais son corps au moins restera. Il est resté celui du Maître ! Et il était Dieu ! Jean lui répond : Pour lui, il était nécessaire qu’il en fût ainsi. Pour elle, non. Lui devait, par sa Résurrection, démentir les calomnies des juifs, par ses apparitions, persuader le monde, devenu hésitant ou même négateur à cause de sa mort sur la croix. Mais elle n’a pas besoin de cela. Mais si je puis le faire, je te préviendrai…»

Au soir du sabbat du milieu de l’été de l’année 51, la Vierge Marie s’est toute vêtue de blanc. Elle range des vêtements dans le coffre des reliques de la passion. Jean la surprend très pâle dans son rangement et une discussion s’instaure où Jean lui dit la douleur de revoir « ces tristes choses ». La Vierge Marie lui rappelle toutes les douleurs qu’elle a dû subir, depuis la disparition de Jésus, enfant au temple, la mort de Joseph, le départ de Jésus pour sa vie publique, la laissant seule, la séparation de Jésus après sa crucifixion et le tombeau, et après son ascension. Puis elle continue par un long discours de recommandations des enseignements de Jésus, ses commandements d’amour et de pardon, reconnaissant que :

« L’Eglise est désormais formée et forte. L’Esprit-Saint l’éclaire, le sang des premiers martyrs la cimente (dont celui d’Etienne) et la multiplie, mon aide a contribué à faire d’elle, un organisme saint que chacun fortifie de plus en plus…»

Puis elle continue en parlant d’elle :

« Maintenant je suis dans la joie, une joie immense comme immense fût ma peine, car je sens que j’ai accompli ma vie…J’ai fini ma mission terrestre. L’autre, la céleste, n’aura pas de fin…C’est une joie incompréhensible pour les hommes, mais compréhensible pour les esprits qui vivent déjà dans la lumière de Dieu… J’ai en moi une telle jubilation, une telle plénitude de vie surnaturelle que je pense ne pas pouvoir la supporter en continuant à vivre. Je ne suis pas éternelle, éternel est mon esprit, non la chair car elle est sujette comme toute chair humaine à la mort ».

A Jean angoissé qui lui répond que « ton corps immaculé ne peut mourir comme celui des pécheurs », elle lui explique : « Tu es dans l’erreur, Jean. Mon Fils est mort ! Moi aussi, je mourrai. Je ne connaîtrai pas la maladie, l’agonie, le spasme de la mort. Mais pour ce qui est de mourir, je mourrai…Ecoute mes dernières volontés. Quand mon corps, privé de l’esprit vital, sera étendu en paix, ne me soumets pas aux embaumements en usage chez les hébreux. Désormais, je ne suis plus l’hébraïque, mais la première « chrétienne »…

Après un premier mouvement de forte émotion, Jean est extasié puis il se calme un peu et persuade la Vierge Marie de se reposer sur son lit où elle se couche sans même enlever son manteau car la pâleur de la Vierge se change lentement en une lumière d’une extrême candeur. Jean lui dit :

« Tu es comme Jésus quand il s’est transfiguré sur le Thabor ! Ta chair resplendit comme la lune, tu n’es plus humaine ! Tu es lumière ! »

Croisant ses bras sur sa poitrine et abaissant ses paupières sur ses doux yeux brillants d’amour, elle dit à Jean qui est penché sur elle :

« Je suis en Dieu. Et Dieu est en moi. Pendant que je le contemple et que je sens son embrasement, dis moi des psaumes.»

Jean récite alors plusieurs psaumes puis entonne le Magnificat. Mais arrivé au neuvième verset, il s’aperçoit qu’elle ne respire plus, tout en ayant gardé une pose et une attitude naturelle, souriante, tranquille, comme si elle n’avait pas marqué l’arrêt de la vie.

Jean en pleurs tente vainement de l’appeler. Se rappelant son désir, Jean rassemble alors les pans de son ample manteau de lin qui pendaient des bords du lit sur son corps et ajuste son voile étalé sur l’oreiller en couvrant sa tête. Puis il débarrasse la pièce sauf le coffre contenant les reliques et dispose sur son lit des fleurs et des feuillages d’olivier qu’il est allé cueillir. Jean se met à veiller le corps en priant.

Plusieurs heures passent, Jean, vaincu par la lassitude s’endort encore pendant plusieurs heures, vaincu par la fatigue. Il est toujours assis sur le tabouret, le dos appuyé au mur, près de la porte ouverte qui donne sur la terrasse. La lumière de la lanterne, posée sur le sol, l’éclaire par-dessous et permet de voir un visage fatigué, très pâle, sauf autour des yeux rougis par les pleurs.. Les fleurs se sont flétries, le corps de la Vierge n’a pas bougé. Il n’y a aucun signe de mort sur son visage. L’aube du jour commence, car sa faible clarté permet de voir la terrasse et les oliviers qui entourent la maison. Cette clarté se fait toujours plus forte en pénétrant par la porte.

Soudain, une lumière intense inonde la pièce, argentée, nuancée d’azur, presque phosphorescente et qui croît de plus en plus. Puis dans cet éclat paradisiaque, apparaissent des créatures angéliques dont la splendeur accentue encore la vivacité de la lumière, comme lors de la Nativité. Une danse d’étincelles de toutes couleurs se dégage de leurs ailes d’où il vient une sorte de murmure harmonieux. Les créatures angéliques forment une couronne autour du lit, se penchent sur lui, soulèvent le corps immobile et s’en vont par un vide qui s’est, par prodige, ouvert sur le toit, tout comme le tombeau de Jésus s’était ouvert miraculeusement. C’est ainsi que les anges emportent le corps de leur Reine, son corps très saint, c’est vrai, mais pas encore glorifié, donc soumis aux lois de la matière, contrainte à laquelle n’était plus tenu le Christ, puisqu’il était glorifié dès sa résurrection. Le battement d’ailes des anges est maintenant puissant comme celui d’un orgue.

Dans son sommeil, Jean a remué deux ou trois fois sur son tabouret, comme s’il était troublé par la grande lumière et par l’écho des voix célestes, mais cette fois, il est complètement réveillé par cette harmonie et par un fort courant d’air qui, descendant par le toit découvert et sortant par la porte ouverte, forme une sorte de tourbillon qui agite les couvertures du lit désormais vide et les vêtements de Jean, éteint la lampe et ferme violemment la porte ouverte. Encore à moitié endormi, l’apôtre regarde autour de lui pour voir ce qui arrive. Il s’aperçoit que le lit est vide et que le toit est découvert. Il se rend compte qu’un prodige a eu lieu. Il sort en courant sur la terrasse et lève la tête en protégeant ses yeux de sa main pour regarder sans avoir la vue gênée par le soleil qui se lève.

Et il voit. Il voit le corps de la Vierge Marie, encore privé de vie, mais en tout pareil à celui d’une personne endormie, monter de plus en plus haut, soutenu par une troupe angélique. Comme pour un dernier adieu, un pan du manteau et le voile s’agitent. Des fleurs, celles que Jean avait disposées et renouvelées autour du corps de Marie et qui avaient dû rester dans les plis des vêtements de Marie, pleuvent sur la terrasse pendant que les louanges puissantes de la troupe des anges se font toujours plus lointaines et donc plus légères.

Jean continue à fixer ce corps qui monte vers le Ciel et certainement par un prodige qui lui est accordé par Dieu pour le consoler et le récompenser de son amour pour sa Mère adoptive, il voit distinctement que Marie, enveloppée maintenant par les rayons du soleil qui s’est levé, sort de l’extase qui a séparé son âme de son corps, redevient vivante et se dresse debout. Jean regarde longuement. Le miracle dont Dieu le comble lui permet, contre toutes les lois naturelles, de voir Marie s’élever rapidement et sans aide vers le Ciel, entourée par les anges qui chantent des hosannas.

Toujours appuyé au muret de la terrasse, Jean continue de fixer cette splendide et resplendissante forme de Dieu, - on peut à juste titre employer cette expression à propos de Marie, puisqu’elle fut formée d’une manière unique par Dieu, qui l’a voulue immaculée - pour qu’elle devienne une forme pour le Verbe incarné. Alors se produit un dernier et suprême prodige que Dieu-Amour accorde à celui qu’il aime parfaitement : Jean assiste à la rencontre de la Mère très sainte avec son Fils très saint. Resplendissant lui aussi d’une beauté indescriptible, Jésus descend rapidement du Ciel, rejoint sa Mère, la serre sur son cœur et, ensemble, plus brillants que deux astres, il s’en vont à l’endroit d’où Jésus est venu.

La vision de Jean est finie. Sur son visage fatigué, on peut lire à la fois la souffrance de la perte de Marie et la joie de la savoir dans la gloire. Mais désormais, la joie l’emporte sur la douleur et il dit :

« Merci, mon Dieu ! Merci ! J’avais pressenti que cela allait arriver. Et je voulais veiller pour ne perdre aucun détail de son Assomption. Cela faisait trois jours que je ne dormais pas ! Le sommeil, la lassitude joints à la peine, m’ont abattu et vaincu au moment même où l’Assomption était imminente. Mais peut-être l’as-tu voulu, mon Dieu, pour ne pas troubler ce moment et pour que je n’en souffre pas trop. Oui, c’est sûrement toi qui l’as voulu, tout comme tu as désiré que, cette fois, j’assiste à ce que je n’aurais pu voir sans miracle. Tu m’as accordé de la contempler encore, bien que déjà loin, glorifiée et glorieuse, comme si elle avait été tout près de moi et de revoir Jésus ! Quelle vision bienheureuse, inespérée, inespérable ! Quel don des dons de Jésus-Dieu à son Jean ! Le voir près de sa Mère ! Lui qui est semblable au soleil et à la lune, tous les deux d’une splendeur inouïe, en raison de leur gloire et de leur bonheur d’être réunis pour toujours !...

Des trois miracles que j’avais demandés à Dieu, deux se sont réalisés. J’ai vu la vie revenir en Marie et je sens que la paix est revenue en moi. Toute mon angoisse cesse car je vous ai vus réunis dans la gloire. Merci pour cela, mon Dieu. Et merci de m’avoir donné de voir ce qui est arrivé à une créature très sainte, mais toujours humaine, pour me permettre de comprendre quel est le sort des saints et quelle sera, après le jugement dernier, la résurrection de la chair et leur réunion, leur fusion avec l’esprit, monté au Ciel à l’heure de la mort. Je n’avais pas besoin de voir pour croire car j’ai toujours cru fermement à toutes les paroles du Maître. Mais beaucoup douteront que, après des siècles et des millénaires, la chair, devenue poussière, puisse se reconstituer en un corps vivant. A ceux-là je pourrai dire, en le jurant sur ce qu’il y a de plus élevé, que non seulement le Christ est redevenu vivant par sa propre puissance divine, mais que sa Mère aussi, trois jours après sa mort – si on peut appeler mort sa dormition – a repris vie et, avec sa chair réunie à son corps a établi son éternelle demeure au Ciel à côté de son Fils. Je pourrai dire : « Croyez, vous les Chrétiens, à la résurrection de la chair à la fin des siècles et à la vie éternelle des âmes et des corps, vie bienheureuse pour les saints, horrible pour les coupables impénitents. Croyez et vivez en saints, comme l’ont fait Jésus et Marie, pour avoir le même sort. J’ai vu leurs corps monter au Ciel. Je puis vous en rendre témoignage. Vivez en justes pour pouvoir un jour prendre place dans le nouveau monde éternel, en âme et en corps, près de Jésus-Soleil et près de Marie-Etoile de toutes les étoiles ». Merci encore mon Dieu ! Et maintenant, recueillons ce qui reste d’elle. Les fleurs tombées de ses vêtements, les feuilles d’olivier restées sur le lit et conservons-les, tout cela servira à aider et consoler mes frères que j’ai vainement attendus. Tôt ou tard, je les retrouverai…»

Jean remarque alors avec plus d’attention l’ouverture du toit et s’écrie :

« Encore un miracle ! Et une autre admirable proportion dans les prodiges de la vie de Jésus et de Marie ! Lui, en tant que Dieu, est ressuscité de lui-même. Par sa seule volonté, il a renversé la pierre du tombeau et par sa seule puissance il est monté au Ciel, de lui-même. Quant à Marie, toute sainte, mais fille d’homme, c’est grâce aux anges que lui fut ouvert le passage pour son Assomption au Ciel et c’est toujours à l’aide des anges qu’elle est montée là-haut. »

Puis Jean conclut : 

« Maintenant, tout est accompli aussi pour moi ! Je suis désormais libre de partir là où l’esprit de Dieu me conduira. Allons semer la Parole de Dieu que le Maître m’a confiée pour que je la transmette aux hommes. Allons enseigner l’amour pour qu’ils croient dans l’Amour et sa puissance. Leur faire connaître les prodiges accomplis par le Dieu-Amour pour les hommes….

L’Amour obtient tout. Cela fait partie des derniers mots que Marie m’ait adressés, à moi, quand elle a défini ma place, au sein du Collège apostolique, comme celui qui aime par excellence, l’opposé de Judas qui a été haine, comme Pierre, l’impétuosité et André la douceur, les fils d’Alphée la sainteté et la sagesse unies à la noblesse des manières et ainsi de suite. Etant celui qui aime, j’irai, maintenant que je n’ai plus le Maître et sa Mère à aimer sur la Terre, répandre l’amour parmi les nations. L’amour sera mon arme et ma doctrine »….

Visions et dictées du 21 novembre et 8 décembre 1951, tome 10, § 649 et 650.

Quelques explications ont été rajoutées à ce récit, à la suite d’autres visions de la Vierge Marie, elle-même, le 18 décembre 1943, le 15 juillet 1944 et le18 avril 1948, mais aussi de Jésus, le 5 janvier 1944 qui a précisé : 

« Aucun tombeau n’a englouti la dépouille de Marie car Marie s’est seulement séparée de son esprit qui avait précédé sa chair et avec lequel elle se réunit…Ici, ce fut le corps de Marie qui revint s’unir à l’esprit après le long arrêt sur le lit funèbre. Tout est possible à Dieu. Marie est venue à moi, à Dieu, au Ciel, sans connaître le tombeau et l’horrible décomposition. C’est un des miracles les plus éclatants de Dieu. »

Maria Valtorta n’a pas indiqué où a exactement eu lieu l’Assomption de la Vierge Marie, probablement à Jérusalem ou peut-être alors, près d’Ephèse où elle est également honorée.

De façon étonnante, l’Assomption de la Vierge Marie n’est pas mentionnée dans le Nouveau Testament, ni par l’évangéliste Jean, pourtant présent, mais l’apôtre faisant certainement preuve d’humilité et de modestie, à l’image même de la Vierge Marie.

CONCLUSION

De ces trois années de vie publiques de Jésus, ont seulement été abordés les cas de miracles survenus parmi un millier de miracles réalisés individuellement par Jésus et ses apôtres, en ne développant que les plus marquants de ceux relatés par Maria Valtorta. Outre les deux grands miracles collectifs qui ont eu lieu lors des multiplications des pains et des poissons, c’est près de dix mille personnes qui ont eu le privilège de bénéficier d’un miracle et c’est encore beaucoup plus de personnes qui ont dû assister à un miracle, soit de Jésus, soit de ses apôtres, ce qui représente malgré tout un certain pourcentage non négligeable de la population de la Palestine de l’époque.

La grande majorité des miracles concerne des guérisons de malades ou de personnes troublées dans leur intégrité morale. On voit là toute la compassion révélée par Jésus, qui souvent n’attend pas dès qu’il arrive dans un endroit habité, en se mettant immédiatement à soulager les plus touchés par la dureté de la vie.

Les miracles les plus spectaculaires sont ceux concernant les personnes possédées, les lépreux qui voient leurs parties du corps se reconstituer et surtout les morts ressuscités, dont un des derniers cas miraculeux, celui de son ami Lazare, jettera le plus grand trouble, surtout parmi ses opposants, jusqu’à obliger l’heureux bénéficiaire à fuir, quelques temps après, la Palestine avec toute sa maisonnée et à venir terminer sa vie en Gaule méridionale.

La dizaine de miracles sur la nature et sur les éléments prouvent bien la puissance que Dieu seul, Maître de la Création, peut mettre en œuvre face à la petitesse de l’homme, qui en reste comme sidéré, tels les apôtres face à un simple figuier desséché.

Dans ce livret, n’ont pas été mentionnés les nombreux miracles de véritables conversions qu’a réalisés Jésus, tel celui de la rencontre avec la passionnée Marie Madeleine et toutes les personnes qui deviendront des disciples convaincus, tels Jean d’Endor, Syntica, Aglaé, les notables romaines, Samuel qui était venu pour le tuer,… jusqu’au grand rabbi du Temple, Gamaliel.

Les conditions de réalisation de chacun des miracles et les conséquences qui en ont découlées, sont particulièrement riches en enseignements sur la mission que Jésus est venu remplir et en matière de documentation sur cette époque.

Dans une dictée du 16 décembre 1946 à Maria Valtorta, Jésus le dit, lui-même, en délivrant le commentaire suivant :

«…Pour celui qui a l’esprit droit, la diversité des figures, des épisodes, des leçons de ces trois années de vie évangélique, contemplées comme du haut du sommet de mon œuvre de Maître, servent à donner la vision exacte de ce complexe ensemble, politique, religieux, social, collectif, spirituel, égoïste jusqu’au crime, ou altruiste jusqu’au sacrifice, où je fus un Maître et où je suis devenu Rédempteur. Le caractère grandiose du drame n’apparaît pas en une seule scène, mais dans toutes…» (tome 8, p 385)

La notoriété qu’a connue Jésus était particulièrement grande, due principalement à ses miracles qui ont frappé les esprits mais aussi au contenu de sa doctrine et à son exemple de vie, hors du commun pour un homme issu du peuple, passant pour un jeune rabbi. On le voit jusqu’avec ces Romains venant de régions limitrophes de la Palestine pour le consulter dans des cas de guérisons où leurs propres médecins échouaient.

Bien que Jésus ressente tout de suite l’état d’âme de la personne qu’il a en face de lui, la plupart du temps, le miracle n’est consenti qu’après une prise de conscience, par l’intéressé, de sa propre condition et du niveau de foi qu’il doit ressentir et manifester pour le prodige espéré. A un gardien Romain d’esclaves de Gamala, qui prend Jésus pour un rhéteur, le païen lui demande de faire un miracle pour qu’il puisse le croire, Jésus lui répond :

« On ne demande pas des miracles pour croire. On demande la foi pour croire et obtenir ainsi le miracle. La foi et la pitié pour le prochain ! »

De même, à un apôtre qui l’interroge à la suite d’un miracle accordé à un homme fâché d’avoir eu une troisième fille alors qu’il espérait un garçon, Jésus lui donne l’explication suivante :

« Voulais-tu que je change la petite fille en garçon ? Le miracle, en réalité, est une altération des choses fixées, un désordre bénéfique par conséquent, que Dieu accorde pour consentir à la prière de l’homme, pour lui montrer qu’il l’aime ou le persuader qu’il est Celui qui est. Mais étant donné que Dieu est ordre, il ne viole pas l’ordre exagérément. La fillette est née femme et elle reste femme. »

Or, le prochain enfant qui naîtra sera un garçon car son père, Philippe, a bien compris, suite à l’enseignement de Jésus, qu’il n’avait pas de reproches à adresser, ni à sa femme, ni à Dieu.

Comme Jésus est capable de lire immédiatement dans le cœur profond de celui qui se présente à lui, il adapte la façon de faire le miracle à chacun des cas qui s’offre à lui et se sert souvent du résultat obtenu pour développer l’enseignement correspondant, comme il le fait pour le choix des paraboles à partir de ce qu’il ressent au moment présent.

Outre les miracles pour les malades, ce sont aussi les oboles qu’il ordonne chaque fois de distribuer aux plus pauvres, parfois au détriment même des besoins nécessaires pour les apôtres et les disciples. Ce n’est souvent qu’après, que les enseignements sont donnés, toujours entouré de ses apôtres.

Et pourtant, les milliers de miracles réalisés ne permirent pas de convertir les habitants des villes de Palestine. Parfois, les miracles ont même eu un effet néfaste vis-à-vis de certains incrédules ou d’opposants les plus acharnés par la peur de la perte de leurs prérogatives. C’était le cas, souvent ressenti par les apôtres, depuis les habitants de Nazareth, en passant par de riches notables et jusqu’aux pharisiens et membres du Sanhédrin les plus influents. Cette opposition affecta considérablement Jésus au point où il fut amener à l’extérioriser, ce qui provoqua un rejet encore plus grand, l’obligeant parfois à manifester un nouveau prodige pour se sortir d’une situation difficile.

Cela s’est passé à Nazareth. Jésus l’exprime dans une dictée du 21 mai 1946, à Maria Valtorta. Il la lui rappelle, reprenant lui-même, les textes de l’Evangile selon Matthieu, Marc et Luc :

« Jésus enseignait à Nazareth, dans sa patrie et dans leurs synagogues…et tous étaient scandalisés par lui…Et il ne fit guère de miracles en raison de leur manque de foi…Dans la synagogue de Nazareth, il dit : « Je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie…» Tous furent remplis de colère…Ils le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. Alors Jésus se mit à invectiver contre les villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties. « Malheureuse es-tu, Chorazein,…Betsaïde,… Capharnaüm,…et toi Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ce qui te sont envoyés…» Jésus ira jusqu’à dire : « J’ai partout des ennemis, car on hait la Vérité et Moi, je suis la Vérité.»

Pour éviter la lapidation des Nazaréens furieux, Jésus est obligé d’immobiliser par sa pensée et son regard, les gestes meurtriers de ses concitoyens. Encore une manifestation de son pouvoir divin !

Moins connu, et pourtant révélé par les dictées retranscrites par Maria Valtorta, est le comportement de Jésus vis-à-vis de ces foules qui l’ont souvent trop envahi. Après la mort de Jésus, la Vierge Marie l’a exprimé à Lazare et Joseph d’Arimathie, en leur disant : 

« Pensez à la vie si humble, si cachée, si commune que Jésus mena pendant trente ans, à la facilité avec laquelle il se mettait à part, s’isolait quand il devint Maître. Il devait faire des miracles et instruire, car c’était sa mission. Mais, je le savais de Lui, il souffrait…de l’exaltation des foules, de la curiosité plus ou moins bonne avec laquelle on observait tous ses actes. Que de fois n’a-t-il pas dit à ses disciples et aux miraculés : « Ne dites pas ce que vous avez vu. Ne dites pas ce que je vous ai fait » !...

Les miracles de la vie publique de Jésus ont principalement été réalisés entre les deux miracles phares que sont les noces de Cana et la résurrection de Lazare. Mais une simple guérison auprès d’un humble inconnu peut avoir eu un retentissement plus important, comme une conversion ou une adhésion au groupe des disciples, qu’un éclat sans lendemain face à des incrédules. A chaque fois, on ne peut rester insensible à l’humanité de Jésus et à l’enseignement qui se dégagent malgré l’importance du prodige réalisé, car Jésus n’est pas simplement venu sur cette terre de Palestine pour réaliser quelques miracles, ou pour apporter un soulagement physique et moral à un millier de personnes qui en ont été directement les bénéficiaires, ou même dans un simple élan de miséricorde, même divine…

De façon assez étonnante, on remarque que le premier miracle de la vie publique de Jésus jusqu’à sa Résurrection est un miracle, à Cana, qui concerne la matière, une histoire d’eau et de vin, et que son dernier miracle, à Jérusalem, concerne également une matière, l’étoffe ou le tissu, car après le rideau du Temple, c’est le suaire de Niké et le linceul du tombeau qui sont l’objet de miracles. Or, ces deux cas de miracles, du début et de la fin de la vie active de Jésus, sont en rapport avec sa Mère, qui n’a pourtant fait aucun miracle direct. Mais on peut dire que la Vierge Marie en est l’instigatrice. On voit là le rôle primordial que Marie a joué, non seulement à côté de Jésus qui lui rapportait les détails de sa mission, mais aussi auprès des apôtres et de toutes les personnes en détresse que Jésus lui a envoyé à Nazareth et à Jérusalem.

De même, le dernier évènement miraculeux sur terre est ce cas unique de dormition de Marie et son élévation aux Cieux ou plus exactement son absorption par le Ciel, se concluant par la rencontre avec son Fils. C’est dire le rôle capital que la Vierge Marie, exemptée de la faute originelle, a exercé dans la vie de son Fils et dans la mise en route de la nouvelle communauté que Jésus avait organisée avant de quitter la terre.

Il demeure pourtant que le plus grand miracle, sans aucune comparaison possible avec tous les autres, le plus grand miracle jamais réalisé sur Terre, et non directement rapporté dans cet ouvrage, restera la propre Résurrection de Jésus lui-même, but ultime de sa mission pour le rachat de l’homme et pour l’exemple d’amour qu’il délivre pour l’humanité.

Face à la grandeur du miracle du Ressuscité, le prodige de la révélation de sa vie complète faite à Maria Valtorta pour les besoins des hommes de notre vingtième siècle, est tout à fait relatif. Pourtant, ce dernier miracle, le mot n’en est pas trop fort, tant est grande l’implication du don de soi de la mystique Maria Valtorta, et cette révélation récente voulue par Jésus, inexplicable pour l’homme d’aujourd’hui, peut être considéré comme un véritable cadeau de Jésus, encore un nouveau don de son amour pour l’homme, pour qu’il trouve, qu’il garde ou pour qu’il augmente sa foi, grâce à cette révélation « littéralement sublime, doctrinalement et spirituellement si élevée, accessible et profonde, attirante à la lecture et ouverte sur des moyens de communication modernes » selon les propos d’un religieux théologien.

Il reste toutefois une dernière interrogation : Quelles sont les raisons profondes qui ont poussé Jésus, aujourd’hui, à nous faire le don de cette Œuvre, jusqu’à nous faire connaître tous ses miracles quotidiens ? Jésus répond à plusieurs reprises à cette question. Dans des dictées du 18 janvier 1947, Il énumère sept raisons qu’il commente assez longuement. De même, dans une des dernières dictées du 3 février 1947, Jésus lui-même donne une explication forte :

« La raison la plus profonde du don de cet ouvrage…est que, à cette époque où le modernisme, condamné par mon Vicaire Pie X, est corrompu en diverses doctrines humaines toujours plus blâmables, l’Eglise doit aussi combattre ceux qui nient : l’origine divine des dogmes, des sacrements, la divinité du Christ Dieu et Homme,…ma vraie doctrine que j’enseigne moi-même de vive voix ou qui est inspirée, ma sagesse infinie puisque divine…»*

Jésus Christ voit bien que le monde court à sa perte. Il tente alors de le sauver par un retour urgent aux valeurs de la doctrine qu’il était venu apporter au prix de sa propre mort.

Dans un adieu à l’Oeuvre, Jésus insiste pour que celle-ci soit l’occasion, outre une meilleure connaissance du rôle de sa Mère, souvent délaissée, de « réveiller chez les prêtres et les laïcs, un vif amour pour l’Evangile ».

Car pour beaucoup de chrétiens de notre époque, l’Evangile apparaît comme un récit du passé qui touche moins le cœur et l’esprit des personnes. Les miracles que Jésus vient de nous révéler dans le détail sont décrits dans un récit captivant, facile à lire, bien équilibré, avec des épisodes anecdotiques riches en enseignements spirituels essentiels. Il en est de même des multiples paraboles animant les discours de Jésus et toute la doctrine développée durant ses trois années de vie publique. Que dire aussi de la multiplicité et de la complexité des rapports humains entre tous les personnages que Jésus a côtoyés et qui apportent une connaissance inégalée sur les conditions de vie matérielle et religieuse de l’époque.

Outre une meilleure connaissance de sa vie publique, Jésus a également délivré, à Maria Valtorta, de multiples enseignements très pertinents et profonds, à propos de ses miracles, adressés, aussi bien aux habitants de son époque, qu’aux gens de notre siècle. Deux exemples, transcrits dans leur intégralité, apportent encore quelques précisions sur ses miracles, mais surtout dégagent un fabuleux message d’espérance :

Lors de sa prédication à la ville de Gésara, Jésus a instruit la foule en ces termes :

« Tout royaume divisé ira à sa ruine…Moi, à cause de l’amour que Dieu a pour l’humanité créée par lui, je suis venu rappeler qu’un seul Royaume est saint : celui des Cieux. Je suis venu le prêcher pour que les meilleurs accourent vers lui. Oh ! Je voudrais que tous, même les plus mauvais y viennent en se convertissant…C’est pour cela que je vais guérissant les malades, chassant les démons des corps possédés, convertissant les pécheurs, pardonnant au nom du Seigneur, instruisant en vue du Royaume, accomplissant des miracles pour vous persuader de mon pouvoir et que Dieu est avec moi.

Car on ne peut faire des miracles si on n’a pas Dieu pour ami, parce que si je chasse les démons par le doigt de Dieu, que je guéris les malades, que je purifie les lépreux, que je convertis les pécheurs, que j’annonce le Royaume, que je donne l’enseignement pour y parvenir et que j’y appelle au nom de Dieu et que Dieu est condescendent à mon égard d’une manière claire et indiscutable et que seuls les ennemis déloyaux peuvent dire le contraire, tout cela est le signe que le royaume de Dieu est arrivé parmi vous et doit être construit car c’est l’heure de sa fondation. »

La dictée donnée à Maria Valtorta, le dernier jour de l’année 1943, s’adresse davantage au monde d’aujourd’hui :

« Vous m’accusez maintes et maintes fois de ne pas vous écouter et de ne pas vous exaucer. Mais examinez-vous, mes enfants. Comment venez-vous à moi ? Où est en vous cette foi constante, absolue, semblable à celle d’un enfant innocent qui sait que son frère aîné, son père aimant, son patient grand-père, peuvent l’aider et le contenter dans ses besoins enfantins puisqu’ils l’aiment tant ? Où est en vous une telle foi envers moi ? Ne suis-je pas étranger parmi vous comme je l’étais à Nazareth parce que l’incrédulité et la critique m’en expulsaient comme citoyen ?

Vous priez. Il y en a encore qui prient. Mais pendant que vous me demandez une grâce, vous pensez, sans même vous l’avouer, mais au plus profond de votre esprit : Dieu ne m’écoute pas. Dieu ne peut pas me faire cette grâce.

Ne peut pas !! Qu’est-ce que Dieu ne peut pas ? Songez qu’il a fait l’Univers de rien, songez que, depuis des millénaires, il lance des planètes dans les espaces et qu’il en règle les parcours, songez qu’il contient les eaux sur les rivages et sans la barrière des levées, songez que de la boue, il a fait l’organisme que vous êtes, songez que dans cet organisme, une semence et quelques gouttes de sang qui se mélangent, créent un nouvel être humain dont la formation est en rapport avec des phases astrales à des milliers de kilomètres et qui ne sont pourtant pas absentes de cette œuvre de formation, tout comme de leurs éthers et de leurs levers et couchers sur vos cieux, elles règlent la germination des céréales et la floraison des arbres. Songez que, dans son savant pouvoir, il a créé les fleurs, dotées d’organes aptes à féconder d’autres fleurs auxquelles les vents et les insectes serviront de médiateurs. Songez qu’il n’y a rien qui n’ait été créé par Dieu, si parfaitement créé, du soleil au protozoaire, que vous ne pouvez rien ajouter à une telle perfection. Songez que sa sagesse a établi, du soleil au protozoaire, toutes les lois de la vie et persuadez-vous que rien n’est impossible à Dieu, qui peut disposer à son gré de toutes les forces du cosmos, les augmenter, les arrêter, les rendre plus rapides, pourvu que sa Pensée le pense.

Combien de fois, au cours des millénaires, les habitants de la Terre n’ont-ils pas été étonnés par des phénomènes stellaires d’une inconcevable grandeur : météores aux étranges lumières, soleil la nuit, comètes et étoiles qui naissent comme des fleurs dans un jardin, dans le jardin de Dieu et qui sont lancées dans l’espace comme par un jeu d’enfant pour vous étonner ?!

Vos savants donnent de lourdes explications de désagrégation et de nucléation de cellules ou de corps stellaires pour rendre humaines les incompréhensibles germinations des cieux. Non. Taisez-vous. Dites une seule parole : Dieu. C’est lui qui a formé ces lumineuses et ardentes vies qui tournent dans l’espace ! C’est Dieu qui dit, en guise d’avertissement, à vous qui êtes oublieux, qu’il est à travers les aurores boréales, à travers les fulgurants météores qui dans leur sillage, transforment l’éther en saphir, en émeraude, en rubis ou en topaze, à travers les comètes à la queue flamboyante, semblable au manteau d’une reine céleste, volant dans les firmaments, à travers d’un autre œil stellaire qui s’ouvre sur la voûte du ciel, à travers la rotation du soleil, rendue perceptible à Fatima afin que vous soyez persuadés de la volonté de Dieu. Vos autres inductions ne sont que fumées de science humaine et dans la fumée, elles enveloppent l’erreur.

Tout est possible à Dieu. Mais en ce qui vous concerne, sachez que pour agir, Dieu exige de vous uniquement la foi. Vous mettez un frein au pouvoir de Dieu par votre manque de confiance. Et vos prières sont contaminées par le manque de confiance. Et je ne compte même pas ceux qui ne prient pas, mais qui blasphèment.

On trouve un autre point de l’Evangile selon Marc où il dit « qu’ils oignaient les infirmes avec de l’huile et les guérissaient ». Dans la médecine empirique d’alors, l’huile jouait un rôle primordial. Et on ne peut pas dire qu’elle fût nocive ou moins efficace que vos remèdes compliqués d’aujourd’hui. Au contraire, elle était sûrement plus inoffensive. Mais ce n’est pas dans l’huile que résidait le pouvoir de guérison des infirmes sur lesquels mes apôtres pratiquaient les onctions.

Comme toujours, la pesanteur humaine avait besoin d’un signe visible. Qui aurait cru que le toucher de la main de ces pauvres hommes qu’étaient mes apôtres pût guérir ? Si on l’avait cru, on aurait dit : « Vous guérissez par le pouvoir des princes des démons, comme on me l’a dit à moi. Et on les aurait accusés d’être possédés par les démons. Cela ne devait pas se produire. C’est pourquoi je leur donnai le moyen, un moyen humain, d’être crus, du moins par les guérisseurs. Mais c’est Dieu qui leur insufflait le pouvoir afin de gagner les prosélytes à sa doctrine.

Je l’ai dit : «  Ceux qui croient en moi pourront marcher sur les serpents et les scorpions et accomplir les œuvres que je fais. » Je ne mens jamais et je peux donner un pouvoir divin à la main d’un enfant qui croit et vit en moi. L’histoire du christianisme n’est-elle pas pleine de tels miracles ? Les premiers siècles en sont parsemés et leur floraison est allée en diminuant, non pas à cause de la diminution du pouvoir de Dieu, mais parce que vous êtes inaptes à la tâche d’être les ministres de Dieu.

Ayez, ayez, ayez la foi. Elle vous sauvera. »


Puisse chaque lecteur être amené à comprendre le sens de ces paroles divines et mettre dans son cœur tout l’enseignement contenu dans ce cadeau que Jésus vient de faire à l’humanité, lui qui est venu pour la préparer à recevoir sa Grâce à travers la pratique de l’Amour et de la Miséricorde entre les hommes, comme il nous l’a montrée à travers tous les miracles qu’il a réalisés.

* (Cahier 1947, p 340).

REMERCIEMENTS

Pour l'humble colporteur, Mario Canciani, qui a simplement rassemblé les éléments du sujet de ce livre, il est presque saugrenu de faire part de ses plus vifs remerciements à la ferveur et au courage de la véritable écrivains, Maria Valtorta, qui a pu venir à bout de cent vingt cahiers dactylographiés, soit près de quinze mille pages, qu'elle a écrits dans des conditions de vie parfois insoutenables, un véritable exemple de vie. C'est toujours une réelle joie de lire et relire plusieurs passages de cette œuvre impressionnante qui nourrit chaque jour qui passe et rend fade tous les écrits connus des plus grands spécialistes en la matière. Puissent les prières des lecteurs apporter l'espoir d'une béatification terrestre justifiée et puisse-t-elle être invoquée pour son exemple de vie de future sainte et non seulement de mystique, dans nos prières, tant sa complicité avec Jésus, sa Mère et les saints était grande.

Mais surtout, une profonde gratitude journalière va à Jésus lui-même qui a permis à un simple catholique basique de connaître l'existence de l' Œuvre au hasard d'une rencontre et de lui faire comprendre réellement et en profondeur, à l'âge de la retraite hélas, mais il n'est jamais trop tard, ce que Jésus, le Nazaréen, l'Attendu, était venu faire sur terre, il y a deux mille ans et ce que Jésus, Fils de Dieu, attend de l'humanité entière pour réaliser et obtenir son Royaume des Cieux, le seul Royaume digne de ce nom.

Tous les remerciements vont également à la Fondation italienne qui ont donné son autorisation pour la retransmission d'une partie seulement des écrits de Maria Valtorta dans le cadre d'un sujet particulier, celui des miracles de Jésus.

Un remerciement particulier va aux scientifiques, spécialistes, experts de Maria Valtorta qui ont travaillé bénévolement pendant des milliers de journées entières pour décortiquer tous ses écrits et ainsi en vérifier leur authenticité. Grâce à eux, l'extraordinaire devient possible et surtout crédible dès le moment où la lecture de l'Œuvre commence.

Un ultime remerciement est à adresser à tous ceux qui tentent, par leurs propres moyens et à leurs niveaux, de faire connaître l'Œuvre de Maria Valtorta, notamment au travers du site Internet qui permet un lien avec le monde entier. Que tous ces bénévoles ne soient pas découragés par l'immensité de la tâche restant à accomplir et qu'ils continuent à avoir la foi et l'espérance dans la diffusion de cet immense cadeau fait par Jésus, l'Uomo-Dio.